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Influence (politique)

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L'influence en politique a pour objectif de modifier le comportement d'une cible sans recours à la contrainte ou la coercition, dans une visée électorale ou politique (obtenir un vote, ou un soutien). Dans ce cas, les individus ciblés agissent de leur plein gré, consciemment ou pas, alors que dans le cas de la contrainte ils agissent consciemment contre leur gré. Les mutations récentes des techniques d'influence font que la désinformation ne se contente plus d'être spectaculaire ou massive : renforcée par l'utilisation des réseaux sociaux, de l'IA et en particulier d'agents intelligents, elle devient subtile, territorialisée, personnalisée et persistante. Elle s'appuie sur les dynamiques sociales du Web 2.0, sur la porosité des frontières médiatiques et sur la crédulité des internautes, induite par la proximité apparente. Face à ces tactiques, la résilience informationnelle des sociétés démocratiques dépend de leur capacité à détecter, comprendre et neutraliser ces formes hybrides d'ingérence.

Influence en politique

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L'influence suppose la mise en œuvre de stratégies : susciter l'imitation d'un modèle, ou rechercher la persuasion grâce à une rhétorique efficace, agissant parfois sur les catégories mentales de l'influencé (en le « formatant ») ; ou encore organiser la coopération d'acteurs en vue d'une action commune sur l'opinion de l'influencé. Soit, par exemple la politique de prestige d'un pays, une campagne médiatique ou l'action d'un groupe de pression sur les élus.

Il existe des organisations vouées à l'influence : les lobbies, les think tanks, les sociétés de pensée, les ONGetc. : si elles n'exercent pas (ou peu) de pouvoir direct, elles sont efficaces par leur capacité de convaincre, de faire partager leur point de vue, leurs valeurs, leurs objectifs ou leurs idéaux.

Il est possible d'opposer l'influence à l'autorité en politique intérieure. La seconde est ostensible, asymétrique, basée sur la croyance en la légitimité de celui (ou de l'institution) qui commande et vise à obtenir une obéissance intériorisée.

En politique étrangère, on oppose plutôt l'influence à la puissance (ressources, armées, terres, population…). Par l'influence (les Américains parlent volontiers de soft power) un État peut en amener un autre à partager ses vues, voire ses valeurs ou son idéologie, à imiter ses institutions, ses mœurs ou son économie, à valoriser son image, à apprécier sa culture ou ses produits…

Techniques d'influence idéologiques et politique

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L'influence peut employer des moyens légaux et loyaux (soft power), plus coercitifs (hard power) et/ou illégaux et agressifs (sharp power), et elle peut prendre la forme de diversions ou de Manipulation mentale sophistiquée.

Par exemple, une technique employée par les États-Unis est la gestion de la perception (en anglais perception management). Il s'agit d'un concept inventé par le Department of Defense visant à influencer les émotions, les motivations et les raisonnements objectifs des populations étrangères[1].

Désinformation globale et locale ; guerre cognitive dans le cyberespace

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Grâce aux lanceurs d'alerte qui ont dénoncé le Scandale Facebook-Cambridge Analytica, où des informations personnelles volées à des dizaines de millions d'internautes ont servi à profiler des électeurs afin d'influencer leurs intentions de vote en faveur d'hommes politiques ou de partis ayant payé Cambridge Analytica pour cela, via notamment une plateforme logicielle intelligente dénommée « Ripon », créée par AggregateIQ[2]), l'avènement du Web 2.0 et des réseaux sociaux, puis de l'IAg (intelligence artificielle générative) ont transformé le cyberespace en lieu de développement de stratégies et de guerres d'influence. Les groupes politiques et divers États et autres groupes d'intérêts non étatiques y déploient des opérations de manipulation de l'information à grande échelle, visant à orienter les perceptions individuelles et collectives, fragmenter, cliver ou opposer les opinions, et affaiblir ou détruire la cohésion sociale[3].

Des méthodes d'influence politique existent depuis des siècles (diffusions de rumeurs, libelles, mais les NTIC et l'intelligence artificielle ont récemment permis de les multiplier et de les déclinér pour divers profils psychologiques, presque à l'infini. Dans ce contexte, la désinformation ne se limite plus aux grandes campagnes internationales : elle s'infiltre désormais dans les sphères locales, en exploitant les codes de la proximité et de la crédibilité régionale ou locale (par exemple, parmi le noms de fausses plateformes d'information, d'origine russe, détectées en 2025 par les chercheurs de la section Cyber threat analsis de Recorded Future, on trouve actubretagne[.]fr ; actuiledefrance[.]fr ; nouvelle-aquitaine-aujourdhui[.]fr ; ardennesinfolive[.]fr ; vosges-enligne[.]fr ; echorhonealpes[.]fr ; flash-bourgognefranchecomte[.]fr ; info-grand-est[.]fr ; lactualite-provencale[.]fr ; lefocus-occitanie[.]fr ; lejournalnormand[.]fr ; midi-pyreneesactualite[.]fr ; nordactuquotidien[.]fr ; normandie-actusinfos[.]fr ; nouvelles-deshautsdefrance[.]fr ; sudouestdirect[.]fr). Les fausses nouvelles, fausses images et fausses vidéo et les faux sites d'informations sont au cœur de ces stratégies d'influence[3].

Par exemple, en France en 2025, les autorités ont identifié une prolifération de faux sites de désinformation francophones (au moins 141 créés dans l'année) ayant l'apparence et la structuration de médias régionaux[3]. Sous couvert d'une supposée légitimité journalistique ancrée localement, ils trompent les lecteurs, souvent en mélangeant de vraies informations avec des stories inventées[3]. L'un des créateurs de ces sites est John Mark Dougan (américain installé en Russie) qui dit utiliser l'intelligence artificielle pour amplifier des récits ciblés, qui ont selon lui touché près de 40 millions d'internautes en Occident[3].

Classiquement, les « faussaires » créent des sites crédibles, les font vivre discrètement sur le long terme, puis quand leurs clients le souhaitent, ils y injectent de faux contenu, à des moments clés (avant des élections par exemple). Selon une source sécuritaire française, cette méthode vise à donner à ses plateformes une apparente crédibilité et légitimes, faisant qu'elles ne seront pas rapidement désactivées quand elles deviennent actives en masse. Ce type de stratégie s'inscrit dans une logique de guerre cognitive, où la manipulation de l'environnement informationnel précède l'action politique[3].

La Russie investit beaucoup dans ce champ de l'influence[4], mais elle n'est pas seule. Des chercheurs ont également identifié des réseaux similaires liés à des intérêts chinois, utilisant des pseudo-médias pour diffuser des récits favorables à leurs agendas géopolitiques. Ces opérations combinent des techniques de marketing digital, des algorithmes de diffusion virale et des narratifs calibrés pour exploiter les failles de la confiance publique[5].

Financements

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Une grande partie des réseaux d'influence est souterraine voire secrète et donc non évaluée. Certaines fuites (comme dans le Scandale Facebook-Cambridge Analytica) ont toutefois permis d'avoir des données sur les coûts de certaines stratégies d'influence (comme celles qui ont abouti au Brexit). Et certains réseaux d'influence comme l'Atlas Network (en français Réseau Atlas, anciennement connu sous le nom d' Atlas Economic Research Foundation ou en français : Fondation Atlas pour la recherche économique), au service du Libertarianisme de droite (et de certaines industries, comme l'Industrie du tabac, depuis 1981 publient des informations sur leurs adhérents (ex : 589 laboratoires d'idées et partenaires co-animés dans 103 pays en 2023) et sur leurs dépenses (budget conséquent, de 28 millions de dollars, essentiellement issus de dons d'entreprises et de milliardaires en 2023)[6].

Influences dans les institutions européennes

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L'influence dans et sur les institutions européennes a deux volets : d'une part politique, exercée par les grands États au travers des nominations et décisions politiques du Conseil, et d'autre part technique, via le lobbying exercé par divers groupes d'intérêt.

L'influence au sein du Conseil est essentiellement celle des grands États (Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie; Espagne) qui y disposent naturellement de plus de voix. Des arrangements semi-informels, tels le compromis de Ioannina (désormais officialisé par des règles de majorité qualifiée), ont visé à rééquilibrer le pouvoir de décision entre « grands » et « petits ».

La pratique du lobbying s'est pour sa part développée suivant le modèle anglo-saxon, notamment par le biais de groupes d'intérêt de tous horizons qui interviennent auprès des membres du Parlement européen et des services de la Commission, que ce soit directement ou lors des périodes de consultation qui précèdent la publication de la version finale d'un rapport d'orientation ou Livre vert par cette dernière[7].

Le cas de la Russie

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Des chercheurs américains du groupe Recorded Futureʼs Insikt Group, ont par exemple, en 2025, étudié le cas du réseau d'influence clandestin russe CopyCop (également connu sous le nom de Storm‑1516). Ils notent que depuis mars 2025, ce réseau a considérablement étendu ses opérations en créant plus de 300 sites web fictifs, dont 200 nouveaux ciblant les États‑Unis, la France et le Canada, ainsi que des plateformes usurpant l'identité de médias, de partis politiques et de mouvements en France, au Canada et en Arménie, qui ont comme principaux objectifs d'affaiblir le soutien occidental à l'Ukraine et d'accentuer les divisions politiques dans les pays démocratiques qui la soutiennent. Ce réseau a aussi des objectifs secondaires dans la sphère d'influence russe, notamment en Arménie et en Moldavie. Ses contenus sont amplifiés par un écosystème d'influenceurs pro‑russes et d'autres réseaux comme Portal Kombat et InfoDefense.

Leurs tactiques incluent la diffusion de deepfakes, de faux entretiens avec des lanceurs d'alerte, et de dossiers créés pour sembler compromettants vis-à-vis de dirigeants de pays membres de l'OTAN. En 2025, CopyCop conserve une forte capacité d'engagement sur les réseaux sociaux, et une influence notable sur le discours politique. L'identification et l'exposition publique de ces réseaux est l'un des moyens, pour les gouvernements, les journalistes et les chercheurs soucieux de défendre les institutions démocratiques, de lutter contre les ingérences informationnelles russes.

Le Debunkage de ces informations prend du temps et est peu efficace, et de son côté CopyCop a aussi créé une structure régionale simulant une organisation de vérification des faits (diffusant des contenus en turc, ukrainien et swahili, des langues jusqu'alors inédites dans son arsenal). Beaucoup de ces sites pro-Kremlin semblent opérés par John Mark Dougan, avec le soutien du Centre d'expertise géopolitique de Moscou et du Glavnoïé Razvédyvatel'noïé Oupravlénié (la direction principale du renseignement de l'État-Major russe ou GRU) ; depuis la guerre russo-ukrainienne, ils servent d'infrastructure pour propager à grande échelle des récits pro‑russes et anti‑ukrainiens, souvent générés par intelligence artificielle, à l'aide de modèles LLM non censurés basés sur Llama‑3 de Meta[8].

Notes et références

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  1. « L'attractivité et l'influence, les deux faces du Perception Management », Revue Collaboratif-info, novembre 2010.
  2. (en) « The Aggregate IQ Files, Part One: How a Political Engineering Firm Exposed Their Code Base | UpGuard », sur upguard.com (consulté le ).
  3. a b c d e et f « De la propagande pro-russe et pro-chinoise distillée dans nos infos locales », sur Franceinfo, (consulté le ).
  4. Rapport de chercheurs américains sur l'influence pro-russe : https://assets.recordedfuture.com/insikt-report-pdfs/2025/cta-ru-2025-0917.pdf.
  5. Rapport de l'Institut de recherche stratégique de l'Ecole militaire (IRSEM) sur l'influence pro-chinoise : https://www.irsem.fr/storage/file_manager_files/2025/10/focus-3-charon-a4-ok.pdf.
  6. Anne-Sophie Simpere, Le réseau Atlas, la France et l'extrême-droitisation des esprits, Paris, Observatoire des multinationales, , 58 p. (lire en ligne).
  7. Sonia Mazey, Jeremy J. Richardson, « La Commission européenne : une bourse pour les idées et les intérêts », Revue française de sciences politiques, vol. 46, no 3,‎ , p. 409-430 (lire en ligne).
  8. Cyber Threat Analysis (33 pages) https://assets.recordedfuture.com/insikt-report-pdfs/2025/cta-ru-2025-0917.pdf.

Articles connexes

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Bibliographie

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  • Claude Revel et Eric Denécé, L'autre guerre des États-Unis, économie : les secrets d'une machine de conquête, Robert Laffont, 2005.
  • Ludovic François (dir.), Business sous influence, Éditions d'organisation, 2004, (ISBN 2-7081-3102-8).
  • Puissance et influence', revue Agir no 14, Printemps 2003 (ISBN 2-914319-08-8).
  • François-Bernard Huyghe, Maîtres du faire croire. De la propagande à l'influence, Vuibert, 2008, (ISBN 978-2-7117-1194-9).
  • Laurent Jacquet, Lexique du Renseignement, de l'Information et de l'Influence, Éditions L'Esprit du Livre, Paris 2010.