Abraham Bloch
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Léon Fridman (d) | |
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Moïse Bloch (d) |
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Rabbin (à partir du ), aumônier militaire juif (à partir du ) |
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Moïse Bloch (d) (grand-père) Armand Isaac Bloch (cousin germain) Jacques Kahn (beau-frère) |
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Abraham Bloch est un rabbin français, né le à Paris et mort le à Taintrux (Vosges). Figure importante du Consistoire central israélite de France, il est connu pour avoir été le premier rabbin de France tué à l'ennemi durant la Première Guerre mondiale.
Issu d'une lignée de rabbins alsaciens, il embrasse cette même vocation, intègre le séminaire israélite de France puis obtient un premier poste auprès de la petite communauté juive de Remiremont. Bloch dirige ensuite le grand-rabbinat d'Alger pendant onze ans, et s'emploie notamment à juguler les violences antisémites qui touchent l'Algérie dans le contexte du décret Crémieux et de l'affaire Dreyfus. Nommé grand-rabbin de Lyon en 1908, en récompense de sa conduite courageuse en Algérie, il conserve ce poste jusqu'à la Première Guerre mondiale.
S'étant porté volontaire pour servir en tant qu'aumônier militaire israélite, alors qu'il a 53 ans, il est affecté au 14e corps d'armée lorsque la mobilisation générale est déclarée en août 1914. Il part pour le front dans le massif des Vosges, secourant les blessés de la bataille de la Haute Meurthe. Il est tué à l'ennemi, au col d'Anozel, près du village de Taintrux, le .
Selon un récit — dont la recherche historique n'a jamais pu étayer la véracité —, il aurait été fauché par un obus quelques instants après avoir tendu un crucifix à un soldat français mourant. L'aumônier, dont la mort au champ d'honneur est avérée, devient alors, sous la plume de l'écrivain Maurice Barrès, figure de proue du nationalisme français, la personnification de l'Union sacrée qui rassemble les Français de toutes tendances politiques ou religieuses au déclenchement de la Première Guerre mondiale. Il devient également l'un des symboles les plus puissants du franco-judaïsme, idéal visant à concilier les grands principes du judaïsme avec les valeurs défendues par le républicanisme français, qu'il avait passé sa vie à promouvoir.
De nombreux hommages lui sont rendus dans l'entre-deux-guerres, dans le contexte de la montée de l’extrême droite et de l'antisémitisme sous la Troisième République : sa mort, érigée en image d'Épinal, est en effet mise en avant comme la preuve de l'attachement des Français israélites à leur patrie et à la République.
Biographie
[modifier | modifier le code]Origines familiales
[modifier | modifier le code]Abraham Bloch descend par son père d'une famille des Juifs alsaciens originaires du Bas-Rhin. Son bisaïeul, David (Uttenheim, 1748 - 1814) est circonciseur rituel[1]. Son grand-père, Moyse Bloch (Uttenheim, 1790 – Strasbourg, 1869)[1], professeur de Talmud[2], connu en yiddish comme le « Hokheim von Uttenhe », le « sage d'Uttenheim »[3], s'installe à Strasbourg vers 1820[3]. Il est le maître du futur grand-rabbin de France Zadoc Kahn[3] et rédige un commentaire du traité Houlin de la Mishna intitulé Yismah Moshé[3]. Quant au père d'Abraham Bloch, Isaac Bloch (Strasbourg, 1827 – Paris, 1905), il est négociant et rabbin, installé dans la capitale depuis 1856[2]. Cette même année, il épouse Joséphine Marsilio, née à Venise en 1835, fille de Joseph Marsillo et Sara Heimann[2], et qui, au moment de son mariage, réside à Paris avec sa famille, au 92 rue de Provence[4]. Isaac Bloch est voyageur de commerce, exerçant son métier entre Paris et Arras[5]. Il devient vice-président des communautés juives de Valenciennes et Saint-Mandé[5].
Abraham Bloch est l'aîné de quatre enfants. Son frère cadet, Armand Bloch (Saint-Mandé, - Bruxelles [6]) deviendra grand-rabbin de Bruxelles. Abraham a aussi deux sœurs, Deborah, épouse du rabbin Jacques Kahn, décédée en 1912, et Rachel, surveillante à l'hôpital Rothschild de la rue de Picpus puis directrice de l'hôpital Rothschild de Berck, décédée en 1935[2],[7].
Jeunesse et études
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Abraham Bloch naît le dans l'ancien 7e arrondissement de Paris[note 1], dans la Seine. À la suite du rattachement de l'Alsace-Moselle à la Prusse, le , la famille Bloch fait partie des Alsaciens et Mosellans qui font le choix de conserver la nationalité française. Ils optent pour la France le [5]. Les Bloch vivent à cette époque au 13 boulevard Voltaire[5]. Ils résident plus tard à Saint-Mandé où se sont installés de nombreux optants alsaciens.
Abraham Bloch entre dans sa dix-huitième année, en octobre 1877[5], au séminaire israélite de France, institution alors située au 57 boulevard Richard-Lenoir et transférée en 1881 au 9 rue Vauquelin dans le Quartier latin[5]. Cette institution a pour mission de former les rabbins consistoriaux. Bloch y étudie le Tanakh, le Talmud, la théologie, l'histoire du peuple juif, la littérature française, l'hébreu, le latin, le grec et l'araméen[8]. Il suit aussi des cours d'hébreu rabbinique sous la direction de Joseph Derenbourg à l'École pratique des hautes études[9]. Il y vit, de même que les autres élèves du séminaire, en vase clos, ne pouvant quitter le séminaire que deux heures, les jeudis[8]. Contrairement à son frère Armand, rentré deux ans après son aîné au séminaire et jugé brillant par ses professeurs, Abraham reçoit des appréciations réservées : « appliqué mais lent », « de la bonne volonté, jugement peu sûr ». Toutefois, dans le portrait que le grand-rabbin de France dresse d'Abraham Bloch à la suite de son décès, il indique : « Au séminaire, il se fit tout de suite aimer par sa nature franche, sans repli ni détour, sa bonne humeur, parfois narquoise, son esprit bon enfant, sans amertume ni méchanceté »[10]. Abraham Bloch obtient le diplôme du premier degré rabbinique le [8].
Rabbin de Remiremont
[modifier | modifier le code]En 1883, Abraham Bloch est nommé rabbin à Remiremont dans le département des Vosges, étant seul candidat au poste. Il s'agit d'une petite communauté juive fondée au début du XIXe siècle[11]. N'ayant pas encore 25 ans lorsque sa candidature est acceptée, le , il doit demander une dispense d'âge au ministère de la Justice[12]. Le ressort du rabbinat comprend à la fois Remiremont et Le Thillot situé à une vingtaine de kilomètres au sud-est. La synagogue de Remiremont, où Bloch officie, a été inaugurée en 1873[11]. D'après le décompte que Bloch envoie annuellement au préfet de Vosges, on compte, en 1887, à Remiremont, « une population israélite de 86 foyers formant un total de 333 âmes » et au Thillot « 22 foyers formant un total de 89 âmes ». Ce recensement sert à répartir l'indemnité de logement payée au rabbin au prorata des membres de la communauté de chaque commune[11].
Le , dans le 17e arrondissement de Paris, Abraham Bloch épouse Berthe Eudlitz (Paris, 1868-1940), issue d'une famille de commerçants parisiens aisés[13]. Leur mariage est célébré à la synagogue de la Victoire (Paris) par le grand-rabbin Zadoc Kahn[14]. Les époux habitent 62 boulevard Thiers à Remiremont[15]. De cette union naissent deux enfants, Moïse (1893) et Jeanne (1895)[15]. En 1892, Bloch reçoit du consistoire central son diplôme rabbinique de deuxième degré, lui permettant d'espérer l'accès à des fonctions plus importantes[16].
L'année suivante, Abraham Bloch voyage en Belgique pour célébrer le mariage de son frère, Armand Bloch, grand-rabbin de Bruxelles avec Mlle Erlanger, fille du compositeur Camille Erlanger[15]. En 1895, le rabbin propose d'annexer à son ressort les communautés juives de l'arrondissement de Saint-Dié-des-Vosges qui dépendent alors du rabbin d'Épinal[16]. Sont concernés 420 juifs de Gérardmer, Raon-l'Étape, Senones, Saint-Dié. Le consistoire d'Épinal approuve la proposition, constatant la disproportion démographique entre les deux rabbinats, mais le consistoire central ne donne pas suite[16].
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La synagogue de Remiremont, en 1910, où le rabbin Bloch officie.
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Lettre d'Abraham Bloch au préfet détaillant la population israélite de Remiremont et du Thillot (1891).
Grand-rabbin d'Alger
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À partir de 1845, l'organisation consistoriale française, structurée en métropole en 1808, sous le Premier Empire, est étendue à l'Algérie coloniale. Dans chaque département algérien (Oran, Constantine et Alger) est créé un consistoire[17]. Les grands-rabbins de ces consistoires sont chargés de « régénérer » le judaïsme algérien jugé arriéré par le consistoire central, et d'y diffuser le franco-judaïsme[17]. Ils sont très majoritairement ashkénazes et pour la plupart de tradition alsacienne ou lorraine[17]. C'est dans ce contexte qu'Abraham Bloch, qui avait déjà candidaté au poste de grand-rabbin de d'Oran en 1891, postule à celui d'Alger en février 1897[16].
Le , le Consistoire central choisit Abraham Bloch à l'unanimité comme grand-rabbin d'Alger. Son décret de nomination est publié le . Il se rend alors en bateau à Alger depuis Marseille avec sa femme et ses deux enfants et est officiellement installé dans ses nouvelles fonctions le [18]. Son arrivée intervient dans un contexte de troubles anti-juifs[19]. À l'époque où le décret Crémieux, qui octroie en 1870 la citoyenneté française aux Juifs d'Algérie, prend effet, la colonie compte 2 millions de musulmans, pour la plupart dépourvus de droits civiques. La population européenne compte 130 000 Français et 115 000 étrangers. Il y a 35 000 Juifs algériens auxquels s'ajoutent 5 000 Juifs du Maroc et de Tunisie[19]. La naturalisation massive des Juifs est vécue par de nombreux Français d'Algérie comme une menace pour l'équilibre politique de la colonie. L'antisémitisme qui résulte de ce contexte local se retrouve amplifié dans le contexte de l'affaire Dreyfus[19]. En mai de cette même année, quatre députés du groupe antijuif, dont Édouard Drumont, auteur de La France juive, sont élus en Algérie. Max Régis, un agitateur antisémite, devient maire d'Alger en novembre 1898[19]. La violence antisémite s'exprime dans les rues et se manifeste à proximité immédiate du domicile du grand-rabbin Bloch[20] :
« Le dimanche 23 janvier, sous les fenêtres du Grand Rabbin, à l'entrée de la rue Blandan, un poste de zouaves interdisait l'accès de la rue de la Lyre. Une foule surexcitée essayait de franchir le cordon de troupes lorsqu'un petit juif qui rentrait chez lui est reconnu par la foule. On s'empare de lui. Il demande : "Grâce ! Pitié !" L'agent de police et les zouaves ricanent. La foule piétine le malheureux, tombé à terre sous les coups de poing et de pied de ses lâches agresseurs. À ce moment tous les israélites […] sont à leurs fenêtres et assistent au supplice de leur jeune coreligionnaire. Un dernier coup de talon sur le crâne fend la tête du pauvre petit juif. Satisfaite, la foule se retire. »
— L'Univers israélite, 8 juillet 1898, p. 492
Ce climat antisémite provoque une paupérisation de la communauté juive algéroise. De nombreuses personnes perdent leur emploi ou ne peuvent l'exercer[21]. Un Comité de défense contre l’antisémitisme est formé en France, à l'instigation du grand-rabbin Zadoc Kahn et de Narcisse Leven, président de l’Alliance israélite universelle, pour lutter contre la haine antisémite[19]. Ce comité, dont l'existence ne sera révélée qu'en 1902, agit aussi en Algérie. Abraham Bloch joue un rôle pivot dans ce dispositif, servant de relais entre le Comité de défense contre l’antisémitisme, l’Alliance israélite universelle et la communauté juive algéroise[19]. Le comité s'emploie à financer des campagnes de presse contre Drumont. La Vigie algérienne et le Télégramme algérien reçoivent ainsi des subsides pour soutenir les candidats socialiste Paul Vibert et radical Paul Samary[19]. D'autres fonds sont employés pour financer des ateliers employant des ouvriers juifs désœuvrés à la suite des troubles antisémites[19]. Le grand-rabbin Bloch reste très discret dans ses interventions, ce qui n’empêche pas la presse antisémite, dont L'Antijuif algérien, fondé par le maire d'Alger, Max Régis et son frère, Louis, de l'attaquer violemment[19].
« Facile à reconnaître entre mille, le petit youpin Bloch, qui est, malgré sa taille de Tom Pouce, grand rabbin d’Alger palpant, bon an mal an, 10 000 francs que lui sert généreusement le gouvernement. […] Si le rabbin Bloch ne s’occupait que des synagogues dont il a la direction, nous le laisserions tranquille ; mais cet immonde youpin s’allie aux ennemis de la France et se livre à un travail que nous devons signaler. »[22]
— L'Antijuif algérien, 9 septembre 1900
Le , le fils des Bloch, Moïse, âgé de cinq ans, décède de maladie. Ses parents postulent que sa maladie est liée au choc émotionnel causé par les violences politiques ayant touché sa famille[23].
Le , Aron Boumendil, un ouvrier bijoutier juif, poignarde dans le dos le grand-rabbin à la sortie du tramway[24]. Sans emploi depuis cinq mois dans le contexte des troubles antisémites qui ont appauvri la communauté juive algéroise et père de cinq enfants, il a demandé au consistoire un secours financier[24]. Mécontent de n'avoir reçu du grand-rabbin que 10 francs alors qu'il en demandait 100, il l'agresse à l'arme blanche. Bloch guérit après deux semaines d'immobilisation[24]. Bien qu'il ait publiquement souhaité l'acquittement de son agresseur, ce dernier est condamné à deux ans de prison. Boumendil demande quelque temps après au rabbin de célébrer la brit milah (circoncision) de son sixième enfant, ce qu'il accepte[24].
En août 1906, Abraham Bloch séjourne brièvement en métropole pour donner la bénédiction nuptiale au mariage de sa sœur Déborah avec le rabbin Jacques Kahn, à Saint-Mandé[25].
Bien qu'ayant démissionné en avril 1897 de son poste, Moïse Weil, le prédécesseur de Bloch au grand-rabbinat d'Alger (1891-1897), connu pour sa piété[26], continue d'intervenir dans les affaires du consistoire avec, selon les termes d'Abraham Bloch, une « exaltation croissante », rendant la situation « de plus en plus insupportable »[26]. Weil soutient notamment le rabbin marocain Messaoud Dahan, qui pratique des mariages bigames[21]. Bloch fait fermer la yechiva de Dahan et obtient son expulsion[21]. Cette action déclenche l'hostilité de Moïse Weil, qui harcèle Bloch et le consistoire central de plaintes et réclamations. Le conflit culmine en juillet 1898 lorsque Moïse Weil prononce un herem contre la totalité des membres laïques du consistoire d'Alger. Face à cette situation, le Consistoire central décide de mettre Weil en demeure de quitter l'Algérie sous peine de se voir supprimer sa pension[26]. Ce dernier reste néanmoins sur place, continuant à s'opposer aux dirigeants du consistoire jusqu'à son décès en 1914[27].
Dans le cadre des préparatifs d'application de la loi de 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État, Abraham Bloch s'attache à obtenir le maintien de la taxe sur l’abattage rituel, qui est la source principale de revenus des consistoires algériens, essentiellement dévolue au financement d’œuvres de bienfaisance[28],[25]. Il obtiendra gain de cause, le décret d'application de la loi daté du ne remettant pas en cause cette spécificité du judaïsme algérien[29].
Grand-rabbin de Lyon
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À l'automne 1908, Abraham Bloch revient en métropole et succède à Alfred Lévy en tant que grand-rabbin de Lyon[30]. L'Association cultuelle de Lyon avait retenu deux candidats, Bloch et Mathieu Wolf, rabbin à Sedan, mais son choix se porte finalement sur Abraham Bloch pour des questions d'âge et d'ancienneté et « estimant […] qu'il était juste de tenir compte au Grand-Rabbin d'Alger de la ferme et courageuse attitude qu'il avait tenue durant les troubles antisémitiques »[30].
L'installation de Bloch en tant que grand-rabbin de la communauté juive lyonnaise a lieu à la grande synagogue de Lyon, lors de l'office du matin du premier jour de Roch-Hashana 5669 (samedi )[31]. Après les onze années éprouvantes que Bloch a passées à Alger, son séjour à Lyon est assez paisible[31]. Son arrière petit-fils, Paul Netter, auteur d'une biographie à son sujet, note que « tous les témoignages convergent pour souligner son caractère sympathique et ouvert sur les autres ». Il remarque aussi que ses discours contiennent plus de références à de l'humanisme qu'à des notions proprement religieuses. De manière générale, contrairement à son frère le grand-rabbin Armand, Il n'a pas laissé d'écrits religieux[32]. Fidèle aux traditions du franco-judaïsme qui entend concilier pratique religieuse et valeurs républicaines, il récite en 1911, à l'occasion de l'office de Yom Kippour, une hashkava (prière funèbre) en la mémoire des centaines de marins morts dans l'explosion accidentelle du cuirassé Liberté en rade de Toulon le [33].
En juillet 1913, Bloch reçoit une lettre circulaire émanant du gouvernement militaire de Lyon relatif à l'organisation du service d'aumônerie militaire. Il décide de se porter lui-même volontaire pour être aumônier, il a alors 53 ans[34]. Paul Netter voit dans ce « choix audacieux » une manifestation des origines alsaciennes du rabbin et une preuve de son attachement profond à la France et à la République[32].
Première Guerre mondiale
[modifier | modifier le code]Aumônier israélite dans les Vosges
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Le surlendemain de la mobilisation générale déclarée le , Bloch reçoit un ordre de mobilisation pour la 14e section d'infirmiers militaires (SIM)[35] du 14e corps d'armée rattaché à la 1re armée[36]. Le rabbin Israël Lévi indique dans un article en 1915 : « quand fut décrétée la mobilisation, l'autorité militaire demanda au grand-rabbin de Lyon de désigner l'aumônier destiné à suivre le 14e corps d'armée. Sourd aux objurgations de ses amis et de ses proches, Abraham Bloch n'hésita pas à revendiquer pour lui l'honneur de servir son pays » malgré sa santé fragile[37].
Au début de la guerre, on compte dix-huit aumôniers israélites dans l'armée française. Les aumôniers sont rattachés aux groupes de brancardiers et sont assimilés à des capitaines en ce qui concerne les prestations salariales et les décorations[34]. Les aumôniers s'habillent à leur convenance : si quelques rabbins adoptent une tenue militaire s'approchant de celle des officiers, la plupart conservent une tenue civile[36]. Certains, dont Abraham Bloch, portent un ample costume, rappelant la soutane, ce qui conduit des soldats à les confondre avec des curés[36]. Les aumôniers juifs arborent en insigne pectoral des Tables de la Loi argentées, suspendues à un ruban, ce qui permet de les identifier[34]. Sur la manche ils arborent un brassard blanc, frappé de l'emblème de la Croix-Rouge[34]. Abraham Bloch indique à propos de sa tenue : « On m'appelle partout M. le curé, mais on sait tout de même que je suis le curé juif. Mes collègues, MM. les curés m'avaient dit d'avance qu'on me prendrait pour un prêtre catholique, rien ne nous différenciant d'eux dans la mise pas même la barbe puisque l'un des aumôniers catholiques qui est un père jésuite […] porte une grande barbe carrée comme moi »[38],[39].
Bloch écrit de manière quasi quotidienne à sa femme et à sa fille et tient un carnet de guerre. Ces documents, qui permettent avec les journaux des marches et des opérations, de retracer avec précision son parcours, sont conservés aux archives du séminaire israélite de France[40].
Le 14e corps d'armée est positionné dans les Vosges où il participe à la bataille des Frontières, terme désignant les premiers combats entre troupes allemandes et franco-britanniques en août 1914. Durant le début des opérations, le rabbin peut visiter des coreligionnaires qu'il a connus alors qu'il était rabbin de Remiremont. Bloch indique, au début du conflit, maintenir un régime alimentaire qui, s'il n'est pas strictement casher, privilégie les aliments « neutres », sans mélange de lacté et de carné, ainsi, il ne mange que de la soupe et des légumes avec les autres officiers[41]. Cependant, au fil du temps, le rabbin modifie son comportement alimentaire, afin de « représenter le judaïsme parmi les autres aumôniers et auprès des soldats ». Il note le , dans son carnet de guerre, à propos d'une visite au curé de Champ-le-Duc : « cordial au possible, bon vin, excellente omelette, poulet, logement »[42],[43]. Il écrit aussi à sa famille les samedis, contrairement aux prescriptions religieuses du judaïsme orthodoxe[32].
Les combats sont bientôt intenses et Bloch cesse sa correspondance[44]. Durant la bataille de la Haute Meurthe, son corps d'armée est chargé de prendre l'offensive au col d'Anozel afin de protéger Saint-Dié-des-Vosges menacée par l'avancée allemande[44].
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Ordre de mobilisation individuel de l'aumônier Abraham Bloch, 3 août 1914.
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Insigne des aumôniers du culte israélite.
Mort au col d'Anozel
[modifier | modifier le code]Le Journal des marches et des opérations du 14e corps d'armée indique le , que la « 58e division de Réserve reçoit l'ordre de reprendre l'offensive coûte que coûte sur Taintrux et Anozel »[45],[44]. Dans la nuit du 28 au 29, les secours doivent évacuer 600 blessés. Malgré les pertes causées par le feu de l'artillerie allemande, les troupes françaises ont pour ordre de tenir le col d'Anozel qui protège Saint-Dié[44]. Le 29 août, vers 12 h, la section de brancardiers du rabbin Bloch doit évacuer 450 blessés en provenance de Taintrux, toujours sous le feu de l'artillerie ennemie. Il semble, d'après le journal des marches de la 58e division que la mort de Bloch soit survenue au col d'Anozel, le à 17 h[46]. Il y est indiqué : « M. Bloch, rabbin à Lyon, section à la fémorale, meurt en quelques instants »[46]. D'après les autorités militaires, le grand-rabbin a été tué en évacuant un blessé « par un obus qui lui a emporté la cuisse gauche et une balle dans la poitrine »[46],[47].
Abraham Bloch est reconnu « mort pour la France »[48] et est l'un des cinq aumôniers israélites de l'armée française à trouver la mort pendant la Grande Guerre[49].
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Fiche militaire de décès d'Abraham Bloch indiquant qu'il a été « tué à l'ennemi » au col d'Anozel le .
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Journal de marches et des opérations du Groupe de brancardiers de corps du 58e Corps, mention de la mort d'Abraham Bloch : « M. Bloch, rabbin à Lyon, section à la fémorale, meurt en quelques instants »
Un symbole de l'Union sacrée
[modifier | modifier le code]Genèse d'une image d’Épinal
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Le , une lettre du père Jamin, aumônier au 14e corps d'armée, adressée au père Chauvin, curé à Lyon, va donner corps à une nouvelle version des circonstances du décès de Bloch. Dans ce courrier, Jamin, qui n'a pas été lui-même témoin des faits, indique que le rabbin est décédé après avoir reçu un éclat d'obus sur la jambe, alors qu'il venait d'apporter un crucifix à un soldat catholique mourant[50]. Le père Chauvin, frappé par ce détail sur les circonstances de la mort de Bloch, adresse alors un courrier à sa veuve dans lequel il indique :
« Avant de quitter le hameau, un blessé, le prenant pour un prêtre catholique, lui a demandé à baiser un crucifix. M. Bloch a trouvé le crucifix demandé et l'a fait baiser à ce blessé. C'est après avoir accompli cet acte de charité qu'il est sorti du hameau accompagnant un autre blessé jusqu'à la voiture la plus proche. L'obus l'a atteint à quelques mètres en avant de la voiture où le blessé venait de monter.
J'ai pensé que ces détails consoleraient une douleur qui doit être bien vive[51]. »
Les proches de Bloch font part de ce courrier au futur grand-rabbin de France Israël Lévi, ami d'Abraham Bloch qu'il a côtoyé au séminaire israélite[51]. Ce dernier, remarqué pour son patriotisme, voit dans les circonstances du décès de Bloch un exemple illustrant le dévouement des Juifs sur le champ de bataille. Il rédige une note, reprenant le propos du père Chauvin, publiée dans les Archives israélites[52]. Cependant la revue n'accorde pas grande place à l'article[51]. Néanmoins, des journalistes de la presse généraliste amplifient la portée de cette note. Gérard Bauër lui consacre un long article dans L'Écho de Paris daté du . L'auteur et homme politique Maurice Barrès, figure de proue du nationalisme français, qui a eu un positionnement antisémite durant l'affaire Dreyfus[53], célèbre l'acte héroïque de Bloch en reprenant la version diffusée par Baüer dans Les Diverses Familles spirituelles de la France. Pour Barrès, « la patrie n’est plus question d’origine mais de participation »[54]. Une inflexion dans son discours qu'il faut comprendre à l'aune de l'esprit d'Union sacrée qui domine alors en France[55],[53].
« Les vieilles familles enracinées par des générations dans le sol de France aimeront mieux prendre pour héros exemplaire et pour étendard, le grand-rabbin de Lyon, qui tombe au champ d’honneur en offrant un crucifix au soldat catholique mourant.
Dans le village de Taintrux, près de Saint-Dié, dans les Vosges, le (un samedi, le jour saint des juifs), l’ambulance du 14e corps prend feu sous le tir des Allemands. Les brancardiers emportent, au milieu des flammes et des éclatements, les cent cinquante blessés. L’un de ceux-ci, frappé à mort, réclame un crucifix. Il le demande à M. Abraham Bloch, l’aumônier israélite, qu’il prend pour l’aumônier catholique. M. Bloch s’empresse : il cherche, il trouve, il apporte au mourant le symbole de la foi des chrétiens. Et quelques pas plus loin, un obus le frappe lui-même. Il expire aux bras de l’aumônier catholique, le Père Jamin, jésuite, de qui le témoignage établit cette scène.
Nul commentaire n’ajouterait rien à l’émotion de sympathie que nous inspire un tel acte, plein de tendresse humaine. […] le vieux rabbin présentant au soldat qui meurt le signe immortel du Christ sur la croix, c’est une image qui ne périra pas. »
— « Les Israélites », dans Maurice Barrès, Les Diverses Familles spirituelles de la France, Émile-Paul frères, .
Le poète Edmond Rostand reprend aussi cette version dans des vers publiés en 1919.
Un prêtre en bonnet de police
Veut s’élancer vers un mourant :
Il tombe. Un rabbin le remplace,
Voit le crucifix, le ramasse.
Le porte à son frère chrétien.
Et sur ce mourant qu’il assiste
Tombe et meurt, merveilleux déiste.
Pour un Dieu qui n’est pas le sien !
— L’Ordre du Jour, Revue des Deux Mondes, 6e période, tome 50, 1919 (p. 56-73).
Cette version de la mort du grand-rabbin trouve ses déclinaisons dans l'iconographie. En 1917, le peintre Lucien Lévy-Dhurmer réalise un tableau intitulé La Mort du rabbin qui contribue, via ses reproductions en cartes postales, à diffuser l'image d'Épinal de la mort de l'aumônier israélite[56]. Dès 1918, Le Journal des instituteurs et des institutrices met en exergue la mort du rabbin Bloch pour illustrer le thème de l'Union sacrée dans les cours d'éducation civique, contribuant ainsi à populariser cette histoire auprès du corps enseignant et, par voie de conséquence, des écoliers français[55].
Années 1920
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Un appel à souscription est lancé en 1919, par le consistoire central, pour l'érection d'une stèle sur la sépulture de Bloch, enterré dans le carré israélite du cimetière communal de la rive droite de Saint-Dié-des-Vosges[58]. La stèle est l’œuvre de l'architecte Germain Debré, fils du rabbin Simon Debré et frère du médecin Robert Debré[57]. Une inscription détaille les circonstances de son décès[57]. L'inauguration se déroule le [59]. Israël Lévi, grand-rabbin de France, préside à la cérémonie[59].
Le , le conseil municipal de Lyon décide de renommer en rue Abraham-Bloch le « chemin de Josaphat » menant au cimetière israélite de Lyon, dans le 7e arrondissement. Son nom est aussi gravé sur le monument aux morts de la Première Guerre mondiale de ce cimetière[57]. En 1921, pour le centenaire du séminaire israélite, une plaque commémorant les morts de la guerre est apposée, le nom de Bloch y figure[57].
À Alger, il est aussi décidé de rendre hommage à l'ancien grand-rabbin de la ville en renommant la place Randon, où se situe la grande synagogue, « place du Grand-Rabbin Bloch » sur décision du conseil municipal du [60],[57]. La rue attenante garde le nom de Randon[61].
Années 1930
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L'Union patriotique des Français israélites (UPFI), une association d'anciens combattants, fondée par l'avocat Edmond Bloch en , décide de commémorer les vingt ans du décès de Bloch par l'érection d'un monument commémoratif sur les lieux de sa mort, au col d'Anozel dans les Vosges[62]. Edmond Bloch veut ainsi populariser son association nouvellement fondée et ranimer l'Union sacrée dans un contexte de montée de l'antisémitisme dans le camp nationaliste. L'UPFI, ancrée à droite, proche des Croix-de-Feu, souhaite, d'après l'historien Philippe Landau, « regrouper les Israélites patriotes » alors que prolifèrent les ligues d'extrême droite et que de nombreux Juifs se tournent vers des partis progressistes[62]. L'association reçoit le soutien implicite du consistoire israélite pour son projet. La cérémonie se tient le . La délégation comprend le ministre des Pensions, Georges Rivollet, Edmond Bloch, des représentants du consistoire, dont le grand-rabbin de Nancy, Paul Haguenauer, des représentants d'associations vosgiennes d'anciens combattants, dont la Légion vosgienne des anciens combattants d'Antoine Walter et l'Union vosgienne des anciens combattants de Jean Leroy. Des cérémonies ont lieu le matin à Saint-Dié, sur la tombe du rabbin, à l'hôtel-de-ville, puis à la synagogue de Saint-Dié-des-Vosges. L'après-midi est consacrée à l'inauguration du monument du col d'Anozel[62],[63]. Le monument consiste en un petit obélisque de granit entouré de chaînes reposant sur quatre blocs de pierre des Vosges[64],[note 2]. Y sont placées les insignes de bronze des médailles militaires d'Abraham Bloch[65].
Toujours dans le cadre de la commémoration des vingt ans de la mort de Bloch, un comité national pour l'érection à Lyon d'un monument au grand-rabbin est mis en place et présidé par Lucien Coquenheim[66]. Le choix du comité se porte sur une statue en pied du grand-rabbin réalisée par la sculptrice Germaine Oury-Desruelles, qui obtient pour son œuvre une médaille d'or, lors du Salon des artistes français de 1934[67]. Le maire radical de la ville, Édouard Herriot, se montre favorable au projet et, le , le conseil municipal donne son accord pour l'édification du monument, place Antonin-Gourju[68]. Cependant, le projet fait face à deux types d'opposition[69]. Le rabbinat de Lyon, appuyé par le consistoire central, s'oppose au projet au motif que le judaïsme prohibe la représentation humaine comme indiqué dans Exode 20:3 : « Tu ne te feras point d'idole, ni une image quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux au-dessous de la terre »[67]. Cependant Coquenheim juge cette opposition « peut-être pas absolument insurmontable ». En revanche, l'hostilité de l'extrême droite royaliste et nationaliste va faire capoter le projet. L'Action française et des ligues locales s'organisent pour faire pression sur le conseil municipal afin d'éviter qu'une statue ne rende hommage à un rabbin, des responsables de la communauté juive locale sont victimes de menaces[70]. Des tracts sont distribués, des affiches collées, semant le doute sur les circonstances du décès de Bloch[70]. Ceci pousse Lucien Coquenheim, appuyé financièrement par le consistoire de Paris, à mener l'enquête auprès des témoins directs de la mort de Bloch[70]. Cette enquête est non conclusive, aucun témoignage direct du geste final d'Abraham Bloch, tendant un crucifix à un blessé, ne pouvant être recueilli. Le grand-rabbin de France, Israël Lévi, qui avait le premier diffusé à la presse la lettre du père Jamin adressée à la veuve de Bloch, n'intervient pas. Le comité décide finalement, face au climat antisémite et à la suite de l'échec de son enquête, d'abandonner le projet à l'automne 1938[71].
Seconde Guerre mondiale
[modifier | modifier le code]En août 1940, un détachement de la Wehrmacht rejoint le col d'Anozel et renverse le monument dédié à Bloch avec une chenillette prise aux forces françaises[72]. L’objectif des Allemands est de le traîner dans les villages des environs, par dérision. Cependant, ce même jour, trois habitants de Taintrux décident de soustraire la stèle aux forces d'occupation[72]. Parmi eux, un membre de la famille ayant, en 1914, spontanément offert le terrain où la stèle a été érigée. De nuit, ils creusent un trou à 20 m en contrebas du monument, l'y placent et recouvrent l'ensemble de gazon[72]. Le lendemain, les forces allemandes, ne retrouvant que la chenillette, décident de passer sous silence leur déconvenue. Quelque temps après la Libération, le monument est déterré et replacé à son emplacement initial[72].
Dans une lettre passée à la postérité[73],[74], Jacob Kaplan, futur grand-rabbin de France, s'adresse à Xavier Vallat, commissaire général aux questions juives du gouvernement de Vichy pour faire suite à la loi du sur le statut des Juifs qui oblige les Juifs à se faire recenser. Kaplan revendique l'honneur d'être juif, énonce ses états de service et cite Barrès à propos d'Abraham Bloch[75],[73].
« Ensuite ce mot de Barrès qui, à propos de la mort héroïque du Grand Rabbin Abraham Bloch, tué le en apportant un crucifix à un soldat mourant s’est écrié : "Ici la fraternité trouve spontanément son geste parfait ; le vieux rabbin présentant au soldat qui meurt le signe immortel du Christ sur la croix c’est une image qui ne périra pas."
Hélas ! en 1941, les lois d’exception contre les Juifs comme toute la campagne menée contre nous, prouvent que l’image que Barrès croyait impérissable a bien vite été effacée[73]. »
En 1942, la rue Abraham-Bloch de Lyon est « temporairement débaptisée »[76].
Depuis 1945
[modifier | modifier le code]La Légion vosgienne des mutilés, anciens combattants et victimes de guerre décide en 1957 de réhabiliter le monument du col d'Anozel et d'y réintégrer les insignes de bronze des médailles militaires de Bloch volées par l'Occupant en 1940. La cérémonie marquant cette restauration a lieu le , en présence du grand-rabbin de France Jacob Kaplan[65].
Durant la guerre d'Algérie, la grande synagogue d'Alger est saccagée et profanée le . Après l'indépendance, la place du Grand-Rabbin Bloch, où elle se trouve, est débaptisée tandis que la synagogue est transformée en mosquée[77].
Le centenaire de la Première Guerre mondiale est l'occasion de nombreuses actions culturelles et mémorielles autour de la figure d'Abraham Bloch. Paul Netter, arrière petit-fils d'Abraham Bloch publie Un grand rabbin dans la Grande Guerre. Abraham Bloch, mort pour la France, symbole de l’Union Sacrée, ouvrage exploitant de nombreuses archives familiales pour dresser une biographie du rabbin[13] Haïm Korsia, grand-rabbin de France se rend au monument du col d'Anozel pour commémorer le souvenir de son prédécesseur et publie en cette occasion une tribune rappelant son sacrifice et le symbole qu'il représente[78].
Deux expositions consacrées au rabbin sont montées lors du centenaire, l'une réalisée par Paul Netter, en collaboration avec les archives départementales des Vosges, et l'autre par l’association culturelle Beit Yakov de Clermont-Ferrand. Elles circulent à Lyon, Bouxviller, Épinal, Clermont et Lyon[79]. Ces différentes actions culturelles et hommages attestent, plus de cent ans après les faits, du symbole que la mort du rabbin continue de représenter[79].
Historiographie
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L'image d'Épinal construite autour de la mort du grand-rabbin Bloch est, au fil du temps, remise en question par plusieurs historiens, dont David Henry Weinberg dans Les Juifs à Paris de 1933 à 1939 publié en 1974 et Michel Abitbol dans son ouvrage Les deux terres promises : les juifs de France et le sionisme (1897-1945), daté de 1989. Ce dernier y indique que « comme tout bon mythe qui se respecte, cette histoire ne fut jamais authentifiée »[80],[81]. Maurice Rajsfus exprime dans Sois juif et tais-toi ! (1981), l'idée qu'il s'agit d'un mythe inventé par l'UPFI, l'association d'anciens combattants israélites d'Edmond Bloch, pour servir la cause nationaliste[62] : « Il est donc bien clair que pour les besoins d'une cause trop bien définie, les traîneurs de sabre de l'Union patriotique des Français israélites se sont fabriqué un martyr sur mesure. De la part de ces forcenés, cela n'avait rien d'étonnant »[82].
Cependant, ces historiens n’appuient pas leur propos sur une démonstration[81]. Il faut attendre la thèse de Philippe Landau, Les Juifs de France et la Grande Guerre, soutenue en 1992, et éditée en 1999, pour avoir à disposition une étude détaillée sur les circonstances de la mort de Bloch et l'évolution du récit autour de cette fin tragique[83]. L'historien détaille la façon dont le récit de cet événement participe de la création d'un mythe national et souligne que, malgré l'analyse des témoignages, des journaux de marches, il est impossible d'établir la réalité des faits. Landau souligne que le rabbin Bloch a bien été « tué à l'ennemi », mais relève que les faits concernant le crucifix ont été rapportés par des personnes n'ayant pas été témoins de la scène. Il apparaît que ce récit autour de la mort de Bloch a été diffusé pour témoigner de l'Union sacrée entre Français de diverses appartenances religieuses. Il faut aussi recontextualiser ce récit, pour ce qui concerne les juifs de France, en notant que le souvenir de l'affaire Dreyfus et de l'antisémitisme qu'elle a généré dans la société française, reste toujours vivace à l'époque de la Grande Guerre. Le patriotisme exprimé au moment du conflit et durant les deux décennies qui suivent, notamment par l'inauguration de monuments, de plaques commémoratives en la mémoire d'Abraham Bloch, permet d'affirmer le franco-judaïsme, l'appartenance des Juifs de France à la communauté nationale[84],[83].
En 2014, Paul Netter publie un ouvrage, préfacé par Philippe Landau, retraçant la biographie de son aïeul au travers d'une riche documentation familiale[13]. Tout en reconnaissant qu'on peut « légitimement se poser la question de la réalité de l'acte d'Abraham Bloch », ainsi que le fait Landau[85], il indique qu'à son sens le geste final qu'on lui prête – apporter à un blessé un crucifix – est plausible car « en accord profond avec sa personnalité »[13],[32].
Lieux de mémoire
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Paris
[modifier | modifier le code]- Plaque commémorative apposée à la Sorbonne comportant la liste de directeurs d'études, d'élèves diplômés et élèves de l'École pratique des hautes études morts pour la France 1914-1919[86].
- Plaque à l'entrée du séminaire israélite de la rue Vauquelin, avec la mention « À la mémoire des grands-rabbins, rabbins et anciens élèves morts au champ d’honneur 1914-1918, morts pour la libération 1939-1945 et morts en déportation »[87],[88].
- Statue en pied du rabbin Bloch, en plâtre patiné, créée par Germaine Oury-Desruelles en 1933[69]. Il était initialement prévu qu'une épreuve en bronze soit placée dans l'espace public à Lyon mais ce projet a été abandonné en 1938[71]. Propriété du musée des Beaux-Arts de Valenciennes, elle est en dépôt au musée d'Art et d'Histoire du judaïsme[69].
Lyon
[modifier | modifier le code]- La rue Abraham-Bloch menant au cimetière israélite de Lyon, dans le 7e arrondissement porte son nom par délibération du conseil municipal de Lyon du [57].
- Le nom du rabbin figure sur le monument aux morts de l'île du Souvenir, au parc de la Tête-d'Or[89].
- Une plaque est apposée dans la grande synagogue de Lyon, où il officiait, lors du premier anniversaire de sa mort[note 3],[90].
Alger
[modifier | modifier le code]La place de la grande synagogue, anciennement place Randon, est renommée place du Grand-Rabbin Bloch sur décision du conseil municipal du [60],[61]. Après l'indépendance, la place est débaptisée tandis que l'édifice est transformé en mosquée[77].
Vosges
[modifier | modifier le code]- La tombe d'Abraham Bloch dans le carré israélite du cimetière communal de la rive droite de Saint-Dié-des-Vosges[91]. Une stèle financée par une souscription lancée par les instances de la communauté juive est construite en 1920 en granit des Vosges[92]. Une inscription détaille les circonstances de son décès[note 4].
- Le monument du col d'Anozel[93], en bordure de la D 58, entre Taintrux et Saulcy-sur-Meurthe[94], à proximité du site où Abraham Bloch a trouvé la mort est inauguré par le ministre des Pensions, Georges Rivollet, le [64].
Décorations
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Officier de l'ordre des Palmes académiques (1903)[95]
Officier du Nichan Iftikhar (1908)[33]
Officier de l'Instruction publique(1911)[33]
Chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume (1920)[58]
Médaille militaire[65]
Croix de guerre -[65]
Annexes
[modifier | modifier le code]Archives
[modifier | modifier le code]- Le fonds Abraham Bloch, comprenant sa correspondance alors qu'il est aumônier et son carnet de guerre, est déposé aux archives du séminaire israélite de France (rue Vauquelin à Paris)[96],[40].
Bibliographie
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: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- Dictionnaire biographique des rabbins et autres ministres du culte israélite : France et Algérie : du Grand Sanhédrin (1807) à la loi de Séparation (1905), Berg international, (ISBN 978-2-911289-97-2).

- Xavier Boniface, « La figure de l’aumônier militaire en France dans les commémorations du centenaire de la Grande Guerre », Revue de l’histoire des religions, no 239, , p. 471-490 (ISSN 0035-1423, lire en ligne, consulté le ).

- Philippe-E. Landau, Les Juifs de France et la Grande guerre : un patriotisme républicain, CNRS éd, , 296 p. (ISBN 978-2-271-06723-4).

- Paul Netter, Un grand rabbin dans la Grande Guerre : Abraham Bloch, mort pour la France, symbole de l'union sacrée, Triel-sur-Seine, Italiques, , 143 p. (ISBN 9782356170125).

- Catherine Nicault, « Paul Netter, Un grand rabbin dans la Grande Guerre. Abraham Bloch, mort pour la France, symbole de l’Union Sacrée, préface de Philippe Landau, Paris, Éditions Italiques, 2013, 142 p. », Archives juives, vol. 47, no 2, , p. I (ISSN 0003-9837, DOI 10.3917/aj.472.0143a, lire en ligne, consulté le ).

- « Abraham Bloch », dans Albert Ronsin, Les Vosgiens célèbres. Dictionnaire biographique illustré, Vagney, Gérard Louis, (ISBN 2-907016-09-1), p. 48.
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Rabbins français morts au champ d'honneur durant la Première Guerre mondiale
- Nécropole nationale du col de La Chipotte, proche des lieux de la mort d'Abraham Bloch
Liens externes
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- Archives conservées par : séminaire israélite de France
- Ressource relative aux militaires :
- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :
- Blog sur Abraham Bloch par Paul Netter, arrière petit-fils d'Abraham Bloch.
- Page sur Abraham Bloch du site du judaïsme d'Alsace et de Lorraine.
Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Devenu 3e arrondissement de Paris en 1860.
- ↑ Texte gravé sur la stèle : « Ici, le , le Grand Rabbin Abraham Bloch, aumônier aux armées françaises, a été tué après avoir porté la croix du Christ à un soldat catholique mourant. Inauguré le 2 sept. 1934 par M. G. Rivollet, ministre des Pensions. »
- ↑ Texte de la plaque : « Des dames israélites à la mémoire de leur vénéré Pasteur. M. le Grand Rabbin Abraham Bloch, aumônier militaire du 14e Corps d'Armée, mort glorieusement pour la patrie, le , à Taintrux (Vosges), 1859-1914. »
- ↑ Texte de la stèle : « Ici repose Abraham Bloch, grand rabbin de Lyon, aumônier militaire du 14e Corps d’armée, mort au champ d’honneur le 29 août 1914. Cité à l’ordre de l’armée. Le , les Allemands avaient incendié à Taintrux (Vosges) une grange qui servait d’ambulance. Pendant qu’on évacuait les blessés, un de ceux-ci, prenant pour un prêtre catholique le grand rabbin Abraham Bloch, aumônier du XIVe Corps, lui demanda un crucifix pour l’embrasser. Simplement, sans souci du danger, le rabbin se mit à la recherche d’un crucifix, puis l’ayant trouvé l’apporta au blessé. Quelques instants après, Abraham Bloch était atteint par un obus et succombait. Ce monument a été élevé par des Français de toutes les confessions pour honorer sa mémoire et glorifier sa fin. »
Références
[modifier | modifier le code]- Pierre-André Meyer, « À propos de l'ascendance du grand rabbin Abraham Bloch (1859-1914), premier rabbin “mort pour la France” dans la Première Guerre mondiale », Généalo-J, revue française de généalogie juive, no 118, , p. 25-31.
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- Naissance en novembre 1859
- Naissance dans l'ancien 7e arrondissement de Paris
- Étudiant du Séminaire israélite de France
- Rabbin français
- Rabbin du XIXe siècle
- Rabbin du XXe siècle
- Rabbin de Remiremont
- Aumônier militaire israélite du XXe siècle
- Personnalité liée aux relations entre juifs et chrétiens
- Grand-rabbin de Lyon
- Grand-rabbin d'Alger
- Décès en août 1914
- Décès dans le département des Vosges
- Décès à 54 ans
- Personnalité inhumée dans le département des Vosges
- Militaire français mort au combat lors de la Première Guerre mondiale
- Mort pour la France