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Castrisme

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Le castrisme désigne la doctrine idéologique et la pratique politique du pouvoir socialiste cubain arrivé au pouvoir à la suite de la Révolution cubaine. Élaborée dans les années 60 par des universitaires cubano-américains radicalement critiques de Fidel Castro, cette notion n'est pas utilisée par ses soutiens qui préfèrent le terme de « Revolución » pour se référer à l'expérience politique et sociale du socialisme à Cuba[1].

Influences politiques du castrisme

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Fidel Castro à la Havane.

Initialement, le Mouvement du 26 Juillet, la révolution cubaine, et Castro n'étaient pas principalement marxistes ou marxistes-léninistes, et privilégiaient plutôt la constitution un large front de forces nationalistes progressistes pour combattre le féodalisme et l'impérialisme à Cuba.

Castro cite deux personnages historiques ayant influencé ses points de vue politiques : le révolutionnaire anti-impérialiste cubain José Martí et le sociologue et théoricien allemand Karl Marx[2],[3],[4]. Il cite également l'influence des écoles jésuites qu'il a fréquenté, ou il aurait été influencé par le phalangisme, variété espagnole du national-syndicalisme. Castro a également participé à Hispanidad, un mouvement qui critiquait les valeurs matérielles anglo-saxonnes et célébrait les valeurs morales de la culture espagnole et hispano-américaine[5],[6].

Outre la pensée personnelle de Castro, la théorie de Che Guevara et de Régis Debray a également eu une influence importante sur le castrisme[7],[8].

Fondements idéologiques

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Fidel Castro se proclame lui même socialiste et marxiste-léniniste à partir de 1961, mais la notion de castrisme permet d'éclairer les spécificités de la doctrine idéologique du pouvoir cubain par rapport au reste du camp socialiste[8],[9].

Le castrisme est ainsi compris dans les années 1960 et 1970 comme une variation tiers-mondiste du marxisme-léninisme qui met en avant la prise du pouvoir par la guérilla rurale plutôt que par la construction d'un parti de masse ou d'avant garde, et propose de construire socialisme et communisme simultanément. Le castrisme est aussi plus idéologiquement éclectique puisqu'il fait par belle au nationalisme cubain, à l'hispanité, à l'anti-impérialisme et à la « conscience révolutionnaire ». Castro est d'autre part critique de Joseph Staline, qui d'après lui « a commis de graves erreurs – tout le monde connaît son abus de pouvoir, la répression, et ses caractéristiques personnelles, le culte de la personnalité » et qui a fait l'erreur de « purger l'Armée rouge en raison de la désinformation nazie », ce qui a affaibli militairement l'Union soviétique à la veille de l'opération Barbarossa[10]. Il lui reconnait cependant « un mérite énorme en industrialisant le pays » et « en déplaçant l'industrie militaire en Sibérie », des choses qu'il considérait comme des « facteurs décisifs » dans la défaite du nazisme[10].

La dépendance économique de Cuba à l’URSS mène finalement à un réalignement idéologique plus orthodoxe à partir des années 70, ce qui a constitué un point de divergence entre les organisations castristes et Castro[1],[7],[11],[12].

Pratique du pouvoir

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La notion de castrisme permet également de distinguer des particularités de la pratique du pouvoir à Cuba. Fidel Castro, leader charismatique du parti est identifié comme le centre du pouvoir politique. Les cadres bureaucrates, les organisations de masses et les Forces armées révolutionnaires se font ensuite le relais de transmission du pouvoir et l'instrument du contrôle social et de l'organisation de la production. Enfin, les citoyens, appelés a participer au processus révolutionnaire, investissent et s'approprient les organisations sociales nées de la révolution, notamment, les Comités de défense de la révolution, actifs dans tous les espaces sociaux[1].

Références

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  1. a b et c Marie Laure Geoffray, « Castrisme », dans Dictionnaire politique de l’Amérique latine, Éditions de l’IHEAL, coll. « Colectivo », , 80–85 p. (ISBN 978-2-37154-185-6, lire en ligne)
  2. Jayatilleka 2007, p. 9.
  3. Castro et Ramonet 2009, p. 101–102.
  4. Castro et Ramonet 2009, p. 102.
  5. Jayatilleka 2007, p. 65.
  6. « Fidel Castro's Biography », ABC,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  7. a et b Ratliff 1976, p. viii.
  8. a et b Johnson, Walker et Gray 2014, Castroism, p. 69.
  9. Castro et Ramonet 2009, p. 157.
  10. a et b Castro et Ramonet 2009, p. 181.
  11. Castro et Ramonet 2009, p. 147.
  12. Johnson, Walker et Gray 2014, Castro, Fidel (1927– )., p. 67.