Nuwa
| Nom dans la langue maternelle |
女媧 |
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Huaxu (en) |
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| Partenaire |

Nuwa (chinois simplifié : 女娲 ; chinois traditionnel : 女媧 ; pinyin : , aussi transcrit Nügua) est un personnage de la mythologie chinoise dont l’origine remonte à l’Antiquité. Déesse créatrice, elle a façonné les premiers hommes avec de la glaise, leur a donné le pouvoir de procréer, a réparé le ciel brisé. On lui prête souvent un corps de serpent. Au fil des siècles et des réécritures, elle devient un couple avec son frère Fuxi. À partir des Tang, ils sont présentés comme les inventeurs des rites du mariage, dont elle est la patronne. Elle est également donneuse d’enfants.
Dans l'histoire des mythes chinois, plus un personnage mythique apparaît tardivement dans les sources écrites, plus il est présenté comme appartenant à un passé ancien[1]. Comme tous les personnages de la mythologie antique, Nuwa est connue par des textes assez tardifs (dynastie Han et peut-être fin des Royaumes combattants), sa nature exacte et son origine sont donc difficiles à déterminer. Elle est l’un des Trois augustes. Elle n’est restée dans la religion chinoise que comme divinité mineure. Les Miao du Sud-Ouest de la Chine lui rendent aussi un culte sous le nom de Nomu (mère des purifications) et de Nogong (seigneur des purifications) pour Fuxi. Le mot no 儺 faisant référence à un ancien rituel de purification[1]. On attribue à Nomu l’invention du se (瑟), sorte de cithare.
Mythe de Nuwa dans les textes
[modifier | modifier le code]Dans ces premières œuvres, Fuxi et Nuwa n’apparaissent pas ensemble, ils sont toujours dans des récits propres à chacun. Ces récits sont brefs et souvent allusifs. Les sources les plus anciennes qui donnent à Nuwa un rôle central, dateraient des royaumes combattants (Shanhaijing, Liezi et Chants de Chu — chapitre Questions au Ciel[2], et du IIe siècle av. J.-C. (Huainanzi). On y raconte comment elle façonna les premiers humains et leur donna le pouvoir de procréer. Le mont Buzhou[3], l’un des piliers soutenant le ciel, ayant été brisé par Gonggong lors de son combat contre Zhurong (ou Zhuanxu), la rivière céleste s’écoula sur la terre entrainant un déluge et, d’après le Huainanzi, des incendies et des attaques de bêtes féroces. Nuwa colmata la brèche en faisant fondre une pierre de cinq couleurs. Le Huainanzi précise qu’elle replaça le ciel sur les pattes d’une tortue, tua le dragon noir pour restaurer la terre et fabriqua une digue avec des cendres de roseau. Réparés, le ciel et la terre restèrent néanmoins légèrement inclinés en sens inverse l’un de l’autre, causant la dérive nord-ouest des astres et la direction sud-est des fleuves.
Dans le Shiji qui relate l'histoire de la Chine depuis l’Antiquité, Sima Qian, qui vécut pendant la dynastie des Han occidentaux, ne mentionne pas Nuwa, qu’il remplace par un homme nommé Feng Lixi[4]. Dans son complément du Shiji, Sima Zhen des Tang la fera réapparaitre, lui conservant avec son frère Fuxi le nom de famille Feng. C’est Li Rong[5] des Tang qui prête au couple l’invention du mariage dans le Duyizhi[6] : Seuls sur le mont Kunlun à l’époque où il n’y avait pas encore d’humains, ils songèrent à se marier. Ils eurent recours à une divination par l’observation de la direction de la fumée. La réponse étant favorable, ils procédèrent à la cérémonie, mais comme Nuwa était embarrassée, elle se cacha derrière un éventail ; ce fut là le premier rituel de la cérémonie nuptiale.
Dans les versions Miao de Fenghuang 鳳凰 recueillies par Ruey Yih-Fu 瑞逸夫, Nomu (nom régional de Nuwa) et Nogong (nom régional de Fuxi) sont les seul survivants d'un déluge provoqué par une dispute divine entre He Bi (le seigneur des plantes) et He Song (le seigneur du tonnerre). Seuls sur Terre, ils transgressent l'interdit de l'inceste pour repeupler le monde. Leur enfant unique, androgyne, sera dépecé pour donner naissance aux multiples clans[1].
Le Traité des coutumes de Ying Shao (Han) inclus dans l’Encyclopédie impériale Taiping yulan des Song enrichit le mythe de la création : ayant fabriqué la première centaine d’humains, Nuwa, fatiguée, réfléchit à une solution plus efficace. Elle prit une corde, la trempa dans la boue et fouetta l’air ; les gouttes de boue se transformèrent en autant de personnes. Les premières, façonnées à la main, constituèrent la noblesse, et les autres le peuple.
Dans Duyi Zhi (chinois: 獨 異 志, vers 846 - 874 après J.-C.), volume 3, l'auteur Li Rong donne de Nuwa la description suivante :
"Il y a longtemps, quand le monde venait juste de naître, il y avait deux personnes, Nü Kua et son frère aîné. Ils vivaient sur le mont K'un-lun et il n'y avait pas encore de gens ordinaires dans le monde. Ils désiraient devenir mari et femme, mais ils avaient honte. Alors, le frère alla avec sa sœur monter le mont K'un-lun et fit une prière: "Ô Esprit du Ciel, si vous voulez bien nous envoyer deux êtres comme nous, et ainsi que dissiper toute la vapeur brumeuse." Les vapeurs brumeuses se dispersèrent. C'est alors que la vapeur brumeuse s'évapora. Quand la sœur s'unit à son frère, ils tressèrent un éventail avec des plantes pour cacher leur visage."
Iconographie
[modifier | modifier le code]Les représentations graphiques de Nuwa la dépeignent en général moitié femme, moitié serpent, une queue reptilienne à la place des jambes. Elle est souvent accompagnée de Fuxi, tenant en main un compas, symbole du ciel, alors qu’il tient une équerre, symbole de la terre. Ensembles ils portent généralement une couronne et des vêtements impériaux, et sont parfois accompagnés d'un tout jeune enfant[1].
Interprétations
[modifier | modifier le code]Dans les plus anciens textes, Nuwa joue un rôle cosmique plus fondamental que celui de Fuxi. Puisque Nuwa est « créatrice de la nature », alors que Fuxi est « créateur de la culture »[1].
Michael Puett estime que la plupart des mythes consignés dans les textes chinois des IVe et IIIe siècles av. J.-C. reflètent les enjeux politiques de leur temps, notamment la légitimation de la violence au service de la centralisation du pouvoir, à la fin des Royaumes combattants et au début de la dynastie impériale des Han (IIIe–IIe siècles av. J.-C.)[1].
Selon le sociologue chinois Meng Fanren[7], le mythe de Nuwa pourrait être particulièrement lié aux monts Taihang[8] au Shanxi où des sites rappellent son histoire. Elle est révérée dans la région comme protectrice du mariage dans les temples de la grande marieuse[9] ou donneuse d’enfants dans les temples de l’aïeule[10]. Il pense qu’un tumulus découvert en 1994 au village de Zhenhou[11], municipalité de Zhao[12], Comté de Hongdong[13], est le tumulus de Nuwa cité dans les annales locales et l’encyclopédie géographique des Qing Daqing yitong zhi[14].
Dans le Huainan zi, Nuwa est toujours présentée comme une divinité démiurgique : après une catastrophe cosmique, elle rétablit l’ordre du ciel et de la terre, puis, une fois son œuvre salvatrice accomplie, s’élève au ciel aux côtés de Fuxi. Dans ce même texte, la figure de Fuxi demeure ambivalente, oscillant entre celle d’un souverain sage, fondateur d’institutions, et celle d’un être divin régissant les saisons et les directions. Le Huainan zi constitue ainsi la première source où Fuxi et Nuwa apparaissent réunis dans un même récit, bien que la nature de leur relation n’y soit pas encore clairement définie. Ce sont les commentateurs des Ier et IIe siècles de notre ère qui expliciteront par la suite ce lien[1]. Dans cette version, Fuxi et Nuwa, bien qu’ils n’aient institué ni lois ni règlements, laissèrent en héritage aux autres survivants du déluge, une vertu parfaite. Cette affirmation traduit l’intention sous-jacente de l’auteur, qui vise à promouvoir un modèle de gouvernement d’inspiration taoïste, à l’image de celui de l’empereur Wen, et à rejeter la conception légiste du pouvoir associée à l’empereur Jing[1].
L'étude du mythe Miao par Charles Leblanc[1], met en évidence une structure narrative qui justifie le viol du tabou de l'inceste :
"Par exemple, le frère et la sœur sont sauvés d’un déluge auquel ils ont involontairement contribué en permettant à He Song de s’enfuir. Le déluge laisse le frère et la sœur seuls sur la terre. Cette situation était nécessaire pour que le tabou de l’inceste soit violé, que le frère et la sœur se marient et deviennent les ancêtres de l’humanité actuelle. C’est au frère et à la sœur divinisés sous le titre de Nogong et Nomu qu’on offre les sacrifices d’automne aux ancêtres. (...) Même si le rapport entre le mariage frère-sœur et le déluge apparaît essentiel, l’intention finale du mythe est de poser le couple hiérogamique frère-sœur comme couple fondateur et comme objet de culte. Les autres visées du mythe, à savoir les causes du déluge, le tabou de l’inceste, les noms claniques, etc., sont secondaires et subordonnées."
Sous la dynastie Tang 唐 (618-906), Nuwa y apparaît désormais comme le successeur de Fuxi et non plus comme sa conjointe ; son identification même comme figure féminine est alors incertaine[1].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- Charles Leblanc et Rémi Mathieu, Approche critiques de la mythologie chinoise : L’invention du, Presses de l’Université de Montréal, , 410 p. (ISBN 978-2-7606-2076-6, lire en ligne), L’invention du mythe de Fuxi et Nügua p.249-307
- ↑ 問天
- ↑ 不周
- ↑ 風裡希 鳳裡犧
- ↑ 李冗 李榮
- ↑ 獨异志
- ↑ 孟繁仁
- ↑ 太行山
- ↑ 高媒廟
- ↑ 娘娘廟
- ↑ 鎮侯
- ↑ 趙
- ↑ 洪洞縣
- ↑ 大清一統志
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
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- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :