Abeokuta
| Abeokuta | |
Vue du sommet de l'Olumo Rock. | |
| Administration | |
|---|---|
| Pays | |
| État | Ogun |
| Démographie | |
| Population | 888 924 hab. (2012) |
| Population de l'agglomération | 1 117 000 hab. (2012) |
| Géographie | |
| Coordonnées | 7° 09′ nord, 3° 21′ est |
| Altitude | 66 m |
| Localisation | |
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Abeokuta est une ville du Nigeria, capitale de l'État d'Ogun, fondée en 1825 comme refuge contre les chasseurs d'esclaves du Dahomey et d'Ibadan.
Géographie
[modifier | modifier le code]La ville se situe à environ 77 kilomètres de Lagos, dans la savane boisée du sud-ouest nigérian, à une altitude de 66m. Le climat est de type tropical, marqué par l’alternance des saisons sèche et humide de l'harmattan[1].
- Latitude : 007° 09′ N
- Longitude : 003° 21′ E
Toponyme
[modifier | modifier le code]La ville tire son nom de la présence massive de roches granitiques, en particulier du mont Olumo Rock (en), qui constitue un repère géologique. Le terme « Abeokuta » signifie en yoruba « sous la roche »[1],[2].
Histoire
[modifier | modifier le code]Origine
[modifier | modifier le code]La ville d'Abeokuta tire son origine de l'État Egba (en) formé au XVIIIe siècle en une organisation militaire fédérée résistant à l'Empire d'Oyo. Le système politique repose alors sur plusieurs institutions : la société Ogboni, qui fonctionne comme un sénat composé de notables ; la société Olorogun, regroupant les chefs militaires ; la société Parakoyi, équivalent d’une chambre de commerce ; et la société Ode, corporation des chasseurs[1].
Au début du XIXe siècle, les Egba affrontent une série de guerres régionales. Durant la guerre d’Owu, ils subissent des pertes considérables et de nombreux habitants sont réduits en esclavage. C’est dans ce contexte que leur chef militaire, Sodeke, conduit le groupe vers la région d’Abeokuta, où ils s’installent définitivement[1].
Fondation
[modifier | modifier le code]Les Egba (en) fondent Abeokuta vers 1825-1830 la ville après avoir quitté un village proche d'Ibadan, et qui constituait le cœur de leur organisation politique. Cette migration est liée à la désintégration progressive de l’Empire d’Oyo, auquel les Egba sont longtemps soumis. Selon leurs traditions, ils descendent d’Odùduwà d’Ife. L’organisation politique des Egba repose initialement sur une structure fédérale et décentralisée comprenant plusieurs provinces, dont chacune conserve sa monarchie propre. Les quatre grandes divisions sont l’Egba Alake, l’Egba Gbagura, l’Egba Oke-Ona et l’Egba Olowu, cette dernière issue des réfugiés owus accueillis après la guerre d’Owu (1821–1826)[1].
Sodeke met en place une politique extérieure ouverte, cherchant à établir des relations directes avec la côte pour échapper à l’hégémonie des voisins ijebu et ibadan. Il entretient des relations diplomatiques avec Lagos et obtient des armes européennes. Il élargit les institutions traditionnelles en donnant à la société Ogboni une dimension pan-egba et invite les diasporas yoruba émancipées venues de Sierra Leone, du Brésil et de Cuba à revenir s’installer à Abeokuta[1].
Abeokuta accueille très tôt des missionnaires chrétiens, à partir de 1835, puis en 1839 sous l’autorité de Sodeke. L’introduction du christianisme, de l’écriture latine de la langue yoruba et des écoles missionnaires transforme le paysage social et culturel. Ces évolutions provoquent cependant des tensions entre la classe militaire et la nouvelle élite éduquée chrétienne, qui cherche à instaurer un gouvernement civil et abolitionniste[1].
Protectorat à l'indépendance
[modifier | modifier le code]En 1893, un traité anglo-egba reconnaît la souveraineté de l’État egba, qui prend le nom de Egba United Government. Cette souveraineté prend fin en 1914 lorsque le traité est abrogé et que la ville est intégrée dans la colonie du Nigeria[1]. En 1946, pour protester contre les taxes décidées par l'autorité coloniale britannique, les femmes de la ville et des alentours adhèrent en grand nombre à l'Union des femmes d'Abeokuta dirigée par Funmilayo Ransome-Kuti. L'action continue de ces femmes contraint le roi Alaké Ademola II, qui était encore une autorité reconnue par les Anglais, à l'exil. Les femmes sont libérées des taxes et elles obtiennent le droit de siéger dans les instances locales[3].
Abeokuta devient par la suite un centre culturel et politique important du sud-ouest nigérian. Depuis 1988, la ville abrite l’Université fédérale de l'agriculture (en)[1].
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Mission catholique vers 1925.
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Vue générale en 1929.
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Procession en 1961.
Transport
[modifier | modifier le code]Depuis 2021, Abeokuta est reliée aux mégapoles de Lagos (au sud) et d'Ibadan (au nord) par un chemin de fer à voie normale. Ces deux destinations sont ainsi accessibles en moins d'une heure de voyage depuis Abeokuta. Le départ se fera à la nouvelle gare centrale d'Abeokuta.
Économie
[modifier | modifier le code]Les populations locales exploitent depuis longtemps les terres périphériques pour l’agriculture. Ils cultivent le manioc, le beurre de karité, l’huile de palme, l’igname, la noix de kola et le riz, et s’inscrivent progressivement dans une économie tournée vers les cultures de rente. L’introduction du coton par les missionnaires anglicans dans les années 1850 contribue à transformer l’économie, qui repose également sur l’indigo, le caoutchouc, le bois, le maïs et le textile adire[1].
- Cimenterie.
- Industries textiles et alimentaires, cacao, arachides.
- Population : 593 140 habitants en 2005.
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Pépinière forestière à l'université fédérale d'agriculture d'Abeokuta.
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Recyclage du plastique.
Personnalités
[modifier | modifier le code]- Fela Kuti (1938-1997), chanteur, saxophoniste, chef d'orchestre et homme politique nigérian y est né.
- Femi Robinson (1940-2015), acteur, y est né.
- Wole Soyinka (1934-), écrivain nigérian, premier écrivain noir à être lauréat du prix Nobel de littérature, y est né.
- Shane Lawal, joueur de basket-ball, y est né.
- Funmilayo Ransome-Kuti (1900-1977), leader féministe, y est née.
- Efunroye Tinubu (1805-1887), y a vécu.
- Folake Solanke (1932-), avocate, administratrice et critique sociale nigériane.
- Moshood Abiola (1937-1998), homme d'affaires et homme politique nigerian.
- Aderounmu Adejumoke (1987-2024), actrice nigériane.
- Anike Agbaje-Williams (1936-2025), animatrice de télévision nigériane.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Adrian M. Deese, « Egba (Abeokuta) », dans Saheed Aderinto, African Kingdoms : An Encyclopedia of Empires and Civilizations, ABC-CLIO, , 383 p. (ISBN 978-1-61069-579-4), p. 67-71
- ↑ « Abeokuta history », sur Encyclopædia Britannica
- ↑ (en) Judith Byfield, « Dress and politics in Post-War II Abeokuta (Western Nigeria) », dans Jean Marie Allman, Fashioning Africa : Power and the Politics of Dress, Bloomington, Indiana University Press, (lire en ligne), p. 31
