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Éric Dacheux

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Éric Dacheux
Éric Dacheux en 2023
Fonction
Professeur des universités
Biographie
Naissance
(59 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Française
Formation
Activité
Autres informations
Influencé par
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Œuvres principales
délibéralisme ; conflit intégrateur ; incommunication

Éric Dacheux est un universitaire français, professeur des universités en sciences de l’information et de la communication.

Ses travaux portent principalement sur la conflictualité de l’espace public, la communication européenne, l’incommunication et les relations entre économie sociale et solidaire (ESS) et communication. Ses recherches contribuent au débat public vis à vis des dimensions conflictuelles de la démocratie[1] et de la construction des désaccords dans les sociétés contemporaines[2].

Titulaire d’un DEUG de sciences économiques (université Clermont I, 1987), Éric Dacheux obtient un doctorat en sciences de l’information et de la communication en 1994 sous la direction d’Armand Mattelart. Il a été dix ans Maître de conférence à l’IUT de Roanne (Université Jean Monnet de Saint-Etienne). Après avoir passé son habilitation à diriger des recherches (HDR) avec Dominique Wolton (2000), il est devenu, en 2006, professeur à l’Université Blaise-Pascal Clermont II, devenue par la suite Université Clermont Auvergne.

Parcours académique et responsabilités

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En 2006, Éric Dacheux crée le groupe de recherche Communication et Solidarité, groupe rattaché au Laboratoire de recherche sur le Langage de l’université Blaise-Pascal Clermont II. Il dirige ce groupe pendant cinq ans (2006-1011). Devenu laboratoire de recherche en 2012, celui-ci est renommé Communication et Sociétés en 2017. IL développe des recherches interdisciplinaires sur les problématiques de civilisations étrangères et les mutations contemporaines de la communication[3]. Il est membre de l’axe de recherche Communication, innovations sociales et économie sociale et solidaire au sein de ce laboratoire[4].

En 2011, il cofonde et dirige le pôle clermontois de l’Institut des sciences de la communication (ISCC) sous la responsabilité du CNRS[5], jusqu'en 2017.

Entre 2012 et 2017, il dirige avec Gloria Maffet l'une des quatre spécialités du master Communication, stratégie internationale et interculturalité (CSII), la spécialité Communication et Solidarité, une formation spécialisée dans la communication des collectivités territoriales et des acteurs de l’économie sociale et solidaire

En 2023, il cofonde et porte la Chaire Communication des acteurs de l’économie sociale et solidaire et de l’innovation sociale[6] (CASSIS), consacrée à l’analyse et à l’accompagnement des pratiques communicationnelles des organisations de l’ESS. La chaire intègre alors le réseau des chaires ESS portée par le Réseau Inter-Universitaire de l'Economie Sociale et Solidaire[7].

Activités de recherche

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Les travaux d’Éric Dacheux s’inscrivent dans le champ des sciences de l’information et de la communication et portent principalement sur les relations entre communication, démocratie et transformations sociales[8]. Ils s’organisent autour de plusieurs axes structurants.

Conflictualité de l’espace public

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Dans le prolongement des travaux de la théorie critique et des recherches sur l’espace public, il analyse la dimension conflictuelle de la délibération démocratique. Ses travaux interrogent les conditions de possibilité d’un débat public pluraliste et les tensions constitutives des processus communicationnels.

Communication européenne

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Il a consacré plusieurs ouvrages et articles à la communication de l’Union européenne[9],[10],[11]qu’il étudie comme un enjeu politique et symbolique. Il s’intéresse notamment aux difficultés de construction d’un espace public européen et aux limites des dispositifs institutionnels de communication.

Incommunication

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Éric Dacheux développe une réflexion sur le concept d'incommunication popularisé par Dominique Wolton. Avec Dacheux, l'incommunication est entendue non comme simple échec de la communication, mais comme dimension constitutive des interactions sociales. Il en propose une approche théorique visant à penser les malentendus, les conflits interprétatifs et les asymétries symboliques.

Délibéralisme et économie sociale et solidaire

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Il a également proposé le concept de « délibéralisme »[12],[13] aux cotés de Daniel Goujon, qui articule théorie délibérative et économie sociale et solidaire. Cette approche vise à penser les pratiques économiques alternatives comme des espaces de construction collective du sens qui s'émancipent des pratiques de communication propres à l'économie marchande.

Réception académique

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Les travaux d’Éric Dacheux ont fait l’objet de recensions dans plusieurs revues académiques en sciences de l’information et de la communication, en science politique et en sciences sociales.

Communication européenne et espace public

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Ses analyses de la communication de l’Union européenne ont été discutées dans différentes notes de lecture. À propos de L’impossible défi. La politique de communication de l’Union européenne (2004), Zineb Benrahhal Serghini souligne l’effort de synthèse théorique et la mise en perspective critique des dispositifs institutionnels européens, tout en inscrivant l’ouvrage dans le prolongement des débats sur l’espace public et de la lecture critique des travaux de Jürgen Habermas en France[14].

Concernant Comprendre le débat sur la constitution de l’Union européenne (2005), François Foret relève que l’auteur propose une réflexion critique sur les conditions du débat public européen, insistant sur ses limites structurelles (poids des élites, dépendance à l’agenda institutionnel), tout en défendant son potentiel démocratique.

Incommunication et conflictualité

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Les travaux consacrés à l’incommunication ont été présentés par plusieurs recenseurs comme une tentative de déplacement théorique au sein des sciences de la communication. Ils mettent l’accent sur la conflictualité constitutive des échanges sociaux et sur les asymétries symboliques, en rupture avec une approche strictement consensualiste de la communication. Dans une lecture analytique de Comprendre pourquoi on ne se comprend pas (2023), Sylvie Thiéblemont-Dollet souligne que l'ouvrage illustre les limites de la communication numérique, qui ne remplace pas la communication humaine réciproque. Plus largement, elle indique que l'ouvrage déconstruit huit clichés du « prêt-à-penser communicationnel » qui véhiculent de fausses interprétations de la communication[15] ». Gilles Pinte quant à lui estime que l’ouvrage met en évidence la complexité des processus d’intercompréhension, en soulignant la dimension contextuelle et médiatique de la construction du sens[16].

L'ouvrage Communiquer l’invisible (2021) qu'Eric Dacheux et Tourya Guaaybess ont coordonné a également été discuté par la communauté scientifique. Claudia Farini indique que les études de cas du mouvement des Gilets jaunes et des minorités LGBTQI++ illustrent les tensions entre expression citoyenne, cadrage médiatique et limites institutionnelles. Si l'approche reste parfois descriptive et éclatée que l’ensemble manque d’un fil critique unifiant qui articule réellement visibilité, pouvoir et médiatisation, le livre réussit à rendre tangible un concept souvent abstrait et invite à repenser l’espace public et la participation citoyenne sous l’angle de l’incommunication et de l’invisibilité, ce qui en fait un outil stimulant pour chercheurs et praticiens[17].

Économie solidaire et délibéralisme

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Le concept de « délibéralisme » a été discuté comme une contribution située au croisement de la théorie politique, des sciences de la communication et des études sur l’économie sociale et solidaire.

L’ouvrage Principes d’économie solidaire (2011), coécrit avec Daniel Goujon, a été analysé par David Hiez comme une tentative d’articulation entre économie solidaire et théorie délibérative. Celui-ci souligne l’originalité de la proposition, tout en pointant certaines tensions conceptuelles liées à la transposition des modèles délibératifs au champ économique.,

Stéphanie Martin-Vavasseur souligne qu'à travers le concept de délibéralisme, Eric Dacheux prolonge la notion d’agir communicationnel d’Habermas et la rapproche de la notion d’« incommunication » empruntée à Dominique Wolton[18].

A propos de l'ouvrage Défaire le capitalisme, refaire la démocratie. Les enjeux du délibéralisme (2020), Raphaël Porteilla affirme que l’ouvrage se distingue par une approche interdisciplinaire et pragmatique, combinant analyse théorique et illustrations empiriques, et propose des pistes d’action concrètes pour repenser les politiques économiques et sociales au-delà des paradigmes capitalistes[19].

Enfin, Patrice de la Broise note que l’ouvrage Théorie délibérative des valeurs : de la valeur travail à un travail sur les valeurs (2024) met en lumière la contribution des sciences de l’information et de la communication à l’analyse de la valorisation et de la délibération sur les valeurs[20].

Publications (sélection)

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Éric Dacheux est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages, de plus d’une soixantaine de chapitres d’ouvrages collectifs et d’environ une centaine d’articles scientifiques, publiés dans des revues françaises et internationales.

  • Associations et communication. Critique du marketing, CNRS Éditions, 1998.
  • Vaincre l’indifférence : les associations dans l’espace public européen, CNRS Éditions, 2000.
  • L’impossible défi. La politique de communication de l’Union européenne, CNRS sciences politiques, 2004.
  • Comprendre le débat sur la constitution de l’Union européenne, Publibook, 2005.
  • Communiquer l’utopie. Économie solidaire et démocratie, L’Harmattan, 2008.
  • Principes d’économie solidaire (avec D. Goujon), Ellipses, 2011. ISBN : 9782729863029
  • BD et lien social, CNRS Éditions, 2014.
  • Sans les citoyens, l’Europe n’est rien, L’Harmattan, 2016.
  • L’espace public (dir), CNRS Éditions, 2019.
  • La communication (dir), CNRS Éditions, 2019.
  • Défaire le capitalisme, refaire la démocratie : les enjeux du délibéralisme (avec D. Goujon), Érès, 2020.
  • Communiquer l’invisible (dir), PUN - Édulor, 2021.
  • Comprendre pourquoi on ne se comprend pas, CNRS Éditions, 2023.
  • Théorie délibérative des valeurs, Publications de l'Université de Provence - P.U.P., 2024
  • L'espace public éclaté (dir), CNRS Éditions, 2025

Notes et références

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  1. « L’honneur de la politique c’est de défendre des convictions, de provoquer des désaccords féconds de manière à favoriser la critique citoyenne », sur Le Cercle des Communicants et des Journalistes Francophones (CCJF), (consulté le )
  2. « Pour une économie collaborative et solidaire ! », sur France Culture, (consulté le )
  3. Pascal IMBERDIS, « Organisation du laboratoire Communication et Sociétés en axes de recherche », sur Laboratoire Communication & Sociétés (consulté le )
  4. Pascal IMBERDIS, « Thème 1 : CISESS », sur Laboratoire Communication & Sociétés (consulté le )
  5. La Montagne, « Une coopération scientifique actée par une convention » Accès libre,
  6. Maud Turcan, « "Pour une société durable" : l'économie sociale et solidaire se fait une place à l'Université Clermont Auvergne », La Montagne,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  7. « Chaires – RIUESS » (consulté le )
  8. Mr Mondialisation, « Crise de la communication : 16 clefs pour sauver la démocratie », (consulté le )
  9. Place Publique, « Entretien avec Eric Dacheux : « pas de communication européenne sans projet politique ». », sur Le site des initiatives citoyennes, (consulté le )
  10. « Interview Eric Dacheux : L'Europe et nous ! », sur www.mapausecafe.net (consulté le )
  11. « VIDEO. La BD, cet outil de campagne pour simplifier l'Europe », sur Franceinfo, (consulté le )
  12. « Le délibéralisme », sur Le délibéralisme (consulté le )
  13. Sandrine Planchon, « Le « délibéralisme », une alternative économique au cœur des recherches d'Eric Dacheux », sur 7 Jours à Clermont, (consulté le )
  14. Zineb Benrahhal Serghini, « Eric Dacheux, L’impossible défi. La politique de communication de l’Union Européenne », Études de communication. langages, information, médiations, no 27,‎ 2004/déc./01 (ISSN 1270-6841, DOI 10.4000/edc.222, lire en ligne, consulté le )
  15. Sylvie Thiéblemont-Dollet, « Éric Dacheux, Comprendre pourquoi on ne se comprend pas », Questions de communication, no 44,‎ 2023/déc./31, p. 481–483 (ISSN 1633-5961, DOI 10.4000/questionsdecommunication.33948, lire en ligne, consulté le )
  16. Pinte, Gilles, « Éric Dacheux, Comprendre pourquoi on ne se comprend pas », Lectures,‎ (ISSN 2116-5289, lire en ligne, consulté le )
  17. Claudia Farini, « Éric Dacheux, Tourya Guaaybess (dirs), Communiquer l’invisible. Nancy, Presses universitaires de Nancy – Éd. universitaires de Lorraine, coll. Visibilité, médiatisation, interculturalités, 2021, 254 pages », Question de communication, vol. 40, no 2,‎ (lire en ligne)
  18. Stéphanie Martin-Vavasseur, « Communication des entrepreneurs à impact. Une communication sous contrainte numérique entre visibilité, viabilité et éthique environnementale », Interfaces numériques, vol. 14, nos 2-3,‎ (ISSN 2259-1001, lire en ligne, consulté le )
  19. Raphaël Porteilla, « Éric Dacheux, Daniel Goujon, Défaire le capitalisme, refaire la démocratie. Les enjeux du délibéralisme, (Éditions Érès, 2020) », Recherches Internationales, vol. 117, no 1,‎ , p. 214–216 (lire en ligne, consulté le )
  20. Patrice de La Broise, « Éric Dacheux et Daniel Goujon, Théorie délibérative des valeurs : de la valeur travail à un travail sur les valeurs », Études de communication. langages, information, médiations, no 64,‎ 2025/juin/30, p. 231–233 (ISSN 1270-6841, DOI 10.4000/14b5r, lire en ligne, consulté le )

Liens externes

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