Barbara Astman
| Naissance | Rochester (New York, EUA) |
|---|---|
| Nationalité |
canadienne |
| Activité |
photographe, artiste multimédia |
| Formation |
School for American Craftmen, Rochester EUA, Ontario College of Art |
| Distinction |
Conseil des Arts de l’Ontario, Conseil des Arts du Canada, Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques. |
| Site web |
Barbara Anne Astman (née le 12 juillet 1950 à Rochester dans l’État de New York, EUA), est une photographe et artiste multimédia canadienne de même qu’une commissaire d’expositions et professeure émérite. Elle est principalement connue pour son utilisation innovatrice de diverses techniques photographiques comme le Polaroid et la xérographie, ainsi que de divers matériaux et technologies peu utilisés traditionnellement dans la création d’œuvres d’art. Dans son travail, qui prend souvent l’aspect d’une présentation narrative, elle cherche à transmette ses réflexions sur des sujets comme l’identité, le féminisme, la technologie, la société de consommation et l’influence des médias en se mettant en scène entourée d’objets familiers[1].
Carrière
[modifier | modifier le code]Barbara Anne Astman naquit à Rochester dans l’État de New York (États-Unis), ville qui était alors le quartier général des grandes sociétés photographiques : Eastman Kodak, Xerox ainsi que Bausch and Lomb[2]. Deuxième de trois enfants, elle hérita de son père, George Astman, mécanicien et vendeur automobile, une grande curiosité pour comprendre le « pourquoi » et le « comment » des choses. Elle devait dire plus tard : « J’ai toujours été consciente que la technologie avait le pouvoir de changer notre vie. Je voulais savoir comment les choses fonctionnaient[2].
Ayant obtenu un premier diplôme au Rochester Institute of Technology en 1970, elle vint au Canada pour poursuivre ses études au Collège des Beaux-Arts de l’Ontario dont elle obtint un diplôme en 1973[3]. Voulant connaitre sa nouvelle ville, elle explora le quartier des petits commerces du marché Kessington, de l’avenue Spadina et la rue Queen’s où les couleurs, les textures et les tissus lui fournirent matière à inspiration[2].
C’est pendant ces années de formation qu’elle vint, un peu par hasard, à la photographie. Ayant réalisé une série d’imposantes sculptures en aluminium, Astman voulut documenter son travail et pour ce faire, emprunta un appareil photographique. Les photos prises, elle rapporta la caméra à son appartement rempli de tissus, masques, et colifichets récoltés au cours de ses promenades et se servit de la pellicule restante pour se photographier au milieu de ces objets. Alors qu’elle développait la feuille-contact, elle réalisa qu’elle avait trouvé le médium convenant à sa vocation artistique[1],[2].
Bien qu’elle pensait ne rester à Toronto que quelques années, elle se vit rapidement offrir un poste d’enseignement à l’Université de l’École d’art et de design de l’Ontario (en anglais Ontario College of Art and Design University ou OCAD U). Encore au début de la vingtaine, elle fut remarquée par Jared Sable et se joignit aux artistes représentés par la Sable Castelli Gallery, l’une des galeries commerciales les plus réputées de Toronto où elle devait exposer fréquemment au cours des années qui suivirent[4],[2].
Cette première expérience où elle se mettait elle-même en scène au milieu d’objets de la vie courante, tentant d’évoquer divers états d’âme par ses poses, ses gestes, les couleurs et les textures des objets environnants laissant à l’observateur le soin de les interpréter à sa façon, servit de point de départ à ses premières séries grand-format : Untitled, I was thinking about you… (1979-1980), Red Series (1980-1981), Scenes from a movie for one (1997) et Dancing with the Che (2002)[2].
À la fin de la décennie 1970, Astman découvrit la caméra instantanée Polaroid qu’elle adopta immédiatement : « J’ai acheté un Polaroid SX-70 en janvier et cet appareil a transformé ma vie », devait-elle se remémorer dans une entrevue; « J’aime la technologie moderne. J’aime pouvoir transmettre rapidement mes idées »[2]. Il devait en résulter plusieurs séries au cours des années dont les Color Xerox Murals (1976), montage de xérographies où elle-même ou des amies se retrouvent dans des locaux exotiques, ou plus récemment, Wonderland (2008), « murales » de cartes postales assemblées à partir d’une boite à souliers remplies de cartes postales de la Seconde Guerre murale, achetées dans une vente de garage dans les années 1980[2].
Les décennies 1990 et 2000 ouvriront deux nouvelles avenues. La première sera une série de commandes prestigieuses qui attesteront de sa renommée croissante et qui combineront photographie et architecture, allant du sol en linoléum de l’Anneau olympique de patinage de vitesse à Calgary (1988) à un projet d’art public au complexe Murano on Bay de Toronto (2005) en passant par une œuvre murale, The Weather Window, pour l’inauguration de la nouvelle ambassade du Canada à Berlin (2005)[3]. Le deuxième est l’adoption de la photographie numérique en 1994 avec la série Untitled (Seeing and being seen). Dans ce cas toutefois il s’agira d’un long processus et il lui faudra presque une décennie pour adopter définitivement cette technologie, expérimentant avec divers autres procédés entretemps[2].
Outre son œuvre artistique, Astman continua à enseigner à l’École d’art et de design de l’Ontario. Elle dirigea le programme de photographie en 2001 et 2002 et enseigna à la faculté des Arts jusqu’en 2021, lorsqu’elle prit sa retraite avec rang de professeure émérite[1]. Très active dans le domaine des arts de Toronto, elle a siégé sur de nombreux conseils d’administration ou conseils consultatifs de la région, y compris le conseil des gouverneurs de la Art Gallery of Ontario (2009-2013); elle présida le conseil de direction du Prefix Institue of Contemporary Art de Toronto[4]. Elle a également fait partie de nombreux jurys nationaux et internationaux[3]. Dans un domaine qui lui tient particulièrement à cœur, elle a été co-commissaire de l’exposition The Emergence of Feminism : Changing the Course of Art mettant en vedette des œuvres de Joyce Wieland, Suzy Lake et Lisa Steele à la Art Gallery of Ontario en 2008[5]. Elle est représentée à Toronto par la Corkin Gallery et à Vancouver par la Paul Kyle Gallery[4].
Œuvre
[modifier | modifier le code]Au cours d’une carrière s’étendant sur quatre décennies, Barbara Astman a expérimenté nombre de procédés basés sur la photographie qu’elle a intégrés dans des œuvres qui font souvent également appel à d’autres formes d’art comme l’art public, les installations et l’architecture. À partir de diverses formes d’art traditionnelles comme le dessin, la peinture, la photographie et la sculpture, et se servant de matériaux et d’objets usuels, elle a su grâce à sa fascination pour les nouvelles technologies créer des œuvres très modernes par leur sensibilité, leurs textures et leurs dimensions[3]. Elle réussit ainsi à intégrer les techniques les plus modernes dans une vision du monde et de l’individu peuplée d’objets et de matériaux que l’on n’associe pas toujours à une création artistique[2]. Adoptant une perspective féministe, elle tenta, comme elle le conseillait à ses étudiants, d’oublier les règles et de les briser pour en construire de nouvelles qui lui étaient propres [4]. Dans une entrevue elle expliquera : « J’essaie de ne pas être liée par un médium […] Se débarrasser de ses peurs vous aide à vous ouvrir et à travailler avec n’importe quel médium[4] ».
À titre d’exemple, l’une de ses toutes premières séries, Red, (1980) est composée de trois photos polaroid juxtaposées, elle-même apparaissant dans celle du centre entourée dans la photo de gauche par un jeune enfant et dans celle de droite par un chien. Chaque objet peint en rouge par vaporisation peut évoquer, au gré de l’observateur, quelque chose de gai ou de menaçant[3]. Deux ans plus tard, en 1982, la série Places voit l’introduction de matériaux incluant linoléum, bois et plastiques où les souvenirs de l’artiste sont évoqués par des hiéroglyphes que l’observateur peut interpréter à sa guise[3].
Cet intérêt pour le constructivisme se retrouve dans Situations datant de 1984 représentant des décors de théâtre grâce à des constructions de bois placées avec élégance sur le sol et les murs[3].
Quant à The Weather Window qui orne maintenant la nouvelle ambassade du Canada à Berlin, et qui suggère l’influence du climat sur l’identité canadienne, il s’agit d’une œuvre intégrant l’art à l’architecture par l’application d’un motif frité sur un mur de verre courbe[3],[6].
Quel que soit le matériau utilisé, Barabara Astman essaie dans ses œuvres de communiquer à l’observateur les expériences et souvenirs que font surgir en elle des objets ou des situations: identité, féminisme, technologie, société de consommation ou influence des médias. Cette approche lui permet de donner à ces objets ou expériences divers niveaux de signification qu’elle laisse à l’observateur le soin d’imaginer[1].
C’est ainsi qu’un voyage effectué à Cuba en 2000 devait être le point de départ d’une série intitulée Dancing with the Che en 2002. La figure du leader castriste Che Guevara que l’on retrouve un peu partout à Cuba, largement utilisée pour consommation domestique et touristique, donna naissance à une série de polaroids dans lesquelles on voit l’artiste dansant, vêtue d’un T-shirt blanc sur lequel est imprimée l’effigie du Che. Les mouvements de la danse font s’animer et se déformer la figure de Guevara, évoquant à la fois son omniprésence, mais aussi son appropriation et sa marchandisation à des fins politiques, touristiques et commerciales. Elle devait reprendre ce même thème en 2011 avec Dancing with the Che : Enter Through a Gift Shop, installation qui comporte une boutique de souvenirs fictive où sont présentés les polaroids de l’exposition précédente. Le sous-titre fait allusion à un film du graffiteur britannique Bansky tourné en 2010 et soulignant la tendance contemporaine à la commercialisation de l’art[3],[7].
Honneurs et récompenses
[modifier | modifier le code]En 2007, Barbara Astman a reçu le prix argent du National Magazine Award pour la série Newspaper présentée dans Prefix Magazine à Toronto [3]. En 2024, elle se vit attribué le Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques[8],[9].
Expositions
[modifier | modifier le code]Expositions personnelles
[modifier | modifier le code]- 1973 : immédiatement après avoir obtenu son diplôme de l’OCAD U, exposition de ses œuvres à la Baldwin Street Gallery of Photography (Toronto);
- 1975 : première exposition muséale présentée par l’Office national du film, maintenant intégrée au Musée des beaux-arts du Canada (Ottawa);
- 1995 : première retrospective : Barbara Astman - Personal/Persona - A 20 Year Survey - Art Gallery of Hamilton (Hamilton);
- 2011 : l’installation Dancing with Che: Enter through the Gift Shop en tournée à travers le Canada avant d’être présentée à la Kelowna Art Gallery en 2013;
- 2014 : Barbara Astman: I as artifact, accompagnée d’un catalogue - McIntosh Gallery de l’Université Western (London, Ontario);
- 2016 : Barbara Astman looking : Then and Now, une exposition en deux parties - Corkin Gallery (Toronto);
- 2023 : Woven Stores - Corkin Gallery (Toronto) [4].
Expositions de groupe
[modifier | modifier le code]- 2009 : Beautiful Fictions - Art Gallery of Ontario (Toronto);
- 2013 : Light My Fire Part I: Some Propositions about Portraits and Photography - Art Gallery of Ontario (Toronto);
- 2014 : Herland - 60 Wall Gallery (New York);
- 2015 : Look again: Colour Xerography Art Meets Technology - Art Gallery of Ontario (Toronto);
- 2016 : Living Building Thinking: Art and Expressionism - McMaster Museum of Art (Hamilton);
- 2016 : Toronto: Tributes + Tributaries, 1971-1989 - Art Gallery of Ontario (Toronto);
- 2024 : Animating the Figure with Photography - Winnipeg Art Gallery (Winnipeg), avec Donigan Cumming, Adad Hannah et Stephen Livick[4].
Œuvres dans des collections publiques
[modifier | modifier le code]On trouve des œuvres de Barbara Astman dans de nombreuses collections publiques dont :
- Agnes Etherington Art Centre, Queen's University, Kingston, Ontario[10];
- Art Gallery of Hamilton, Hamilton, Ontario[11];
- Art Gallery of Ontario, Toronto, Ontario[12];
- Bibliothèque Nationale, Paris[13];
- Burnaby Art Gallery, Burnaby, Colombie britannique[14];
- The Robert McLaughlin Gallery, Oshawa, Ontario[15];
- George Eastman House, Rochester, New York[16];
- McIntosh Gallery, University of Western Ontario, London, Ontario[17];
- Museum of Fine Arts, Houston, EUA[18];
- Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa, Ontario[19];
- The University of Toronto Art Museum, Toronto, Ontario[20];
- Oklahoma City Museum of Art, Oklaoma, EUA[21];
- UBS Banque, Suisse[22];
- Victoria and Albert Museum, Londres, G.B.[23];
- Winnipeg Art Gallery, Winnipeg, Manitoba[24].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Barbara Astman » (voir la liste des auteurs).
Notes
[modifier | modifier le code]Références
[modifier | modifier le code]- (en) « Barbara Astman », sur Caviar 20 (consulté le )
- (en) gulyarik, « Barbara Astman : A Movie for One », sur Canadian Art, (consulté le )
- Karyn Elizabeth Allen, « Astman, Barbara », sur Canadian Encyclopedia, (consulté le )
- (en) « Meet artist and curator Barbara Astman », sur Kultura Collective, (consulté le )
- ↑ (en) Joan Murray, Canadian Art in the Twentieth Century, Dundum Press, , 272 p. (ISBN 978-1550023329), p. 168-170
- ↑ (en) « Integrated Art in the New Canadian Embassy in Berlin », sur Wayback Machine, (consulté le )
- ↑ (en) Matthew Rolfe, « Barbara Astman on Dancing with Che », sur Foyer, (consulté le )
- ↑ Prix attribué depuis 1999 honorant la carrière exceptionnel d’artistes canadiens
- ↑ « Gagnantes et gagnants de 2024 », sur Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques, (consulté le )
- ↑ (en) « Collection », sur Agnes Etherington Art Centre, Kingston (consulté le )
- ↑ (en-US) « Contemporary Collection » [archive du ], sur Art Gallery of Hamilton (consulté le )
- ↑ (en) « The Collection | Art Gallery of Ontario » [archive du ], sur Art Gallery of Ontario (consulté le )
- ↑ (en) « Barbara Astman », sur ocadu.ca, (consulté le )
- ↑ « Barbara Astman: personal persona : a 20-year survey | Art Gallery Collections », sur collections.burnabyartgallery.ca
- ↑ (en) « Barbara Astman - work in the collection » [archive du ], sur rmg.minisisinc.com (consulté le )
- ↑ (en) « Collections » [archive du ] (consulté le )
- ↑ (en) « Collection », sur mcintoshgallery.ca (consulté le )
- ↑ (en) « Untitled #9 | All Works | the MFAH Collections »
- ↑ (en) « Barbara Astman », sur gallery.ca
- ↑ (en) « Barbara Astman | Works | eMuseum | UofT Art Museum »
- ↑ (en) « The Art of Light » (consulté le )
- ↑ (en) « UBS Art Collection and UBS Art Gallery », sur UBS (consulté le )
- ↑ (en) « 7 results for 'Barbara Astman' across All Categories », sur Victoria and Albert Museum (consulté le )
- ↑ (en) « Collection », sur wag.ca (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Liens internes
[modifier | modifier le code]Liens externes
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- Archives conservées par : bibliothèque et Archives Edward P. Taylor
- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :
- @astmanba. Site de l’artiste sur Instagram. URL: https://www.instagram.com/astmanba/.
- CCCA Artist Database
- Finding aid to Barbara Astman archives at Art Gallery of Ontario
- [vidéo] « Interview », sur YouTube