Batrachium est une section au sein des Renoncules (Ranunculus sect. Batrachium DC. 1817). Elle comprend une trentaine d'espèces de plantes aquatiques à fleurs blanches.
L'ensemble de ces espèces est communément dénommée par le pluriel « renoncules aquatiques »[1], mais parmi celles-ci il en existe une dont le nom est la Renoncule aquatique (Ranunculus aquatilis). Le présent article traite de la section dans son ensemble et donc des quelques trente espèces qu'elle contient.
Espèces du genre Ranunculus se développant dans des habitats aquatiques, ou à minima dans des zones humides. Elles ont pour second trait commun caractéristique leurs fleurs de couleur blanches (sauf R. flavidus à fleurs jaunes[2]). Leurs nectaires sont dépourvus d'écaille et leur méricarpes sont charnus et forment des rident transversales à la surface en se desséchant[1]. Les formes émergées possèdent toujours des tiges rampantes : prostrées. Les formes aquatiques peuvent avoir un port dressé ou dressé-étalé en eaux stagnantes, ou prostrées en eaux courantes[2].
myriophyllides : présence de feuilles laciniées uniquement (= à segments filiformes, capillaires). Ce type de feuille est une adaptation au développement au sein d'eau courante.
batrachides : présence des deux types de feuilles sus-cités. Plantes plutôt présentes dans les eaux stagnantes ou faiblement courantes.
Tous les auteurs alertent sur la grande variabilité morphologique des espèces en fonction des milieux dans lesquels elles se développent.
Il s'agit de plantes de zones humides à semi-aquatiques. Elles ont des pétales jaunes et ne disposent jamais de feuilles filiformes. Le réceptacle de leurs fleurs s'élargit après l'anthèse[3].
Le nom de la section a été proposé par De Candolle en 1817 dans son ouvrage « Système naturel du règne végétal »[4],[5].
La première monographie a été réalisée par W. P. Hiern en 1871[6],[7].
Christopher D. K. Cook a publié en 1966 une monographie dans laquelle il traite ce groupe au rang de sous-genre[8]. Si cet ouvrage fait encore référence aujourd'hui[9], le traitement au rang de sous-genre est néanmoins rejeté pour lui préférer celui au rang de section.
En 2017 Gerhard Wiegleb et ses collègues publient un état des lieux de la taxonomie de ce groupe[6].
Du grec ancien βάτραχος, (bátrakhos) : « grenouille », car ces dernières s'abritent très souvent dans la végétation produite par ces plantes aquatiques.
Cette section est représentée sur tous les continents sauf l'Antartique. L'Europe occidentale constitue le centre de majeure diversité de ces espèces (18 y sont représentées)[6].
Ces espèces croissent dans les zones arctique, boréale, tempérée et méditerranéenne.
R. omiophyllusGroupe A (quatre espèces) : Plantes amphibies, de petite taille (souvent moins de 50 cm de long), petites fleurs à pétales de moins de 5 mm de long, nectaires en forme de petites lunes. Plantes prostrées, avec des feuilles laminaires alternes ou souvent opposées.
Plantes aquatiques (hydrophytes), moyennes à longues (de plus de 50 cm de long) à feuilles capillaires immergées (type myriophyllides) ou à feuilles capillaires immergées et feuilles laminaires flottantes (type batrachides). Croissance sur la terre ferme rare. Feuilles laminaires alternes, très rarement opposées.
R. ololeucosGroupe B (9 espèces) : Feuilles laminaires généralement présentes (type batrachides) avec une différence marquée entre le pétiole et le limbe.
Feuilles laminaires généralement absentes (type myriophyllides), parfois présence de feuilles intermédiaires constituées de segments aplatis.
R. circinatusGroupe E (5 espèces) : Feuilles capillaires divergentes, rigides ou subrigides, circulaires (segments tous dans un même plan) ou sphériques (segments dans de nombreux plans), courtes (de moins de 3 cm de long), à entre-nœuds adjacents 3 à 5 × plus grands.
Feuilles capillaires flaccides, rigides ou charnues, obconiques (leurs segments se trouvant dans différents plans), petites à longues (de 1 à 60 cm), entre-nœuds adjacents 2 × plus longs, de même taille ou plus courts que les feuilles.
R. nipponicusGroupe C (7 espèces) : Grandes plantes des cours d'eau (de plus d'1,5 m de long), vivaces, souvent uniquement pourvues de feuilles capillaires (type myriophyllides), rarement à feuilles intermédiaires à segments aplatis (type 'ashibetsuensis'). Segments terminaux des feuilles capillaires de moins d'1 cm de long. Fleurs moyennes à grandes : pétales de 6 à 25 mm. Nectaires en lunules, circulaires, pyriformes ou en fer à cheval.
R. rionniiGroupe D (5 espèces) : Plantes petites à moyennes (de moins d'1,5 m de long), annuelles ou vivaces, feuilles toujours capillaires (type myriophyllides), à segments terminaux de plus d'1 cm de long, fleurs petites à pétales de moins de 5 mm de long, nectaires en lunules.
À l'échelle mondiale, les renoncules aquatiques ne semblent globalement pas menacées : la liste rouge de l'UICN ne classe aucune d'entre elles en catégorie de menace (et la Renoncule blanche - R. ololeucos - ne dispose pas d'assez de données pour mener à bien l'évaluation)[15].
Dans l'étude de prédiction du risque d'extinction des angiospermes (Bachman et al., 2024)[16]R. kadzusensis et R. ololeucos sont identifiées comme menacées.
Au niveau local en revanche, la situation est plus contrastée.
R. ololeucos et R. tripartitus sont en danger d'extinction dans le Limousin[17]. R. omiophyllus et R. tripartitus sont vulnérables et R. hederaceus et R. peltatus subsp. baudotii sont presque menacées en Aquitaine[18]. En Poitou-Charente R. tripartitus est en danger d'extinction, R. circinatus, R. ololeucos et R. omiophyllus sont vulnérables et R. hederaceus est presque menacée[19].
(en) C.D.K. Cook, « A monographic study of Ranunculus subgenus Batrachium (DC.) A. Gray », Mitt. Bot. München, vol. V, , p. 47-237 (lire en ligne [PDF])
(es) José Pizarro, « Contribución al estudio taxonómico de Ranunculus L. sugen. Batrachium (DC.) A. Gray (Ranunculaceae) », Lazaroa, vol. 15, , p. 21-113 (lire en ligne [PDF])
B.-C. Du Mortier, « Monographie du genre Batrachium », Bulletin de la Société Royale de Botanique de Belgique, vol. 2, no 3, , p. 207-219 (lire en ligne [PDF])
M. Armand Félix, « Études monographiques sur les Renoncules françaises de la section Batrachium », Bulletin de la Société Botanique de France, 1910-1916
↑ a et bM. A. Félix, « Études monographiques sur les Renoncules françaises de la Section Batrachium », Bulletin de la Société Botanique de France, vol. 57, no 5, , p. 406–412 (ISSN0037-8941, DOI10.1080/00378941.1910.10832236, lire en ligne, consulté le )
↑ ab et c(es) José Pizarro, « Contribución al estudio taxonómico de Ranunculus L. sugen. Batrachium (DC.) A. Gray (Ranunculaceae) », Lazaroa, vol. 15, , p. 21-113 (lire en ligne [PDF])
↑(en) Elvira Hörandl et Khatere Emadzade, « Evolutionary classification: A case study on the diverse plant genus Ranunculus L. (Ranunculaceae) », Perspectives in Plant Ecology, Evolution and Systematics, vol. 14, no 4, , p. 310–324 (DOI10.1016/j.ppees.2012.04.001, lire en ligne, consulté le )
↑Augustin Pyramus de Candolle, Regni vegetabilis systema naturale, sive Ordines, genera et species plantarum secundum methodi naturalis normas digestarum et descriptarum, vol. v.1 (1818), sumptibus sociorum Treuttel et Würtz, (lire en ligne)
↑(en) W.P. Hiern, « On the forms and distribution over the world of the Batrachium section of Ranunculus », Journal of Botany, vol. 9, , p. 43–49, 65–69, 97–107 (lire en ligne)
↑(en) C.D.K. Cook, « A monographic study of Ranunculus subgenus Batrachium (DC.) A. Gray », Mitt. Bot. München, vol. V, , p. 47-237 (lire en ligne [PDF])
↑(en) A.J. Spink, K.J. Murphy et D.F. Westlake, « Distribution and environmental regulation of species of Ranunculus subgenus Batrachium in British rivers », Arch. Hydrobiol., vol. 139, no 4, , p. 509-525
↑(en) A. Lumbreras, G. Navarro, C. Pardo et J. A. Molina, « Aquatic Ranunculus communities in the northern hemisphere: A global review », Plant Biosystems - An International Journal Dealing with all Aspects of Plant Biology, vol. 145, no sup1, , p. 118–122 (ISSN1126-3504 et 1724-5575, DOI10.1080/11263504.2011.602728, lire en ligne, consulté le )
↑Vincent Gaudillat, Olivier Argagnon, Romain Bissot et Christophe Blondel, « Cahiers d'habitats » Natura 2000. Actualisation des interprétations des habitats d'intérêt communautaire. Fascicule 3 - Habitats des eaux douces. Fiches génériques version 2 (UE 3110 à UE 3290), vol. 3, (lire en ligne)
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↑Conservatoire Botanique National du Massif Central, Liste rouge de la flore vasculaire du Limousin, DREAL Limousin, (lire en ligne)
↑(de) H.E. Weber, « Zur Verbreitung und Soziologie des Reinweißen Wasserhahnenfußes (Ranunculus ololeucos Lloyd) », Osnabrücker Naturwissenschaftlichen Mitteilungen, vol. 14, , p. 157-166 (lire en ligne [PDF])