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Transfert d'argent

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(Redirigé depuis Transfert de fonds)

Les transferts d'argent désignent l'ensemble des opérations permettant à une personne physique ou morale d'envoyer des fonds à une autre, que ce soit au sein d'un même territoire ou au-delà des frontières nationales[1].

Ces mouvements financiers constituent un pilier des échanges économiques mondiaux et représentent une source de revenus vitale pour des centaines de millions de ménages, particulièrement dans les économies émergentes et en développement[2].

Les modalités de transfert ont considérablement évolué au fil du temps, passant de systèmes informels fondés sur la confiance communautaire aux infrastructures bancaires modernes, puis aux plateformes numériques contemporaines. Cette évolution reflète les transformations des migrations internationales, de la mondialisation financière et des innovations technologiques.

Les transferts d'argent sont reconnus par de nombreuses institutions internationales comme un instrument central de résilience économique, de réduction de la pauvreté et de stabilisation macroéconomique dans les pays à revenu faible et intermédiaire.

Définitions et concepts associés

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Dans la littérature économique et institutionnelle, les transferts d'argent sont fréquemment désignés par le terme anglais remittances. Ils se distinguent d'autres flux financiers internationaux tels que l'aide publique au développement, les investissements directs étrangers ou les transferts commerciaux, par leur nature privée et leur destination principalement familiale ou communautaire[3].

Contexte historique

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Origines anciennes

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Schéma simplifié du fonctionnement du système de transfert informel hawala.

Les premières formes de transferts d'argent remontent à l'Antiquité, où marchands et voyageurs utilisaient des lettres de crédit et des systèmes de compensation pour éviter le transport physique de métaux précieux. Dans le monde arabo-musulman médiéval, le système hawala permettait déjà des transferts à distance basés sur la confiance et un réseau d'intermédiaires[4].

En Europe, les banques italiennes de la Renaissance développèrent des mécanismes sophistiqués de virements entre succursales, facilitant le commerce international et le financement des grandes expéditions[5].

Institutionnalisation moderne

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L'essor des systèmes bancaires nationaux aux XIXe et XXe siècles a progressivement formalisé les transferts d'argent. L'invention du télégraphe, puis du télex, a permis d'accélérer considérablement les transactions internationales. Les grandes vagues migratoires du XIXe siècle vers les Amériques ont stimulé le développement d'opérateurs spécialisés dans l'envoi de fonds aux familles restées en Europe.

Western Union, fondée en 1851 comme compagnie télégraphique, se diversifia dans les transferts d'argent dès la fin du XIXe siècle, établissant un modèle commercial qui perdure aujourd'hui.

Ère contemporaine

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À partir des années 1970-1980, la mondialisation et l'intensification des flux migratoires ont provoqué une croissance exponentielle des transferts internationaux. La création du réseau SWIFT en 1973 a standardisé les communications interbancaires mondiales. L'émergence des technologies numériques dans les années 2000, notamment le paiement mobile en Afrique subsaharienne (M-Pesa au Kenya dès 2007), a révolutionné l'accessibilité des services de transfert[6].

Typologie et modalités

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Classification par canal de transmission

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Virements bancaires

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Les virements bancaires constituent la méthode traditionnelle de transfert, particulièrement répandue dans les économies développées. Ils s'effectuent entre comptes bancaires via des réseaux interbancaires nationaux ou internationaux comme SWIFT, SEPA en Europe, ou ACH aux États-Unis. Bien que sécurisés, ils peuvent être coûteux et lents pour les transferts internationaux.

Opérateurs de transfert de fonds

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Les opérateurs de transfert de fonds (Money Transfer Operators – MTO) se sont spécialisés dans l'envoi rapide d'argent, souvent sans nécessiter de compte bancaire. Des entreprises comme Western Union, MoneyGram ou Ria Money Transfer disposent de vastes réseaux d'agences physiques permettant des retraits en espèces. Cette accessibilité les rend particulièrement populaires dans les régions à faible bancarisation.

Plateformes numériques

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L'avènement d'Internet et de la téléphonie mobile a donné naissance à une nouvelle génération d'acteurs : applications mobiles, portefeuilles électroniques (e-wallets) et plateformes en ligne. Des services comme Wise, Revolut, PayPal ou les solutions de paiement mobile (M-Pesa, Orange Money, Wave) offrent des coûts réduits et une rapidité accrue, parfois quasi instantanée.

Systèmes informels

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Malgré la modernisation du secteur, des systèmes informels persistent, notamment dans les diasporas où la confiance communautaire reste forte. Le hawala, toujours actif dans certaines régions d'Asie et du Moyen-Orient, fonctionne sans mouvement physique de fonds grâce à un réseau de courtiers qui se compensent mutuellement. Bien que rapides et peu coûteux, ces systèmes échappent à la régulation et soulèvent des préoccupations en matière de lutte contre le blanchiment.

Classification géographique

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Transferts domestiques : effectués à l'intérieur des frontières nationales, ils concernent souvent les migrations internes (exode rural, mobilité professionnelle).

Transferts internationaux : communément appelés remittances, ils franchissent les frontières et impliquent généralement une conversion de devises.

Classification par motif

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Les transferts peuvent également être distingués selon leur finalité : soutien familial, investissements, paiements commerciaux, aide humanitaire d'urgence, ou encore épargne et gestion patrimoniale transnationale.

Importance économique mondiale

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Volumes et tendances

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Les transferts d'argent représentent l'un des flux financiers les plus importants vers les pays en développement. Selon les estimations de la Banque mondiale, les envois de fonds internationaux vers les pays à revenu faible et intermédiaire ont atteint environ 669 milliards de dollars américains en 2023, soit une progression continue malgré les chocs économiques mondiaux[7].

Ces montants dépassent largement les flux d'aide publique au développement dans de nombreux pays et rivalisent avec les investissements directs étrangers comme source de financement externe. Contrairement aux investissements privés, les transferts d'argent se caractérisent par leur stabilité relative, même en période de crise économique.

Mesure statistique et limites

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Les statistiques relatives aux transferts d'argent reposent principalement sur les données bancaires, les déclarations des opérateurs de transfert et les estimations macroéconomiques des institutions internationales. La Banque mondiale et le Fonds monétaire international soulignent que ces données sous-estiment probablement les flux réels, en raison de l'importance persistante des canaux informels et de l'hétérogénéité des systèmes de collecte nationaux[8].

Disparités régionales

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Les coûts, volumes et usages des transferts d'argent varient fortement selon les régions. Les corridors vers l'Afrique subsaharienne demeurent les plus coûteux au monde, tandis que l'Asie du Sud et l'Amérique latine bénéficient de marchés plus concurrentiels et de coûts moyens plus faibles. Ces disparités reflètent des différences de régulation, d'infrastructures financières et de densité des réseaux de paiement[9].

Impact sur les économies réceptrices

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Pour certains pays, les transferts d'argent constituent une part substantielle du PIB national. Les Philippines, le Tadjikistan, le Liban ou Haïti en dépendent particulièrement, ces flux représentant parfois plus de 20 % de leur économie. Au niveau microéconomique, ils permettent aux familles bénéficiaires d'améliorer leur niveau de vie, d'investir dans l'éducation et la santé, et de constituer une épargne de précaution.

Effets multiplicateurs

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Les recherches économiques suggèrent que les transferts d'argent génèrent des effets multiplicateurs dans les économies locales : augmentation de la consommation, stimulation de la demande pour les biens et services locaux, développement de l'entrepreneuriat. Toutefois, ces effets varient selon les contextes et peuvent parfois s'accompagner d'effets moins bénéfiques, comme l'inflation locale ou une dépendance excessive à ces flux externes[10].

Principaux corridors et pays bénéficiaires

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Pays destinataires

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Principaux pays récepteurs de transferts d'argent (2023)
Pays Transferts reçus (milliards de dollars américains) Part du PIB (%)
Inde 125 ~3,4
Mexique 67 ~4,0
Chine 50 <1
Philippines 40 ~9,0
Égypte 32 ~8,5
Pakistan 29 ~7,5
Nigeria 21 ~3,2
Bangladesh 21 ~6,0

Source : Banque mondiale – Migration and Development Brief 2023.[11]

Principaux corridors

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Les corridors de transfert les plus importants en volume sont :

Ces corridors reflètent les principaux flux migratoires mondiaux et les disparités économiques entre régions.

Acteurs du secteur

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Cette section présente les principales catégories d’acteurs…

Opérateurs historiques

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Institutions bancaires

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Les grandes banques internationales proposent des services de virements transfrontaliers, principalement via les réseaux interbancaires traditionnels. Toutefois, plusieurs études institutionnelles soulignent que ces services présentent en moyenne des coûts plus élevés et des délais plus longs que ceux proposés par les opérateurs spécialisés de transfert de fonds. Afin de rester compétitives, certaines banques développent néanmoins des offres ciblées à destination des diasporas, incluant des comptes multidevises et des tarifs préférentiels pour les envois récurrents[13].

Acteurs numériques

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  • Une nouvelle génération d'entreprises technologiques a émergé depuis les années 2010 :
  • Wise (anciennement TransferWise) : utilise un système de compensation pour réduire les coûts
  • Remitly, WorldRemit : spécialisés dans les transferts numériques vers les marchés émergents
  • Revolut, N26 : néobanques offrant des transferts internationaux à coûts réduits
  • Wave, Chipper Cash : acteurs africains du paiement mobile transfrontalier

Opérateurs de télécommunications

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  • Dans de nombreux pays en développement, les opérateurs télécoms jouent un rôle central :
  • M-Pesa (Safaricom, Kenya) : pionnier du paiement mobile
  • Orange Money (Afrique de l'Ouest et centrale)
  • MTN Mobile Money (présent dans 21 pays africains)
  • Moov Money, service de paiement mobile du groupe Maroc Telecom, présent notamment en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Togo, au Mali et au Niger[14].

Infrastructure et technologies

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Systèmes bancaires internationaux

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Le réseau SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication) constitue le principal standard mondial pour les communications interbancaires internationales, reliant plus de 11 000 institutions financières dans plus de 200 pays. Selon la Banque des règlements internationaux, bien que SWIFT assure un haut niveau de sécurité et de fiabilité, ses délais de traitement et ses coûts relativement élevés ont favorisé l’émergence de systèmes alternatifs et de projets de paiements transfrontaliers plus rapides[15].

Systèmes de paiement instantané

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De nombreux pays ont développé des infrastructures de paiement en temps réel : Faster Payments au Royaume-Uni, UPI en Inde, PIX au Brésil, SEPA Instant en Europe. Ces systèmes facilitent les transferts domestiques et, progressivement, leur interconnexion permet des transferts internationaux plus rapides.

Technologies mobiles

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Les transferts par téléphonie mobile reposent sur diverses technologies, notamment les protocoles USSD pour les téléphones non connectés, les applications mobiles natives et les interfaces web mobiles. Selon la Banque mondiale, ces solutions ont contribué à démocratiser l’accès aux services financiers dans les régions à faible bancarisation, en particulier en Afrique subsaharienne, où les services de paiement mobile jouent un rôle central dans les transferts domestiques et transfrontaliers[16].

Point de service de paiement mobile au Cameroun, illustrant l’usage des solutions de mobile money en Afrique subsaharienne pour les transferts d’argent et les paiements du quotidien.

Technologies émergentes

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Plusieurs projets expérimentaux explorent l'utilisation de technologies de registres distribués (blockchain) pour les transferts internationaux de fonds. Ces initiatives visent à améliorer la transparence, la traçabilité et la rapidité des transactions tout en réduisant les coûts. Toutefois, la Banque des règlements internationaux et le Fonds monétaire international soulignent que l’adoption de ces technologies demeure limitée en raison de défis réglementaires, juridiques et d’interopérabilité avec les systèmes existants[17].

Défis et enjeux sectoriels

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Coûts de transaction

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Malgré une tendance à la baisse, les frais de transfert restent élevés, particulièrement pour certains corridors africains où ils peuvent dépasser 10 % du montant envoyé. L'Objectif de développement durable 10.c des Nations unies vise à réduire les coûts moyens à moins de 3 % d'ici 2030, un objectif encore loin d'être atteint dans de nombreuses régions[18].

Les coûts élevés s'expliquent par plusieurs facteurs : manque de concurrence, complexité réglementaire, volumes faibles sur certains corridors, et coûts de distribution dans les zones rurales.

Risques de criminalité financière

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Les transferts d'argent peuvent être détournés à des fins illicites : blanchiment de capitaux, financement du terrorisme, évasion fiscale ou fraude. Les régulateurs imposent donc des obligations strictes de connaissance du client (KYC) et de surveillance des transactions, ce qui peut paradoxalement exclure certaines populations vulnérables du système formel.

Exclusion et accessibilité

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Environ 1,4 milliard d'adultes dans le monde demeurent non bancarisés, selon les données de la Banque mondiale[19]. Pour ces populations, accéder aux services de transfert formel reste difficile, les contraignant à utiliser des canaux informels plus risqués ou à payer des frais exorbitants.

Protection des consommateurs

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Les utilisateurs de services de transfert d'argent peuvent être exposés à des pratiques abusives telles que des frais cachés, des taux de change peu transparents ou des délais excessifs. L’OCDE et la Banque mondiale soulignent l’hétérogénéité des cadres de protection des consommateurs selon les pays, appelant à un renforcement des règles de transparence et d’information afin de protéger les populations migrantes et les ménages à faibles revenus[20].

Volatilité des taux de change

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Pour les transferts internationaux, les fluctuations des taux de change peuvent affecter significativement le montant effectivement reçu par les bénéficiaires, en particulier dans les pays à devises instables. Le Fonds monétaire international souligne que cette volatilité constitue un facteur de risque pour les ménages dépendants des transferts d'argent, notamment dans les économies émergentes exposées à des chocs macroéconomiques récurrents[21].

Cadre réglementaire

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Réglementation nationale

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Chaque État établit ses propres règles encadrant les opérateurs de transfert d'argent, notamment en matière d’agrément, d’obligations déclaratives, de plafonds de transaction et de dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Selon le Groupe d'action financière, cette fragmentation réglementaire complique les opérations transfrontalières et peut favoriser des arbitrages réglementaires, tout en posant des défis pour l’inclusion financière[22].

Normes internationales

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Plusieurs organisations internationales émettent des recommandations :

Le Groupe d'action financière (GAFI) établit des standards pour la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme La Banque des règlements internationaux publie des lignes directrices sur les systèmes de paiement[23] Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale promeuvent la réduction des coûts et l'amélioration de l'accès.

Enjeux de conformité

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Le phénomène de de-risking (réduction des risques) a conduit certaines banques internationales à cesser leurs relations avec des opérateurs de transfert ou des régions jugées trop risquées, réduisant ainsi la concurrence et l'accès aux services dans certaines zones.

Impact social et développement

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Effets sur les ménages bénéficiaires

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Plusieurs études empiriques indiquent que les transferts d'argent permettent aux ménages bénéficiaires de lisser leur consommation face aux chocs économiques, de réduire la pauvreté et d’améliorer les conditions de vie. Selon la Banque mondiale, ces fonds sont fréquemment utilisés pour financer les dépenses essentielles telles que l’alimentation, l’éducation des enfants (avec une augmentation mesurée des taux de scolarisation), l’accès aux soins de santé et, dans certains cas, le lancement de petites activités génératrices de revenus[24].

Plusieurs travaux soulignent également que les femmes occupent fréquemment un rôle central dans la gestion des transferts reçus au sein des ménages, ces fonds étant davantage orientés vers des dépenses sociales telles que la santé et l’éducation, contribuant ainsi au bien-être familial à long terme[25].

Effets macroéconomiques

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À l’échelle macroéconomique, les transferts d'argent constituent une source majeure de devises étrangères pour de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire. Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale soulignent que ces flux contribuent à la stabilité macroéconomique en soutenant la balance des paiements, en réduisant la pauvreté et en stimulant la demande intérieure, notamment en période de crise économique ou politique[26].

Toutefois, plusieurs analyses mettent en garde contre les risques liés à une dépendance excessive à ces flux, qui peut exposer les économies réceptrices aux chocs affectant les pays d’origine des migrants et limiter les incitations au développement productif local, notamment en cas de forte appréciation du taux de change réel.

Débats académiques

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Les économistes débattent des effets à long terme des transferts d'argent. Certains soulignent le risque d'une "dépendance à la rente migratoire" qui pourrait décourager l'activité productive locale ou engendrer une appréciation réelle de la monnaie nuisant à la compétitivité (syndrome hollandais). D'autres contestent ces craintes en pointant les effets multiplicateurs positifs et le développement de l'entrepreneuriat financé par ces fonds[27].

Genre et transferts

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Les femmes migrantes tendent à envoyer une proportion plus importante de leurs revenus que les hommes, et ces fonds sont souvent alloués prioritairement à l'éducation et la santé familiale. Cette dimension genrée des transferts interpelle les politiques de développement[28].

Perspectives d'avenir

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Digitalisation accélérée

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La pandémie de COVID-19 a considérablement accéléré l'adoption des canaux numériques de transfert, en raison des restrictions de mobilité et de la fermeture temporaire de nombreux points de service physiques. Selon la Banque mondiale, cette transition vers le numérique s’est traduite par une augmentation significative des transferts effectués via des plateformes en ligne et mobiles, tendance qui devrait se poursuivre avec l'amélioration de la connectivité Internet et la progression de l'équipement en smartphones dans les pays en développement[29].

Intégration des systèmes de paiement

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Des initiatives régionales et internationales visent à interconnecter les systèmes de paiement nationaux afin de faciliter les transferts transfrontaliers instantanés et à moindre coût. Le G20 a fait de cette question une priorité stratégique dans le cadre de sa feuille de route sur l'amélioration des paiements transfrontaliers, soulignant le rôle clé de l'interopérabilité des infrastructures de paiement pour réduire les coûts et les délais des transferts internationaux[30].

Innovation et concurrence

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L'entrée de nouveaux acteurs technologiques sur le marché des transferts d'argent intensifie la concurrence et stimule l'innovation dans les modèles économiques, les interfaces utilisateur et les mécanismes de tarification. Selon les analyses de la Banque mondiale, cette dynamique concurrentielle contribue progressivement à la baisse des coûts de transfert, en particulier sur les corridors les plus concurrentiels, bien que des disparités régionales subsistent[31].

Défis réglementaires

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L'équilibre entre innovation technologique, inclusion financière et gestion des risques demeure un défi majeur pour les autorités de régulation. Les institutions internationales soulignent que l'harmonisation réglementaire, bien que complexe, pourrait faciliter les opérations transfrontalières tout en renforçant la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme[32].

Critiques et controverses

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Exploitation économique

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Certains observateurs et organisations de la société civile dénoncent les frais élevés prélevés par les opérateurs traditionnels de transfert de fonds comme une forme d'exploitation économique des populations migrantes vulnérables. La Banque mondiale souligne que les coûts des transferts vers l'Afrique subsaharienne figurent parmi les plus élevés au monde, alimentant des débats récurrents sur la nécessité de renforcer la concurrence et la transparence tarifaire[33].

Substitution à l'aide au développement

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Des chercheurs et responsables institutionnels mettent en garde contre le risque de considérer les transferts privés comme un substitut à l'aide publique au développement. Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale rappellent que, bien que complémentaires, les transferts d'argent ne sauraient remplacer les politiques publiques de développement, notamment en matière d'infrastructures, de santé et d'éducation.

Détournements et corruption

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Dans certains contextes, les transferts d'argent peuvent être exposés à des risques de détournement, de corruption ou de criminalité financière, en particulier lorsqu'ils transitent par des canaux informels ou faiblement régulés. Le Groupe d'action financière souligne la nécessité de renforcer les dispositifs de surveillance et de coopération internationale afin de limiter ces risques tout en préservant l'accès des populations aux services financiers formels[34].

Articles connexes

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Institutions et organisations

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Notes et références

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  1. « Remittances and Development », sur Banque mondiale (consulté le )
  2. « Migration and Remittances », sur Banque mondiale (consulté le )
  3. « Remittances », sur Banque mondiale (consulté le )
  4. « The Hawala Alternative Remittance System », sur Fonds monétaire international (consulté le )
  5. Raymond de Roover, The Rise and Decline of the Medici Bank (1397–1494), Harvard University Press, , 45–52 p.
  6. « Remittances Matter », sur Banque mondiale (consulté le )
  7. « Remittance flows rebound strongly in 2023 », sur Banque mondiale (consulté le )
  8. « Measuring Global Remittances », sur Fonds monétaire international (consulté le )
  9. « Remittance Prices Worldwide – Overview », sur Banque mondiale (consulté le )
  10. Adams, Richard H. et Page, John, « Do international migration and remittances reduce poverty in developing countries? », World Development, 2005.
  11. « Remittance flows rebound strongly in 2023 », sur Banque mondiale (consulté le )
  12. « Remittance flows rebound strongly in 2023 », sur Banque mondiale (consulté le )
  13. « Remittance Prices Worldwide – Issue No. 48 », sur Banque mondiale, (consulté le )
  14. « Mobile Money – Services financiers », sur Maroc Telecom (consulté le )
  15. « Enhancing cross-border payments », sur Banque des règlements internationaux, (consulté le )
  16. « Digital Financial Services », sur Banque mondiale (consulté le )
  17. « Central bank digital currencies: foundational principles and core features », sur Banque des règlements internationaux, (consulté le )
  18. « Reducing the Cost of Remittances – SDG 10.c », sur Nations unies (consulté le )
  19. « Global Findex Database 2021 », sur Banque mondiale (consulté le )
  20. « Consumer policy and remittances », sur OCDE (consulté le )
  21. « Exchange Rate Volatility and Remittances », sur Fonds monétaire international (consulté le )
  22. « International Standards on Combating Money Laundering and the Financing of Terrorism », sur Groupe d'action financière (consulté le )
  23. « Sound Practices on remittances », sur Banque des règlements internationaux (consulté le )
  24. « Do international migration and remittances reduce poverty in developing countries? », sur Banque mondiale (consulté le )
  25. « Gender dimensions of remittances », sur Banque mondiale (consulté le )
  26. « Workers’ Remittances: An Important and Stable Source of External Development Finance », sur Banque mondiale (consulté le )
  27. « Migration, Remittances and the Dutch Disease », sur Fonds monétaire international (consulté le )
  28. « Gender dimensions of remittances », sur Banque mondiale (consulté le )
  29. « COVID-19 Crisis Through a Migration Lens », sur Banque mondiale, (consulté le )
  30. « G20 Roadmap for Enhancing Cross-border Payments », sur Banque des règlements internationaux, (consulté le )
  31. « Remittance Prices Worldwide », sur Banque mondiale (consulté le )
  32. « Financial Consumer Protection and Digital Finance », sur Banque mondiale (consulté le )
  33. « Remittance Prices Worldwide – Africa », sur Banque mondiale (consulté le )
  34. « Risk-Based Approach to AML/CFT », sur Groupe d'action financière (consulté le )

Bibliographie

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  • (en) Adams, Richard H. et Page, John, « Do international migration and remittances reduce poverty in developing countries? », World Development, vol. 33, n° 10, 2005.
  • (en) Ratha, Dilip, « Workers' Remittances: An Important and Stable Source of External Development Finance », Global Development Finance, Banque mondiale, 2003.
  • (en) Gupta, Sanjeev, Pattillo, Catherine A. et Wagh, Smita, « Effect of Remittances on Poverty and Financial Development in Sub-Saharan Africa », World Development, vol. 37, n° 1, 2009.

Liens externes

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