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Tendinopathie

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La tendinopathie, appelée couramment mais à tort tendinite, est une famille d'affections douloureuses du tendon correspondant à une histopathologie spécifique qui met en jeu un mécanisme de dégénérescence tissulaire.

Dans le langage courant, le terme de tendinite est abusivement employé pour désigner toute tendinopathie (ou tendon douloureux). En effet, le suffixe « -ite » désignant la présence d'un phénomène inflammatoire, n'est pas adapté, la biopsie de tissu tendineux ayant montré une absence de cellules (macrophages, lymphocytes ou neutrophiles) et de molécules inflammatoires sur place[1].

Les tendinopathies regroupent en réalité : les tendinoses (état de dégénérescence chronique non inflammatoire) et les paraténonites ou ténosynovites (avec atteinte inflammatoire de la gaine synoviale provoquant un gonflement de celle-ci et donc une compression du tendon favorisant sa détérioration en mouvement, hypervascularisation de la gaine du tendon et exsudat fibreux). En pratique clinique, il n'est pas possible de distinguer ces trois histopathologies différentes et le terme de « tendinopathie » est donc proposé pour désigner ces trois affections du tendon douloureux[2]. Une échographie ou une IRM seront nécessaires à l’établissement d'un diagnostic plus certain. Les tendinopathies peuvent être incluses dans les troubles musculosquelettiques.

Localisation

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Les tendinopathies touchent principalement les tendons au niveau :

Mais aussi :

  • de la patte d'oie, lié à une rotation, tendinite généralement constatée chez les cyclistes ;
  • du quadriceps ou tendon rotulien ;
  • talalgie, inflammation d'un talon fragilisé, chez le coureur, le footballeur et le basketteur, ou de manière générale tous les sportifs pratiquant des exercices de saut. Par ailleurs en cas de dopage, la prise simultanée de fluoroquinolone et d'un corticoïde peut entrainer dans des cas rares une rupture du tendon d'Achille[3].
  • Efforts intenses et/ou répétés : travail à la chaîne, ou chez le sportif et le musicien.
  • Dysfonctions ostéopathiques entrainant une modification de l'axe de travail du tendon: cause fréquente des tendinopathies unilatérales.
  • Tabagisme[4], car il entraîne une obstruction des vaisseaux amenant le sang aux tendons.
  • Maladies métaboliques[4], comme le diabète, les hypercholestérolémies ou les dyslipidémies, qui entraînent aussi une obstruction des vaisseaux.
  • Médicaments (fluoroquinolones).
  • Certaines parasitoses ou maladies infectieuses (exemple : dans la maladie de Lyme due à certaines borrelies pouvant être transmises par des piqûres de tiques, au 2e ou 3e stade, certains malades développent des tendinopathies, synovites ou bursites récidivantes).

Physiopathologie

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Dans le cas de la tendinose, les contraintes répétées sur la structure tendineuse accompagnées d'un temps de repos insuffisant à la récupération entrainent une dégénérescence du collagène tendineux : les fibres se trouvent désorganisées à l'échographie et répondent moins efficacement aux contraintes mécaniques, un déséquilibre entre collagène de type III (collagène immature) et collagène de type I (collagène mature dominant dans le tendon sain). Cette désorganisation collagénique pourrait venir d'un déséquilibre biochimique entre certaines metalloproteases (molécules dégradant la matrice extra-cellulaire) et leurs inhibiteurs au sein de la structure tendineuse. Engagées normalement dans les processus de remodelage tissulaire après lésion, ces molécules, présentes en quantité déséquilibrées induisent une dégradation progressive du tendon en cas de contraintes trop élevées[5].

La quantité de substance fondamentale entre les cellules tendineuses augmente, conduisant à un épaississement du tendon et une difficulté pour celui-ci à coulisser entre les tissus périphériques[1].

Une hyper-excitabilité du système nerveux périphérique à proximité entrainerait l'apparition de douleurs et une augmentation du risque de contractures musculaires dans la région douloureuse[6].

On peut noter l'apparition dans certains cas de « proto-vaisseaux » sanguins (vaisseaux néoformés mais inefficaces de par leur structure et leur positionnement par rapport aux fibres de collagène) ne participant aucunement à l'apparition d'un phénomène de cicatrisation ou d'inflammation[7] mais participant à l'augmentation pathologique de l’épaisseur du tendon.

Signes cliniques :

  • douleur à la palpation du tendon ;
  • douleur à la mise en tension du muscle du tendon ;
  • sensation d'accrochage douloureux lors des mouvements mettant en jeu le tendon ;
  • nodosités du tendon (ténosynovites chroniques entraînant des fibroses).

Le diagnostic est généralement clinique mais peut être confirmé par une IRM ou une échographie.

Dans tous les cas, la guérison complète d'une tendinopathie peut être longue (6 mois) et nécessite, dans le cas d'une tendinopathie causée par des mouvements répétés, la cessation du mouvement incriminé.

Thérapies non médicamenteuses

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  • Un repos relatif est généralement recommandé, c'est-à-dire une activité physique inférieure au sueil douloureux, bien qu'il n'existe pas de recommandation sur la durée optimale de ce repos[8].
  • La rééducation par kinésithérapie, réalisée après la phase aigüe, montrerait une bonne éfficacité dans le traitement des douleurs[9], particulièrement lorsqu'elle est basée sur des exercices à contraction excentrique[10].
  • Les ondes de choc extracorporelles sont des impulsions mécaniques à haute fréquence et haute énergie appliquées sur le tendon douloureux. Leur utilisation semble être un moyen non invasif et efficace de soulager la douleur pour un certain nombre de tendinopathies chroniques[8], particulièrement dans le cadre des tendinopathies calcifiantes[9].
  • Il existe d'autres techniques qui, comme le travail excentrique, visent la stimulation du tendon dans le sens des fibres. On peut citer les ultrasons, les étirements, le massage transversal profond. Cette stimulation favorise la création de collagène de type I de la part des tenocytes, diminue la quantité pathologique de substance fondamentale au sein du tendon, favorise l'activité fibroblastique et rétablie une balance saine entre metalloprotéases et inhibiteurs de celles-ci.
  • Cryothérapie : L'usage de la cryothérapie a montré une certaine utilité dans le cadre de la diminution de la douleur du patient. Aucune inflammation n'ayant lieu sur place, son effet vasoconstricteur ne pourrait réduire que l'apparition des proto-vaisseaux sanguins cités plus haut[11].

Médicaments

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  • Le traitement par AINS en cure courte (généralement limitée à 5-10 jours) a prouvé une éfficacité dans le traitement des douleurs lors de la phase aigüe[12].
  • Les infiltrations à base de corticoïdes sont régulièrement utilisées. Elles engendrent une diminution rapide et significative de la douleur. Toutefois leur éfficacité à long terme est limitée[10]. De plus, ces infiltrations, surtout lorsqu'elles sont répétées, ont des conséquences néfastes sur le processus régénératif. On observe une diminution dans le tendon de la concentration de collagène, ralentissant ainsi la cicatrisation[13].
  • Les infiltrations de PRP (platelet rich-plasma), plasma sanguin enrichi en leucocytes et plaquettes, obtenu après centrifugation d'un prélèvement sanguin du patient, permetteraient de soulager les douleurs à court et moyen termes dans la prise en charge de tendinoses[14].

Traitements alternatifs

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Différents traitements alternatifs ont pu être proposés sans toutefois montrer d'effet curatif (en dehors de quelques cas isolés). On peut citer entre autres :

Terminologie

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Le terme tendinite est très commun, mais trompeur. Par définition, le suffixe "-itis" signifie « inflammation de ». L'inflammation[20] est la réponse locale du corps aux lésions tissulaires qui implique des globules rouges, des globules blancs, des protéines sanguines avec dilatation des vaisseaux sanguins autour du site de la lésion. Les tendons sont relativement avasculaires. Les corticostéroïdes sont des médicaments qui réduisent l'inflammation. Les corticostéroïdes peuvent être utiles pour soulager la douleur chronique liée aux tendinopathies, améliorer la fonction et réduire l'inflammation à court terme. Cependant, le risque de récidive à long terme est plus grand[21]. Ils sont généralement injectés avec une petite quantité de lidocaïne, un médicament anesthésiant. La recherche montre que les injections de corticostéroïdes affaiblissent les tendons. La tendinite reste un diagnostic très courant, mais les études montrent de plus en plus que ce que l’on pensait être une tendinite s'avère souvent être une tendinose[22].

Anatomiquement, on distingue :

Notes et références

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  1. a et b [1]
  2. (en) M. Reinking (2012) « Tendinopathy in athletes » Physical Therapy in Sport;13:3-10
  3. Talalgie ou douleur au talon, State of government of Victoria (2010), Lamontagne M. (2009), Schroeder Barrett M. (2002), National Institutes of Healt (2011), Zygas P. (2006), Société française de Rhumatologie (2010), cités par la Caisse nationale de l'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS), 16 septembre 2014
  4. a et b « La tendinite de la coiffe des rotateurs ou tendinite de l'épaule, par l'Unité de chirurgie de l'épaule de la Clinique Fontvert à Avignon », sur chirurgie-epaule-fontvert.fr (consulté le )
  5. [2]
  6. [3]
  7. [4]
  8. a et b (en-US) JOHN J. WILSON et THOMAS M. BEST, « Common Overuse Tendon Problems: A Review and Recommendations for Treatment », American Family Physician, vol. 72, no 5,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  9. a et b (en) « Rotator Cuff Tendinopathy Diagnosis, Nonsurgical Medical Care, and Rehabilitation: A Clinical Practice Guideline », sur www.jospt.org (DOI 10.2519/jospt.2025.13182, consulté le )
  10. a et b Dr Céline SAUVANT et Pr Jean-François KAUX, « Prise en charge des tendinopathies en médecine générale », La Revue de la Médecine Générale, vol. n° 346,‎ (lire en ligne)
  11. [5], Khan KM, Cook JL, Taunton JE, et al. Overuse tendinosis, not tendinitis—Part 1: A new paradigm for a difficult clinical problem. Accessed 13 February 2012 ;Physician Sportsmed. 2000 28(5) http://www.massagebyjoel.com/downloads/OveruseTendinosis-PhysSptsmed.pdf. PubMed
  12. Jennifer Boudreault, François Desmeules, Jean-Sébastien Roy et Clermont Dionne, « The efficacy of oral non-steroidal anti-inflammatory drugs for rotator cuff tendinopathy: a systematic review and meta-analysis », Journal of Rehabilitation Medicine, vol. 46, no 4,‎ , p. 294–306 (ISSN 1651-2081, PMID 24626286, DOI 10.2340/16501977-1800, lire en ligne, consulté le )
  13. M. Kongsgaard, V. Kovanen, P. Aagaard et S. Doessing, « Corticosteroid injections, eccentric decline squat training and heavy slow resistance training in patellar tendinopathy », Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports, vol. 19, no 6,‎ , p. 790–802 (ISSN 1600-0838, PMID 19793213, DOI 10.1111/j.1600-0838.2009.00949.x, lire en ligne, consulté le )
  14. [6]
  15. Dr. Jörg Grünwald et Christof Jänicke, Guide de la phytothérapie, pages 282 et 283, (ISBN 978-2-501-04488-2)
  16. Raymond Dextreit, L'argile qui guérit - Mémento de médecine naturelle (ISBN 978-2-7155-0067-9)
  17. Raymond Dextreit, Plus de 120 témoignages sur l'argile qui guérit (ISBN 978-2-7155-0166-9)
  18. Précis de magnétothérapie, Monique Vial, (ISBN 2951676522)
  19. Christophe Carrio, Un corps sans douleur, Thierry Souccar Editions, 288 p. (ISBN 9782365490078)
  20. (en) « Inflammation », sur thefreedictionary.com
  21. (en) J. D. Rees, M. Stride et A. Scott, « Tendons - time to revisit inflammation », British Journal of Sports Medicine, vol. 48, no 21,‎ , p. 1553–1557 (ISSN 0306-3674, PMID 23476034, PMCID 4215290, DOI 10.1136/bjsports-2012-091957)
  22. (en) Lmt Bass, « Tendinopathy: Why the Difference Between Tendinitis and Tendinosis Matters », International Journal of Therapeutic Massage & Bodywork: Research, Education, & Practice, vol. 5,‎ (DOI 10.3822/ijtmb.v5i1.153)
  23. (en) Maria Antonietta D'Agostino, MD et Ignazio Olivieri, MD, « Enthesitis », Clinical Rheumatology, vol. 20, no 3,‎ , p. 473–86 (DOI 10.1016/j.berh.2006.03.007)
  24. (en) The Free Dictionary, « Enthesitis », (consulté le )
  25. (en) G Schett, RJ Lories, MA D'Agostino, D Elewaut, B Kirkham, ER Soriano et D McGonagle, « Enthesitis: from pathophysiology to treatment », Nature Reviews Rheumatology, vol. 13, no 12,‎ , p. 731–41 (PMID 29158573, DOI 10.1038/nrrheum.2017.188)
  26. (en) SK Schmitt, « Reactive Arthritis », Infectious Disease Clinics of North America, vol. 31, no 2,‎ , p. 265–77 (PMID 28292540, DOI 10.1016/j.idc.2017.01.002)
  27. (en) « OrthoKids - Osgood-Schlatter's Disease »
  28. (en) « Sever's Disease », Kidshealth.org (consulté le )
  29. (en) Hendrix CL, « Calcaneal apophysitis (Sever disease) », Clinics in Podiatric Medicine and Surgery, vol. 22, no 1,‎ , p. 55–62, vi (PMID 15555843, DOI 10.1016/j.cpm.2004.08.011)

7 . Traitement de la tendinite par les ondes de choc

Liens externes

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  • (en) Coombes BK, Bisset L, Vicenzino B., « Efficacy and safety of corticosteroid injections and other injections for management of tendinopathy: a systematic review of randomised controlled trials », Lancet, no 376,‎ , p. 1751-1767 (résumé)
  • (en) Oshri Y, Palmanovich E, Brin YS, Karpf R, Massarwe S, Kish B, Nyska M., « Chronic insertional Achilles tendinopathy: surgical outcomes », Muscles Ligaments Tendons J., vol. 2, no 2,‎ , p. 91-5 (PMID 23738280, lire en ligne)

Articles connexes

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