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Antrustion

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Chez les Francs, l'antrustion (on parle aussi de leude) était un homme libre qui avait juré fidélité à la personne du roi et l'accompagnait notamment dans ses campagnes guerrières ; il appartenait à sa truste [1], c'est-à-dire sa « garde personnelle ».

Ces hommes étant les fidèles du roi, le wergeld est trois fois plus élevé que celui des autres hommes libres[2]. Le tarif était aussi le même pour un Sagibaron.

Un antrustion était un membre de la garde rapprochée ou de la maison militaire des rois des Francs. La garde rapprochée elle-même était appelée trustis (français : truste), un mot francique à terminaison latine, signifiant aide, fidélité, confiance (comparer avec le vieux haut allemand trost).

Une étymologie alternative le relie au proto-germanique *druhtiz, bande de guerre, d'où provient le vieux haut allemand truht et peut-être le slavon druzhina.

Quiconque désirait entrer dans les antrustions devait se présenter armé au palais royal et, là, les mains dans celles du roi, prêter un serment spécial de trustis et de fidelitas, en plus du serment de fidélité prêté par tout sujet lors de l'accession au trône. Une fois cette condition remplie, il était considéré comme un « truste dominica » et tenu de fournir les services que cela impliquait[3].

En contrepartie, l'antrustion bénéficiait de certains avantages, notamment l'assistance et la protection royales ; sa dot était trois fois supérieure à celle d'un Franc ordinaire ; le meurtrier d'un Franc recevait une compensation de 200 solidi, tandis que celui d'un antrustion devait en verser 600[4].

L'antrustion était toujours d'origine franque, et ce n'est que dans certains cas exceptionnels que des Gallo-Romains étaient admis au sein du groupe. Ces Gallo-Romains prenaient alors le nom de « convivae regis », et leur dot de 300 solidi était trois fois supérieure à celle d'un « homo romanus »[4].

Les antrustions, appartenant à un même corps, avaient des responsabilités strictement définies les uns envers les autres ; par exemple, il était interdit à un antrustion de témoigner contre un autre sous peine d'une compensation de 15 solidi[4].

Les antrustions semblent avoir joué un rôle important à l'époque de Clovis. Apparemment, ils formèrent l'armée qui conquit le pays, une armée composée principalement de Francs, avec quelques Gallo-Romains ayant pris le parti de Clovis[4].

Après la conquête, le rôle des antrustions perdit de son importance. Pour chaque expédition, le roi levait une armée de citoyens où Gallo-Romains se mêlaient de plus en plus aux Francs ; ils ne conservaient qu'un petit corps permanent faisant office de garde du corps (trustis dominica)[4].

Certains membres étaient affectés à d'autres tâches, comme la formation de garnisons dans les villes frontalières. Cette institution semble avoir disparu durant l'anarchie qui marqua le début du VIIIe siècle[5].

Articles connexes

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Références

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  1. Geneviève Bührer-Thierry, Charles Mériaux, La France avant la France (481-888), éd. Belin, 2010, p. 639.
  2. Marculf, Formulae Marculfi, I, 18, Mon. Germ. hist, Hanovre, K. Zeumer, Form. mer. et kar. aevi, , p. 55
  3. Bruno Bon, « Histoire et perspectives du Novum Glossarium Mediae Latinitatis. Un « Nouveau Du Cange » », Archivum Latinitatis Medii Aevi, vol. 73, no 1,‎ , p. 297–308 (ISSN 0994-8090, DOI 10.3406/alma.2015.1178, lire en ligne, consulté le )
  4. a b c d et e « Chisholm, Hugh, (22 Feb. 1866–29 Sept. 1924), Editor of the Encyclopædia Britannica (10th, 11th and 12th editions) », dans Who Was Who, Oxford University Press, (lire en ligne)
  5. Pierre Somville, « Fustel de Coulanges et La cité antique », Kernos, vol. 9,‎ (ISSN 0776-3824 et 2034-7871, DOI 10.4000/kernos.1168, lire en ligne, consulté le )

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