Campagne de Russie
| Date |
- (6 mois et 6 jours)[1] |
|---|---|
| Lieu | Empire russe (entre le Niémen et Moscou) |
| Casus belli | Levée du blocus continental par la Russie |
| Issue |
Victoire russe décisive Retraite de Russie |
|
Total : 600 000 (selon diverses sources : entre 400-660 000). |
Total : 488 000 |
| 200 000 morts[2] 150 000 à 190 000 prisonniers[2] 130 000 déserteurs[2] |
210 000 morts[3] |
Batailles
- Sainte-Croix-en-Plaine
- Besançon
- Mayence
- Metz
- Saint-Avold
- 1re Saint-Dizier
- Brienne
- La Rothière
- Campagne des Six-Jours (Champaubert
- Montmirail
- Château-Thierry
- Vauchamps)
- Mormant
- Montereau
- Bar-sur-Aube
- Saint-Julien
- Laubressel
- Berry-au-Bac
- Craonne
- Coutures
- Laon
- Soissons
- Mâcon
- Reims
- Saint-Georges-de-Reneins
- Limonest
- Arcis-sur-Aube
- Fère-Champenoise
- 2e Saint-Dizier
- Meaux
- Claye
- Villeparisis
- Paris
La campagne de Russie, également connue en Russie comme la guerre patriotique de 1812, est une campagne militaire menée par l’empereur Napoléon Ier en 1812 et lors de laquelle les troupes françaises ont envahi l'Empire russe. Elle a pour principale cause la levée par Alexandre Ier de Russie du blocus continental imposé par Napoléon à toute l'Europe depuis 1806, contre le Royaume-Uni.
Jusqu’à la prise de Moscou, face à une armée impériale russe inférieure en nombre au début de l’invasion, l’avantage est aux forces napoléoniennes. Mais le prince russe Mikhaïl Koutouzov, général en chef, relève le moral de son armée et l’encourage à mener une contre-offensive, en organisant le harcèlement de la Grande Armée lors de la retraite française. C'est ainsi que les maladies, l’hiver, mais aussi les soldats et la population russes, sont responsables de la défaite de Napoléon en Russie.
Les guerres napoléoniennes ont profondément marqué la culture russe. La campagne de Russie a été relatée par Léon Tolstoï dans son célèbre roman historique Guerre et Paix, ainsi qu’évoquée par Piotr Ilitch Tchaïkovski dans son Ouverture 1812. Durant la Seconde Guerre mondiale, l’invasion allemande de l’Union soviétique a été mise en parallèle avec la campagne de Russie.
Causes de la campagne de Russie
[modifier | modifier le code]Au moment de la campagne, Napoléon était au sommet de son règne avec toutes les nations d’Europe continentale sous son contrôle (à l'exception notable de la péninsule Ibérique), ou sous le contrôle de nations vaincues par son empire et évoluant sous des traités favorables à la France. En 1807, le traité de Tilsit règle la paix entre l’Empire et la Russie. Alexandre espérait à travers le général Caulaincourt un traité interdisant le rétablissement de la Pologne. Napoléon désavoua Caulaincourt, et marqua alors la rupture de confiance avec Alexandre. Ainsi, le traité de paix avec l’Autriche de 1809 contint une clause annexant la Galicie au profit du grand-duché de Varsovie. La Russie considérait cette clause comme allant à l’encontre de ses intérêts et la Pologne comme le point de départ d’une éventuelle invasion de son territoire.
La Russie, alors dotée d’une industrie manufacturière faible, mais riche en matières premières, souffrait du blocus continental qui la privait d’une partie de son commerce, de ses ressources et de revenus pour acheter des biens manufacturés. La levée du blocus par la Russie mit Napoléon en rage et l’encouragea dans la voie de la guerre. Son mariage avec Marie-Louise d'Autriche, auquel Alexandre refusa de participer, renforça aussi la défiance à l’égard de la Russie, alors qu’un peu plus tôt, un mariage, qui aurait concrétisé l’alliance franco-russe, avec la sœur d’Alexandre, la princesse Catherine, avait été envisagé[4]. En réalité, des militaires dans l’entourage du tsar élaboraient des projets de guerre contre la France dès le début de l’année 1810[5],[6]. Il était clair pour eux qu’il s’agirait d’une guerre d'agression destinée à renverser l’ordre établi en Europe par Napoléon. Au début de l’année 1811, le tsar contacta son ancien ministre et ami le prince Adam Jerzy Czartoryski pour le persuader d’inciter les Polonais du duché de Varsovie à soutenir une invasion russe. Il fit aussi des propositions d’alliance offensive à l’empire d'Autriche et au royaume de Prusse. Parallèlement, Alexandre concentra des troupes aux frontières du duché de Varsovie, faisant venir des divisions de Finlande et du front ottoman[7]. Alerté par les Polonais et ses ambassadeurs en Suède et à Constantinople, Napoléon, surpris de ces préparatifs de guerre, se mit à renforcer ses troupes en Allemagne et en Pologne, qu’il était encore en train d’évacuer depuis leur déploiement pendant la guerre de 1809[8]. Contrairement à une idée reçue, Napoléon se serait montré ouvert à un traité commercial franco-russe prenant en compte les besoins de l’économie russe. Ce n’est qu’après le décret russe sur les tarifs douaniers que Napoléon suspend l’importation de bois de marine de Russie, dont il avait besoin pour la reconstruction de sa marine[9].
Dénomination
[modifier | modifier le code]La campagne de Russie de 1812 est connue en Russie sous le nom de « guerre patriotique », en russe Отечественная война, Otetchestvennaïa Voïna[10] ou « guerre de 1812 ».
Forces en présence
[modifier | modifier le code]La Grande Armée
[modifier | modifier le code]La Grande Armée est forte de 680 000 hommes[11], dont 440 000 franchissent le Niémen[11], ce qui en fait la plus grande armée européenne jamais rassemblée. Au nord-est de l'actuelle Pologne, l'armée commence à franchir le fleuve Niémen le [12] et se dirige vers Vilnius et Minsk.
À la fin juin, la Grande Armée se répartit comme suit, du nord au sud :
- Le maréchal d'Empire MacDonald avec son Xe corps d’armée (~29 100 hommes), incluant le contingent prussien, à Tilsit. La mission de cette force était de prendre Rīga et de se diriger vers Saint-Pétersbourg.
- L’empereur Napoléon Ier, avec la Garde impériale (~30 500 hommes), sous Mortier, Lefebvre et Bessières, le Ier corps d’armée (~66 000 h.) de Davout[13], le IIe corps d’armée (~37 000 h.) d’Oudinot, le IIIe corps d’armée (~37 800 h.) de Ney et la réserve de cavalerie (~20 800 h.) sous Murat avec les Ier et IIe corps de réserve de cavalerie de Nansouty et Montbrun ; le tout concentré devant Kovno. Cette force centrale avait pour but d’engager et détruire la principale armée russe (la 1re armée de l’Ouest) sous Barclay de Tolly.
- Eugène de Beauharnais avec son IVe corps d’armée (~45 000 h. dont environ un tiers d’Italiens), le VIe corps d’armée (bavarois) (~23 600 h.) de Gouvion-Saint-Cyr et le IIIe corps de réserve de cavalerie (~6 800 h.) de Grouchy ; le tout concentré à l’arrière et à droite de la force de Napoléon. Les ordres d’Eugène étaient de maintenir le contact avec les unités plus au sud et de protéger la force principale contre une attaque de la 2e armée de l’Ouest russe de Bagration.
- Jérôme Bonaparte avec le Ve corps d’armée (polonais) (~34 600 h.) de Poniatowski, le VIIIe corps d’armée (westphalien) (~16 700 h.) de Vandamme et le IVe corps de réserve de cavalerie (à moitié polonais, un quart saxon et un quart westphalien) (~7 300 h.) de Latour-Maubourg ; le long du Niémen au sud-ouest de Grodno. Cette force était supposée engager la 2e armée de l’Ouest russe de Bagration. Reynier avec son VIIe corps d’armée (saxon) (~20 000 h., ~17 000 combattants[11]) près de Bialystok doit maintenir la jonction entre Jérôme et Schwarzenberg.
- Charles Philippe de Schwarzenberg avec son XIIe corps d’armée (~32 900 h.), incluant le contingent autrichien, près de Lublin. Ce corps était supposé couvrir le Sud de la Pologne contre une invasion russe à partir de l’Ukraine (la 3e armée de l’Ouest (ou d’Observation) russe de Tormassov s’y trouvait).
- En Prusse le IXe corps d’armée (un tiers polonais et un tiers allemand) (~25 000 h. au 31 août) de Victor et le XIe corps d’armée de Pierre Augereau (largement composé d’unités de dépôt et de réserve) (~28 000 h. au 15 août). Ces deux corps s’occuperaient de la garnison de la Prusse et de la Pologne et augmenteraient la Grande Armée en Russie si nécessaire.
- 1 200 pièces d’artillerie[14].
- plus de 170 000 chevaux (de cavalerie, d’artillerie, de trait) et presque 20000 voitures[15].
À cela s’ajoutent 80 000 Gardes nationaux, engagés par conscription pour défendre la frontière impériale du duché de Varsovie. En comptant ceux-ci, l’effectif total des forces impériales françaises sur la frontière russe et en Russie atteint environ 771 500 hommes. Cet énorme déploiement de troupes pénalise grandement l’Empire, en particulier si l’on considère les 300 000 Français supplémentaires se battant dans la péninsule ibérique et les plus de 200 000 hommes en Allemagne et en Italie.
Le gros de l’armée se compose de 450 000 Français, les alliés de la France formant le reste. En plus du corps d’armée autrichien détaché sous les ordres de Schwarzenberg, on compte environ 95 000 Polonais, 90 000 Allemands (24 000 Bavarois, 20 000 Saxons, 20 000 Prussiens, 17 000 Westphaliens et quelques milliers d’hommes venus de plus petits États rhénans), 25 000 Italiens, 12 000 Suisses, 4 800 Espagnols, 3 500 Croates et 2 000 Portugais. À cela s’ajoutent des contingents néerlandais et belges. Chaque nationalité du vaste empire napoléonien est représentée.
L'armée impériale russe
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Si l’on en croit les estimations les plus récentes, l’armée impériale russe qui lui fait face est moins nombreuse, du moins au début de la campagne. Environ 280 000 Russes sont déployés sur la frontière polonaise (en préparation de l’invasion prévue du satellite français qu’était le grand-duché de Varsovie). Au total, l’armée russe compte plusieurs centaines de milliers d'hommes au début de la guerre (les estimations vont de 350 000 jusqu’à 710 000). Ceux-ci se répartissent en trois armées :
- la première armée de l’ouest (commandée par le général Mikhail Barclay de Tolly : six corps d’armée d’infanterie, trois de cavalerie de réserve, dix-huit régiments de cosaques : quelque 159 800 hommes et 558 pièces d’artillerie[14],
- la deuxième armée de l’ouest (commandée par le général Bagration) : deux corps d’armée d’infanterie, un de cavalerie de réserve, neuf régiments de cosaques du Don : 62 000 hommes et 216 pièces d’artillerie[14],
- la troisième armée de l’ouest (ou d’observation), (commandée par le général Tormassov) : trois corps d’armée d’infanterie, un de cavalerie de réserve, neuf régiments de cosaques : 58 200 hommes et 168 pièces d’artillerie[14].
Des études russes fondées sur les états de situation et les ordres de bataille montrent toutefois que ces effectifs recouvrent des formations très hétérogènes, comprenant des armées de campagne, des corps de réserve, mais aussi des milices locales, des auxiliaires et des unités irrégulières mobilisées progressivement, dont seule une partie est immédiatement disponible face à Napoléon[17].
Deux corps de réserve, un de 65 000 hommes et un autre de 47 000 hommes, soutiennent ces trois armées. D’après ces chiffres, l’armée russe qui fait immédiatement face à Napoléon compte quelque 392 000 hommes. De plus, la paix est assurée avec la Suède et l’Empire ottoman pour Saint-Pétersbourg, ce qui libère plus de 100 000 hommes (du Corps de Finlande de Steinheil et de l’armée du Danube de Tchitchagov). Des efforts sont faits pour grossir les armées russes et, en septembre, l’effectif est porté à environ 900 000, sans compter les unités cosaques irrégulières, qui apportent probablement 70 000 ou 80 000 hommes au total.
La marche sur Moscou
[modifier | modifier le code]Le franchissement du Niémen
[modifier | modifier le code]Le 22 juin, Napoléon déclara l’ouverture des hostilités à la Russie. Depuis son quartier général de Wilkowiski, Napoléon adressa à ses soldats une proclamation solennelle :
« Soldats, la seconde guerre de la Pologne est commencée ; la première s’est terminée à Tilsitt. À Tilsitt, la Russie a juré éternelle alliance à la France et guerre à l’Angleterre. Elle viole aujourd’hui ses serments. La Russie est entraînée par sa fatalité ; ses destins doivent s’accomplir. Nous croit-elle donc dégénérés ? Marchons donc en avant ; passons le Niémen, portons la guerre sur son territoire. La seconde guerre de la Pologne sera glorieuse aux armées françaises comme la première. »
Le lendemain, sous une chaleur étouffante, il parcourut la rive du Niémen vêtu d’un uniforme polonais afin de ne pas être reconnu, inspectant les points de passage possibles pour les ponts de bateaux. Après une longue journée de reconnaissance, il s’arrêta sur une hauteur d’où il donna ses ordres pour le franchissement.

L’offensive, d’abord prévue pour la mi-juin, fut retardée de quelques jours afin de laisser reposer les chevaux et le bétail, et de permettre la récolte du foin nécessaire aux quelque 180 000 montures de la Grande Armée. Le , l’essentiel de la Grande Armée se regroupa sur la rive gauche du Niémen.
Dans la courte nuit du 23 au 24 juin, les premiers détachements franchirent le fleuve près de Kowno, Pilona (li) et Grodno[18].
L’armée comptait environ 450 000 hommes répartis en dix corps principaux, auxquels s’ajoutaient la Garde impériale et un corps autrichien de 30 000 hommes[19].

Les débuts de la campagne furent marqués par des pluies torrentielles suivies d’une chaleur accablante. Les chemins devinrent des bourbiers, les chevaux moururent par milliers et les soldats souffrirent de la faim et des épidémies. Les pertes furent considérables : selon les estimations contemporaines, environ 50 000 hommes disparurent en deux jours, victimes de la fatigue, du manque de vivres, des températures extrêmes et de la désertion[20].
Malgré ces pertes précoces, la Grande Armée avança et Napoléon entra à Vilna le .
Les entrepôts russes avaient été incendiés avant son arrivée : plus de 150 000 quintaux de farine, des réserves de vivres et d’équipement furent détruits.
Les moulins et les fours avaient également été anéantis, rendant presque impossible la mouture du grain et la cuisson du pain[21].
La campagne de Russie commençait sous le signe des privations et de la désillusion.
La division des forces à Vilna
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À Vilna, Napoléon répartit la Grande Armée en deux grandes ailes : au nord, il prit la tête de la masse principale avec Murat, Ney, Oudinot, et la Garde, marchant vers Polotsk et Vitebsk contre Barclay de Tolly ; au sud, le maréchal Davout reçut mission de marcher sur Minsk pour intercepter Bagration, appuyé par Jérôme Bonaparte et Józef Poniatowski.
Cette manœuvre visait à séparer les deux armées russes avant qu’elles ne puissent se rejoindre sur la Dvina.
À ce moment, le vice-roi Eugène de Beauharnais reçut la mission de maintenir la liaison entre les forces opérant au nord sous les ordres directs de Napoléon et celles du maréchal Davout sur l’aile droite. Il devait couvrir, entre les deux ailes, le flanc sud de la Grande Armée et suivre les mouvements de Davout vers Minsk[22].
Séjour à Vilna et retard de l’offensive
[modifier | modifier le code]Napoléon demeura à Vilna bien plus longtemps qu’il ne l’avait prévu.
Pendant dix-huit jours, il y organisa les approvisionnements et les hôpitaux, tenta de rétablir la discipline et attendit des nouvelles de ses maréchaux.
Le , il nomma le général hollandais Thierry van Hogendorp gouverneur de la Lituanie, chargé du ravitaillement[23].
Ce séjour prolongé fit perdre à la Grande Armée l’élan initial de son offensive ; Napoléon ne quitta Vilna que le , en direction de Vitebsk, tandis que Davout poursuivait Bagration au sud. Selon les conditions météo et la qualité des routes, une troupe de cavalerie se déplaçait de 4 à 5 km par heure, et une troupe d’infanterie entre 3-3,5 par heure. L’artillerie et les convois ne se déplaçaient qu’à peine à 3 km/h, et ils furent ralentis par la mauvaise qualité des routes[24].
Les opérations de la droite française : Davout, Jérôme et Bagration
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Sur l’aile droite de la Grande Armée, au sud, Jérôme Bonaparte commandait le corps westphalien, appuyé par le Vᵉ corps polonais de Poniatowski, le VIIᵉ corps saxon de Reynier et le IVᵉ corps de cavalerie de Latour-Maubourg, soit près de 80 000 hommes et 159 canons[19].
Parti de Grodno, Jérôme avançait lentement, retardé par la chaleur, la pluie et l’état déplorable des routes.
Davout, marchant plus au nord par Achmiany et Volozhyn, atteignit Minsk le , avant que Bagration n’y parvienne[25].
Ses troupes, épuisées par des marches de trente kilomètres par jour sous une pluie presque continue, perdirent plus d’un millier d’hommes de faim, de maladie et d’épuisement[26].
Pendant ce temps, les corps westphalien et polonais atteignaient difficilement Nieswiez, où Bagration établit brièvement son quartier général dans le château des Radziwiłł[27].
Mal informé sur les mouvements ennemis, Napoléon rendit Jérôme responsable de l’échec de la manœuvre destinée à envelopper Bagration. Le , il avait déjà confié secrètement à Davout la direction des opérations sur cette aile[28].
Offensé, Jérôme quitta l’armée entre le 15 et le 16 juillet et regagna Cassel[29].
Son VIIIᵉ corps fut alors placé sous les ordres du général Junot[30].
L’aile nord et la retraite de Barclay
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Pendant ce temps, Napoléon et la masse principale de la Grande Armée progressaient vers le nord-est. Barclay de Tolly, accompagné du tsar Alexandre Ier, quitta Vilna le pour gagner le camp retranché de Drissa, atteint douze jours plus tard.
Jugeant la position intenable, le tsar remit le commandement à Barclay et quitta l’armée.
Celui-ci poursuivit alors une retraite méthodique vers Vitebsk, refusant toute bataille rangée, tandis que Wittgenstein couvrait la route du nord en direction de Riga[31]. Le , Napoléon entra à Vitebsk sans avoir pu contraindre les Russes au combat.
Vers Smolensk
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Au début de juillet, les avant-gardes françaises progressèrent en direction de Mogilev et de Smolensk. Une escarmouche eut lieu près de Lenino le entre des éléments de cavalerie française (dont Charles-André Merda) et l’arrière-garde de l’armée de Bagration, qui se repliait vers le nord.
Quelques jours plus tard, Davout remporta la bataille de Mogilev (ou de Saltanovka) le , bloquant la route directe vers Smolensk et consolidant le flanc gauche de la Grande Armée. Bagration, contraint de renoncer à l’axe de Mogilev, effectua une large manœuvre de contournement par Mstislavl et rejoignit finalement Barclay dans la région de Smolensk 22 juillet 1812 ( dans le calendrier grégorien)[32].
À ces mêmes dates des 3–4 août, les deux armées russes étaient déjà concentrées autour de Smolensk, tandis que les forces françaises demeuraient encore très dispersées. Davout se trouvait à Doubrowna, Junot à Orsha et Poniatowski tenait toujours Mogilev[33] ; c’est par ces points que leurs corps devaient franchir le Dniepr. Plus au nord, Napoléon résidait encore à Vitebsk, tandis qu’Eugène de Beauharnais stationnait à Surazh et Ney à Liozna, sur la route de Rassasna. Cette dispersion sur un front de près de cent kilomètres ralentit considérablement la concentration française vers Smolensk.
Le , une action limitée eut lieu à l’ouest de Roudnia, lorsque les cosaques de Platov surprirent la cavalerie française en reconnaissance[34]. Napoléon de son côté hésitait encore à franchir la limite qu’il considérait comme celle de « l’Ancienne Russie » : Murat l’exhorta à ne pas s’aventurer plus loin avant d’avoir rassemblé ses forces, en raison de l’épuisement de la cavalerie et de la chaleur accablante, que l’Empereur lui-même jugea « pire qu’en Égypte »[35].
Du côté russe, les deux armées se trouvaient alors dans une impasse stratégique. Barclay et Bagration divergeaient profondément sur la conduite de la guerre : le premier voulait poursuivre la retraite afin d’attirer Napoléon loin de ses bases, tandis que le second pressait pour livrer enfin bataille. Cette controverse paralysa plusieurs jours la coordination des mouvements russes et contribua à la jonction tardive de leurs forces.
Selon plusieurs auteurs français du XIXᵉ siècle (notamment Thiers et Chambray), Napoléon pensait qu’un passage du Dniepr en plusieurs points surprendrait les Russes en leur faisant croire à une marche vers le sud. Cette interprétation est toutefois discutée par l’historiographie moderne : Mikaberidze, ainsi que plusieurs études russes récentes, soulignent que l’état-major de Barclay suivait de près les mouvements français après Orsha et ne pouvait ignorer la concentration progressive des corps de Davout, Junot, Poniatowski, Ney et Eugène en direction de Smolensk[36],[37],[38],[39].
Bataille de Smolensk
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Le , vers une heure de l’après-midi, Napoléon donna le signal de l’attaque. Les faubourgs, retranchés et défendus par une forte artillerie, furent enlevés, tandis que les remparts et les positions russes sur la rivière furent soumis à un bombardement intense. La ville prit feu rapidement, peut-être sous l’effet des projectiles français mais aussi par les incendies allumés par les Russes eux-mêmes afin de couvrir leur retraite. Selon Jomini, qui fut nommé gouverneur de Smolensk peu après, environ la moitié de la ville fut détruite[40]. Dans la nuit du 17 au 18 août, l’armée russe évacua Smolensk pour éviter l’encerclement.
Le lendemain, à Valoutina Gora (ou Loubino), l’arrière-garde russe fut de nouveau accrochée ; le général Gudin y fut mortellement blessé. Malgré plusieurs engagements locaux, l’armée russe se retira en bon ordre.
Pendant ce temps, plus au nord, le 6e corps commandé par Gouvion-Saint-Cyr remporta un succès contre Wittgenstein lors de la première bataille de Polotsk, avant de devoir se replier quelques jours plus tard.
Après ces combats, la Grande Armée atteignit Gjat, où elle prit quelques jours de repos avant la grande bataille que Napoléon jugeait imminente.
À la suite de Smolensk, Barclay fut remplacé au commandement suprême par Koutouzov, figure populaire et vétéran des guerres contre les Turcs. Malgré sa rhétorique offensive, celui-ci poursuivit la stratégie de recul, promettant de couvrir Moscou et de préserver l’armée russe pour une bataille générale, qui eut lieu à Borodino quelques semaines plus tard.
Échec stratégique vers Saint-Pétersbourg
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Pendant que l’armée principale s’enfonce, au centre, dans l’immense plaine russe en direction de Moscou, au nord MacDonald échoue avec le Xe corps d’armée franco-prussien à s’emparer de Riga, assiégée en vain. Puis le IIe corps d’armée d’Oudinot est repoussé par Wittgenstein à deux reprises en direction de la capitale russe sur la Néva où s’est réfugié Alexandre Ier : le à Kliastitsy sur la route entre Minsk et Pskov, puis le 18 août à Polotsk, tout ceci à moins de 300 km au sud de Saint-Pétersbourg. Désormais le IIe corps perd tout caractère offensif et reçoit l’ordre de se retrancher le long de la Dvina.
Ces échecs, s’ils passent assez inaperçus et semblent peu décisifs, ont eu de très graves conséquences pour Napoléon :
- ils isolent la progression de l’armée principale en route vers Moscou, désormais seule à avancer, ceci d’autant plus imprudemment que Schwarzenberg, censé protéger son flanc sud avec le XIIIe corps autrichien, lui, s’est bien gardé de s’enfoncer profondément vers l’est ;
- ils obligent Napoléon à surveiller particulièrement son flanc nord pour maintenir ses lignes arrière, mission qu’il confie à Gouvion-Saint-Cyr et consistant désormais à tenir défensivement la ligne sur le fleuve Dvina ;
- ils redressent le moral et renforcent la ténacité des Russes, incapables encore de s’opposer directement à l’Empereur, mais qui savent ses généraux plus vulnérables, et qui peuvent légitimement penser qu’ils auront leur heure, tôt ou tard ;
- ils donnent un caractère non décisif, voire simplement tactique, aux batailles de Smolensk et de la Moskova/Borodino, l’ennemi russe, repoussé à chaque fois, n’étant pas globalement déstabilisé, ni à présent déstabilisable ;
- ils contribuent sans doute enfin à rendre infructueuses les offres de paix de Napoléon, une fois Moscou conquise, Alexandre Ier ne se sentant nullement menacé en son palais de Saint-Pétersbourg.
Par ailleurs au moment où Napoléon va quitter Moscou, Wittgenstein qui s’est renforcé, enfonce Saint-Cyr encore à Polotsk, et franchissant la Dvina menace la route principale de Moscou à Vilnius, rendant plus incertaine encore la retraite de la Grande Armée.
Bataille de la Moskova
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C’est le qu’est livrée la bataille appelée, par les Français, de la Moskova, et par les Russes de Borodino, parce que l’action a lieu sur le plateau qui domine ce village.
Napoléon harangue ainsi ses troupes :
« Soldats ! Voilà la bataille que vous avez tant désirée. Désormais la victoire dépend de vous ; elle nous est nécessaire, elle vous donnera l’abondance, de bons quartiers d’hiver et un prompt retour dans la patrie. Conduisez-vous comme à Austerlitz, à Friedland, et que la postérité la plus reculée cite avec orgueil votre conduite dans cette journée ; que l’on dise de vous : « Il était à cette grande bataille livrée sous les murs de Moscou ». »
La veille et pendant la nuit il a plu. À cinq heures, le soleil se lève sans nuage : « Soldats ! — s’écrie Napoléon — voilà le soleil d’Austerlitz ! » Cette exclamation passe de rang en rang et remplit les troupes d’ardeur et d’espérance.

Les deux armées comptent chacune de 120 à 130 000 hommes. Un coup de canon tiré par les Français donne le signal, et l’action s’engage sur toute la ligne. Après quatre heures de combats opiniâtres, pendant lesquels 1 200 bouches à feu tirent, trois redoutes sont enlevées par le prince Eugène, les maréchaux Davout et Ney. Toutes les batteries russes sont successivement assaillies et enlevées. La plus formidable de leurs redoutes est emportée par les cuirassiers français.
Après avoir détruit par la mitraille la plus grande partie des masses qui résistent à son entrée, Napoléon fait manœuvrer le 8e corps et toute la droite pour tourner la dernière position des Russes. Il ordonne à la garde et à toute la cavalerie de soutenir ce mouvement. Eugène se porte en avant de la Kalouga, et dès ce moment l’issue de la bataille est certaine. À la tombée de la nuit, l’armée russe opère sa retraite en bon ordre vers Mojaïsk, laissant sur le champ de bataille 45 000 hommes hors de combat, dont 25 généraux et 15 pièces de canon. Les pertes des Français sont évaluées à 28 000 hommes tués ou blessés, dont 49 généraux.

On estime que 120 000 coups de canon ont été tirés durant l’action. Napoléon reste sur le champ de bataille, donnant des ordres pour faire transporter les blessés, tant russes que français, dans les hôpitaux établis sur ses lignes de retraite.
C’est aussi une des journées les plus sanglantes des guerres napoléoniennes. L’armée russe fait retraite le avec la moitié de ses forces, laissant ouverte la route de Moscou, que Koutouzov ordonne d’évacuer.
L’armée française victorieuse se met à la poursuite des Russes. Napoléon transporte son quartier général à Mojaïsk, ville située à vingt-six lieues à l’ouest de Moscou, que les Russes ont incendiée puis abandonnée.
À partir de là, les Russes rassemblent leur armée, qui atteint son effectif maximal, soit 904 000 hommes avec peut-être 100 000 hommes au voisinage immédiat de Moscou (les survivants de l’armée détruite à Borodino, en partie renforcée). La capacité des Russes à renouveler rapidement leurs effectifs est un avantage décisif à la fin de la campagne.
La prise de Moscou
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Le 13 septembre, Koutouzov, conscient que le repli systématique s'est révélé plus efficace que l'affrontement classique, réunit son état-major lors de la conférence de Fili. L'assemblée convient qu'il faut abandonner Moscou[41].

Le 14 septembre (2 heures après midi), l’Empereur fait son entrée dans l’ancienne capitale de la Moscovie, avec sa garde et le premier corps. Selon l’usage européen, Napoléon attend en vain sur la colline de Poklonnaïa la remise symbolique des clés de la ville, mais aucune délégation russe ne se présente. Napoléon entre dans une ville déserte, vidée de toute provision par le gouverneur, Fédor Rostoptchine, père de la célèbre comtesse de Ségur.
Seule 2 à 3 % de la population de Moscou d'avant guerre est restée dans la ville, essentiellement des vieillards et des malades, tandis que le reste de la population a entamé une fuite vers l'est et le sud[42].
Le lendemain il s’établit au Kremlin, palais des tsars, situé au milieu de la ville. Le maréchal Mortier est nommé gouverneur de cette capitale, avec ordre d’employer tous les moyens pour empêcher le pillage. Des secours sont donnés aux blessés russes qui encombrent les hôpitaux, ainsi qu’aux Moscovites qui n’ont pas voulu suivre l’armée de Koutouzov.
En se basant sur les règles classiques de la guerre lors de la prise d’une capitale (même si Saint-Pétersbourg est la capitale à cette époque), il pense que le tsar Alexandre Ier lui offrirait sa capitulation sur le mont Poklonnaïa, mais le commandement russe ne se rend pas.
Un armistice a été accordé aux Russes, et Napoléon, au milieu de ses triomphes, fait proposer la paix à Alexandre : il reçoit des réponses évasives, qui, néanmoins, font espérer qu’on pourrait tomber d’accord. Mais Napoléon et Alexandre ne veulent que gagner du temps, Napoléon pour compléter son armée, Alexandre parce qu’il est persuadé que les grands froids qui approchent vont obliger les Français à évacuer l’empire. Les événements justifient leurs prévisions.
Des feux démarrent à Moscou, et ravagent la ville du au du calendrier grégorien (2 au 6 septembre du calendrier julien). Moscou, construite essentiellement en bois, brûle presque complètement, privant les Français d’abris dans la ville. Les incendies ont pour origine des sabotages russes. À un signal donné, le feu éclate dans mille endroits à la fois. C’est en vain que les Français font tous leurs efforts pour éteindre l’incendie : le ravage des flammes ne s’arrête que dans la soirée du , lorsque les neuf dixièmes de la ville sont en cendres : près de 4 000 maisons en pierre et 7 000 en bois, 20 000 malades ou blessés sont victimes de ce désastre.
Plusieurs témoignages recueillis par Kleßmann décrivent la situation catastrophique à Moscou en septembre–octobre 1812 : ivrognerie massive, incendies, maladies, désertions et “traînards” laissés en ville. Des centaines de soldats moururent sans combat, expliquant la baisse des effectifs entre la Moskova et l’évacuation de Moscou[43].
Napoléon dit par la suite que s’il avait pu quitter Moscou deux semaines plus tôt, il aurait pu détruire l’armée de Koutouzov qui campait à proximité, à Tarutino. Même si cela n’aurait pas suffi à laisser la Russie sans défense, cela l’aurait privée de sa seule armée concentrée capable d’affronter les Français.
La retraite de Moscou
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Le , l’armée russe commandée par Koutouzov remporte la bataille de Taroutino (ou bataille de Winkowo) en infligeant une sévère défaite à la cavalerie de Joachim Murat. Cet engagement révèle la vulnérabilité croissante du dispositif français et prive Napoléon d’une part essentielle de ses moyens de reconnaissance et de couverture[44]. Le , la Grande Armée évacue Moscou et entame sa retraite, d’abord dans l’espoir d’emprunter une route plus méridionale vers Kalouga et Toula afin d’éviter les régions déjà dévastées.
Cette tentative échoue lors de la bataille de Maloïaroslavets (). Après la destruction du pont, des travaux de fortune permettent le passage de l’avant-garde française, mais l’arrivée de la masse des forces russes entraîne un combat acharné dans un espace restreint. Principalement engagé avec le IVᵉ corps, l’affrontement demeure tactiquement indécis ; la ville change plusieurs fois de mains au cours de la journée, au prix de pertes élevées et d’un nombre de blessés impossible à prendre en charge[45].
Les forces russes contrôlant à la fois la route de Kalouga et celle de Medyne, Napoléon est contraint d’abandonner toute manœuvre vers le sud ou l’ouest et de ramener son armée vers le nord, par Borovsk, sur l’ancienne route de Smolensk, déjà ravagée lors de l’avance estivale. Koutouzov adopte alors une stratégie d’usure, fondée sur le harcèlement constant des colonnes françaises et la menace permanente sur leurs lignes de communication[46].
La retraite s’effectue dès lors sous une pression croissante. Les colonnes, très étirées, sont attaquées par la cavalerie légère russe et les détachements de cosaques, qui s’en prennent en priorité aux groupes isolés et aux convois. À Viazma, les forces russes tentent de couper l’arrière-garde commandée par Davout du reste de l’armée[47]. Dans les jours qui suivent, les corps de Davout et de Ney se replient à un jour d’intervalle sous des attaques incessantes ; Ney prend position à l’arrière-garde afin de couvrir la retraite.


Depuis le départ de Moscou, Napoléon a perdu environ 60 000 hommes et près de 400 pièces d’artillerie. À l’approche de Smolensk, la Grande Armée ne compte plus qu’environ 40 000 hommes, dont à peine 10 000 encore en état de combattre et pourvus d’armes[48]. Le manque total de fourrage entraîne la disparition massive des chevaux, morts d’épuisement ou abattus pour nourrir les soldats affamés, privant l’armée de sa cavalerie et la contraignant à abandonner une grande partie de son artillerie et de ses chariots.
Lorsque Eugène de Beauharnais tente de franchir la Vop afin de se procurer des ressources, son avant-garde est arrêtée par des détachements de cosaques ; l’échec de l’opération coûte au moins un millier d’hommes. Le , Beauharnais regagne Smolensk sans avoir pu rapporter ni vivres, ni munitions, ni butin[49]. À cette date, la Grande Armée est déjà réduite à environ un tiers de son effectif initial.
À l’approche de Smolensk, la situation de la Grande Armée est dominée par la pénurie extrême de vivres : les soldats ne disposent plus guère que de viande de cheval, parfois de sang, pour subsister. Les corps de Davout, de Ney et d’Eugène de Beauharnais sont soumis à des attaques incessantes des détachements de cosaques, qui harcèlent les colonnes, coupent les traînards et aggravent la désorganisation. Dans la ville, les réserves espérées se révèlent très limitées et ne permettent de subvenir aux besoins que pour quelques jours. La tentative de rétablir un minimum d’ordre et de contrôler l’accès aux vivres est notamment confiée à Antoine-Henri Jomini, chargé de l’organisation militaire, tandis que de nombreux soldats isolés, privés d’encadrement, se voient refuser l’entrée. Pendant ce temps, Koutouzov maintient volontairement ses distances, progressant parallèlement à l’armée française par Ielnia, évitant tout engagement décisif avec une armée déjà en voie d’effondrement.
L’hiver russe
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À partir de novembre 1812, la retraite de la Grande Armée est aggravée par l’installation brutale de l’hiver russe. Déjà profondément désorganisée par les combats, les pertes humaines, l’effondrement logistique et la disparition de la cavalerie, l’armée française se trouve confrontée à des conditions climatiques extrêmes pour lesquelles elle n’était ni équipée ni préparée.
Lorsque, le , une tempête de neige marque l’arrivée des premiers grands froids, les soldats portent encore des uniformes d’été et les chevaux ne disposent pas de fers adaptés aux routes gelées. La famine, les maladies — notamment la dysenterie — et l’épuisement ont déjà miné la cohésion des unités ; le froid transforme cette crise latente en catastrophe ouverte. Les pertes les plus lourdes surviennent alors au cours de la retraite, où hypothermie, gangrène et inanition font des dizaines de milliers de victimes. L’artillerie lourde, les chariots et une grande partie du butin sont abandonnés à mesure que les animaux de trait périssent.
Dans ses Mémoires, Armand de Caulaincourt, proche collaborateur de Napoléon, décrit des scènes de mort massive dues au froid et à l’épuisement, soulignant l’effondrement progressif de la discipline, y compris au sein de la Garde. Il évoque des soldats tombant d’épuisement au bord des routes, incapables de résister au sommeil provoqué par le froid, et condamnés à une mort rapide s’ils n’étaient pas continuellement soutenus par leurs camarades[50].
Si, dès le XIXᵉ siècle, la rigueur exceptionnelle de l’hiver a souvent été invoquée pour expliquer la défaite française — personnifiée sous l’expression de « général Hiver » —, cette interprétation est aujourd’hui largement nuancée par les historiens. Ceux-ci soulignent que l’effondrement de la Grande Armée était largement engagé avant l’arrivée des grands froids, en raison des choix stratégiques, de la défaillance logistique et de l’état sanitaire de l’armée, l’hiver jouant surtout le rôle d’un accélérateur dans un processus de désagrégation déjà avancé.
Seconde bataille de Krasnoe / Krasnoï
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Les combats autour de Krasnoïe s’étendent du 15 au 18 novembre 1812 et consistent en une série d’engagements successifs plutôt qu’en une bataille rangée. À l’approche de la ville, les colonnes françaises, très étirées, sont soumises à une pression constante le long de la route de Smolensk. Le général Miloradovitch dispose ses troupes sur les hauteurs dominant le ravin de la Losvinka, rendant pratiquement impossible l’ascension des colonnes d’Eugène de Beauharnais et du maréchal Davout sans subir de lourdes pertes, tant humaines que matérielles ; artillerie et bagages sont en grande partie capturés ou abandonnés[51],[52].
Napoléon avait espéré regrouper successivement les corps d’Eugène, de Davout et de Michel Ney, mais il constate que ce dernier ne quitte Smolensk que le 17 novembre. Continuer à attendre expose le reste de l’armée à un risque d’encerclement. Pour Clausewitz, l’écrasement progressif de l’arrière-garde française marque la fin effective des combats autour de Krasnoïe[53].
Dans une lettre adressée à Maret, Napoléon décrit lui-même la gravité de la situation, insistant sur l’effet du froid, la perte des chevaux et l’impossibilité d’employer artillerie et cavalerie :
« Le froid de seize degrés a fait périr presque tous nos chevaux. Nous avons dû abandonner des centaines de pièces et une quantité considérable de voitures. Les cosaques profitent de l’inaction de notre cavalerie et coupent nos communications. Je suis inquiet pour Ney, resté à Smolensk pour faire sauter la ville[54]. »
Sous la pression combinée des forces russes, de la désorganisation croissante des colonnes françaises et d’un terrain défavorable, Napoléon décide de poursuivre la retraite sans attendre Ney. Il engage alors, pour la première et unique fois de la campagne, la Vieille Garde, afin de dégager le passage et permettre à une partie de l’armée de poursuivre sa retraite. Les divisions d’arrière-garde — notamment celles d’Eugène de Beauharnais, de Davout et de Ney — subissent en revanche des pertes très lourdes, perdant plusieurs milliers d’hommes ainsi que la quasi-totalité de leur artillerie et de leurs moyens de combat.
L’épisode de Krasnoïe marque un tournant décisif de la retraite : plus qu’une défaite tactique isolée, il révèle l’incapacité définitive de la Grande Armée à manœuvrer comme une force cohérente. L’armée ne se replie plus en corps constitués, mais en éléments disjoints, exposés aux attaques successives de l’ennemi, ce qui accélère sa désagrégation[55]. Sur le plan militaire, Krasnoïe constitue une victoire russe.
Après avoir franchi le Dniepr et atteint Orcha, Napoléon tente brièvement de rétablir un minimum d’ordre parmi les survivants par des distributions de vivres et d’armes et par des mesures disciplinaires. Cette réorganisation demeure toutefois fragile et provisoire, l’armée restant profondément affaiblie et confrontée à des contraintes matérielles et climatiques insurmontables. Quelques jours plus tard, la retraite se poursuit vers Borisov et la Bérézina.
Bataille de la Bérézina
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À la fin de novembre 1812, la retraite française atteint un point critique. Les dépôts de ravitaillement de Polotsk, Vitebsk et Minsk étant tombés aux mains des Russes, la Grande Armée est privée de toute profondeur logistique. Le , le pont de Borisov sur la Bérézina est détruit en plusieurs endroits par les troupes de Pavel Tchitchagov, rendant impossible le passage par la route directe vers l’ouest. Napoléon se trouve alors menacé par la convergence de plusieurs forces russes : l’armée de Tchitchagov lui barre la route, celle de Wittgenstein progresse au nord, tandis que Koutouzov avance plus lentement au sud ; à l’arrière, les détachements de Miloradovitch et les cosaques de Platov harcèlent continuellement les colonnes françaises.
Confronté à cette situation, Napoléon renonce à toute tentative de passage à Borisov et décide de forcer la rivière plus au nord, à hauteur du village de Studzianka. La Bérézina y est relativement étroite, mais bordée de vastes zones marécageuses et partiellement inondées, rendues particulièrement dangereuses par le gel et la neige. L’Empereur ordonne la construction de deux ponts, l’un destiné principalement à l’infanterie, l’autre à l’artillerie et aux convois. Les travaux sont confiés au général Jean-Baptiste Eblé et à ses pontonniers, qui opèrent dans une eau glacée, souvent jusqu’à la poitrine, au prix de pertes sévères dues à l’hypothermie.
Le , les premières troupes françaises, sous le commandement d’Oudinot, franchissent la rivière et engagent les forces russes afin de couvrir la tête de pont. Le lendemain, alors que la seconde passerelle est achevée, la traversée s’intensifie dans des conditions de plus en plus chaotiques. Les ponts, fragilisés par le gel, les charges et les mouvements incessants, s’effondrent à plusieurs reprises et doivent être réparés en urgence, provoquant des engorgements dramatiques sur les rives marécageuses.
Le , Napoléon, accompagné d’une partie de la Garde impériale, parvient à franchir la Bérézina, suivi dans la nuit par les restes du corps de Michel Ney. Le lendemain matin, sur ordre de Napoléon, les ponts sont incendiés afin d’empêcher toute poursuite immédiate. Plusieurs milliers de traînards, ainsi que des unités entières restées en arrière, sont abandonnés sur la rive orientale et faits prisonniers ou périssent dans des tentatives désespérées de traversée. La chute brutale des températures aggrave encore les pertes humaines.
Sur le plan opérationnel, la traversée de la Bérézina permet à Napoléon d’échapper à une destruction immédiate de son armée. Sur les plans humain, matériel et stratégique, elle constitue toutefois une catastrophe : des dizaines de milliers d’hommes sont tués, noyés ou capturés, la quasi-totalité de l’artillerie restante et des convois est perdue, et la Grande Armée cesse définitivement d’exister comme force organisée. Les survivants doivent encore parcourir un long chemin dans des conditions extrêmes avant d’atteindre Vilnius, puis de quitter le territoire russe.
Après la Bérézina
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Après le franchissement de la Bérézina, la retraite se poursuit dans des conditions extrêmes. La Grande Armée, déjà profondément désorganisée, continue de se replier alors que les températures chutent brutalement au début de décembre. Le froid intense, les tempêtes de neige et le vent aggravent encore l’état des troupes et provoquent de nouvelles pertes massives par épuisement, maladies et sous-alimentation.
Le 9 décembre 1812, les premiers survivants atteignent Vilnius dans un état de détresse extrême. L’arrivée simultanée de dizaines de milliers d’hommes affamés et en haillons provoque une panique générale : toute tentative de rétablir l’ordre échoue, les accès à la ville sont engorgés et les réserves disponibles s’avèrent rapidement insuffisantes. Malgré la distribution d’argent et les efforts des autorités militaires, la discipline s’effondre, tandis que les attaques cosaques se poursuivent jusque dans les abords de la ville.
Face à la gravité de la situation et conscient des risques politiques que ferait courir à son pouvoir l’annonce de la catastrophe, Napoléon décide de quitter l’armée. Le 5 décembre, à Smorgon, il confie le commandement à Joachim Murat et se met en route vers la France. Pendant ce temps, la retraite dégénère en déroute : Vilnius est évacuée, et les derniers éléments de l’arrière-garde, sous les ordres de Michel Ney, se replient vers Kaunas, où les restes de la Garde impériale franchissent le Niémen entre le 13 et le 14 décembre. Le 14 décembre 1812, Ney quitte à son tour le territoire russe, marquant la fin effective de la campagne.
Les pertes humaines
[modifier | modifier le code]Les dernières recherches sérieuses sur les pertes de la campagne de Russie sont données par Thierry Lentz[2]. Du côté français, le bilan est d’environ 200 000 morts (la moitié au combat et le reste de froid, de faim ou de maladie) et de 150 000 à 190 000 prisonniers tombés entre les mains de Koutouzov. Il y eut aussi 50 000 disparus, surtout pendant la débâcle. Pour le reste, 130 000 soldats quittèrent la Grande Armée au cours de la marche sur Moscou et près de 60 000[56] se réfugièrent chez des paysans, nobles et bourgeois russes. Enfin, moins de 30 000 soldats repassèrent le Niémen avec Murat. Côté russe, les récentes publications d’Oleg Sokolov tendent à établir les pertes à 300 000 morts dont 175 000 au combat, ce qui est très important, mais, selon Thierry Lentz, invérifiable en l’état des études disponibles. Enfin, malgré des actes de générosité des deux côtés, les prisonniers qui tombèrent entre les mains des Français ou des Russes furent globalement maltraités. Dans le cas de l’armée italique au service de l’Empereur, un nombre très limité de soldats, partis d’Italie, revinrent de Russie, probablement un sur vingt-quatre ou un sur vingt-cinq et la grande majorité des soldats italiens de Napoléon morts au combat sont laissés sur le champ de bataille sans sépulture[57].
Après la chute de Napoléon, le rapatriement demandé par Louis XVIII des Français restés en Russie fut globalement un échec, car les candidats au retour furent peu nombreux. Plusieurs milliers de Français firent souche dans le pays des Tsars. En 1837, 3 200 vivaient à Moscou par exemple. Parmi ceux qui restèrent en Russie, le soldat de la Grande Armée Jean-Baptiste Savin, devenu par la suite Mikhail Andréïevitch Savine, serait mort à Saratov en 1894 à l’âge de 102 ans[58],[59].

Évaluation historique
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Cette campagne révèle que Napoléon a grandement sous-estimé l’ampleur des difficultés qui l’attendaient, lui et son armée :
- sous-estimation de la logistique ;
- sous-estimation des aléas climatiques ;
- tactique de la terre brûlée des Russes, etc.
L'échec de la campagne de Russie en 1812 marque un coup d’arrêt sévère aux ambitions de domination européenne de Napoléon. Comme la défaite de la puissance navale française à la bataille de Trafalgar en 1805, la campagne russe est un tournant décisif des guerres napoléoniennes qui mène, en fin de compte, à la défaite de Napoléon et son exil sur l’île d'Elbe.
Pour la Russie, le terme guerre patriotique est un symbole renforçant l’identité nationale, qui a un grand impact sur le patriotisme russe du XIXe siècle. Le résultat indirect du mouvement patriotique des Russes est un fort désir de modernisation du pays qui se traduit par une série de révolutions, commençant avec la révolte des Décembristes et finit avec la révolution de février 1917.
L’année suivante, Napoléon lève une armée d’environ 400 000 soldats français soutenue par 250 000 soldats des pays alliés aux Français, pour disputer le contrôle de l’Allemagne lors d’une campagne encore plus grande. Ce n’est que lors de la bataille de Leipzig (la bataille des Nations, 16 au ) qu’il est de nouveau défait. Malgré quelques beaux succès, en dépit d'une forte infériorité numérique, la campagne de France en 1814 sonne les glas de ses espérances : Paris est prise et il doit abdiquer.
Poussés par les nationalistes prussiens et les commandants russes, des nationalistes allemands se soulèvent à travers la confédération du Rhin et la Prusse.
Liste des commandants de l’armée russe
[modifier | modifier le code]- Mikhail I. Koutouzov, commandant en chef
- Michel Barclay de Tolly, ministre de la Guerre
- Peter Wittgenstein, commandant de l’aile droite
- Piotr Bagration, commandant de l’aile gauche
- Nikolaï N. Raïevski, commandant russe majeur
- Dmitri S. Dokhtourov, commandant russe majeur
- Mikhaïl A. Miloradovitch, commandant russe majeur
- Alexandre I. Ostermann-Tolstoï, commandant russe majeur
- Alexeï P. Iermolov, général russe
- Alexandre Michaud de Beauretour, général sarde rallié aux Russes
- Mikhaïl S. Vorontsov, général russe
- Matveï I. Platov, ataman des Cosaques du Don
- Pavel V. Tchitchagov, ministre de la Marine en 1802 et commandant de l’armée de Moldavie
Dans la culture
[modifier | modifier le code]Récits autobiographiques
[modifier | modifier le code]- Eugène Labaume (capitaine), Relation complète de la campagne de Russie, Paris, 1820 ; Hachette/BNF, 2018 ; https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6364609m/f14.item.texteImage
- Général Armand de Caulaincourt
- En traîneau avec l'Empereur .
- Mémoires (L'ambassade de Saint-Pétersbourg et la campagne de Russie)
- Jean-Roch Coignet (grenadier puis officier dans la garde), Les carnets du capitaine Coignet
- 1853 : Sergent Adrien Bourgogne, Mémoires.
- Guillaume Peyrusse, En suivant Napoléon, Dijon, Clea, 2009, 474 p. (ISBN 978-2-913835-88-7), (BNF 42314718)
- 2015 : Sylvain Tesson, Berezina, récit de voyage autobiographique.
Romans et autres œuvres de fiction
[modifier | modifier le code]- Léon Tolstoï, Guerre et Paix, roman historique russe, 1865.
- Balzac, Adieu, drame historique, et Autre étude de femme (récit du général de Montriveau).
- Victor Hugo, première partie de L'Expiation, issu du recueil Les Châtiments.
- Patrick Rambaud, Il neigeait, roman historique.
- Armand Cabasson, Les Proies de l'officier, roman historique.
- Valéry Giscard d'Estaing, La Victoire de la Grande Armée, récit historique (histoire fiction), Perrin, 2001.
- Jasper Kent, Douze, Bragelonne, 2009, roman fantasy.
Cinéma
[modifier | modifier le code]- 1907 : L’Estafette de Louis Feuillade.
- 1910 :
- Un épisode de 1812 de Ferdinand Zecca et Camille de Morlhon.
- En temps de guerre (In tempo di guerra) de Società Italiana Cines.
- Napoléon en Russie (Napoleon v Rossij) de Vassili Gontcharov et Inna Makarova.
- 1911 : Roland le Grenadier. Retraite de Russie 1812 de Luigi Maggi.
- 1912 : 1812 de Vassili Gontcharov, Kai Hansen et Alexandre Ouralsky (film russe).
- 1915 : Guerre et Paix (Война и мир) de Yakov Protazanov et Vladimir Gardin, film russe muet.
- 1921 :Guerre et Paix de Joseph Kotolstov, film russe muet.
- 1944 : Koutouzov de Vladimir Petrov.
- 1956 : Guerre et Paix (War and Peace) de King Vidor avec Henry Fonda et Audrey Hepburn, film italo-américain condensant l'histoire.
- 1965-1967 : Guerre et Paix (Война и мир) de et avec Serge Bondartchouk et Ludmila Savelieva, adaptation russe en quatre époques. Filmé en 70 mm. Oscar du meilleur film étranger en 1968.
- 1975 : Guerre et Amour (Love and Death), film de Woody Allen avec Diane Keaton. Adaptation burlesque du roman.
- 2023 : Napoléon, film de Ridley Scott avec Joaquin Phoenix dans le rôle de Napoléon Bonaparte. La campagne de Russie est racontée.
Télévision
[modifier | modifier le code]- 1969 : Jean-Roch Coignet, mini-série télévisée en 7 épisodes.
- 1972 : Guerre et Paix, réalisé par John Davies avec Anthony Hopkins, adaptation par la BBC du roman de Tolstoï. Anthony Hopkins obtient la récompense du Meilleur Acteur BAFTA en 1972 pour son interprétation du rôle de Pierre Bézoukhov.
- 2000 : La Guerre et la Paix, captation de l'opéra de Prokofiev réalisée par François Roussillon avec Robert Brubaker (ca)[60].
- 2002 : Napoléon, adaptation télévisée en quatre épisodes de la vie de Napoléon Bonaparte réalisée par Yves Simoneau avec Christian Clavier dans le rôle de Napoléon Bonaparte. La campagne de Russie est racontée.
- 2007 : Guerre et Paix, adaptation télévisée en quatre épisodes, coproduite par sept pays européens, réalisée par Robert Dornhelm.
- 2016 : Guerre et Paix, adaptation en six épisodes par la BBC du roman de Tolstoï.
Musique
[modifier | modifier le code]- Ouverture solennelle 1812 composée par Piotr Ilitch Tchaïkovski en 1880 pour commémorer la victoire russe sur les armées napoléoniennes.
Opéra
[modifier | modifier le code]Théâtre
[modifier | modifier le code]- 2001 : le metteur en scène russe Piotr Fomenko fait une adaptation théâtrale des sept premiers chapitres de Guerre et Paix[61].
- 2014 : Guerre et Paix, adaptation pour théâtre de marionnettes, texte de Louis-Dominique Lavigne d'après Tolstoï, mise en scène Antoine Laprise, coproduction Le Théâtre du Sous-marin jaune et Le Théâtre de Quartier, au Théâtre de la Bordée à Québec[62].
Comédie musicale
[modifier | modifier le code]- 2012 : Natasha, Pierre & The Great Comet of 1812, adaptation d'une partie d'environ 70 pages du roman de Tolstoï, produite à Broadway en 2016 avec Josh Groban dans le rôle de Pierre et Denée Benton dans le rôle de Natasha. Une controverse fit clore le spectacle à Broadway le .
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ THE CAMPAIGN OF 1812 IN RUSSIA. TRANSLATED FROM THE GERMAN of GENERAL CARL VON CLAUSEWITZS. 92-94
- Thierry Lentz, Nouvelle histoire du Premier Empire, tome 2, 2004.
- ↑ Bogdanovich, History of Patriotic War 1812, Spt., 1859–1860, Appendix, pp. 492–503.
- ↑ Tradition magazine, hors série no 3, « La campagne de Russie (1812) », (p. 16).
- ↑ (en) Dominic Lieven, Russia against Napoleon. The battle for Europe 1807 to 1814, Londres, Penguin Books, , 618 p. (ISBN 978-0-14-194744-0).
- ↑ Oleg Sokolov, Le combat de deux empires : La Russie d'Alexandre Ier contre la France de Napoléon, Paris, Fayard, , 528 p. (ISBN 978-2-213-67076-8).
- ↑ Albert Vandal, Napoléon et Alexandre Ier. L'alliance russe sous le Premier Empire (1807-1812), t. 2, Paris, Plon, , p. 238.
- ↑ Nicola Todorov, La Grande Armée à la conquête de l'Angleterre. Le plan secret de Napoléon, Paris, Vendémiaire, , 295 p. (ISBN 978-2-36358-247-8), p. 205-2012.
- ↑ Nicola Todorov, La Grande Armée à la conquête de l'Angleterre. Le plan secret de Napoléon, Paris, Vendémiaire, , 295 p. (ISBN 978-2-36358-247-8), p. 97.
- ↑ . Le terme russe « guerre patriotique de 1812 » la distingue de la « grande guerre patriotique », qui désigne la résistance soviétique à l'invasion allemande durant la Seconde Guerre mondiale.
- Napoléon Bonaparte et Thierry Lentz (Fondation Napoléon) (dir.) (préf. Marie-Pierre Rey), Correspondance générale, vol. 12 : La campagne de Russie, 1812, Fayard, coll. « Divers Histoire » (lire en ligne), introduction.
- ↑ Marie-Pierre Rey (dir.) et Thierry Lentz (dir.), 1812 : la campagne de Russie, edi8, coll. « Synthèses historiques », , 380 p. (ISBN 978-2-262-04166-3, lire en ligne).
- ↑ Jean-Claude Damamme, Les soldats de la grande armée, Paris, Éditions Perrin, coll. « Tempus » (no 9), , 428 p. (ISBN 978-2-262-01862-7), p. 301.
- Jean-Claude Damamme, Les soldats de la grande armée, Paris, Éditions Perrin, coll. « Tempus » (no 9), , 428 p. (ISBN 978-2-262-01862-7), p. 401.
- ↑ De la planification à l’échec logistique de la première phase de la campagne de Russie au travers de la correspondance de Napoléon, octobre 1810-juillet 1812 par François Houdecek
- ↑ Evgueni Tarlé, L’invasion de la Russie par Napoléon en 1812, Paris, Payot, 1938, chap. VII–VIII.
- ↑ Mikhail Kazantsev (2021), « Smolensk: The Maneuvers of the Contending Parties before the Battle of 4–5 (16–17) August 1812 », Maneuvers, en ligne [1].
- ↑ Napoléon Ier 1868, p. 622.
- Chandler 1966, p. 860-862.
- ↑ Zamoyski 2004, p. 156–158.
- ↑ Kleßmann 1982, p. 94–95.
- ↑ Chandler 1966, p. 861.
- ↑ Correspondance de Napoléon, p. 31.
- ↑ Houdecek, F. (2024). De la planification à l’échec logistique de la première phase de la campagne de Russie au travers de la correspondance de Napoléon, octobre 1810-juillet 1812. Napoleonica. La Revue, 51(4), 167-193. https://shs.cairn.info/revue-napoleonica-la-revue-2024-4-page-167?lang=fr.
- ↑ Sabron, F.H.A. (1910) Geschiedenis van het 33ste Regiment Lichte Infanterie (Het OudHollandsche 3de Regiment Jagers), p. 35-42.
- ↑ Sabron 1910, p. 41-42.
- ↑ Zamoyski 2004, p. 162.
- ↑ Napoléon Ier 1868, p. 28.
- ↑ Zamoyski 2004, p. 123-124.
- ↑ Chandler 1966, p. 1112.
- ↑ Tulard 1989, p. 457.
- ↑ Mémoires du lieutenant-général comte de Löwenstern (Paris, 1903, p. 184-185) ; M. I. Bogdanovitch, Histoire de la campagne de Russie (vol. I), p. 310-312.
- ↑ Smolensk : les manœuvres des parties en présence avant la bataille des 4-5 (16-17) août 1812 par Mikhail Kazantsev
- ↑ J. Rickard, « Action at Inkovo, 8 August 1812 », History of War.
- ↑ Selon Ségur, Murat l’avertit de ne pas avancer sans concentration préalable, en raison de l’épuisement de la cavalerie (Ségur, Histoire…, 1824, ch. XII ; Thiers, t. XIV, p. 229-231).
- ↑ Thiers, Histoire du Consulat et de l’Empire, t. XIV, p. 234-236
- ↑ Chambray, Histoire de l’expédition de Russie (1823), t. I, p. 312-315
- ↑ Mikaberidze, The Burning of Moscow, p. 78-82
- ↑ Voenno-istoricheskii zhurnal, n° 7 (2012), p. 34-41.
- ↑ Jomini, Vie politique et militaire de Napoléon, t. IV, p.
- ↑ « La campagne de Russie », sur napopedia.fr, (consulté le ).
- ↑ Marie-Pierre Rey, « Campagne de Russie, campagne de France 1812-1814 », sur ehne.fr, (consulté le ).
- ↑ Voir Kleßmann, Napoleons Rußlandfeldzug in Augenzeugenberichten (dtv, 1982
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- ↑ Mais lire l’article Supercentenaire pour une analyse générale de ces longévités alléguées avant le XIXe siècle.
- ↑ « La Guerre et la Paix » (présentation de l'œuvre), sur l'Internet Movie Database
- ↑ Présentation de la pièce de Fomenko à Genève (2014).
- ↑ Philippe Couture, « Antoine Laprise / Guerre et paix : Pas peur de Tolstoï », sur Voir, (consulté le ).
Source
[modifier | modifier le code]Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, [détail de l’édition].
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
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Liens externes
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- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :
- Losses Suffered by the Grande Armée during the Russian Campaign (graph).