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Felis silvestris

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Chat forestier, Chat sylvestre, Chat sauvage d’Europe, Chat sauvage (Stricto sensu)

Felis silvestris
Description de cette image, également commentée ci-après
Un chat forestier adulte dans le domaine des grottes de Han.
0.173–0 Ma
Classification MDD
Règne Animalia
Sous-embr. Vertebrata
Super-classe Tetrapoda
Classe Mammalia
Cohorte Placentalia
Ordre Carnivora
Sous-ordre Feliformia
Famille Felidae
Sous-famille Felinae
Genre Felis

Espèce

Felis silvestris
Schreber, 1777

Statut de conservation UICN

( LC )( LC )
LC  : Préoccupation mineure

Statut CITES

Sur l'annexe II de la CITES Annexe II , Rév. du 04/02/1977

Répartition géographique

Description de cette image, également commentée ci-après
  • Présence certaine
  • Présence probable
  • Extinction probable
  • Présence incertaine

Synonymes

Le Chat forestier ou sylvestre (Felis silvestris), également connu sous le nom de Chat sauvage d’Europe, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des félins. Proche parent du chat domestique (Felis catus), il s’en distingue par une morphologie plus robuste, une queue épaisse annelée à extrémité noire et un pelage généralement plus dense et uniforme. Espèce principalement forestière, il fréquente aussi des milieux semi-ouverts tels que les bocages, les lisières et les zones montagneuses. Discret et essentiellement nocturne, le chat forestier est un prédateur opportuniste dont le régime alimentaire se compose principalement de petits mammifères. Longtemps persécuté et menacé par la destruction de son habitat et l’hybridation avec le chat domestique, il bénéficie aujourd’hui de mesures de protection dans plusieurs pays de son aire de répartition.

Dénominations

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Le terme « chat sauvage » fut utilisé par rapports à ses anciennes dénominations et sa parentée supposée avec le chat domestique comme la dénomination Felis catus ferus.

Mais cette terminologie est eurocentrée, et elle est aussi utilisée dans certaines régions pour désigner plus largement un animal non domestique ressemblant à un chat mais n'appartenant pas forcément à l’espèce Felis silvestris. Au Canada français, le terme « chat sauvage » désigne indistinctement, dans le langage populaire, le lynx du Canada, le lynx roux[7] voire d’autres mammifères comme le raton laveur[8].

Étant donné que depuis 2017, le nom Felis silvestris ne désigne plus que deux sous-espèces européennes, les autres ayant été réparties chez les espèces F. lybica, l’appellation « Chat sauvage » est devenue erronée comme dénomination vulgaire recommendée en français et n’apparaît pas dans le document de la Cat specialist group[2].

Le nom « chat forestier » est une traduction en français de la terminologie binominale latine Felis silvestris « chat sylvestre » ; « chat des forêts ». Certaines sources prétendent que seule la sous-espèce nominale F. s. silvestris peut s’appeler « chat forestier », mais cette affirmation est incorrecte, cela est dû au fait que l’espèce-type est répartie par défaut dans les régions francophones d’Europe. Les noms « chat forestier » et « chat sauvage d’Europe » sont des synonymes.

Taxonomie et évolution

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Histoire taxinomique

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Illustration du « Chat sauvage » (Felis catus) dans l’Atlas de poche des mammifères de France, de la Suisse romane et de la Belgique, par Martin René, 1910.

Felis (catus) silvestris est le nom scientifique proposé en 1778 par Johann von Schreber lorsqu’il a décrit un chat sauvage à partir de textes du début du XVIIIe siècle et antérieurs[9].

Aux XIXe et XXe siècles, plusieurs spécimens types de chats sauvages ont été décrits et proposés comme sous-espèces, notamment :

  • Felis silvestris caucasica proposée par Konstantin Satunin en 1905 à partir de la peau d’une femelle recueillie près de Borjomi en Géorgie[10].
  • Felis grampia proposée par Gerrit Smith Miller Jr. en 1907 à partir de la peau et du crâne d’un chat sauvage mâle provenant d’Invermoriston en Écosse[11]. Miller révise sa classification en 1912, proposant Felis silvestris grampia après avoir examiné davantage de peaux de chats sauvages d’Écosse[12].
  • Felis tartessia, également proposée par Miller en 1907, à partir de la peau et du crâne d’un chat sauvage mâle provenant de Jerez de la Frontera dans le sud de l’Espagne[11]. Les chats sauvages vivant au nord des fleuves Douro et Èbre sont considérés comme étant plus petits que ceux du reste de la région[13]. Le taxon controversé Felis tartessia aurait conservé la taille et les proportions de la forme présente en Europe continentale durant les glaciations du dernier âge glaciaire[14].
Répartition historique du complexe d'espèces « Felis silvestris » (le chat forestier est représenté en vert).

L'espèce Felis silvestris regroupait historiquement jusqu'à une vingtaine de sous-espèces[15]. Une étude menée en 2007 a conduit au regroupement de ces divisions en six sous-espèces distinctes[16]. À cette époque, le nom scientifique Felis silvestris désignait au sens large l'ensemble des « chats sauvages » (incluant le chat domestique, le chat orné, le chat de Biet ou le chat ganté), le chat forestier (aujourd’hui Felis silvestris) étant considéré comme la sous-espèce type : Felis silvestris silvestris.

Le genre Felis était alors représenté de la manière suivante (selon l'étude de 2007)[16] :

Systématique actuelle

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En 2017, une révision taxonomique de l'UICN a élevé plusieurs sous-espèces au rang d'espèces distinctes (comme Felis lybica). Désormais, Felis silvestris se restreint au chat forestier européen et ses populations proches.

En 2017, les deux sous-espèces reconnues comme valides sont[2],[17] :
Nom binominal, vernaculaire, auteur et images Description[17] Distribution[17] Synonymes
Chat forestier d’Europe
F. s. silvestris
Schreber, 1777
(sous-espèce type)
Un peu plus petit et plus élancé, avec une longueur tête-corps variant de 43 à 91 cm chez les mâles et de 40 à 77 cm chez les femelles, pour un poids maximal de 7,3 kg pour les mâles. Son pelage est long et épais en hiver, brun-gris à brun-jaunâtre, avec un motif de rayures noires bien marqué sur la tête, le cou et les membres, ainsi qu’une bande dorsale distincte. La queue est touffue, ornée de plusieurs anneaux noirs avec une extrémité noire.

Originaire de : Albanie, Andorre, Autriche, Biélorussie, Belgique, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, France, Allemagne, Grèce, Hongrie, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Macédoine, Moldavie, Monténégro, Pologne, Portugal, Roumanie, Russie, Serbie, Slovaquie, Slovénie, Espagne, Suisse, Ukraine et Royaume-Uni. Possiblement éteint : République tchèque. Éteint : Pays-Bas.

-
Chat sauvage du Caucase
F. s. caucasica
Satunin, 1905
Légèrement plus grand et plus massif que son homologue européen, avec une longueur tête-corps de 63 à 75 cm pour les mâles. Il présente un pelage plus clair, grisâtre, avec des motifs latéraux et caudaux plus discrets. La queue est relativement courte, avec généralement trois anneaux noirs et une extrémité noire.

Originaire de : Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Russie et Turquie.

-

Les spécimens provenant des îles méditerranéennes ne sont pas considérés comme indigènes mais introduits par l'Homme[18],[19],[20], notamment :

  • Felis lybica var. sarda (Sardaigne, 1885).
  • Felis reyi (Corse, 1929).
  • F. s. cretensis (Crète, 1953).

Phylogénie

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Les analyses phylogénétiques de l’ADN nucléaire indiquent que la radiation évolutive des félidés a débuté en Asie durant le Miocène, il y a environ entre 8,38 et 14,45 millions d’années[21]. Les analyses de l’ADN mitochondrial suggèrent quant à elles une radiation entre 6,46 et 16,76 millions d’années[22].

Le chat forestier appartient à une lignée qui se serait séparée de l’ancêtre commun du genre Felis il y a environ 0,59 à 1,62 million d’années[21]. Ces modèles s’accordent pour considérer le Chaus (F. chaus) comme la première espèce à s’être différenciée au sein du genre, suivie par le chat à pieds noirs (F. nigripes), le chat des sables (F. margarita), puis le complexe comprenant le chat ganté et le chat sauvage d'Europe[21],[22].

Des restes fossiles suggèrent que le chat forestier descend probablement de Felis lunensis (Chat de Martelli) au Villafranchien, il y a plus d’un million d’années. La transition vers la forme moderne se serait achevée durant l’interglaciaire Holsteinien, il y a environ 325 000 à 340 000 ans[14].


Phylogénie basée sur l'ADN nucléaire

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Position du Chat forestier au sein des lignées de félidés[21],[23],[22] :

Felis






Chat domestique (F. catus)



Chat forestier (F. silvestris)





Chat ganté (F. lybica)



Chat de Biet (F. bieti)





Chat des sables (F. margarita)




Chat à pieds noirs (F. nigripes)




Chat de jungle (F. chaus)




Phylogénie basée sur l'ADN mitochondrial

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Divergence entre le Chat forestier et les lignées de chats sauvages africains[20] :

Felis




Chat ganté


Chat domestique



Chat de Libye (F. l. lybica)




Chat orné (F. l. ornata)



Chat de la cafrerie (F. l. cafra)




Chat forestier




Chat de Biet (F. bieti)




Chat des sables (F. margarita)





Description

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Forme et dimensions

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Mensurations moyennes et poids

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En moyenne, les mâles présentent une longueur tête-corps de 57 à 61 cm avec une queue de 30 à 32 cm. Les femelles mesurent en moyenne de 51 à 57 cm[24] avec une queue de 29 à 30 cm. La queue dépasse presque toujours 50% de la longueur tête-corps. La hauteur au garrot est comprise entre 35 et 40 cm.

La longueur et le poids du chat forestier ont souvent été exagérés dans le passé. Les études de Condé et Schauenberg[25], portant sur 177 individus français, ont établi les moyennes suivantes : 5 kg pour les mâles (maximums de 7,7 kg hors saison, et jusqu'à 8,1 kg pour des cas exceptionnels)[26] et 3,5 kg pour les femelles (maximum de 4,95 kg hors gestation, et jusqu'à 6,2 kg avec contenu stomacal)[27].

La masse varie de façon saisonnière (jusqu'à 2,5 kg d'amplitude)[28]. Le poids est à son maximum à l'automne, en prévision de l'hiver, et diminue du début du printemps jusqu'à la fin de l'été en raison du rut et de la mue.

Dans la culture populaire, ce félin est souvent décrit avec des proportions démesurées. Cela s'explique parfois par des mesures réalisées sur des spécimens naturalisés : les traitements imposés aux peaux peuvent occasionner un allongement artificiel de 20% de la longueur totale[29].

Les populations ibériques présentent des particularités : les grands mâles d’Espagne atteignent 65 cm de longueur pour un poids de 7,5 kg. Ils possèdent des dents proportionnellement plus grandes, leur régime étant davantage axé sur le Lapin européen que les populations du nord (douro et èbre) plus dépendantes des rongeurs[30]. La capacité crânienne du chat forestier varie de 31 à 53 cm2.

Le chat forestier dispose d’une excellente vue en faible luminosité, d’un odorat fin et d’une ouïe très développée. Ses oreilles sont larges à la base et ses yeux sont jaunes. Les canines et les dents carnassières sont particulièrement adaptées à la mise à mort et à la section des chair de ses proies[31].

Caractéristiques distinctives

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Fourrure d’un chat forestier étalée, montrant les marques caractéristiques.

Le pelage présente des marques diagnostiques précises : Une Bande dorsale dessinée sous la forme d’une ligne noire unique et continue s'étend du garrot à la racine de la queue[24]. La queue est épaisse et cylindrique, elle porte deux à quatre anneaux noirs fermés et se termine par un manchon noir arrondi[32]. Le front est marqué de quatre bandes sombres se divisant en petites taches. On observe souvent quatre ou cinq rayures noires de la face vers la nuque, dessinant une « lyre » au-dessus des yeux[24]. Sur les flancs, des rayures ou taches irrégulières perpendiculaires à la ligne dorsale, plus diffuses en pelage d'été[32].

Le menton, le museau et l’intérieur des oreilles sont blancs. Trois teintes dominantes existent : une teinte grise argentée, une teinte rousse fauve ou plus rarement sombre/mélanique (principalement en Écosse).

Variation saisonnière

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Le pelage d'hiver, entre octobre à mars est plus foncé, plus dense, jusqu'à 30 000 poils/cm2, et plus long, de 6 à 7 cm sur le dos, que le pelage d'été, avec 5 500 à 24 000 poils par cm2 pour 2 à 3 cm de long. La mue dure environ six semaines[33].

Comparaison avec le chat domestique

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Distinguer un chat forestier d'un chat domestique de type européen est une tâche complexe. Le chat forestier est généralement plus robuste avec un pelage plus long et touffu[34]. Les principaux critères visuels sont : La queue : courte, cylindrique et épaisse, terminée par un bout arrondi chez le chat forestier, contre une queue plus longue, effilée et pointue chez le domestique[35]. Le stop nasal : Plus marqué, avec une courbure entre le front et le museau. Et enfin le volume crânien : Supérieur chez le chat forestier[35].

La seule distinction absolue reste l'analyse génétique. Les naturalistes utilisent aussi l'indice intestinal, la longueur de l'intestin rapportée à la longueur tête-corps. Le tube digestif du chat forestier est nettement plus court, de 92 à 170 cm, que celui du chat domestique, de 155 à 254 cm[35]. Toutefois, cette méthode nécessite une mesure rigoureuse sur un spécimen mort et peut manquer de précision selon la texture des tissus[33].

Cependant, l’hybridation croissante entre les deux espèces rend l'identification visuelle des individus de plus en plus incertaine dans certaines régions[36].

Distribution et habitat

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Distribution géographique

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Les chats forestiers étaient largement répandus en Europe au Pléistocène. Lors du retrait des glaces, ils se sont adaptés aux forêts denses. Historiquement, leur aire de répartition couvrait l'ensemble du continent jusqu'au Caucase, à l'exception de l'Irlande, de la Corse[37] et de la Sardaigne[33]. Les changements climatiques, mais surtout la déforestation humaine, ont entraîné un fort déclin des populations aux XVIIIe siècle et XIXe siècle siècles.

La dynamique actuelle de reforestation en Europe de l'Ouest favorise une recolonisation. L’espèce occupe aujourd'hui les massifs forestiers d'Europe de l'Est, centrale et de l'Ouest, de l'Écosse jusqu'à la Turquie. Elle demeure toutefois absente de Scandinavie, d'Islande, d'Angleterre et du pays de Galles.

L'espèce est limitée par l'enneigement : elle évite les régions où la neige recouvre plus de 50 % du sol, dépasse 20 cm d'épaisseur ou persiste plus de 100 jours par an. Cela explique sa rareté en haute altitude ; dans le Jura, il est rare au-dessus de 1 000 m et, d'une manière générale, peu présent au-delà de 800 m[38].

La population la plus septentrionale se situe dans le nord et l’est de l’Écosse[39]. Le chat forestier est une espèce qui bénéficie de la reforestation, mais il nécessite des massifs hétérogènes. Les études télémétriques indiquent qu'il privilégie les lisières (intérieures et extérieures) pour la chasse aux petits mammifères et aux oiseaux[38].

Distribution par pays

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En France, deux populations principales sont disjointes : La population du Grand Quart Nord-Est (des Ardennes jusqu'à la Corrèze et la Savoie), connectée aux populations du Benelux et d'Allemagne. La population Pyrénéenne, reliée à la péninsule Ibérique, présente principalement dans les piémonts jusqu'à 1 700 à 1 800 m d'altitude[38].

Après avoir frôlé l'extinction au XXe siècle siècle, l'espèce recolonise ses anciens territoires. En 2012, sa présence était avérée dans 44 départements, avec une densité plus forte dans les Vosges et le Jura. Des observations récentes confirment son retour dans le Massif des Bauges (Savoie) en 2022 après un siècle d'absence[40]. Un reliquat de population semble également subsister dans le Massif de l'Esterel, dans le Var[38].

En Allemagne

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Le Rhin constitue une barrière biogéographique majeure entre les populations de l'Eifel (à l'ouest) et celles situées à l'est. En 2025, une observation exceptionnelle a été signalée dans le Schleswig-Holstein, suggérant une dispersion naturelle au-delà de l'Elbe[41].

Présent essentiellement dans le massif du Jura, le chat forestier y est protégé depuis 1963. Il privilégie les forêts de feuillus ou mixtes à lisières riches en campagnols. Bien que bon grimpeur, il vit surtout au sol et utilise des terriers de blaireaux ou des tas de bois pour s'abriter[42].

L'hybridation avec le chat domestique constitue sa principale menace en Suisse : on estime que 15 à 20% de la population féline du Jura sont des hybrides, ce qui menace l'intégrité génétique de l'espèce à long terme[43].

Italie, Pologne et Pays-Bas

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En italie, Trois populations fragmentées existent (Centre-Sud, Alpes orientales et Sicile). La population sicilienne est la seule population insulaire méditerranéenne considérée comme autochtone[44]. En Pologne, la population se concentre dans les Carpates, en lien avec les massifs slovaques et ukrainiens. Et aux Pays-Bas, des observations sporadiques entre 1999 et 2004 suggèrent une recolonisation par des individus provenant d'Allemagne[45].

Le chat forestier est une espèce sylvicole dont le territoire doit être composé d'au moins 3<% de zones boisées. Il privilégie les grands massifs de feuillus et délaisse les plantations de résineux ou les châtaigneraies méditerranéennes.

Il recherche des milieux variés : lisières, clairières de régénération, vallons avec cours d'eau et coteaux ensoleillés. Les zones humides (roselières, forêts riveraines) sont également fréquentées, notamment près du Danube ou des grands lacs de Champagne[38].

La neige est un facteur limitant majeur : au-delà de 10 cm, ses déplacements sont entravés, ce qui provoque des migrations saisonnières vers des altitudes plus basses dans le Caucase ou les Alpes. Bien que craintif, il peut tolérer une promiscuité humaine momentanée si son gîte est protégé par des fourrés denses comme les ronces ou les terres en friches[46].

En Écosse, l'habitat diffère notablement, l'espèce occupant des landes ouvertes à bruyères (62%) et des forêts de résineux (24%).

Écologie et comportement

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Le chat forestier est un animal solitaire et territorial. En France et en Italie, il est principalement nocturne et crépusculaire ; toutefois, dans les zones peu perturbées par l'homme, il peut présenter une activité diurne significative[47]. Sa longévité en milieu naturel peut dépasser dix ans, comme l'atteste l'observation d'un individu en Sicile suivi sur une période de neuf ans[48].

D'un naturel extrêmement timide, il évite tout contact humain. Son rythme d'activité dépend étroitement de la disponibilité des proies et de la pression anthropique. Une étude menée en Lorraine a démontré une grande variabilité individuelle : si la majorité des individus s'activent entre 16h et 18h pour s'arrêter vers 5h ou 7h du matin, certains peuvent être actifs à toute heure[49]. Les conditions météorologiques extrêmes, comme de fortes chutes de neige, réduisent ses déplacements au strict nécessaire.

Le domaine vital moyen est d'environ 3 km2, mais les distances parcourues quotidiennement varient de 4,3 à 12,1 km (avec des pointes à près de 20 km). On distingue deux stratégies spatiales : les femelles occupent des domaines plus restreints. Leur vitesse de déplacement est faible (225 à 1 065 mètres par heure), correspondant à une chasse à l'affût ou stationnaire. Les mâles patrouillent sur de vastes territoires à une vitesse moyenne plus élevée (1 215 à 2 031 mètres par heure), alternant chasse itinérante, marquage territorial et visite de gîtes.

Le marquage s'effectue notamment par des lacérations sur des troncs à écorce fibreuse (sureau, jeunes résineux). Ces marques, situées entre 30 et 40 cm de hauteur, servent également à l'entretien des griffes dont les enveloppes cornées s'exfolient et se retrouvent parfois au pied des arbres.

Alimentation

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Le régime alimentaire est composé à plus de 90% de petits mammifères (micro-mammifères). Les besoins quotidiens sont estimés entre 400 et 500 g de nourriture. Le chat forestier chasse exclusivement au sol, à l'approche ou à l'affût, bien qu'il soit excellent grimpeur. Ses proies varient selon les régions : en Europe occidentale, il chasse principalement des campagnols, mulots, rats et lérots. Il peut occasionnellement capturer des oiseaux (passereaux, galliformes) ou de petits carnivores comme la belette (Mustela nivalis) et l’hermine (Mustela erminea). En Écosse, il a été observé chassant le lapin de garenne, ils constituent l'essentiel de son alimentation, avec une fréquence de 91% dans les fèces). En Europe de l'Est et dans le Caucase, le régime est plus diversifié, incluant des rats musqués, des batraciens, des poissons et même des écrevisses en zone humide. En hiver, la consommation de charognes d'ongulés (Chevreuil, Cerf élaphe, Chamois) est documentée, représentant jusqu'à 15% de l'apport calorique en Slovaquie.

Reproduction

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La période de reproduction s'étend de mi-décembre à mi-août, avec un pic de naissances entre mars et mai. La femelle n'élève généralement qu'une seule portée par an (une seconde est possible en cas de perte de la première). La gestation dure environ 66 jours.

Les gîtes de mise bas sont choisis pour leur protection contre les intempéries : ronciers denses, souches creuses, trous d'arbres ou bâtiments abandonnés. La femelle nettoie le site 24 à 48 heures avant la mise bas mais n'apporte aucun matériau de litière.

Une portée compte généralement de un à quatre chatons, rarement cinq. Les nouveau-nés pèsent environ 135 g, ouvrent les yeux entre le 7e et le 12e jour ; les premiers déplacements se font vers 20 jours. Le sevrage débute vers un mois et s'achève vers quatre mois, bien que la consommation de viande commence dès le 30e jour. Le poids adulte est atteint vers 10 mois, mais la croissance osseuse se poursuit jusqu'à 18 ou 19 mois.

En milieu naturel, les études montrent souvent un sex-ratio biaisé en faveur des mâles, à savoir deux mâles pour une femelle contrairement aux observations en captivité où il est équilibré.

Le chat forestier et l’Homme

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Le chat forestier est devenu rare dans la majeure partie de son aire de répartition européenne. Bien qu'il bénéficie d'une protection légale, plusieurs menaces pèsent sur sa survie :

L'hybridation avec le chat domestique représente la menace principale pour l'intégrité génétique de l'espèce. Le croisement avec des chats domestiques (notamment les chats harets) produit des hybrides fertiles. En Écosse, la population sauvage est jugée « non viable » en raison d'une introgression massive (plus de 20% d'hybrides)[50]. En Suisse, le taux d'hybridation dans le Jura est estimé entre 15 et 20%[51]. À l'inverse, l'Allemagne centrale et l'Europe de l'Est conservent des taux d'hybridation faibles (inférieurs à 5%)[52].

La fragmentation de l'habitat, à savoir, la destruction des forêts de feuillus et la disparition des corridors biologiques (haies, bosquets) isolent les populations, limitant le brassage génétique et augmentant les risques de collisions routières.

Malgré sa protection, il arrive que des individus soient abattus par erreur lors d'opérations de régulation des chats errants ou par acte de braconnage.

Protection et conservation

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Le chat forestier est inscrit à l’Appendice II de la CITES, à l’Annexe II de la Convention de Berne et à l’Annexe IV de la Directive Habitats-Faune-Flore de l’Union européenne.

Le chat sauvage bénéficie d'une protection totale depuis l'arrêté ministériel du 17 avril 1981. Il est interdit de le capturer, de le perturber intentionnellement ou de dégrader son milieu. L'espèce est actuellement dans une phase d'expansion géographique, notamment dans le Nord-Est, les Pyrénées et plus récemment en Savoie[53].

L’association Bund für Umwelt und Naturschutz Deutschland (BUND) a lancé le projet « Réseau de sécurité pour le chat forestier ». Ce plan vise à créer un réseau de 20 000 km de corridors écologiques (haies et bandes boisées) pour reconnecter les massifs forestiers de plus de 500 km2[54].

Royaume-Uni

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En Angleterre, l'espèce a disparu depuis des siècles. Un programme de réintroduction dans le Devon et en Cornouailles est prévu à partir de 2024, marquant son retour après 500 ans d'absence. En Écosse, Face au risque d'extinction, un plan d'action coordonné par NatureScot a autorisé la réintroduction de chats élevés en captivité dans les Cairngorms en 2023. 19 individus ont été relâchés pour renforcer la population sauvage[55].

Protégé depuis 1963, le félin a recolonisé le Jura et a été aperçu dans le canton de Genève pour la première fois depuis 1887. Des modélisations de l'Université de Genève suggèrent que la stérilisation des chats domestiques errants est la mesure la plus efficace pour prévenir l'assimilation génétique du chat sauvage à long terme[56]. Des opérations de réintroduction ciblées ont eu lieu par le passé, notamment à La Sarraz (Suisse) entre 1971 et 1974 pour renforcer les effectifs locaux[57].

Notes et références

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Références

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  1. ASM Mammal Diversity Database, consulté le 8 novembre 2025.
  2. a b c d et e (en) Kitchener, A. C., « A revised taxonomy of the Felidae: The final report of the Cat Classification Task Force of the IUCN Cat Specialist Group », Cat News, no Special Issue 11,‎ , p. 17–20 (lire en ligne)
  3. a b et c Meyer C., ed. sc., 2015, Dictionnaire des Sciences Animales. [lire en ligne]. Montpellier, France, Cirad. [12/05/2015].
  4. (en) Murray Wrobel, Elsevier's Dictionary of Mammals : in Latin, English, German, French and Italian, Amsterdam, Elsevier, , 857 p. (ISBN 978-0-444-51877-4, lire en ligne)
  5. Nom en français d'après l'Inventaire National du Patrimoine Naturel, sur le site Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN)
  6. Nom en français d'après l'UICN sur le site de la liste rouge de l'UICN
  7. (fr) Peter Jackson et Adrienne Farrell Jackson (trad. Danièle Devitre, préf. Dr Claude Martin, ill. Robert Dallet et Johan de Crem), Les Félins : Toutes les espèces du monde, Turin, Delachaux et Niestlé, coll. « La bibliothèque du naturaliste », , 272 p., relié (ISBN 978-2603010198 et 2-603-01019-0). « Lynx roux, Lynx bai », p. 195
  8. (fr) Chat sur le site du CNRTL
  9. (de) Schreber, J. C. D., Die Säugthiere in Abbildungen nach der Natur mit Beschreibungen (Dritter Theil), Erlangen, Expedition des Schreber'schen Säugthier – und des Esper'schen Schmetterlingswerkes, , 397–402 p., « Die wilde Kaze »
  10. (de) Satunin, K. A., « Die Säugetiere des Talyschgebietes und der Mughansteppe », Mitteilungen des Kaukasischen Museums, no 2,‎ , p. 87–402
  11. a et b (en) Miller, G. S., « Some new European Insectivora and Carnivora », Annals and Magazine of Natural History, seventh Series, vol. 20, no 119,‎ , p. 389–401 (DOI 10.1080/00222930709487354, lire en ligne)
  12. (en) Miller, G. S., Catalogue of the Mammals of Western Europe in the collection of the British Museum, London, British Museum (Natural History), , 464–465 p.
  13. (es) Purroy, F. J. et Varela, J. M., Guía de los Mamíferos de España. Península, Baleares y Canarias, Barcelona, Lynx Edicions,
  14. a et b (en) Kurtén, B., « On the evolution of the European Wild Cat, Felis silvestris Schreber », Acta Zoologica Fennica, vol. 111,‎ , p. 3–34
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