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78e régiment d'infanterie (Fraser's Highlanders)

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78e régiment d'infanterie (Highland)
(en) 78th (Highland) Regiment of Foot
Image illustrative de l’article 78e régiment d'infanterie (Fraser's Highlanders)
Reconstitution historique de l'uniforme du régiment au fort de l'île Sainte-Hélène.

Création 1757
Dissolution 1763
Pays Drapeau de la Grande-Bretagne. Royaume de Grande-Bretagne
Origine Highlands
Branche British Army
Rôle Drapeau de l'Écosse Infanterie
Garnison Québec (1760-1763)
Ancienne dénomination 63e régiment d'infanterie (1757)
Surnom Fraser's Highlanders'
Guerres guerre de Sept Ans
Colonel du régiment Simon Fraser of Lovat (en)

Le 78e régiment d'infanterie (Highland) (en anglais : 78th (Highland) Regiment of Foot), dit 78th Fraser's Highlanders, servit durant la guerre de Sept Ans en Amérique de 1757 à 1763. Il joua un rôle important dans différentes batailles, soit la prise de Louisbourg en 1758 et les trois batailles - celles de Beauport et des plaines d'Abraham en 1759 et celle de Sainte-Foy en 1760 - à Québec. Le régiment fut dissous à la suite de la signature du traité de Paris en 1763. Cependant plusieurs soldats de ce régiment, après avoir demandé la permission au gouverneur Murray, s'installèrent dans ce qui devint la province de Québec, se mariant avec des canadiennes et s'intégrant dans la population locale.

Les Highlanders étaient les habitants de la région montagneuse des Highlands en Écosse. Ils étaient reconnus pour leur caractère farouche et leur courage au combat. Dix ans après la sanglante répression des Britanniques de 1746 dans les Highlands, qui culmina avec la défaite des clans écossais Jacobites dans la lande de Culloden, le chef du clan Fraser, Simon Fraser, proposa au gouvernement britannique de lever un contingent de 1 500 soldats qui viendraient du clan Fraser et de certains autres clans affiliés aux Fraser. En effet, le clan Fraser était un des clans qui s'étaient joints à la cause Jacobite en se rebellant contre le gouvernement britannique. Cette aventure avait connu une issue sanglante à Culloden en 1746 où les Fraser et d'autres clans avaient été vaincus. Les clans qui s'étaient révoltés étaient en disgrâce, il leur était interdit de porter le kilt et de jouer de la cornemuse entre autres, et leurs terres étaient confisquées. Si le clan fournissait 1 500 soldats à l'armée britannique, la couronne donnerait son pardon au clan et ses anciens droits et coutumes seraient rétablies[réf. nécessaire]. Au delà de la légende d'anciens rebelles guerriers-nés, les Highlanders recrutés pendant la guerre des Sept Ans sont trop jeunes pour avoir combattu pendant la rébellion de 1745 et sont surtout des laboureurs ou des tisserands[1].

Le régiment est levé en 1757 par Simon Fraser of Lovat (en) et créé officiellement le 5 janvier 1757 (date de signature des commissions (en) des officiers)[2] comme 2e bataillon des Highlands (2nd Highlands Battalion) puis 63e régiment d'infanterie (63rd Regiment of Foot)[3]. Il est renommé 78e régiment d'infanterie (Highland) en 1758[4]. Ses recrues venaient du clan Fraser mais aussi d'autres clans, comme les Cameron par exemple[réf. nécessaire].

Opérations

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Le colonel Fraser et les highlanders de son régiment à la bataille des plaines d'Abraham (représentation du XIXe siècle). Fraser, blessé un mois plus tôt, était en réalité absent à cette bataille[5].

Le régiment embarque à Greenock en juin ou juillet 1757, en même temps que les Highlanders de Montgomerie (en), et débarque à Halifax (Nouvelle-Écosse)[6],[7]. Installé à Dartmouth, il part en octobre hiverner dans le Connecticut[7].

À partir de juin 1758, le régiment est dans les premières vagues au siège de Louisbourg, jusqu'à la chute de la ville en juillet. Après la défaite britannique à la bataille de Fort Carillon, le régiment est transporté à Boston puis gagne la province de New York pour éviter toute offensive française. En octobre, il part hiverner à Schenectady[8].

En juillet 1759, le régiment participe à l'offensive du général Wolfe vers Québec. Après la défaite devant Montmorency, le 78e, qui n'a pas participé aux assauts, couvre la retraite britannique[9]. En septembre, le régiment participe à la victoire des Plaines d'Abraham. La ville de Québec se rend peu après et le régiment s'y installe en garnison[8]. En avril 1760, le régiment combat à la bataille de Sainte-Foy[10] puis est engagé dans la capture de Montréal (en)[5]. Il reprend ensuite garnison à Québec jusqu'à la fin de la guerre[11].

Pendant la durée de la guerre, le régiment déplore 123 tués et 446 blessés[6], le premier tué l'ayant été par une sentinelle anglaise ayant pris le malheureux pour un autochtone d'Amérique à cause de sa tenue[12].

Dissolution

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Le régiment est dissout en décembre 1763[13]. Plusieurs centaines d'hommes du régiment demandent à rester au Canada et reçoivent une part de terre. Les autres repartent vers l’Écosse et sont démobilisés[2].

Au déclenchement de la guerre d'indépendance des États-Unis en 1775, 300 vétérans du 77e rejoignent, avec d'autres highlanders installés en Amérique, le 84e régiment d'infanterie (Royal Highland Emigrants) (en)[2] tandis que Simon Fraser, devenu général, lève en Écosse un nouveau régiment de Highlanders, le 71e (en)[6].

Équipement

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Le régiment, comme les autres highlanders de l'époque, conserve la tenue traditionnelle des highlands, qui est depuis 1746 interdite de port sauf pour les « officiers et soldats dans les forces [armées] du roi » : bonnet plat bleu à pompon, chaussettes à carreau blanche et noire et feileadh mor (en) (couverture nouée autour du corps et en particulier du haut des jambes). Ce dernier est concurrencé par le kilt d'aspect similaire mais plus petit. La seule pièce d'uniforme commune au reste de l'armée britannique est la veste rouge[14]. La couleur distinctive est chamois (buff (en) en anglais)[15].

À son arrivée au Canada, le commandement britannique propose aux officiers et soldats du régiment d'adopter des vêtements plus adaptés aux conditions canadiennes, grands froids l'hiver et chaleur l'été. Les hommes du régiment obtiennent de conserver leur tenue écossaise[2].

Les grenadiers, soldats d'élite, se distinguent par le port d'un bonnet à poils à place du bonnet à pompon[16]. Après 1762, les tambours reçoivent l'autorisation de porter un chapeau en forme de mitre[15].

Les highlanders étaient bien connus pour leurs fameuses charges à l'épée, de type claymore ou claybeg, épées à grosse garde renforcée et à lame droite à double tranchant. Tous les hommes du 78e Fraser's Highlanders disposaient de deux armes blanches : une dague portée à droite, ainsi que d'un sabre (backsword) ou d'une épée écossaise à double tranchant (pour les plus fortunés), portés à gauche[17]. Les Fraser's Highlanders chargèrent avec leurs épées l'armée française à la bataille des Plaines d'Abraham[18].

Les Fraser's Highlanders sont équipés de carabines, plus courtes que les fusil à silex de l'époque, mais reçoivent également des fusils à silex (ou muskets en anglais)[19]. Ils reçoivent également une baïonnette[10] mais les récits indiquent qu'ils ne possédaient pas à la bataille des plaines d'Abraham[18].

Interprétation historique

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Le régiment est maintenant de retour dans la ville de Montréal et de Québec au grand plaisir des résidents de la ville, sous la forme d'un régiment historique, avec sa musique militaire et son escouade de jeunes étudiants jouant le rôle de soldats du régiment original.

Interprétation historique du 78th Fraser's Highlander par les Anciennes troupes militaires de Montréal dans le Vieux-Montréal, Québec, Canada.

À la fin des années 1950, il n’existait pas au Québec ce que l’on appelle aujourd’hui des groupes de « reconstitution historique »[20]. En 1962, dans le cadre de la participation du Canada à la Foire internationale de Seattle en Oregon, l’armée canadienne devait présenter un spectacle rappelant le passé militaire du pays. Travaillant de concert avec des experts du Service des Parcs nationaux canadiens, David Stewart a proposé à l’armée canadienne de reconstituer une Compagnie franche de la Marine pour illustrer la présence militaire française au Canada[21]. C’est ainsi qu’une compagnie du Royal 22e Régiment a été habillée, équipée, armée et entrainée pour les besoins du spectacle. L’année suivante, monsieur Stewart décide de recommencer l'expérience de « reconstituer une garnison et une atmosphère de temps ancien… » pour son musée (Musée Stewart) de l’île Sainte-Hélène. Dès 1963, rapatriant tout le matériel ayant servi au Royal 22e Régiment à Seattle, il inaugura le premier programme d’animation historique au Québec[21].

Des étudiants de la région montréalaise furent alors embauchés, entraînés par un sergent du R22eR, pour manœuvrer dans la cour du Musée Stewart[21]. Depuis, la transmission des savoirs et des savoir-faire par les étudiants se poursuit d’année en année[20].

Alors que l'exposition universelle de 1967, l'Expo’67 approchait à grands pas, David Stewart complète son projet d’animation militaire historique en 1965 en recréant cette fois une escouade de cornemuses et tambours portant les uniformes du « 78th Fraser Highlanders »[21]. Ce régiment participa à la conquête du Canada entre 1758 et 1763, et dissout dans la colonie. Près de 400 hommes s’établirent dans la colonie par la suite s’intégrant pour la plupart à la population francophone et sont à l’origine de l’héritage écossais au Québec[21].

Les deux unités reconstituées ont été présentes quotidiennement sur le site de l’Expo’67 pendant toute la durée de l’événement et de façon continue par la suite à l’île Sainte-Hélène. Ce programme muséal a été fermé par le Musée McCord-Stewart en 2013. Repris par la Société Historique du Lac Saint-Louis et aujourd’hui par les Anciennes Troupes Militaires de Montréal, la Compagnie franche de la Marine et le « 78th Fraser Highlanders » animent le Musée du Château Ramezay et le Vieux-Montréal depuis 2014. L'organisme à but nom lucratif les « Anciennes troupes militaires de Montréal » a été enregistré le . Sa mission est de promouvoir des activités de diffusion de la connaissance sur l’histoire des Compagnies franches de la Marine et du 78th Fraser Highlanders. Durant la période estivale, les Compagnies franches de la Marine et le 78th Fraser Highlander déambule dans le Vieux-Montréal, à la Place Royale et au Champ-de-Mars, pour y faire des démonstrations militaires[22]. Ils font revivre l’histoire par leurs manœuvres incluant la musique, la danse, des jeux, le tir du mousquet et le tir de canon. L’organisme vise à mettre en valeur le patrimoine et présenter l’histoire culturelle du riche et métissée du Québec, à travers l’histoire de la présence militaire sur le territoire[23]. Bien que poursuivant ses actions avec un effectif réduit, elles poursuivent une tradition de reconstitution de plus de 50 ans et continuent de promouvoir l'histoire du Québec. Les Anciennes troupes militaires de Montréal participe aux gardes d'honneur, aux défilés, aux démonstrations de manœuvres militaires et de musique, aux cérémonies d'ouverture, de lancement ou de commémoration, le tout dans un cadre d'événement divers[22]. L'organisme offre ses services à ceux qui désirent obtenir une contribution unique à leur événement. L'organisme participe régulièrement au Marché public de Pointe-à-Callière, cité d'archéologie et d'histoire de Montréal. Les Anciennes troupes militaires de Montréal participe également aux Highland games de Montréal et à 1804 : l'événement qui a lieu à Terrebonne grâce à son partenariat avec la SODECT, la Société de développement culturel de Terrebonne. Avec l’aide d’étudiants à la maîtrise du programme de muséologie à l’Université du Québec à Montréal, Alexandre Trémeau et François Vallée, un programme éducatif a été mis sur pied pour maximiser l’implication du visiteur et son sentiment d’appartenance à l’histoire militaire. Le but recherché est d’amener les participants à intellectualiser eux-mêmes les différents processus historiques qui ont façonné la construction du patrimoine militaire. Sous la forme d’un camp militaire, les différentes activités proposées permettent de se plonger dans les représentations de la vie des militaires sur le terrain à l’époque de la guerre de Sept Ans. Loups Pagliuzza, un ingénieur qui a été interprète aux Anciennes troupes militaires en 2015 et 2016 a dessiné la carte du jeu sur la traversée de l’Atlantique. Philippe Pageau en a conçu les règles. Il a souvent bénévole pour l’organisme.

L’objectif des Anciennes Troupes Militaires de Montréal est de pérenniser l’œuvre de David Stewart qui permet à des jeunes gens de vivre une expérience de travail unique en lien avec l’histoire et le patrimoine[24].

La rue Fraser a été nommée en l'honneur de ce régiment, en 1917, dans la ville de Québec[réf. nécessaire].

Notes et références

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  1. McCulloch 2008, p. 14.
  2. a b c et d Frank Adam, The Clans, Septs, and Regiments of the Scottish Highlands, Édimbourg et Londres, W. & A. K. Johnston, limited, (ISBN 978-0-7179-4500-9, lire en ligne), « 78th Regiment or Fraser's Highlanders », p. 284-285 & 289
  3. McCulloch 2008, p. 12.
  4. « 78th Frasers » [archive du ], sur clanfraser.ca (consulté le )
  5. a et b McCulloch 2008, p. 58.
  6. a b et c John Scott Keltie et Thomas Maclauchlan, A history of the Scottish Highlands Highland clans and Highland regiments, vol. 2, Édimbourg, T.C. Jack, (lire en ligne), p. 457-465
  7. a et b McCulloch 2008, p. 6.
  8. a et b McCulloch 2008, p. 7.
  9. (en) Charles Perry Stacey, Quebec, 1759 : The Siege and The Battle, Toronto, MacMillan, , 210 p., p. 80-81
  10. a et b McCulloch 2008, p. 52.
  11. McCulloch 2008, p. 8.
  12. McCulloch 2008, p. 31.
  13. McCulloch 2008, p. 9.
  14. McCulloch 2008, p. 19-23.
  15. a et b Harper 1979, p. 23-24.
  16. McCulloch 2008, p. 28.
  17. McCulloch 2008, p. 23-24.
  18. a et b D. Peter MacLeod, La vérité sur la bataille des plaines d'Abraham, Les éditions de l'Homme, , 491 p. (ISBN 978-2-7619-2575-4), p. 228 & 267-275
  19. McCulloch 2008, p. 26.
  20. a et b (fr + en) « L'histoire des Anciennes troupes militaires de Montréal », sur le site des Anciennes troupes militaires de Montréal, (consulté le )
  21. a b c d et e (fr + en) Les Anciennes troupes militaires de Montréal, « Historique », sur Les Anciennes troupes militaires de Montréal, (consulté le )
  22. a et b (fr + en) Les Anciennes troupes militaires de Montréal, « Événements », sur Les Anciennes troupes militaires de Montréal, (consulté le )
  23. Philipp Portelance, coordonnateur des Anciennes troupes militaires de Montréal
  24. (fr + en) « Mission », sur le site des Anciennes troupes militaires de Montréal, (consulté le )

Bibliographie

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  • (en) J. Ralph Harper, The Fraser Highlanders, Society of the Montreal Military & Maritime Museum, (lire en ligne).
  • (en) Ian M. McCulloch, Highlander in the French-Indian War, 1756-67, Osprey Publishing, coll. « Warrior » (no 126), (ISBN 978-1-84603-274-5).

Liens externes

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Articles connexes

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