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Antoine-Joseph Chaney

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Antoine-Joseph Chaney
Biographie
Naissance

Antoine-Joseph Chaney, né en 1757 à Estavayer-le-Lac, canton de Fribourg et décédé après 1797, est un révolutionnaire et administrateur français d'origine suisse. Issu d’une famille de notables, fils d’un conseiller et banneret d’Estavayer, il s’engagea dans les événements révolutionnaires avec un zèle marqué par un militantisme sans concession, une implication dans les services de surveillance et un rôle actif dans la répression des adversaires de la Révolution.

Se revendiquant ancien officier de la Garde nationale de Toulon, Chaney s'impliqua dans la politique révolutionnaire dès 1790, rejoignant successivement le Club des Cordeliers, le Club helvétique et le Club de la Vieille Monnaie. Il prit part à diverses opérations de déstabilisation en Suisse, à des missions de surveillance policière, et fut impliqué dans certains des épisodes les plus violents de la Révolution, notamment les massacres de Septembre.

Originaire de Fribourg, une république oligarchique conservatrice fermement opposée aux idées des Lumières et aux bouleversements révolutionnaires, Chaney se heurta aux autorités de son canton en raison de ses sympathies pour les idées républicaines. Contraint à l’exil, il séjourna brièvement à Genève en 1790, avant d’être proscrit et de se rendre à Paris en . À Paris, il fut identifié comme quincaillier, une activité qui pourrait avoir été une simple couverture pour ses activités politiques. Il rejoignit le Club des Cordeliers, un haut lieu du radicalisme révolutionnaire où il côtoya Sergent, Marat, et d’autres patriotes[1]. Son engagement ne tarda pas à attirer l’attention des autorités. En , il fut arrêté au Palais-Royal pour avoir placardé des affiches contre La Fayette, alors chef de la Garde nationale, et suspecté de complot séditieux[2]. Emprisonné au Châtelet, il fut finalement libéré grâce à l’intervention d’Antoine Boucher Saint-Sauveur. Le , Chaney fut élu vice-président du Club des patriotes suisses, plus connu sous le nom de Club helvétique de Paris, une société fondée par des exilés suisses républicains souhaitant importer les idées révolutionnaires. Le Club helvétique ne se limitait pas à la discussion : il organisa en , sous l'impulsion de Joseph-Antoine Rengguer alors à Paris, une expédition clandestine en principauté de Bâle, avec l’objectif de chasser le prince-évêque de Bâle et de favoriser une intervention française. Chaney fut envoyé en tant qu’agent chargé de lever une troupe parmi les paysans du Jura. Dans la nuit du 30 au , il tenta de mobiliser quelques centaines d’hommes en vue d’une insurrection à Porrentruy, mais son initiative échoua. Il fut arrêté par le maire de Delle, soupçonné de connivence avec les Autrichiens, et enfermé dans la maison de sûreté de Saint-Hippolyte[3]. Le , son incarcération est dénoncée par Sergent[4]. Son emprisonnement semble se prolonger jusqu'au , date à laquelle il est toujours signalé comme détenu[5]. Le , le Club helvétique de Paris, dont Chaney est membre, est dissous. Peu après sa libération, il rejoint le Club de la Vieille Monnaie, une scission des Cordeliers présidée par Boucher Saint-Sauveur et Rutledge, mais fréquente également les Jacobins[6]. Le , Chaney adresse une dénonciation officielle au maire de Paris, Jérôme Pétion, dans laquelle il accuse l'ex-ministre Montmorin de n'avoir pas appliqué les décrets de l'Assemblée constituante relatifs aux Autrichiens de Porrentruy. Il lui reproche également d'avoir envoyé sur place le sieur Bâcher, secrétaire d'ambassade réputé fidèle aux despotes suisses, et d'avoir entretenu des liens secrets avec le prince-évêque de Bâle[7]. Grâce à ses contacts parmi les Cordeliers, notamment Panis et Sergent, Chaney obtient en 1792 un poste au Bureau de surveillance de la Police, qui joue un rôle clé dans l'identification des contre-révolutionnaires. Il participe à plusieurs enquêtes et arrestations, notamment celle de Collenot d'Angremont, un officier accusé de complot royaliste et exécuté en . Lors de l'insurrection du , Chaney prétend s'être mis à la tête d'un groupe de forts des Halles et de charbonniers, une version contestée par plusieurs témoignages contemporains.

En , il fut impliqué dans les massacres de Septembre, facilitant l’identification des prisonniers et favorisant l’action des émeutiers[8]. Toutefois, certaines sources indiquent qu’il aurait contribué à l’évasion du prince de Poix et protégé la princesse de Tarente. Chaney poursuivit son travail de dénonciateur, accusant notamment Pierre-Jean-Georges Cabanis d’escroquerie, ce qui entraîna son renvoi en . Nommé commissaire des guerres à l'armée du Nord, Chaney participa au siège de Mayence (1793), où il supervisa les soldats prisonniers après la capitulation. Accusé de compromissions, il comparut devant la Convention le , mais fut disculpé par Bouchotte. En 1795, il servit comme commissaire des guerres de Vendée, où naquit son fils Camille-Sauveur Chaney à Luçon (). Après 1797, sa trace se perd.

Notes et références

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  1. A. Mathiez, Le Club des Cordeliers pendant la crise de Varennes et le massacre du Champ-de-Mars, Paris, 1910, p. 156.
  2. Archives de la Préfecture de Police, AA 83, f. 207-212.
  3. Jules Sauzay Turbergue, Histoire de la persécution révolutionnaire dans le département du Doubs, de 1789 à 1801, t. V, p. 176.
  4. Mercure universel, p. 263.
  5. Albert Mathiez, Le Club des Cordeliers, op. cit., p. 156.
  6. Journal des débats de la Société des amis de la Constitution, séante aux Jacobins à Paris, n° 203, 30 mai 1792, p. 2.
  7. Alexandre Tuetey, Répertoire général des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la Révolution française, t. VI, p. 30, 1890.
  8. Roch Marcandier, Histoire des hommes de proie, Paris, 1794.

Bibliographie et sources

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  • Alfred Bougeart, Les Cordeliers. Documents pour servir à l'histoire de la révolution française, 1891.
  • (de) Lucas Chocomeli, Jakobiner und Jakobinismus in der Schweiz - Wirken und Ideologie einer radikalrevolutionären Minderheit 1789-1803, Lang, 2006.
  • Arthur Chuquet, Lettres de 1792, « Vie politique du citoyen Chaney », v. 1 , 1911.
  • Gustave Gautherot, La République rauracienne, 1908, p. 77.
  • Arnaud de Lestapis, « Un grand corrupteur : Le Duc du Châtelet », Annales historiques de la révolution française, 1953.
  • Ariane Méautis, Le Club helvétique de Paris 1790-1791, 1969.
  • Alain-Jacques Tornare, « Influence et perception du mouvement révolutionnaire dans le régiment de gardes suisses », La Prise des Tuileries le 10 août 1792, 1993, p. 29.