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Basters

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Basters
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Le premier conseil des Basters de Rehoboth en 1872 comprenant, de gauche à droite, Paul Diergaardt, Jacobus Mouton, Hermanus van Wijk et Christoffel van Wijk.
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Drapeau des basters, utilisé dans les organisations locales et sur le Rehoboth Freedom Party.
Populations importantes par région
Drapeau de la Namibie Namibie 50 000
Autres
Régions d’origine Drapeau de la Colonie du Cap Colonie du Cap
Langues Afrikaans, anglais
Religions Calvinisme
Ethnies liées Griqua, Afrikaners, Boers, Coloured, Coloured du Cap

Le terme afrikaans de « basters » (ou « bastaards » dans sa première version hollandaise), signifiant littéralement « bâtards », apparait initialement au XVIIIe siècle dans la colonie du Cap pour désigner les individus issus des relations, le plus souvent illégitimes, entre colons et femmes Khoisan. Il a aussi servi à désigner les enfants issus de relations entre Khoisan et esclaves, parfois qualifiés plus spécifiquement de « bastaards hottentots » (terme aujourd’hui considéré comme insultant). Plus qu’un label indiquant le métissage, ce terme devient rapidement un statut socio-économique, permettant de désigner des individus considérés comme « plus civilisés » car plus proches des Européens (c’est-à-dire chrétiens et n’occupant pas les emplois les plus déconsidérés). Cet usage du terme « baster » se développe particulièrement au sein des communautés qui se construisent au XVIIIe siècle aux marges de la colonie du Cap. Le mot est aujourd’hui considéré comme injurieux et on tend à lui préférer celui de « Griqua », ethnonyme utilisé à partir du début du XIXe siècle pour désigner un groupe spécifique de populations en majorité « basters » de la moyenne vallée du fleuve Orange. Toutefois, un autre groupe particulier, vivant aujourd’hui en Namibie, revendique toujours ce terme et en a fait son autoethnonyme : les « Basters de Rehoboth » ou « Rehobothers ».

Le développement d'une identité « Baster » aux marges de la colonie du Cap au XVIIIe siècle

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L’émergence du terme puis d’une identité « baster » est indissociable de l’histoire de la colonie du Cap et plus particulièrement de ses marges[1]. En 1652, la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales (VOC) installe dans la baie du Cap un premier comptoir qui doit initialement seulement servir de point de ravitaillement. Deux ans plus tard, une haie d’amandes amères est plantée pour séparer les Européens des populations Khoekhoe locales, puis en 1657 la VOC libère certains de ses employés et les dote de terres à cultiver : le Cap devient une colonie. Malgré les résistances des Khoekhoe, son territoire s’étend progressivement, soutenu par une politique d’incitation à la colonisation menée par la VOC, qui fait venir sur place de plus en plus de colons. La Compagnie interdit la mise en esclavage des Khoekhoe, pour assurer la sécurité de la station et le maintien de liens économiques (achat de bétail notamment) mais des esclaves sont importés dès 1658 de Madagascar, puis d’Afrique de l’Est, du sous-continent indien et de l’archipel indonésien. En 1703, le gouverneur, Willem Adriaan Van der Stel autorise des fermiers à occuper des terres au-delà des limites de la colonie. Ces terrains sont progressivement incorporés au territoire de la colonie, poussant les « fermiers itinérants » (trekboers) toujours plus en avant, le long du désert du Karoo au nord et à l’est[2],[3],[4].

Ce front pionnier, sur lequel les autorités du Cap n’ont pas un contrôle strict, constitue une société hiérarchisée selon des critères de statuts (« hommes libres » vs « esclaves ») et religieux (« chrétiens » vs « païens ») sous-tendus par un implicite racial, même s’il est partiellement anachronique de parler de « race » pour cette époque (étant donné que ce concept ne sera pas véritablement théorisé avant le XIXe siècle)[5]. Toutefois, dans les marges coloniales, ces hiérarchies sont plus souples que dans les territoires contrôlés de manière plus direct par la pouvoir central du Cap, ce qui favorise des relations sociales plus fluides et des phénomènes de métissage et de créolisation plus important. Ces avant-postes de la colonie du Cap, dans lesquels l’institution maitresse est celle des kommandos[6], ne doivent donc pas être réduits à une simple colonisation par des agriculteurs européens[7]. C’est dans ce contexte spécifique que va se développer une identité « bastaard », mot néerlandais signifiant « bâtard » et qui deviendra « baster » en afrikaans. D'après l'historien Martin Legassick, le terme fonctionne avant tout comme un statut socio-économique qui permet aux individus ainsi catégorisés d’être considérés « plus civilisés » car plus proche des Européens, d’être propriétaires, d’occuper des emplois plus valorisés (voituriers, petits agriculteurs, artisans, ou servants pouvant remplacer le propriétaire en son absence), etc. Les personnes désignés comme « basters » adoptent le christianisme et travaillent à se différencier des Khoikhois, des Oorlams et des esclaves. Ainsi, si les « basters » sont souvent des « enfants de parentés mixtes, notamment entre Blancs et Khoïkhoï, mais aussi entre esclaves et Khoïkhoï »[8], il peut aussi servir à désigner des individus non-européens de parentés non-mixtes (Khoikhoi, esclaves, Oorlams, etc.) mais qui sont parvenus à gravir à minima la hiérarchie sociale de ces sociétés coloniales. C'est notamment le cas d'un des futurs dirigeants Griquas : Adam Kok[9].

Des Basters aux Griquas (XIXe siècle)

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Les Basters de Rehoboth

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Le mot de Baster (« bâtard ») qui peut avoir un sens péjoratif est néanmoins fièrement revendiqué par ceux qui sont ainsi désignés. En effet, le mot contient leur origine et leur histoire. Il leur permet également de se distinguer des Africains noirs auxquels ils ne veulent absolument pas être assimilés.

Les Basters ont adopté la religion des colons néerlandais et demeurent souvent de fervents calvinistes alors que leurs chansons traditionnelles prennent leurs sources dans les hymnes hollandais du XVIIe siècle.

Leur devise est « Croître dans la foi » (Groei in Geloof).

Connus également comme la « dernière tribu du Grand Trek », ils partagent la même langue que les Afrikaners : l’afrikaans. Les patronymes des Basters sont également des patronymes à consonance afrikaans.

Organisation

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Le conseil de Rehoboth en 1915 autour de Cornelius van Wyk (rang du milieu, second à partir de la gauche).

Les Basters sont traditionnellement dirigés depuis 1872 par un Kaptein :

  • Hermanus van Wyk (1868-1905), surnommé le « Moïse » de la nation des Basters, qui dirigea le trek depuis la colonie du Cap ;
  • Cornelius van Wyk (1906-1924) ;
  • Albert Mouton (1924-1925), non reconnu par tous ;
  • Nicolaas van Wyk (1924-1933), non reconnu par tous ;
  • Ben Africa (1977-1978), non reconnu par tous ;
  • Johannes « Hans » Diergaardt (1979-1998) ;
  • Dap Izaaks (1998-1999), intérim ;
  • John Mc Nab (1999-2020).

Démographie

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Le nombre de Basters reste imprécis. Il oscille entre 20 000 et 60 000 personnes.

Rehoboth en 1908.
Le conseil des Basters en 1923
Les basters ayant quitté la Colonie du cap en 1868 lors du Grand Trek, ils arrivent dans le Sud-Ouest africain et fondent la République libre du Rehoboth en 1870.

En 1868, un groupe de Basters quitte la colonie du Cap, entamant le Grand Trek à la quête d'une terre promise. C'est à un endroit appelé Rehoboth dans le Sud-Ouest africain (actuelle Namibie) qu'ils s'installent et où ils fondent en la République libre de Rehoboth.

Quelques-uns des Basters vont encore plus au nord et s'installent à Sa da Bandeira en Angola portugais où ils sont appelés « Ouivamo ». Ils y côtoient les Dorslandtrekkers.

Après l'annexion du Sud-Ouest africain à l'Allemagne en , les Basters collaborent rapidement avec les nouvelles autorités et servent de supplétifs à l'armée coloniale lors de la guerre des Hereros entre et . Ils sont récompensés par la reconnaissance administrative et juridique de leur territoire de Rehoboth.

La collaboration avec les Allemands cesse le à la suite du refus des Basters de s'enrôler à leur côté dans la Première Guerre mondiale. Au contraire, se considérant comme des Sud-Africains, ils offrent immédiatement leur service à l'armée sud-africaine. Mais le premier ministre Louis Botha refuse de les enrôler considérant que les Coloureds ne devaient pas se mêler d'une guerre entre l'Allemagne et l'Union de l'Afrique du Sud.

Dans les années 1920, les Basters tentent de faire reconnaitre leur république indépendante de Rehoboth auprès des nouvelles autorités sud-africaines du territoire mais sont refoulés. Les Basters de Sa da Bandeira sont aussi forcés de revenir dans le Sud-Ouest africain sur ordre du gouvernement sud-africain pour qui il était illogique que leurs cousins « illettrés et religieux » continuent de vivre en terre sauvage. En , la pétition des Basters pour se faire reconnaître comme peuple à décoloniser reste sans effet aux Nations unies.

Ils se voient reconnaître néanmoins l'autonomie dans le cadre du rapport Odendaal de (Baster Gebiet).

En , ils refusent de devenir des supplétifs de l'armée sud-africaine contre la SWAPO et déclarent leur neutralité. Ils se retranchent alors dans leur bantoustan semi-autonome du Rehoboth (ou Basterland ou Baster Gebiet) jusqu’à sa dissolution le en prélude à l'indépendance de la Namibie.

Les Basters n'en continuent pas moins à revendiquer leur nationalisme sud-africain, restant hostiles au gouvernement central de Namibie, et forment le Rehoboth Freedom Party.

Références

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  1. François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Éditions Points, coll. « Points », (ISBN 978-2-7578-5782-3), p. 244-252
  2. François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Éditions Points, coll. « Points », (ISBN 978-2-7578-5782-3), p. 164-170
  3. Myriam Houssay-Holzschuch, « Le Territoire volé, une géographie culturelle des quartiers noirs de Cape Town (Afrique du Sud) », theses.hal.science, Université Paris-Sorbonne - Paris IV,‎ , p. 65-74 (lire en ligne, consulté le )
  4. Léo Fortaillier, « Lutter contre la xénophobie par la cohésion sociale : la (dé)politisation ambivalente d’une mobilisation sans protestation dans la ville du Cap », theses.hal.science, Université de Toulouse,‎ , p. 505-507 (lire en ligne, consulté le )
  5. (en) Martin Legassick, « The Northern Frontier to c. 1840: The rise and decline ofthe Griqua people », dans Richard Elphick and Hermann Giliomee, The Shaping ofSouth African Societx 1652-1840, Middletown, Connecticut, Wesleyan University Press, 1989 (1979), 646 p. (ISBN 0-8195-6211-4), p. 363
  6. François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Éditions Points, coll. « Points », (ISBN 978-2-7578-5782-3), p. 246
  7. (en) Martin Legassick, « The Northern Frontier to c. 1840: The rise and decline ofthe Griqua people », dans Richard Elphick and Hermann Giliomee, The Shaping ofSouth African Societx 1652-1840, Middletown, Connecticut, Wesleyan University Press, 1989 (1979), 646 p. (ISBN 0-8195-6211-4), p. 359-367
  8. (en) Martin Legassick (trad. traduit par mes soins), « The Northern Frontier to c. 1840: The rise and decline ofthe Griqua people », dans Richard Elphick and Hermann Giliomee, The Shaping ofSouth African Societx 1652-1840, Middletown, Connecticut, Wesleyan University Press, 1989 (1979), 646 p. (ISBN 0-8195-6211-4), p. 370
  9. (en) Martin Legassick (trad. traduit par mes soins), « The Northern Frontier to c. 1840: The rise and decline ofthe Griqua people », dans Richard Elphick and Hermann Giliomee, The Shaping ofSouth African Societx 1652-1840, Middletown, Connecticut, Wesleyan University Press, 1989 (1979), 646 p. (ISBN 0-8195-6211-4), p. 369-370

Bibliographie

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  • (af) J. H. Rademeyer, Kleurling-Afrikaans: die taal van die Griekwas en Rehoboth-Basters, Swets & Zeitlinger, Amsterdam, 1938, 163 p.
  • (de) Maximilian Gustav Stephan Bayer, Die Nation der Bastards, Koloniale Abhandlungen, no 1, Berlin, 24 p. (traduction anglaise publiée en 1984)
  • (en) Rudolf G. Britz, Hartmut Lang et Cornelia Limpricht, A concise history of the Rehoboth Basters until 1990, Klaus Hess Publishers, Windhoek, 1999, 85 p. (ISBN 99916-7472-1) (Namibie) (ISBN 3-9804518-6-0) (Allemagne)
  • François-Xavier Fauvelle, Histoire de l'Afrique du Sud, Éditions Points, coll. « Points », 2016, p. 71-72, 244, 246-247, 288, 292, 344, 349 (ISBN 978-2-7578-5782-3)
  • (en) Martin Legassick,« the Northern Frontier to c. 1840: The rise and decline of the Griqua people », pp. 358-420, dans Richard Elphick, Hermann Giliomee, The Shaping of South African Society, 1652–1840, Wesleyan University Press, 2014, pp. 646 (ISBN 0819573760, 9780819573766).

Articles connexes

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Liens externes

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