Binturong
Arctictis binturong
Répartition géographique
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VU A2cd+3cd+4cd : Vulnérable
Statut CITES
- Viverra? Binturong Raffles, 1821 (Protonyme)
- Paradoxurus albifrons A. G. Desmarest, 1822
- Ater F. Cuvier & É. Geoffroy Saint-Hilaire in É. Geoffroy Saint-Hilaire & F. Cuvier, 1824
- Ictis albifrons H. R. Schinz, 1825
- Ictides ater I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1825
- Ictides albifrons Lesson, 1827
- Arctictis Binturong J. B. Fischer, 1829
- Arctictis penicillata Temminck, 1835
- Arctitis albifrons W. Ogilby, 1839
- Arctitis Binturong de Blainville, 1841
- Arctictis albifrons C. H. Smith, 1842
- Ictides benturong Lesson, 1842
- Arctictis binturung de Elera, 1895
- Arctitis whitei J. A. Allen, 1910
- Arctictis pageli E. Schwarz, 1911
- Arctictis whitei Hollister, 1912
- Arctictis niasensis Lyon, 1916
- Arctictis gairdneri O. Thomas, 1916
- Arctictis binturong penicillatus D. D. Davis, 1962
- Arctictis binturong menglaensis Wang Song & Li in Gao Yaoting, 1987
- Arctictis binturong albifrons Wozencraft, 2005
- Arctictis binturong whitei Wozencraft, 2005
Le Binturong (Arctictis binturong), également connu sous le nom de « chat-ours », est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Viverridés. Il s’agit de la plus grande espèce actuelle de cette famille et de l'unique représentant de son genre, les Arctictis. Le binturong est originaire des forêts tropicales et subtropicales d’Asie du Sud et du Sud-Est.
Le binturong est doté d’un corps massif pouvant dépasser le mètre et la vingtaine de kilos et d’un pelage long et grisonnant plus ou moins sombre. Grâce à sa queue, entièrement préhensile et musclée, caractéristique unique parmi les carnivores de l’Ancien Monde, le binturong est parfaitement adapté à un mode de vie arboricole.
Bien qu’appartenant à l’ordre des Carnivora, il présente un régime alimentaire omnivore à forte dominante frugivore, jouant un rôle écologique important dans la dispersion des graines, notamment celles de certains figuiers tropicaux. Son odeur corporelle caractéristique, souvent comparée à celle du pop-corn ou du riz soufflé, est due à des sécrétions glandulaires utilisées pour le marquage territorial.
Malgré sa large répartition géographique, l’espèce reste rare et difficile à observer à l’état sauvage. Le binturong connaît un déclin marqué de ses populations en raison de la déforestation, de la fragmentation de son habitat et de la chasse, tant pour la viande que pour le commerce d’animaux vivants ou l’utilisation dans la médecine traditionnelle.
Classé comme vulnérable sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le binturong est aujourd’hui protégé dans plusieurs pays de son aire de répartition, bien que l’application des mesures de conservation reste inégale. Il fait l’objet de programmes de recherche et de conservation visant à mieux comprendre son écologie, sa biologie et les menaces qui pèsent sur sa survie à long terme.
Dénominations
[modifier | modifier le code]- Nom scientifique valide : Arctictis binturong (Raffles, 1821)[1] ;
- Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) recommandés ou typiques en français : Binturong[2],[3],[4] ou Benturong (vieilli) ;
- Autres noms vulgaires ou noms vernaculaires (langage courant) pouvant désigner éventuellement d'autres espèces : chat-ours[5] (de l'anglais bearcat), rarement utilisé comme nom vernaculaire mais plus comme nom de support au nom typique de l’espèce.
Étymologie
[modifier | modifier le code]Le nom de genre Arctictis est un nom composé en latin scientifique qui signifie littéralement « belette-ours ». Il est formé à partir du grec ancien ἄρκτος / árktos (« ours ») et ἴκτις / íktis (« belette »)[6].
L’épithète spécifique et nom vernaculaire binturong et benturong sont un emprunt au malais, apparentés au terme tenturun, utilisé dans la région de Riau[7]. Dans les langues malayo-polynésiennes occidentales parlées à Bornéo, ce nom est apparenté à la racine ma-tuRun[8].
Taxonomie
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Viverra binturong est le protonyme scientifique proposé par Thomas Stamford Raffles en 1822 pour un spécimen provenant de Malacca[9]. Le nom générique Arctictis est proposé par Coenraad Jacob Temminck en 1824[10]. Arctictis est un taxon monotypique ; sa morphologie est similaire à celle des membres des genres Paradoxurus et Paguma[11].
Descriptions passées
[modifier | modifier le code]Aux XIXe et XXe siècles, les spécimens zoologiques suivants ont été décrits[12] :
- Paradoxurus albifrons, proposé par Frédéric Cuvier en 1822, est fondé sur un dessin d’un binturong du Bhoutan réalisé par Alfred Duvaucel[13] ;
- Arctictis penicillata, décrit par Temminck en 1835, repose sur des spécimens provenant de Sumatra et de Java[14] ;
- Arctictis whitei, proposé par Joel Asaph Allen en 1910, est basé sur les peaux de deux femelles collectées sur l’île de Palawan, aux Philippines[15] ;
- Arctictis pageli, proposé par Ernst Schwarz en 1911, correspond à une peau et un crâne de femelle collectés dans le nord de Bornéo[16] ;
- Arctictis gairdneri, proposé par Oldfield Thomas en 1916, est fondé sur le crâne d’un mâle collecté dans le sud-ouest de la Thaïlande[17] ;
- Arctictis niasensis, proposé par Marcus Ward Lyon Jr. en 1916, est basé sur une peau provenant de l’île de Nias[18] ;
- A. b. kerkhoveni, décrit par Henri Jacob Victor Sody en 1936, est fondé sur des spécimens provenant de l’île de Bangka[19] ;
- A. b. menglaensis, décrit par Wang et Li en 1987, repose sur des spécimens du Yunnan en Chine[20].
Neuf sous-espèces étaient reconnues et forment deux clades. Le clade septentrional d’Asie continentale est séparé du clade sondaïque par l’isthme de Kra[20].
Sous-espèces actuelles
[modifier | modifier le code]Une étude de 2019 a permis d’établir que les deux clades formaient des sous-espèces distincte[21] :
| Sous-espèce, noms et auteur | Répartition | Caractéristiques | Synonymes |
|---|---|---|---|
| Arctictis binturong binturong (Raffles, 1822) |
Sous-espèces méridionales : comprend la péninsule thaï-malaise, ainsi que les îles de Sumatra, Java et Bornéo, et les Philippines, notamment Palawan et archipel de Sulu[21]. | Populations généralement de taille inférieures à celles du nord. Bien que les spécimens de Palawan soient plus grands que ceux de Bornéo, ils ne diffèrent pas significativement en taille du reste. Ce groupe forme un haplogroupe monophylétique comprenant plusieurs sous-unités très proches[21]. |
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| Arctictis binturong albifrons (F. Cuvier, 1822) Binturong à front blanc[13] |
Sous-espèce continentale : s’étend du Népal jusqu'à la région indochinoise septentrionale. Les échantillons analysés dans l'étude provenaient notamment du Vietnam, du Myanmar et du Laos [21]. | Les individus de cette région semblent significativement plus grands que ceux de la Sonde [21]. |
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Malgré les différences génétiques observées entre les populations continentales et de la Sonde, elles conservent néanmoins des caractéristiques physiques communes. Par exemple, la coloration du pelage allant du noir au grisâtre, notamment sur la tête, ne présente pas de motif géographique clair permettant de distinguer visuellement les sous-espèces. Aucune différence diagnostique évidente n'a été trouvée sur les crânes lors des observations classiques, bien que des analyses morphométriques plus poussées pourraient bien en révéler[21].
Caractéristiques
[modifier | modifier le code]Morphologie et pelage
[modifier | modifier le code]Le binturong est le plus grand représentant de la famille des Viverridés. Il se distingue par une silhouette massive, un corps allongé et des membres courts et robustes. Son pelage est constitué de longs poils noirs, épais et grossiers, qui lui confèrent un aspect ébouriffé. Selon les individus, l'extrémité des poils peut présenter des teintes grisâtres, fauves ou argentées, donnant parfois au pelage une apparence mouchetée ou poivre et sel[23]. La tête est souvent plus claire que le reste du corps et est ornée de longues moustaches blanches et rigides, particulièrement sensibles. Les oreilles, courtes et arrondies, sont bordées de blanc et se terminent par des touffes de longs poils noirs caractéristiques qui dépassent du pavillon auriculaire. Ses yeux sont proéminents et de couleur sombre. La démarche du binturong est celle d'un animal plantigrade, les plantes des pieds étant nues et touchant le sol sur toute leur longueur, avec des membres postérieurs plus longs que les membres antérieurs. Ses pieds sont pourvus de cinq doigts dotés de griffes puissantes et semi-rétractiles qui facilitent la grimpe[24].
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Le binturong est arboricole et s'aide de sa queue préhensile.
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Le binturong a un corps allongé et tient bien en équilibre en hauteur.
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Tête d’un individu au pelage gris.
Dimensions et dimorphisme sexuel
[modifier | modifier le code]Cette espèce présente un dimorphisme sexuel marqué, les femelles étant en moyenne 20 % plus grandes et plus lourdes que les mâles[25]. La longueur de la tête et du corps varie généralement entre 71 et 84 cm, bien que certains spécimens en captivité puissent atteindre 96 cm. La queue, presque aussi longue que le corps, mesure entre 56 et 89 cm[26]. La masse corporelle des individus sauvages oscille généralement entre 10 et 15 kg. Toutefois, les animaux en captivité présentent des poids nettement supérieurs en raison d'une activité réduite et d'un régime alimentaire plus régulier : le poids moyen des femelles captives est ainsi estimé à 21,9 kg, certains individus atteignant 32 kg, tandis que les mâles captifs affichent une moyenne d'environ 19,3 kg[25],[27].
Anatomie et denture
[modifier | modifier le code]Le binturong possède une caractéristique rare au sein de l'ordre des Carnivora : une queue préhensile. Très musclée à sa base, elle fait office de cinquième membre, permettant à l'animal de s'ancrer solidement aux branches lors de ses déplacements dans la canopée[28]. Sa denture est adaptée à un régime omnivore à forte tendance frugivore. La formule dentaire est généralement 3.1.4.23.1.4.2 pour un total de 38 dents, bien que le nombre de prémolaires puisse varier de 4/4 à 4/3 ou 3/3 selon les individus[29]. Ses canines restent longues et pointues, une caractéristique conservée de ses ancêtres carnassiers. Une particularité anatomique notable chez le mâle binturong est l'absence totale de baculum, une exception notable chez les carnivores qui en possèdent généralement un de taille significative[30].
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Squelette de binturong exposé au Museum of Osteology, d’Oklahoma City, aux États-Unis.
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Denture du binturong[31].
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Crâne et dentition du binturong, d’après Paul Gervais dans Histoire naturelle des mammifères.
Glandes périnéales et signature olfactive
[modifier | modifier le code]Comme les autres membres de sa famille, le binturong possède des glandes odoriférantes situées dans la région périnéale, de part et d'autre de la vulve chez la femelle et entre le scrotum et le pénis chez le mâle[32]. Ces glandes produisent une sécrétion musquée dont l'odeur rappelle celle du pop-corn chaud ou des chips de maïs. Des analyses chimiques ont démontré que cette odeur provient de la présence de 2-acétyl-1-pyrroline (2-AP) dans l'urine, une molécule produite par la réaction de Maillard lors de la cuisson des aliments[33][n 1] . L'animal utilise ce marquage olfactif pour signaler son identité, son sexe et son état reproducteur aux autres membres de l'espèce[34].
Répartition et habitat
[modifier | modifier le code]Aire de répartition
[modifier | modifier le code]Le binturong occupe une vaste aire de répartition s'étendant à travers l'Asie du Sud et du Sud-Est. Sa présence est confirmée dans le nord-est de l'Inde, au Népal, au Bhoutan, au Bangladesh, au Myanmar, en Thaïlande, en Malaisie, au Laos, au Cambodge, au Vietnam, ainsi que dans les provinces du Yunnan et du Guangxi en Chine[35]. Il est également présent sur plusieurs îles de l'archipel indonésien, notamment Sumatra, Java et dans la partie de Kalimantan à Bornéo, ainsi que sur l'île de Palawan aux Philippines[36].
En Inde, il est particulièrement présent dans les États de l'Arunachal Pradesh, de l'Assam, du Manipur, du Meghalaya, du Mizoram, du Nagaland, du Sikkim, du Tripura et dans la partie septentrionale du Bengale-Occidental[37]. En 2024, sa présence a été officiellement enregistrée pour la première fois dans le parc national de Kaziranga, confirmant une extension de sa zone d'observation connue dans l'Assam[38].
Habitat et altitude
[modifier | modifier le code]Le binturong est une espèce essentiellement arboricole dont l'habitat est étroitement lié aux futaies présentant un couvert forestier dense[39]. Bien qu'il soit principalement associé aux forêts tropicales primaires, il a été ponctuellement observé dans des forêts secondaires dégradées ou en bordure de plantations, à condition que des corridors forestiers subsistent[40].
S'il se rencontre fréquemment à des altitudes situées au niveau de la mer, notamment à Palawan où il habite les mosaïques de forêts et de prairies[41], il peut atteindre des altitudes bien plus élevées. Au Myanmar, des individus ont été photographiés à des altitudes variant de 60 m dans la réserve de Tanintharyi jusqu'à 1 190 m dans les zones montagneuses[42]. En règle générale, il est considéré comme commun dans les collines boisées jusqu'à environ 1 300 m d'altitude[43].
Écologie de l'habitat
[modifier | modifier le code]Dans son milieu naturel, le binturong dépend fortement de la disponibilité des ressources alimentaires forestières, particulièrement des arbres fruitiers. Dans le parc national de Khao Yai en Thaïlande, des observations ont montré que l'espèce fréquente assidûment les figuiers du genre Ficus et certaines lianes du genre Gnetum, qui constituent des éléments essentiels de son habitat[44]. Au Laos, son habitat de prédilection reste les vastes forêts sempervirentes de plaine et de montagne[45].
Écologie et comportement
[modifier | modifier le code]Activité et locomotion
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Le comportement du binturong en milieu naturel demeure partiellement méconnu en raison de ses mœurs discrètes. C'est un animal essentiellement arboricole et solitaire. Bien qu'il ait souvent été décrit comme strictement nocturne, des études par radiotélémétrie et pièges photographiques montrent un rythme d'activité plus complexe, qualifié d'arythmique, avec des tendances marquées pour les périodes crépusculaires et nocturnes[46]. Des pics d'activité sont observés tôt le matin, entre 4 h et 6 h, et tard le soir, entre 20 h et 22 h, tandis que les périodes de repos se situent principalement au milieu de la journée. Des observations en milieu naturel confirment cependant que l'animal peut être actif en plein jour, notamment pour se nourrir[47].
Bien qu'il soit un grimpeur habile se déplaçant avec assurance le long des branches, le binturong n'est pas particulièrement agile et se déplace lentement[48]. Sa queue préhensile lui sert de balancier et de point d'ancrage sécuritaire, notamment lorsqu'il descend des troncs la tête la première. Il descend parfois au sol pour transiter entre des zones forestières dont la canopée n'est pas continue, une situation fréquente dans les forêts secondaires dégradées[42]. Sa démarche est plantigrade[49].
Domaine vital et comportement social
[modifier | modifier le code]Le binturong utilise ses glandes périnéales pour marquer son territoire et communiquer son état reproducteur en frottant sa région anale contre les branches[50]. La taille du domaine vital varie selon le sexe et la saison. Dans le sanctuaire de Phu Khieo en Thaïlande, les mâles occupent des territoires allant de 0,9 à 6,1 km², avec un chevauchement moyen de 30 à 70 %[46]. D'autres mesures suggèrent des domaines plus vastes pour certains mâles, pouvant atteindre 20,5 km²[51]. L'espèce est sensible à la fragmentation de son habitat : si elle est détectée dans les forêts exploitées, elle semble totalement absente des monocultures de palmiers à huile[35].
Alimentation et rôle écologique
[modifier | modifier le code]Le binturong est un omnivore à forte tendance frugivore, les végétaux constituant environ 80 % de son régime alimentaire. Les figues du genre Ficus représentent une ressource capitale[52]. Opportuniste, il complète son alimentation avec de petits mammifères, des oiseaux, des poissons, des insectes et des œufs[53].
Le binturong joue un rôle écologique majeur en tant qu'agent de dissémination des graines. Il est notamment l'un des rares animaux capables de faciliter la germination des graines du figuier étrangleur (Ficus altissima). Le passage des graines dans son système digestif permet de scarifier leur enveloppe protectrice particulièrement résistante, augmentant significativement leur taux de succès après rejet dans les excréments[54].
Reproduction
[modifier | modifier le code]En captivité, le binturong peut se reproduire tout au long de l'année, sans saisonnalité marquée. La femelle attire le mâle par des appels sonores lorsqu'elle est en œstrus. La gestation dure en moyenne entre 84 et 99 jours, mais allant généralement vers les 92 jours[55].
La portée se compose généralement de deux petits, mais peut varier de un à six. Les nouveau-nés pèsent entre 280 et 340 g à la naissance et naissent aveugles[55]. Ils ouvrent les yeux après environ 10 jours et commencent à consommer de la nourriture solide vers l'âge de 45 jours. La maturité sexuelle est atteinte vers 30 mois pour les femelles et 28 mois pour les mâles[55]. La longévité peut dépasser 25 ans en captivité.
État de conservation
[modifier | modifier le code]L’espèce a le statut de « vulnérable » sur la Liste rouge des espèces menacées de l’IUCN. Sa population a diminué de 30 % en 18 ans, sur trois générations (UICN[35], 2016) en raison d’un rétrécissement de son aire de répartition et de la dégradation et destruction de son habitat et d’une surexploitation (chasse pour la viande et la médecine traditionnelle).
Dans le sud de sa distribution, les zones basses de son habitat ont été transformées en plantations de palmiers à huile. Dans la partie nord de l'aire de répartition (dans le nord de l'Asie du Sud-Est et en Chine), la chasse et le commerce endémiques de mammifères de cette classe ont gravement déprimé les populations, même dans les grands blocs restants de forêt peu dégradée.
Historiquement, le binturong était probablement commun dans son aire de distribution mais il est devenu de nos jours peu commun ou rare. Il est même certainement proche de l’extinction en Chine et au Vietnam. Bien que l'espèce soit principalement arboricole, elle est détectable à l'aide de pièges photographiques. Les études de terrain relativement intensives après 1999 qui ont utilisé cette méthode dans un habitat approprié dans des aires protégées, ont produit peu ou pas de signalements de cette espèce au Laos, Cambodge, et Vietnam, indiquant un déclin sévère dans ces pays. On peut s'attendre à ce que la Thaïlande abrite l'une des populations les plus saines de l'Asie du Sud-Est continentale, mais des déclins y sont également suspectés. Au Myanmar, la présence du binturong a été confirmée par des pièges photographiques, suggérant qu’il pourrait rivaliser avec la Thaïlande en tant que pays central pour la conservation de l’espèce en Asie du Sud-Est continentale[35].
À travers l’Asie du Sud-Est, le binturong est chassé pour sa viande, pour fournir des remèdes aux médecines traditionnelles et est capturé comme animal de compagnie. Étant donné que le binturong n'a pas peur des gens et est parfois actif pendant la journée, il est souvent visible par les chasseurs, ce qui l'expose ainsi à un risque élevé.
La perte ou la dégradation de son habitat sont des menaces majeures. Dans toute son aire de répartition, les menaces viennent de l’exploitation forestière et de la conversion des forêts en terres cultivées. Les zones protégées ne sont pas exemptes de déforestation : à Kalimantan, 56 % des forêts protégées des basses terres ont été défrichées de 1985 à 2001. Mais la déforestation fait aussi des ravages ailleurs en Asie du Sud-Est, en Inde et Chine[35].
Le binturong est présent dans de nombreuses aires protégées réparties sur son aire de répartition actuelle ; cependant, l'efficacité de ces réserves à protéger cette espèce est très variable.
Relations avec l'espèce humaine
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L'animal est menacé par la déforestation et les trafics : on mange sa viande et on le vend comme animal de compagnie dans la péninsule Malaise[56], où, docile comme un petit chien, il remplace souvent le chat domestique dans la maison[57]. Il faut toutefois se méfier de son humeur versatile car, quand il est apeuré ou en colère, il peut se muer en une véritable furie et ses morsures peuvent être profondes et douloureuses.
Aux Philippines, cette espèce est capturée pour le commerce des animaux de compagnie, et dans le sud de son aire de répartition elle est également capturée pour l'alimentation humaine. Au Laos, cette espèce est l'un des carnivores vivants en cage les plus fréquemment exposés. À Vientiane, sa fourrure fait l’objet de trafic. Au Vietnam, le binturong est consommé comme beaucoup d’animaux sauvages. Il est aussi recherché par la pharmacopée traditionnelle et comme animal de compagnie. En Malaisie péninsulaire, le binturong tout comme la civette est l’objet d’un commerce pour sa viande. Dans l’Assam indien, l’animal est chassé pour sa viande.
En Indonésie, lorsque le kopi luwak (ou « café civette ») est devenu un produit à la mode, vendu très cher, des fermiers de Lampung (sud de Sumatra) ont commencé à détenir en captivité des binturongs et des civettes palmistes communes (Paradoxurus hermaphroditus) pour produire ce café. Il est produit à partir de cerises de café mangées par ces civettes qui après défécation se retrouvent partiellement digérées[35].
Depuis 2015, il existe une journée internationale du binturong (World Binturong Day), qui a lieu chaque année, le second samedi du mois de mai[58]. L'association ABConservation, destinée à la protection du binturong, est à l'initiative de sa création[59]. Pour cette journée, la Ménagerie du Jardin des plantes de Paris, entre autres, propose des activités pour découvrir cet animal méconnu[60]. En effet, la ménagerie accueille un couple depuis 2003. Leur progéniture est envoyée dans différents parcs zoologiques dans le cadre d'un programme d'élevage européen[61].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Bien qu'une étude de 2000 ait identifié trois acides carboxyliques dans les sécrétions glandulaires (acides 2-méthylpropanoïque, 2-méthylbutanoïque et 3-méthylbutanoïque), des recherches plus récentes publiées en 2016 ont démontré que l'odeur caractéristique de pop-corn provient spécifiquement de la molécule 2-acétyl-1-pyrroline (2-AP) présente dans l'urine.
Références
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « binturong » (voir la liste des auteurs).
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- F. Cuvier, Histoire naturelle des mammifères : avec des figures originales, coloriées, dessinées d'après des animaux vivants, vol. 5, Paris, A. Belin, (lire en ligne), « Benturong »
- ↑ C. J. Temminck, Monographies de mammalogie, vol. II, Paris, Leyde, Dufour, Van der Hoek, , 308–311 p. (lire en ligne), « Arcticte Binturong – Arctictis binturong »
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Liens externes
[modifier | modifier le code]- Genre Arctictis
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- Arctictis Binturong Conservation(ABConservation) est une association destinée à l’étude et à la protection de cette espèce.

