Chauffoir



Le chauffoir est une pièce présente dans de nombreuses abbayes médiévales, mais aussi, plus tard, dans des bâtiments collectifs comme les hospices, les prisons, ainsi que les théâtres.
C'était en général la seule pièce chauffée du bâtiment (si l'on excepte la cuisine), où les religieux et religieuses, ou les pensionnaires et les détenus, pouvaient venir se chauffer à certaines heures pendant l'hiver, tout en pratiquant des activités telles que la lecture, l'écriture, la méditation, la couture, etc.
Le chauffoir dans les abbayes et monastères
[modifier | modifier le code]Le chauffoir (calefactorium[1] dans les textes en latin) apparaît dans les abbayes européennes éloignées de la chaleur méditerranéenne au moins dès l'époque carolingienne, et sans doute auparavant ; on sait que saint Gervold, abbé de Saint-Wandrille de Fontenelle de 787 à 806, y fit reconstruire différentes parties de l'abbaye, dont le chauffoir, dont une première forme existait donc dès l'époque mérovingienne[2]. On trouve des chauffoirs sur le plan de Saint-Gall (début du IXe siècle).
Le chauffoir s'ouvrait sur le cloître de l'abbaye ; dans le plan classique d'une abbaye cistercienne, il donnait sur la galerie opposée à l'église abbatiale.
Dans les abbayes où l'on pratiquait la copie de manuscrits, le chauffoir est souvent proche du scriptorium avec lequel il partage sa chaleur ; parfois les deux se confondent. En effet, pour la qualité du manuscrit, il était important que les doigts ne soient pas engourdis par le froid ; il ne fallait pas non plus que l'encre gèle et la chaleur facilitait le séchage de l'encre sur le papier.
La chaleur était apportée par une ou plusieurs cheminées, selon la taille de l'abbaye et donc du chauffoir. Plus rarement, le chauffage se faisait par le sol, par un système d'hypocauste, ou bien grâce à un système de production et de circulation d'air chaud[3].
Le chauffoir dans d'autres bâtiments
[modifier | modifier le code]On peut trouver un ou plusieurs chauffoirs dans les hospices et hôpitaux. L'hôtel des Invalides en comporte huit.
La prison de La Force, à Paris, est modernisée à partir de 1780 et on y construit des chauffoirs[4]. Gérard de Nerval cite l'existence d'un chauffoir à la prison Sainte-Pélagie, où il a été enfermé un temps à l'automne 1831 pour tapage nocturne[5]. Les chauffoirs existent encore, au milieu du XXe siècle, dans certaines prisons, comme à Versailles[6].
Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, il y avait des salles publiques, ouvertes en hiver aux démunis, qui portaient le nom de chauffoir, comme le chauffoir de la place Saint-Séverin, à Liège. À Liège, l'Œuvre des chauffoirs publics est fondée en 1885 par Jean-Louis Heuvelmans, directeur de l'hôpital des Anglais[7].
-
Chauffoir de la place Saint-Séverin, à Liège.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Calefactorium 2. On trouve aussi en ce sens pyrale.
- ↑ L'abbaye a été fondée en 649. Voir Pascal Pradié éd., Chroniques des abbés de Fontenelle, Paris, Les Belles Lettres, 1999.
- ↑ Par exemple, à l'abbaye cistercienne de Doberan (Allemagne). (de) Tim Spiegel, Die mittelalterliche Luftheizung des Zisterzienser-Klosters Doberan im Kontext der Entwicklung der vormodernen Heiztechnik, Masterarbeit, Technische Universität Berlin, 2016 (en ligne).
- ↑ Prisons oubliées de Paris, actuParis.
- ↑ Gérard de Nerval, La Bohème galante, Paris, 1852, éd. de 1861 p. 169-170 (en ligne).
- ↑ Jocelyne Sauvard, Simone Veil. La force de la conviction, Paris, L’Archipel, 2012, p. 63.
- ↑ Florence Loriaux, « Vaincre le froid : le retour des chauffoirs publics (première partie : le 19e) », Carhiop, 2011 (en ligne).
- ↑ Cette gravure fait partie d'une série intitulée Refuges et asiles de nuit, ouvroirs et chauffoirs publics. Autre chauffoir public à Paris, au Champ de Mars, dans la Galerie des Arts libéraux, édifice construit pour l'Exposition universelle de 1889 et détruit seulement en 1897. Poirson, dessinateur, 1891. Paris, Musée Carnavalet, G37852.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Albert Lenoir, Architecture monastique, Paris, Imprimerie nationale, 1852 (en ligne).
- Lucien Bégule, L'abbaye de Fontenay et l'architecture cistercienne, Paris, A. Rey - H. Laurens, 1912, p. 43-45 (en ligne).
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]
- Comment les moines du Moyen Âge luttaient-ils contre le froid dans leurs monastères austères ?, par Gilles Gasper, université de Durham, Ouest-France, 5 février 2026.