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Jeannette Pointu

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Jeannette Pointu
Portrait de Jeannette Pointu à la station Janson du métro léger de Charleroi.
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Jeannette Pointu est une série de bande dessinée créée par Marc Wasterlain dans Spirou en 1982. Dupuis a publié les vingt premiers albums de la série de 1983 à 2005 ; le vingt-et-unième l'a été par Mosquito en 2020[1].

Description

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Journaliste que son métier conduit à faire des reportages dans le monde entier, Jeannette Pointu découvre des lieux aussi différents que les ruines atlantes, l'Amazonie ou la planète Mars. C'est, selon Patrick Gaumer, « une des séries les plus réussies des années 1980 [...], inhabituelle dans le registre parfois sclérosé de la bande dessinée tout public »[2].

Personnages

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  • Jeannette Pointu : héroïne des aventures de la collection. Reporter photographe, elle parcourt le monde et témoigne de la cruelle actualité. Elle n'hésite pas à prendre parti pour les opprimés, les faibles et les démunis et à narguer les plus sanglants et potentats.
  • Nelly : Infirmière pour "Médecins du Monde", que Jeannette Pointu retrouvera dans différents pays au cours de ses voyages.
7. Le Dragon vert, 1983. Publié dans Spirou en 1982.
  • Série régulière :
  1. Le Fils de l'Inca, 1985 (ISBN 2-8001-1133-X). Publié dans Spirou en 1982-1983.
  2. 4 x 4, 1986 (ISBN 2-8001-1411-8). Publié dans Spirou en 1986.
  3. Le Dragon vert, 1987 (ISBN 2-8001-1482-7). Publié dans Spirou en 1982.
  4. Yeren, le singe qui marchait debout, 1987 (ISBN 2-8001-1557-2). Publié dans Spirou en 1987.
  5. Reportages, 1989 (ISBN 2-8001-1598-X). Publié dans Spirou en 1988.
  6. Le Secret atlante, 1992 (ISBN 2-8001-1932-2). Publié dans Okapi.
  7. Mission sur Mars, 1993 (ISBN 2-8001-2037-1). Publié dans Okapi.
  8. Le Tigre de Tasmanie, 1994 (ISBN 2-8001-2103-3). Publié dans Spirou en 1992-1993.
  9. Les Femmes girafes, 1995 (ISBN 2-8001-2180-7). Publié dans Okapi.
  10. Casque bleu, 1995 (ISBN 2-8001-2210-2). Publié dans Spirou en 1994-1995.
  11. Le Monstre, 1996 (ISBN 2-8001-2257-9). Publié dans Okapi.
  12. Les Fourmis géantes, 1997 (ISBN 2-8001-2425-3). Publié dans Spirou en 1997.
  13. Le Trésor des calanques, 1998 (ISBN 2-8001-2578-0). Publié dans Okapi.
  14. Le Grand Panda, 1999 (ISBN 2-8001-2789-9). Publié dans Spirou en 1998-1999.
  15. Aventure virtuelle, 2000 (ISBN 2-8001-2939-5). Publié dans Spirou en 1999-2000.
  16. Les Hommes-feuilles, 2001 (ISBN 2-8001-3091-1). Publié dans Spirou en 2001[3].
  17. Opération clonage, 2002 (ISBN 2-8001-3223-X). Publié dans Spirou en 2002.
  18. Femmes massaïs, 2003 (ISBN 2-8001-3347-3) Contient les histoires « Ngorongoro » (Tanzanie), « Burka » (Afghanistan), « Indi » (Inde), « Road Train » (Australie), « Nying-Ba » (Népal) et « La pédégère » (une grande ville). Publié dans Spirou en 2002-2003.
  19. Les Amazones, 2004 (ISBN 2-8001-3478-X) Contient les histoires « Les Amazones » (Amazonie), « La pirate » (mer de Chine), « Chien jaune » (porte-avions Charles de Gaulle), « La petite fugueuse » (une banlieue), « Femmes peules » (Niger). Publié dans Spirou en 2003-2004.
  20. Chasseurs de Tornades, 2005 (ISBN 2-8001-3643-X) Contient les histoires « Chasseurs de tornades » (États-Unis), « Bois d'ébène », « La Reine des sables », « Tambalacoque », « La Mer perdue » (mer d'Aral) et « Erébus » (Antarctique). Publié dans Spirou en 2004-2005.
  • Collection « Lily Mosquito »
21. Fake news fiction, 2020 (ISBN 978-2-352-83531-8)

Des aventures réalistes et d'actualité

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Thierry Groensteen évoque une « réussite éclatante » qui « atteste l'ampleur et la fécondité d'un talent encore largement méconnu »[4], un exemple de « la véritable bande dessinée adulte »[4]. Il y loue la capacité de l'auteur à évoquer des problèmes politiques contemporains — guerre civile, trafic de drogue, corruption, malnutrition, etc. — sans tomber dans « les écueils de la complaisance morbide, du didactisme sentencieux, du moralisme à bon marché et de la bonne conscience confortable » ; ainsi Jeannette Pointu tente d'aider certains individus sans prétendre changer le cours général des choses. Le réalisme des histoires de Jeannette Pointu est reconnu au delà de la frontière de la BD, notamment la description des conflits et la géopolitique, puisque, par exemple, un journaliste Thaïlandais avait fait un article sur la BD pour souligner l'exactitude du travail de l'auteur[5].

Une caractéristique de cette série est la densité de son scénario, bâti sur des bases scientifiques et géopolitiques solides, mais doublée d'une grande fantaisie et d'une construction feuilletonesque digne des grands classiques du magazine Spirou. Comme le note J-J Lalanne : « Ainsi le grand talent de Wasterlain consiste, à travers une œuvre trépidante de fiction, à rendre compréhensibles et inquiétants - et donc nous inciter à intervenir pour les solutionner - les enjeux planétaires qui interpellent notre société actuelle bien inconsciente et inconséquente »[6].

Dans les Cahiers de la Bande Dessinée, T.Groensteen complète sa critique du même livre en notant : « S'il y a une justice au royaume de la bande dessinée, voilà un album qui devrait définitivement imposer Wasterlain comme l'un des plus grands auteurs du moment »[4]. Sur cet album, il est tout d'abord salué la synthèse faite entre bande dessinée, aventure et la description précise des grands maux de ce monde: « Wasterlain a réussi une synthèse magistrale de tous les cancers qui rongent ces régions infortunées. L'hégémonisme des grandes puissances, la guerre civile, les trafics d'armes et de drogue, la corruption, la piraterie, la malnutrition, les épidémies et le drame des réfugiés fournissent matière à autant de péripéties qui montrent la complexité de situations quasi inextricables »[4].

Pour l'album "Le fils de l'Inca" (1er de la collection mais 2ème réalisé), L.Delisse retrouve avec plaisir ce qui a fait le premier album et note : « Le talent graphique de Wasterlain n'a jamais été si net, ni si sensible le don presque charismatique qu'il a de nous conter les événements atroces avec placidité, et des sentiments quelque peu naïfs avec une force de conviction et une nouveauté d'allure exemplaires »[7].

L'aventure, les problèmes de société, la place de la femme sont complétés par des histoires liées aux problèmes environnementaux. En 2005, pour le vingtième albums "Chasseurs de tornades", Jeannette Pointu va vivre six histoires liées à la dégradation de la biodiversité avec des thèmes comme les tornades, la déforestation, la remise en culture de zones désertiques, la protection des espèces animales et l'impact anthropique sur le climat (mer asséchée, fonte des glaces). Le cocktail de la collection reste présent mélant violence, insolite et fantastique[6].

Une des rares femmes héroïne de bande dessinée

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Cette nouvelle série est aussi l'occasion de voir apparaitre une des rares héroïnes de BD des années 80. Comme le note T.Groensteen: « Avant d'être reporter, Jeannette Pointu est une femme. Et c'est d'abord en femme qu'elle réagit. Son regard n'est pas le regard neutre et froid de l'objectif photographique, c'est le regard sensible et généreux d'un être humain, d'une femme qui ne répond nullement au stéréotype de la baroudeuse de choc »[4]. Dès la première histoire, l'auteur offre un personnage féminin convaincant et peu stéréotypé, bien que conforme à la « tradition scoutiste et tintinienne » du héros défendant les opprimés[5].

La série voit plusieurs de ses albums consacrés à la condition féminine, comme “Femmes Massaïs” (no 18) et “Les Amazones” (no 19). Cela est réalisé sous la forme de portraits de femmes de tous les pays, sujettes de reportages de Jeannette Pointu. Sur Bedetheque, A.Legrain note : « Face à l’injustice dont souffrent ces femmes, Jeannette ne peut rester indifférente et s’investira à fond afin de la combattre oubliant ainsi son rôle d’observatrice. Au fil des rencontres, elle apprendra qu’il n’y a pas de fatalité et que c’est l’action conjuguée de toutes les bonnes volontés qui fera reculer l’injustice. Indécrottable humaniste, Wasterlain réitère ici sa foi dans l’espèce humaine »[8].

Mélange de réalisme et de fiction

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Une caractéristique de cette série est la densité de son scénario, bâti sur des bases scientifiques et géopolitiques solides, mais doublée d'une grande fantaisie et d'une construction feuilletonesque digne des grands classiques du magazine Spirou. Comme le note J-J Lalanne : « Ainsi le grand talent de Wasterlain consiste, à travers une œuvre trépidante de fiction, à rendre compréhensibles et inquiétants - et donc nous inciter à intervenir pour les solutionner - les enjeux planétaires qui interpellent notre société actuelle bien inconsciente et inconséquente »[6].

Les histoires de Jeannette Pointu sont remplies de références à la bande dessinée et au cinéma, comme par exemple à Tintin, à Hergé avec l'histoire du yéti "Yeren", mais aussi aux références de Wasterlain que sont Franquin, Tillieux et Will. On note, pour le cinéma, le bateau "Le crabe tambour"[9].

En parallèle à ces références, les personnages réels apparaissent régulièrement. Les noms sont modifiés mais on reconnait Yves (Coppens) l'archéologue, Florence (Arthaud) la navigatrice, Diane (Fossey) et ses gorilles, parmi d'autres. Jeannette Pointu, reporter photographe, parcourant le monde et ses conflits en solitaire, s'inspire de différents modèles dans la vie réelle dont Marine Royer, connue pour ses reportages en Afghanistan. Et comme tout professionnel qui risque sa vie pour faire son métier, Jeannette Pointu est régulièrement exposée à une mort brutale. Soit comme témoin, soit directement face à une attaque contre elle. Ainsi dans les deux premiers albums, à des moments charnières ou Jeannette accomplit une bonne action, une rafale de mitraillette la vise directement ou elle est ensevelie sous un éboulement de pierres[10].

Même si les aventures sont plus réalistes que la série du même auteur, le Docteur Poche, ces histoires restent empreintes de poésie et de rêverie. Très réaliste pour ses premiers albums, le fantastique apparait dès "Le secret Atlante" (1992). Pour les livres suivants, le réel et le fantastique se méleront comme avec "Mission sur Mars" (1993) ou "Aventure virtuelle" (2000) dont A.Ledoux écrit : « Document et technologie à l'appui, Wasterlain lance son intrépide héroïne au coeur des jeux les plus perfectionnés. En utilisant à bon escient les progrès techniques, ce virtuose des contes à bulles donne à cette nouvelle aventure de nouvelles dimensions et entraîne le lecteur dans l'imagination la plus pure »[11]

Un parcours éditorial chaotique

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La création et la publication des aventures de Jeannette Pointu n'a pas été aussi lisse que pour d'autres séries de bande dessinée. Initialement prévue pour le journal francais "La vie catholique", la série est pré-publiée dans Spirou. Elle se retrouvera ensuite en alternance en pré-publication dans Okapi et dans le queotidien belge "Le Soir". Les débuts de la série sont poussifs : le premier album "Le Dragon vert" est publié dans une collection parallèle aux éditions Dupuis intitulé "Carte blanche à...": une collection fourre-tout qui sera très critiquée et l'éditeur reconnaitra son erreur: considérer dès le départ que la série ne fonctionnerait pas. L'album sera ensuite réintégré dans la collection de la série mais avec cinq planches en moins pour retrouver la pagination des albums Dupuis[6]. En 1984, pour la sortie du "Dragon Vert", T.Groensteen note l'excellence de cette première aventure de Jeannette Pointu. Il met en avant cette nouvelle héroïne, loin des clichés, sur un scénario réaliste et dense. Il déplore cependant le choix de l'éditeur: « Cet album inaugural est sans conteste un chef-d'oeuvre qui méritait assurément mieux que de paraitre dans une collection ("Carte blanche") servant de banc d'essai » [12]. De même, F-X.Burdeyron aurait aimé que l'éditeur lui consacre une série à part entière [13].

Notes et références

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  1. Bedetheque, « Jeannette Pointu », sur bedetheque.com, (consulté le )
  2. Gaumer (2004)
  3. Xavier Glaizes, « Jeannette pointure », BoDoï, no 43,‎ , p. 14.
  4. a b c d et e Thierry Groensteen, Les Cahiers de la Bande Dessinée, Glénat, no 56 « Dossier Juillard », , p. 47 (ISSN 0759-2221) 
  5. a et b Thierry Groensteen et Thierry Smolderen, Les Cahiers de la Bande Dessinée, Glénat, no 67 « Dossier Wasterlain », , p. 47 (ISSN 0759-2221) 
  6. a b c et d Jean-Jacques Lalanne, HOP!, no 163 « Wasterlain Actualité BD », (ISSN 0768-9357) 
  7. Luc Delisse, L'année de la bande dessinée, Glénat, no 2, , p. 52 
  8. A.Legrain, « Jeannette Pointu: 19 Les Amazones », sur bedetheque.com, (consulté le )
  9. Daniel Hughes, Les Cahiers de la Bande Dessinée, Glénat, no 67 « Dossier Wasterlain: Les sources du merveilleux », , p. 25 (ISSN 0759-2221) 
  10. Luc Delisse, Les Cahiers de la Bande Dessinée, Glénat, no 67 « Dossier Wasterlain », , p. 34 (ISSN 0759-2221) 
  11. Alain Ledoux, Sapristi!, CNL, no 45 « Dernières nouvelles du front: Aventure virtuelle », , p. 81 (ISSN 0752-2840[à vérifier : ISSN invalide]) 
  12. Thierry Groensteen, A Suivre, Casterman, no 72 « Comes "Eva" », (ISSN 0180-3840) 
  13. Francois-Xavier Burdeyron, PLGPPUR, APJABD, no 15 « Wasterlain le poète de la BD », , p. 50 (ISSN 0223-0844) 

Bibliographie

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