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Institut de recherche des médias du Moyen-Orient

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Institut de recherche des médias du Moyen-Orient (MEMRI)
Image illustrative de l’article Institut de recherche des médias du Moyen-Orient
Logo du MEMRI.
Situation
Création 1998
Siège Washington
Organisation
Personnes clés Yigal Carmon, Meyrav Wurmser (fondateurs)

L’Institut de recherche des médias du Moyen-Orient (anglais : Middle East Media Research Institute, acronyme MEMRI, et en hébreu המכון לחקר התקשורת המזרח התיכון, acronyme ממר"י) est une organisation non gouvernementale de surveillance des médias islamiques au Moyen-Orient[1]. Il travaille en coordination avec le gouvernement israélien[2].

Le MEMRI a été cofondé par un ancien officier de renseignement militaire israélien, Yigal Carmon, et par Meyrav Wurmser, une politologue américaine d'origine israélienne. Il a pour objectif déclaré de faire connaître des contenus de la presse moyen-orientale (en arabe, persan, ourdou, pachto et dari[3]) à un public occidental ne maîtrisant pas ces langues. Il les traduit notamment en anglais, français et espagnol. À la lecture de ces traductions, David Ben Soussan déclare : « comprendre le Moyen-Orient par les médias dévoile une réalité tout à fait différente de celles que projettent ses diplomates ou ses officiels dans les chancelleries[4] ». Ces traductions sont envoyées gratuitement de manière régulière et massive aux médias, aux institutions et aux responsables politiques occidentaux, notamment les membres du Congrès des Etats-Unis[5].

Les critiques du MEMRI le décrivent comme un groupe de défense fortement pro-israélien qui vise à dépeindre le monde arabe et musulman sous un jour négatif par la production et la diffusion de traductions incomplètes ou inexactes, et en traduisant sélectivement les vues des extrémistes, tout en ignorant les opinions dominantes[6]. Le MEMRI lui-même se présente comme « indépendant » et « non partisan »[7][8],[9].

Le MEMRI est une organisation non gouvernementale qui n'accepte le financement d'aucun gouvernement[10]. Il fonctionne en tant qu'organisation « indépendante, non partisane, non lucrative », et possède un statut de non imposable selon la loi américaine[11]. Le MEMRI est financé par 250 donateurs, et quelques fondations, parmi lesquels la Lynde and Harry Bradley Foundation, la plus importante fondation de la droite américaine[5]. Il bénéficie de surcroît de solides soutiens à Washington[5].

L'Institut de recherche des médias du Moyen-Orient est fondé en par Yigal Carmon, ancien colonel des services de renseignement israéliens pendant 22 ans, puis conseiller en contre-terrorisme des Premiers ministres israéliens Itzhak Shamir et Itzhak Rabin en collaboration avec la néoconservatrice israélo-américaine Meyrav Wurmser, épouse du conseiller de Dick Cheney, David Wurmser, et membre de l'exécutif politique néo-conservateur américain[5].

Son organigramme, mis en ligne sur son site internet et depuis supprimé (2002), comprend six personnes, dont trois sont d'anciens membres des services de renseignement israéliens et un est un ancien officier d'artillerie de Tsahal[8].

Au micro de Studioqualita, Nathalie Sherman, directrice du département francophone du MEMRI, explique les origines de l’organisation[12] : « Ça a commencé avec Arafat parce que bon, il y avait des pourparlers et Arafat très clairement tenait un certain discours aux médias arabes et un autre discours aux puissances étrangères et c'était énorme ! Or les puissances étrangères ne connaissaient pas l'arabe à l'époque, encore moins qu'aujourd'hui (…) donc le fossé était gigantesque et il fallait absolument révéler ce qui se disait (…) c'est comme ça qu’a commencé MEMRI et peu à peu ça s'est étendu ».

Le MEMRI attire davantage l'attention de la presse depuis les attentats du .

Selon Haaretz[13], le MEMRI travaille en coordination avec le gouvernement israélien[2], qui lui sous-traite la surveillance des médias palestiniens depuis 2012[2], ainsi qu'à une autre organisation privée, le Palestinian Media Watch[2].

En , Youtube désactive la chaîne du MEMRI quelques heures après des signalements d'incitation à la haine[13] : ses opposants affirment « qu’il préfère mettre en avant des positions extrémistes plutôt que des positions plus modérées[13] ».

Le MEMRI a son siège social à Washington[11] et des bureaux à Jérusalem.

Le site du MEMRI explique les objectifs de l'institut : traduire en anglais, français et espagnol, des contenus de la presse moyen-orientale en arabe, persan, ourdou, pachto et dari, ce qui lui permet de faire connaître cette presse à un public occidental. Sa chaîne MEMRI TV surveille les principales chaînes de télévision arabes et iraniennes et en fournit des extraits sous-titrés. Selon le Wall Street Journal, « Le MEMRI combat le Hamas en disant au monde ce que disent ses dirigeants[14] ». Yigal Carmon, cofondateur du MEMRI, affirme que son institut « cite la presse contrôlée par le gouvernement et non des publications obscures ou extrémistes, un fait reconnu par ses détracteurs » (...) : « Nous savons qu’il y a des gens qui remettent en question notre travail, probablement ceux qui ont des difficultés à voir la vérité. Mais personne ne peut montrer quoi que ce soit de mal dans nos traductions[15]. »

Documenter l’antisémitisme

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David Bensoussan, ancien président de la Communauté sépharade unifiée du Québec, analyse ses contenus : « Les contenus des médias du Moyen-Orient ne sont pas uniformes. Ce qui frappe toutefois, c’est le nombre sidérant de propos racistes et de fatwas hallucinantes qui pullulent dans les médias moyen-orientaux, réalité qui est le plus souvent du temps négligée par les analystes. L’ignorance de la dichotomie des doubles discours n’avance pas la compréhension ou l’avancement de la paix. (…). Cette ignorance laisse fermenter une haine qui à la longue se traduit par des actes terroristes[4] ». Par exemple, la vidéo du sermon de l’imam de la Grande mosquée de la Mecque, en arabe, elle n’était pas accessible aux occidentaux. Le MEMRI l’a traduite : « les chiites, les communistes, les Juifs, les Chrétiens : Ô Allah! Divise-les, affaiblis-les, fais-leur subir les pires souffrances. Fais en sorte que les Djihadistes les décapitent[4]. »

Depuis le 7 octobre 2023, le MEMRI documente de plus en plus les discours antisémites en langue arabes notamment, qui se développent au sein même des pays occidentaux : des militants politiques pro-Frères musulmans, pro-Iran, pro-Hamas et pro-FPLP, ou proches de l’extrême-droite identitaire ou fasciste[16]. Enfin, sa veille permet également de repérer les « courants progressistes minoritaires au Moyen-Orient, qui développent une réflexion politique humaniste »[16]. Les journalistes classifiés comme « progressistes ou libéraux » par le MEMRI interviennent, généralement, sur des médias financés par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, et se caractérisent par leur soutien à la politique des États-Unis au Moyen-Orient et leur hostilité au nationalisme arabe, à l'islam politique et à la lutte armée palestinienne[5]. Une fois repéré par le MEMRI, il peuvent bénéficier d'un accès privilégié aux centres de recherche néoconservateurs, aux médias et aux autorités américaines[5].

Élargissements du champ d’investigation du MEMRI

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À d’autres régions

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Le MEMRI a commencé à traduire les médias du monde arabo-musulman, en arabe, en farsi, en ourdou et en pachtou, ainsi que les contenus diffusés par des chaînes de télévision arabes, iraniennes, sud-asiatiques, en farsi, turques, nord-africaines et par satellite. Elles s’étendent désormais aux médias russes (en 2016), chinois, ainsi qu’à ceux d’Asie du sud-est.

Aux menaces provenant de l’intérieur-même des pays occidentaux

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Depuis le 7 octobre 2023, le MEMRI documente de plus en plus les discours antisémites au sein même des pays occidentaux[16] : des militants politique pro-Frères musulmans, pro-Iran, pro-Hamas et pro-FPLP, ou proches de l’extrême-droite identitaire ou fasciste.

Aux nouveaux médias : le ciber-jihad

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De même, les traductions d’articles de presse ou d’émissions de télévision s’étendent aux réseaux sociaux,  qui sont le lieu de l’émergence de nouvelles "tendances" antisémites; la modération leur faisant souvent défaut[16].

Portée immédiate

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Le MEMRI a lancé, en 2001, une campagne de dénonciation des manuels scolaires palestiniens pour faire croire que ceux-ci attisaient l'antisémitisme[5]. En 2004, le MEMRI a informé de la diffusion d'un feuilleton antisémite[17] sur la chaîne libanaise Al-Manar, chaîne du Hezbollah, ce qui a permis son interdiction en France[18] suscitant des protestations de l'association Reporters sans frontières.

Il a également activement participé à la campagne qui a abouti à la fermeture du centre Cheikh Zayed aux Émirats arabes unis[5].

En décembre 2017, Le MEMRI a mis en ligne une vidéo du sermon de l’imam Aymen Elkasaby[19] : « Tant que la mosquée Al Aqsa restera sous les pieds des singes et des porcs, cette nation restera humiliée »,  et a prié pour la destruction des « oppresseurs pillards ». À la suite de la divulgation du MEMRI, l’imam a été suspendu pendant un mois[19].

En aout 2023, le président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré au cours d’un discours destiné à des membres du Fatah qu’Adolf Hitler avait tué des Juifs européens à cause de leurs « fonctions sociales » dans la société, telles que le prêt d’argent[20] (…). En traduisant ce discours, le MEMRI a permis aux États-Unis et à l’Union européenne de condamner les commentaires du président palestinien, l’accusant de déformer l’histoire et de promouvoir des stéréotypes antisémites[20].

Le MEMRI ne traduit qu'exceptionnellement des extraits de la presse en hébreu. L'inscription aux informations est gratuite, moyennant une inscription en ligne.

Controverses et critiques

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L'institut est souvent attaqué sur la qualité et l'honnêteté de ses traductions. En particulier, il lui est reproché de remplacer régulièrement "sionisme" par "juif" ou "judaïsme"[5].

Ibrahim Hooper, du Conseil des relations américano-islamiques, a déclaré au Washington Times : « L'objectif de Memri est de trouver les pires citations possibles du monde musulman et de les diffuser le plus largement possible[8]. »

Vincent Cannistraro, ancien responsable du contre-espionnage à la CIA, décrit le MEMRI comme « des propagandistes au service de leur idéologie, qui se situe à l'extrême-droite du Likoud[21]. »

Brian Whitaker, rédacteur en chef pour le Moyen-Orient du journal The Guardian, accuse le MEMRI de « se présenter comme un institut de recherche alors qu'il s'agit essentiellement d'une opération de propagande[22]. » Il avait auparavant affirmé que le rôle du MEMRI était de « promouvoir l'agenda politique d'Israël » et avait reproché à l’institut de ne pas mentionner que son président-fondateur était un ancien colonel des services de renseignement israéliens[23].

William Rugh, ancien ambassadeur des États-Unis au Yémen et aux Émirats arabes unis, dit que le MEMRI ne présente pas le point de vue arabe. Pour lui, ses propriétaires sont des pro-israéliens et des anti-arabes qui veulent montrer que les Arabes haïssent les Juifs et l'Occident, qu'ils incitent à la violence et refusent toute solution pacifique au problème palestinien[24].

Selon Mohammed El-Oifi, maître de conférences à Sorbonne-Nouvelle et à Sciences Po, le MEMRI pratique un choix excessivement partisan dans les sources arabes qu'il traduit, et accorde une place disproportionnée à des thématiques minoritaires : « Le lecteur non arabophone qui se contenterait de la lecture de ces traductions aurait l’impression que les médias arabes sont dominés par un groupe d’auteurs fanatiques, antioccidentaux, antiaméricains et violemment antisémites que combattraient quelques braves mais rares journalistes, que le Memri qualifie de "libéraux ou progressistes"[25]. »

Certains observateurs reprochent au MEMRI de se présenter comme un organisme neutre, alors que, selon eux, il vise à présenter le monde arabe et musulman sous un jour négatif en produisant et en diffusant des traductions incomplètes et en traduisant de manière sélective les points de vue d'extrémistes tout en minimisant ou en ignorant les opinions dominantes[26].

Le Southern Poverty Law Center range le MEMRI parmi les organismes islamophobes, fonctionnant en réseau avec d'autres organismes américains de même idéologie comme le Center for Security Policy et NGO Monitor (en)[27]. Ainsi :

Le terroriste Anders Breivik qui a perpétré les attentats d'Oslo et d'Utøya en 2011 en se réclamant du nationalisme blanc et du contre-jihad a cité 18 fois le MEMRI dans son manifeste 2083 – Une Déclaration d’indépendance européenne[29],[30].

Le MEMRI a fourni une partie importante du matériau du film antimusulman «Obsession: Radical Islam's War Against the West »[31],[32].

Notes et références

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  1. « Mahmoud Abbas, le président palestinien, auteur d’un nouveau dérapage antisémite », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  2. a b c et d (en-US) Aymann Ismail, « How Did That Horribly Racist Wall Street Journal Op-Ed on Arab Americans Even Happen? », Slate,‎ (ISSN 1091-2339, lire en ligne, consulté le ).
  3. (en) « MEMRI », sur MEMRI (consulté le )
  4. a b et c David Bensoussan, « L’art du double langage au Moyen-Orient », Editions du Lys,‎ (lire en ligne [PDF])
  5. a b c d e f g h et i Mohammed El Oifi, « Désinformation à l’israélienne », dans Le Monde diplomatique, , [lire en ligne].
  6. Fathi 2010, p. 188-190.
  7. Baker 2010, p. 353.
  8. a b et c (en-GB) Brian Whitaker, « Selective Memri », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le ).
  9. Fathi 2010, p. 202 : "But what about using MEMRI, what about the various accusations? There is no monolithic answer. As a translation service it is of great value. As a research tool the evaluation is more complex as it demands good background information in order to contextualize the information obtained, due to the organization's lack of transparency and attempt to pose as something different than what they are. The problem is that many of the journalists, politicians and lay persons who use MEMRI cannot and will not do this. And this is where the main objection to MEMRI comes into play. It presents itself as an independent research institute, but it acts as a tool geared toward shaping opinion by "producing an orient" — in the true sense of Edward Said's usage — and through this it has an increasing influence in shaping perceptions of the Middle East. MEMRI has understood that politics today is waged in the media and it fulfills its role as a public relations, lobbying and policy-making instrument with the highest professional standard".
  10. (en) Jay Nordlinger, « Thanks for the MEMRI (.org) », National Review, , consulté le .
  11. a et b (en) Selective Memri.
  12. « Studio Qualita | ISRAËL AU CŒUR DU MOYEN-ORIENT » [archive du ], sur studioqualita (consulté le )
  13. a b et c (en) Oded Yaren, « MEMRI Back Online After YouTube Backtracks », Haaretz,‎ (lire en ligne).
  14. (en-US) Elliot Kaufman, « Opinion | When Terrorists Talk, They Listen », sur The Wall Street Journal, (consulté le )
  15. « FORWARD : News » [archive du ], sur www.forward.com (consulté le )
  16. a b c et d « L'Institut Memri : une veille médiatique sur l'antisémitisme et le négationnisme | Fondation Shoah », sur www.fondationshoah.org (consulté le )
  17. « Désinformation à l'israélienne », sur Le Monde diplomatique, (consulté le )
  18. Encyclopædia Universalis, « France. Interdiction de diffusion pour la chaîne du Hezbollah, Al-Manar. 13 décembre 2004 - Événement », sur Encyclopædia Universalis (consulté le )
  19. a et b (en) Terrence T, « N.J. imam suspended after sermon targeting Jewish people », sur nj, (consulté le )
  20. a et b (en) « Palestinian leader's comments on Holocaust draw accusations of antisemitism from US and Europe », sur AP News, (consulté le )
  21. (en) No Longer Obscure, Memri Translates the Arab World, Forward, .
  22. (en) « Email debate: Yigal Carmon and Brian Whitaker », The Guardian,‎ (lire en ligne).
  23. (en) « Selective Memri », The Guardian,‎ (lire en ligne).
  24. (en) Brian Whitaker, « Language matters », The Guardian,‎ (lire en ligne).
  25. Mohammed El-Oifi, « Désinformation à l'israélienne », sur Le Monde diplomatique, (consulté le ).
  26. (en) Fathi, Schirin (2010). "Memri.org – A Tool of Enlightenment or Incitement?". In Arndt Graf. Orientalism and Conspiracy: Politics and Conspiracy Theory in the Islamic World. I.B. Tauris (ISBN 978-0-85773-183-8).
  27. a et b (en) Narzanin Massoumi, Tom Mills and David Miller, What is Islamophobia? Racism, Social Movements and the State, London, Pluto Press, (lire en ligne), p. 189.
  28. a et b (en) Narzanin Massoumi, Tom Mills and David Miller, What is Islamophobia? Racism, Social Movements and the State, London, Pluto Press, (lire en ligne), p. 194.
  29. (en-US) Max Blumenthal, « The Sugar Mama of Anti-Muslim Hate », The Nation,‎ (ISSN 0027-8378, lire en ligne, consulté le )
  30. (en-US) Ken Klippenstein, « Pentagon List of Extremism Experts Includes Anti-Muslim and Conservative Christian Groups », sur The Intercept, (consulté le )
  31. (en) « Film on "Radical Islam" Tied to Pro-Israel Groups | Common Dreams », sur www.commondreams.org (consulté le )
  32. (en) « Film on "Radical Islam" Tied to Pro-Israel Groups », sur www.commondreams.org, Common Dreams (en) (consulté le )


Bibliographie

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Liens externes

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