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Alexis Piron

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Alexis Piron
Gravure de Saint-Aubin d’après Cochin fils.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 83 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Surnom
BinbinVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Père
Œuvres principales
Ode à Priape (d), La MétromanieVoir et modifier les données sur Wikidata

Alexis Piron, né le à Dijon et mort le à Paris, est un poète, chansonnier, goguettier et dramaturge français.

« Les Piron, écrit Sainte-Beuve, étaient une souche de chansonniers, de malins compères et de satiriques. » Alexis a surtout été marqué par son père, Aimé Piron, maître apothicaire de son état, ami et rival de La Monnoye en matière de noëls bourguignons. Alexis Piron a longtemps hésité sur le choix d’une profession. Après une formation au collège de Jésuites des Godrans à Dijon et des études de droit à Besançon, il est employé brièvement chez le financier Pierre Durey d'Harnoncourt, puis essaie, mais sans succès, le barreau de sa ville natale.

Vers l’âge de vingt ans, Piron, dit Binbin[1], compose son Ode à Priape, dont l’immoralité, qui a été fameuse, annonçait un vrai talent. Priape est un dieu de la mythologie grecque dont l'énorme pénis est toujours en érection et l'ode de Piron n’a pu que scandaliser les mœurs de l’époque. Cette Ode devait le poursuivre toute sa vie durant : elle a été pour lui à la fois un titre d’une gloire quelque peu sulfureuse, en même temps qu’un boulet qu’il a dû traîner et qui a fini par lui fermer les portes de l'Académie française, en dépit de Fontenelle qui disait : « Si Piron a fait la fameuse ode, il faut bien le gronder, mais l’admettre ; s’il ne l’a pas faite, fermons-lui la porte[1]. » Dès que l’ouvrage a commencé à circuler, Piron a été menacé de poursuites dans sa ville natale de Dijon. Le président Bouhier les a arrêtées en invitant l’auteur à désavouer sa pièce, et en ajoutant : « Si le ministère public insiste, je vous autorise à déclarer que j’en suis l’auteur ; l’affaire en demeurera là. » Le marquis de Sade en a fait une parodie, dans son Histoire de Juliette[1].

Piron reste en Bourgogne jusque vers 1719, criblant d’épigrammes les habitants de Dijon et, surtout, ceux de sa rivale, Beaune. Les innombrables mots de Piron contre les Beaunois, qu’il baptisait les « ânes de Beaune », sont souvent féroces[1]. Il a commis de nombreuses variations sur ce thème. Ainsi, un jour, il coupait des chardons dans la campagne en disant à qui voulait l’entendre : « En guerre avec les Beaunois, je leur coupe les vivres » ; une autre fois, au théâtre de Beaune, alors qu’un spectateur se plaignait de ne rien entendre, il s’est exclamé : « Ce n’est pourtant pas faute d’assez longues oreilles[1]. »

Vers trente ans, il monte à Paris. « C’était, dit encore Sainte-Beuve, un grand enfant, beau drille de cinq pieds huit pouces, belle mine sans élégance aucune, robuste en tout ; avec cela, myope, ce qui lui donnait un air singulier[2]:13. » Pour subsister, il entre comme copiste chez le chevalier de Belle-Isle, petit-fils du surintendant Fouquet, qui le paie irrégulièrement. Ayant rencontré Voltaire, chez Charlotte Madeleine de Carvoisin d'Achy, marquise de Mimeure, il se brouille aussitôt avec lui, et se lie avec la lectrice de la marquise, Mlle Quenaudon, dite de Bar, qu’il épousera en 1741.

Buste d'Alexis Piron par Jean-Jacques Caffieri. Dijon, Musée des beaux-arts.

Il commence à percer en écrivant des opéras-comiques. La Comédie-Française avait obtenu de faire appliquer dans toute sa rigueur un arrêt du Conseil de 1718 qui limitait les spectacles de la foire à un seul rôle parlé et, par conséquent, à un monologue. Cette législation absurde menaçant de condamner à la ruine l'Opéra-Comique, le directeur, Francisque, se désespérait de trouver un auteur capable d’écrire un bon monologue. Piron, qui vivait alors dans la misère, accepte de relever le défi pour 100 écus. Au jour dit pour la livraison de la pièce, il dit à Francisque : « Voici votre pièce et votre argent : si l’ouvrage est bon, vous serez toujours à temps de me payer. S’il est mauvais, jetez-le au feu[3]:42. ». Cette remarque ne manquait pas d’élégance de la part d’un écrivain famélique, mais le succès de la pièce, Arlequin Deucalion (1722), en trois actes, a été énorme : Piron y a imaginé un Arlequin seul rescapé du Déluge et qui, tout naturellement, soliloque[1]. Dès lors, Piron a produit, seul ou en collaboration avec Alain-René Lesage, vingt-et-une pièces foraines, souvent des parodies de tragédies ou de grands opéras, jusqu’en 1732, et connu la célébrité, quoique dans un genre mineur et ne rapportant que peu d’argent[4]:xli.

Piron survit grâce à l’aide de quelques protecteurs, Claudine de Tencin notamment, et surtout le marquis de Livry, premier maître d’hôtel du Roi, maréchal de camp puis lieutenant-général, qui lui fait une pension de mille livres et met un appartement à sa disposition dans son château du Raincy[3]:86, où il écrira La Métromanie. Il assistait aux séances du régiment de la Calotte, qui se réunissait à Livry, et appartenait à la société du Caveau, qu'il a créé avec ses amis Gallet, Collé et Panard[3]:60, où on retrouve Sallé, Fuzelier, Saurin père, Saurin fils, Duclos, La Bruère, Bernard, Moncrif et quelques autres fidèles[5].

Illustration de Cochin pour l’École des pères (1728).

Grâce à l’appui de son compatriote Crébillon, selon certaines sources (mais cela semble improbable car, à cette date, il vivait absolument retiré du monde), ou grâce à celui de Quinault cadette, selon Piron lui-même, il put faire jouer à la Comédie-Française, en 1728, une comédie en cinq actes et en vers qui fut mal accueillie sous le titre Les Fils ingrats et eut, bizarrement, du succès sous celui de l’École des pères[4]:lxx. Il se tourna ensuite vers la tragédie avec l’espoir vain de rivaliser avec Voltaire et donna des pièces médiocres : Callisthène (1730) triompha à la Cour mais tomba à la ville ; en revanche, Gustave Wasa obtint un grand succès à la Comédie-Française (1733)[4]:lxxiv ; elle est suivie, en 1744, par Fernand Cortez, que Piron avait lu aux comédiens deux ans plus tôt et dû à leur prière, remanier complètement, et dont le succès a été médiocre, avec sept représentations. Peu s'en est fallu que la pièce, très mal jouée, ne tombe à plat[4]:cv. Ces deux dernières pièces annoncent les tentatives du XVIIIe siècle de renouveler le cadre de la tragédie classique, sans pour autant y introduire véritablement d’éléments de pittoresque.

En 1738, il donne la pièce qui reste comme son chef-d’œuvre, La Métromanie, comédie en cinq actes et en vers sur l'entêtement de rimer, dont Grimm a dit qu’elle vivrait aussi longtemps qu’il y aura un théâtre et du goût en France. Piron a eu beaucoup de mal à la faire recevoir cette pièce écrite en 1736 par les Comédiens-Français, parce qu’elle attaquait Voltaire, rival juré de Piron, mais également Élie Fréron et l’abbé Desfontaines[1]. Il a fallu rien moins que l’intervention de Maurepas, pour la faire « jouer d'autorité[4]:lxxix ». Elle réussit brillamment, avec vingt-trois représentations à la ville et une à la Cour, mais ne sera reprise que dix ans plus tard[4]:lxxx.

En 1753, à son élection à l'Académie française, des adversaires ont exhumé la fameuse Ode à Priape, ce qui a entrainé le refus de Louis XV de ratifier l’élection[1]. En guise de dédommagement, les partisans de Piron lui ont obtenu une pension de Madame de Pompadour égale au traitement d’académicien[1].

Il a été élu membre honoraire de l'Académie de Dijon en 1762[4]:cxxxiv.

Sa femme, qu’il avait épousée en 1741, sombrant progressivement dans la folie, il la soigne avec dévouement[1]. Sur ses vieux jours, il devient un peu misanthrope[4]:cxlv, mais garde quelques amis fidèles. Jean-Jacques Rousseau lui a rendu visite, amené par Dusaulx, pour ses quatre-vingts ans et il le reçut en entonnant d’une voix puissante le Nunc dimittis, ce qui a fait dire à Rousseau en se retirant : « C’est la Pythie sur son trépied[6]. » Mort dans la gêne, il a été inhumé dans l'église Saint-Roch à Paris[1].

Le talent de Piron s’est avant tout épanoui dans l’épigramme. Il éblouit ses contemporains par ses traits d’esprit et ses reparties. L'abbé de Voisenon le décrivit comme une « machine à saillies, à épigrammes, à traits ». Grimm, qui disait de lui qu’il était « sans contredit l’homme de la nation qui a le plus de saillies, le plus d’imagination », ajoutait toutefois « et le moins de goût ». Il tenait beaucoup à sa réputation de bonhomie, prétendant qu’il ne pouvait pas plus se retenir de faire une épigramme que d’éternuer, mais « sans fiel, en riant et sans avoir voulu nuire autrement ». Il n’était cependant pas dépourvu de mordacité et Duclos, le cardinal de Bernis, Moncrif, l'abbé Desfontaines, Élie Fréron et Voltaire eurent tour à tour matière à le prendre « en guignon pour quelques gaietés les plus innocentes du monde[4] ».

Il s’est particulièrement acharné contre Fréron, composant contre lui une suite de trente-quatre épigrammes sous le titre de La Fréronnade[7]. Il a également promis, pour une fois d’accord avec Voltaire, à l’abbé Desfontaines de lui envoyer une épigramme à son sujet par jour et tint parole, tous les matins, pour son déjeuner, pendant cinquante jours de suite. Desfontaines étant tombé malade au bout de quinze jours et de quinze épigrammes, Piron s’est contenté de faire tous les matins son épigramme, mais sans l’envoyer. Desfontaines étant mort au vingt-cinquième jour, Piron a arrêté ses épigrammes, au nombre de vingt-cinq[8].

À la suite de son éviction de l’Académie française (fauteuil finalement échu à Buffon face à d'Alembert), son dernier trait d’esprit a été sa propre épitaphe :

Ci-gît Piron
qui ne fut rien,
Pas même académicien[9].

« Piron, le sel et la gaieté même […] a laissé une réputation de folie, de luronnerie, d’enluminure joviale que ses écrits ne soutiennent et ne justifient qu’imparfaitement. C’était moins encore un auteur qu’une nature, une spécialité de nature, quelque chose d’impromptu et d’irrésistible. Pour bien connaitre Piron et pour le faire connaitre, il faudrait avoir diné avec lui[2]. »

— Sainte-Beuve

  • Vasta, Reine de Bordélie, tragédie en trois actes et en vers, ≠theatre-classique.fr, (lire en ligne).

Comédie-Française

  • L’École des pères ou les Fils ingrats, comédie en 5 actes et en vers, 1728.
  • Callisthène, tragédie (1730)
  • Gustave Wasa, tragédie (1733)
  • L'Amant mystérieux, comédie en 3 actes et en vers, 1734.
  • Les Courses de Tempé, pastorale en un acte, musique de Jean-Philippe Rameau, 1734.
  • La Métromanie, comédie en 5 actes et en vers, .
  • Fernand Cortez ou Montezume, tragédie, 1744.

Comédie Italienne

  • Les Enfants de la joie, comédie en un acte, .

Foires Saint-Germain et Saint-Laurent.

  • Arlequin Deucalion, monologue en trois actes, .
  • L’Endriague, opéra comique en trois actes, musique de Jean-Philippe Rameau, .
  • La Rose, ou les Fêtes de l’hymen, opéra-comique en 1 acte, en prose, 1752,

Iconographie

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Notes et références

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  1. a b c d e f g h i j et k Daniel Cosculluela, Les Enragés de la liberté : anthologie des pamphlétaires du XVIe au XXe siècle - Essais - documents, Paris, Max Milo, , 376 p. (ISBN 978-2-31501-121-6, OCLC 1389811112, lire en ligne), p. 276.
  2. a et b Œuvres choisies de Piron, avec une analyse de son théâtre et des notes par Jules Troubat, précédées d'une notice par M. Sainte-Beuve, Paris, Garnier frères, , in-8º (OCLC 504105555, lire en ligne), p. 2-3.
  3. a b et c Alexis Piron, « Vie d’Alexis Piron », dans Jean-Antoine Rigoley de Juvigny (éd.), Œuvres complettes d’Alexis Piron, Paris, M. Lambert, , 3-158 p., 7 vol. in-8º, portrait gravé (lire en ligne sur Gallica), p. 60.
  4. a b c d e f g h et i Pierre Dufay, « Introduction », dans Œuvres complètes illustrées de Alexis Piron : publiées avec introduction et index analytique, t. 1, Paris, F. Guillot, , v-clxxvii, 10 vol. ; in-8º (OCLC 5247150, lire en ligne sur Gallica), cxvi.
  5. Gabriel de Gonet, Tableau de la littérature frivole en France depuis le XIe siècle jusque'à nos jours : ou Musée des chansons et des poésies légères, t. 1-2, Paris, Agence de Librairie Parisienne, (OCLC 902232521, lire en ligne), p. 18.
  6. Paul Chaponnière, Alexis Piron : sa vie et ses œuvres, Genève, Impr. du Journal de Genève, , 463 p. (OCLC 187098919, lire en ligne), p. 127.
  7. François Cornou, Trente années de luttes contre Voltaire et les philosophes du XVIIIe siècle : Élie Fréron (1718-1776), Paris, Champion, , 477 p., in-8º (OCLC 908650241, lire en ligne sur Gallica), p. 343.
  8. Melchior Grimm et Denis Diderot, Correspondance littéraire, philosophique et critique de Grimm et de Diderot, depuis 1753 jusqu’en 1790, t. 7 1770-1772, Paris, Furne, , 484 p., 15 vol. (OCLC 500029443, lire en ligne), p. 372-3.
  9. Stéphanie Loubère, « Piron, ou l’apothéose du poète qui ne fut rien », Lumen, Société canadienne d'étude du dix-huitième siècle, vol. 35,‎ , p. 3 (ISSN 1209-3696 et 1927-8284, DOI 10.7202/1035917ar, lire en ligne).

Bibliographie

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Liens externes

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