Argei
Dans la Rome antique, les Argei sont une fête religieuse archaïque célébrée le et et, à nouveau, le ou . À l'époque d'Auguste, la signification de ces rites était devenue obscure même pour ceux qui les pratiquaient.
Les Argées[1] (Argei, masculin pluriel)[2] sont une fête publique (feriae publicae)[3] annuelle (feriae annales)[2],[3],[4]. Elles sont absentes des calendrier officiels[2],[5] car les cérémonies religieuses (sacra Argeorum)[6] n'y sont pas célébrées pour le peuple (pro populo)[3],[4] en général mais pour une partie définie des citoyens[N 1].
Sources
[modifier | modifier le code]Nos sources antiques sur les Argées sont exclusivement littéraires[9]. Elles se composent de dix-huit textes émanant de onze auteurs antiques différents[9]. Le plus ancien est un fragment des Annales d'Ennius[9],[10],[S 1] ; le plus récent, un passage de l'Épitomé par Lactance de ses Institutions divines[9],[S 2]. Le plus important se trouve dans la Langue latine de Varron[13],[S 3]. Il leur est parfois ajouté un texte de Catulle considéré comme une évocation humoristique des Argées[15].
Déroulement
[modifier | modifier le code]Le culte des Argées comportait deux cérémonies. La première se déroulait au mois de mars : le lendemain et le surlendemain des ides de mars, c'est-à-dire les et [7], d'après Ovide[S 4]. La seconde se déroulait soixante jours plus tard[N 2], au mois de mai : les ides de mai, c'est-à-dire le , d'après Denys d'Halycarnasse[S 5], qui suit le calendrier pré-julien[N 3], ou la veille des ides de mai, c'est-à-dire le [7], d'après Ovide[S 6], qui suit le calendrier julien[N 4]. La première cérémonie consistait en une procession lors de laquelle des mannequins, appelés Argées, étaient déposés dans des sanctuaires. La seconde consistait en une procession lors de laquelle les mannequins étaient retirés des sanctuaires puis précipités dans le Tibre du haut du pont sacré, le pont Sublicius.
Un document officiel, peut-être pontifical, nous a été partiellement conservé par Varron[S 7] Il décrit le nombre des sanctuaires des Argées et des stations de la procession qui était de vingt-sept. Elles étaient situées dans l'enceinte de Rome[S 8]. Le Capitole et l'Aventin ne comportaient aucun sanctuaire ni aucune station[S 9]. Varron en donne une liste incomplète et leur répartition entre les quatre régions serviennes : la Suburane, l'Esquiline, la Colline et la Palatine. La région Suburane comptait au moins six sanctuaires et stations : le quatrième était situé dans le quartier des Carènes ; le sixième, dans celui de Subure. La région Esquiline comptait au moins six sanctuaires et stations. Trois, au moins, étaient situés sur l'Oppius : le premier, le troisième et le quatrième. Deux, au moins, étaient situés sur le mont Cispius : le cinquième et le sixième. La région Colline comptait au moins six sanctuaires et stations : le troisième, sur le Quirinal (collis Quirinalis) ; le quatrième, sur le Salutaire (collis Salutaris) ; le cinquième, sur le Murcial (collis Mucialis) ; la sixième, sur le Latiare (collis Latiaris). La région Palatine comptait au moins sept sanctuaires et stations : le quatrième, sur le Germal, et le septième, sur le Velia.
Instauration
[modifier | modifier le code]D'après la tradition rapportée par Tite-Live[S 10], les Argées auraient été instaurées par Numa.
Interprétations
[modifier | modifier le code]D'après une tradition rapportée par Ovide, le rituel des Argées évoquerait la mise à mort des sexagénaires. Il se serait ainsi agi, à l'origine, de véritables victimes humaines offertes à Saturne. Hercule leur aurait substitué de simples figurines.
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Seules des feriae publicae dont les sacra sont célébrées propulo figurent dans les calendriers officiels : par exemple, ceux-ci omettent le Septimontium dont les sacra sont célébrées pro montibus[7],[8] ; autre exemple, ils omettent les Paganalia dont les sacra sont célébrées pro pagis[4].
- ↑ En comput inclusif, c'est-à-dire en comptant le premier et le dernier jours.
- ↑ Dans le calendrier pré-julien, le mois d'avril compte vingt-neuf jours.
- ↑ Dans le calendrier julien, le mois d'avril compte trente jours, comme dans l'actuel calendrier grégorien.
Sources
[modifier | modifier le code]- ↑ Ennius, 120-121[11].
- ↑ Lactance, liv. Ier, 21, 6-7[12].
- ↑ Varron, liv. V, 45-54[14].
- ↑ Ovide, liv. III, 773 et 791.
- ↑ Denys, liv. Ier, 38, 3.
- ↑ Ovide, liv. V, 603 et 621.
- ↑ Varron, liv. V, 8, 45[7].
- ↑ Varron, liv. V, 7, 41.
- ↑ Varron, liv. V, 7, 41 (pour le Capitole), 43 (pour l'Aventin) et 45 (pour le reste de la ville).
- ↑ Tite-Livre, liv. Ier, 21, 5.
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Estienne 2015, no 5.
- Palombi 2017, p. 34.
- Palombi 2017, p. 41.
- Palombi 2017, p. 42.
- ↑ Palombi 2017, p. 35.
- ↑ Palombi 2017, p. 15.
- Magdelain 1990, p. 171.
- ↑ Magdelain 1990, p. 188.
- Palombi 2017, p. 18.
- ↑ Palombi 2017, p. 39.
- ↑ Palombi 2017, F1, p. 45.
- ↑ Palombi 2017, F16, p. 47.
- ↑ Palombi 2017, p. 19.
- ↑ Palombi 2017, F2, p. 45.
- ↑ Palombi 2017, p. 16, n. 4.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Sources
[modifier | modifier le code]- [Aulu-Gelle] Aulu-Gelle, Nuits attiques [détail des éditions] (BNF 12008408, LCCN n85310281).
- [Cicéron] Cicéron, Pour Sex. Roscius d'Amérie [détail des éditions] (BNF 16140738).
- [Deny] Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines [détail des éditions] (BNF 12137510).
- [Ennius] Ennius, Annales (BNF 11946768).
- [Ovide] Ovide, Fastes [détail des éditions] (BNF 12213123, LCCN n85284919).
- [Plutarque] Plutarque, Questions romaines [détail des éditions] (BNF 13336256).
- [Festus] Festus, Signification des mots (BNF 13514409).
- [Lactance] Lactance, Épitomé des Institutions divines (BNF 12513155).
- [Macrobe] Marcrobe, Saturnales (BNF 13181235, LCCN no2004102229).
- [Tite-Live] Tite-Live, Histoire romaine [détail des éditions] (BNF 12008346, LCCN n81025971).
- [Varron] Varron, Langue latine (BNF 12425965).
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- [Clerici 1942] (de) Luigi Clerici, « Die Argei », Hermes, vol. 77, no 1, , p. 89-100 (OCLC 9974393083, JSTOR 4474684).
- [Magdelain 1990] André Magdelain, « Le pomerium archaïque et le mundus », dans André Magdelain (préf.), Jus, imperium, auctoritas : études de droit romain (recueil de textes de l'auteur, extraits de diverses revues et publications, parus de à ), Rome, ÉFR, coll. « CÉFR » (no 133), (réimpr. ), 1re éd., XVII-795 p., 17 × 24 cm (ISBN 978-2-7283-0172-0 et 978-2-7283-1119-4, EAN 9782728301720, OCLC 708320733, BNF 36649117, S2CID 176100052, SUDOC 002257157, présentation en ligne, lire en ligne
[PDF]), IIe partie, chap. 1er, p. 155-191 (lire en ligne
[PDF]). 
- [Palombi 2017] Domenico Palombi, « Sacra Argeorum : rituel et espace urbain », dans Manuel de Souza (éd. et introd.), Les collines dans la représentation et l'organisation du pouvoir à Rome, Bordeaux et Pessac, Ausonius, coll. « Scripta antiqua » (no 108), , 1re éd., 197 p., 17 × 24 cm (ISBN 978-2-35613-201-7, EAN 9782356132017, OCLC 1028747669, BNF 45420880, présentation en ligne), chap. 1er, p. 15-47 (lire en ligne
[PDF]). 
- [Estienne 2015] Sylvia Estienne, « Aurea pompa venit : présences divines dans les processions romaines », dans Francis Prost, Valérie Huet, Sylvia Estienne et François Lissarrague (dir. et introd.), Figures de dieux : construire le divin en images, Rennes, PUR, coll. « Histoire », , 1re éd., 380-[XXXII] p., 15,5 × 24 cm (ISBN 978-2-7535-3522-0, EAN 9782753535220, OCLC 991063950, BNF 44327066, DOI 10.4000/books.pur.89896
, HAL hal-03001872, S2CID 202483940, présentation en ligne), IIIe partie (« Effigies, éphémères »), chap. 3, p. 337-349.
Liens externes
[modifier | modifier le code]- (en) Robert Whiston, « Argei », dans William Smith, A Dictionary of Greek and Roman Antiquities, London, John Murray, 1875, p. 129-130, dictionnaire en ligne sur LacusCurtius
- (en) « Argeorum Sacraria » dans Samuel Ball Platner, A Topographical Dictionary of Ancient Rome, London, Oxford University Press, 1929, p. 51-53, dictionnaire en ligne sur LacusCurtius