Cheval des Marquises
Cheval des Marquises à Hiva Oa. | |
| Région d’origine | |
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| Région | |
| Caractéristiques | |
| Caractère | Doux |
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Le cheval des Marquises est une population de chevaux localement adaptée aux îles Marquises, en Polynésie française. Ces animaux sont probablement arrivés sur les îles au milieu du XIXe siècle, depuis le Chili. C'est un petit cheval léger, de type ibérique. Il est utilisé pour les déplacements et le travail dans des zones non-carrossables, leur usage ayant diminué avec la motorisation des transports. Ces chevaux portent aussi des touristes. La majorité des chevaux des Marquises vit à l'état semi-sauvage, bien qu'ils aient tous un propriétaire. On les trouve notamment sur les îles de Ua Huka, Nuku Hiva, Ua Pou, Tahuata et Hiva Oa. Ils ont été peints par Charles Alfred Le Moine et Paul Gauguin.
Histoire
[modifier | modifier le code]Il est aussi nommé « Marquisien »[1]. Une population est certainement arrivée au milieu du XIXe siècle, dans les années 1840, depuis le Chili[1],[2],[3], en particulier lorsque l'amiral Abel Bergasse Du Petit Thouars a fait don de chevaux au chef Iotete[4]. Ces animaux étaient probablement d'origine ibérique[1].
De nombreux autres chevaux sont apportés par monseigneur Dordillon à la fin du XIXe siècle[5]. Aux Marquises, ces chevaux vivent depuis principalement à l'état sauvage[1]. L'évolution des modes de vie entraîne des changements progressifs dans le rapport entre les humains et les chevaux[5]. Selon Marie-Pierre Cerveau, avant 1998, ces animaux étaient omniprésents dans tout le bourg de Taiohae, broutant sur les bas-côtés, et de nombreux habitants du bourg les montaient pour se rendre à leur travail[5]. Désormais, les gros véhicules motorisés ont remplacé les chevaux comme symboles d'aisance et de réussite sociale[5].
Description
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Le guide Delachaux considère qu'il s'agit d'une population de chevaux, et non réellement d'une race[1]. Il mesure de 1,40 à 1,45 m[1]. Le modèle est léger et relativement homogène[1], de type nettement ibérique[2]. Il est petit et robuste[6].
La tête a un profil rectiligne[7]. L'encolure est fine et longue, et portée haut[7]. Elle est parfois renversée (encolure de cerf)[1]. Le poitrail est étroit[1]. Le garrot est bien sorti[1]. La croupe est nettement inclinée[7]. Les membres sont fins[7].
Les crins sont fins, et plutôt courts[1].
Robes
[modifier | modifier le code]La robe peut être de toutes les couleurs possibles[8]. Elle est souvent baie sous toute nuance claire ou foncée, alezane, isabelle, ou plus rarement grise[1]. La raie de mulet est fréquente, de même que les marques blanches à la tête et aux membres[1]
Tempérament et entretien
[modifier | modifier le code]Ces chevaux sont connus pour leur caractère doux et peu craintif, et pour leurs pieds sûrs[1].
Utilisations
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Ces chevaux vivent habituellement à l'état sauvage, et sont capturés puis montés en fonction des besoins[1],[9]. Les Marquisiens les montent pour se rendre dans des lieux difficiles d'accès, pour la chasse ou pour le travail[5]. Les chevaux sont aussi montés par des touristes, surtout lors de l'escale mensuelle de l'Aranui[5]. Le cheval marquisien est utilisé pour le transport de denrées agricoles[3], notamment du coprah (pulpe de coco)[10] et du noni, ainsi que d'autres chargements lourds, sur les chemins non carrossables, en particulier dans la montagne[5],[11]. La perte d'un cheval peut être vécue comme un drame parmi les familles peu aisées, car cela rend le travail agricole beaucoup plus difficile[5].
Les jeunes de Hua Huka reçoivent traditionnellement un cheval à l'âge d'affirmer leur indépendance, et peuvent le dresser par exemple pour la chasse ou pour des courses[5]. L'équitation se pratique localement à cru, ou sur de petites selles sculptées en bois[5].
Pendant les fêtes du mois de juillet, des courses au galop sont organisées sur les plages[5].
Diffusion de l'élevage
[modifier | modifier le code]Les chevaux font désormais partie intégrante de la faune des îles Marquises[3]. Ils sont surtout présents sur l’île de Ua Huka, aussi appelée l’ile des chevaux, où leur élevage perdure[5] avec une centaine d'individus sur le plateau désertique aride[3]. Ils se promènent en toute liberté près de la piste de l'aéroport[5] désaffecté[12], ainsi que dans les vallées de Hane et de Hokatu.
Ils sont aussi présents en troupeaux sur l'île de Nuku Hiva, et en plus faibles nombres sur celle d'Ua Pou[5], dans la forêt luxuriante d'Hohoi. On en trouve aussi à l'état semi-sauvage sur l'île de Tahuata[9], où les conditions climatiques tropicales douces avec des précipitations faibles leur ont beaucoup profité[4]. Il en existe sur l'île d'Hiva Oa[13].
La population totale est d'environ 3 000 têtes en 2014[1], dont environ 1 500 sur Ua Huka en 2021[14]. Ces chevaux restent populaires parmi les jeunes générations, aussi ils ne sont pas menacés de disparition[1].
Dans la culture
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Sur l'île de Hua Huka, le cheval fait toujours partie de l'identité locale[5]. La possession d'un cheval est une source de fierté et une marque de richesse[5]. La richesse de leur propriétaire s'évalue traditionnellement au nombre de chevaux possédés, certains en ayant plusieurs dizaines[5].
Charles Alfred Le Moine, peintre des Marquises, a souvent représenté des bandes de chevaux sauvages dans les vallées[15],[16]. Paul Gauguin les a également peints[1] durant ses dernières années de vie, passées aux Marquises, de 1901 à 1903. On les retrouve en particulier sur les toiles Paysage avec un cheval ou Le Cheval sur le chemin[17].
Cette race de chevaux est citée dans le roman pour enfants Hina aux îles Marquises, écrit par Rosy Chabbert[18].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- Rousseau 2014, p. 528.
- Porter et al. 2016, p. 485.
- Tchékémian 2025, p. 197.
- « Les chevaux des Marquises, de nouveaux arrivants pleinement intégrés »
[html], sur Franceinfo, (consulté le ).
- Cerveau 2001, p. 124.
- ↑ Julien Girardot, « Les derniers cavaliers des Marquises », Animan, no 229, (lire en ligne
[html], consulté le ).
- Rousseau 2014, p. 528-529.
- ↑ Porter et al. 2016, p. 484.
- « Les chevaux des Marquises en Polynésie française », sur www.brut.media, (consulté le ).
- ↑ Marimari Kellum-Ottino, « Chapitre V. Le village actuel », dans Archéologie d’une vallée des îles Marquises, Société des Océanistes, , html (DOI doi.org/10.4000/books.sdo.355, lire en ligne
), p. 113-126.
- ↑ Les Derniers cavaliers du monde, B. Arthaud, (lire en ligne), p. 270.
- ↑ [vidéo] « VIDÉO – Avec les chevaux sauvages des Marquises »
, Aline Dargie, , Geo (consulté le ).
- ↑ « Ua Huka, l’île aux chevaux »
[html], sur FIFO 2026, (consulté le ).
- ↑ Emmanuel Deschamps et Paule Laudon, L'archipel des Marquises, Editions le Motu, (ISBN 978-2-9503971-3-3, lire en ligne), p. 57.
- ↑ Patrick O'Reilly, Peintres de Tahiti, Nouvelles Éditions Latines, (ISBN 2-7233-0049-8, lire en ligne), p. 15.
- ↑ Paule Laudon, Tahiti-Gauguin: mythe et vérités, A. Biro, (ISBN 978-2-87660-352-3, lire en ligne), p. 142.
- ↑ Rosy Chabbert, Hina aux îles Marquises, (Magnard) réédition numérique FeniXX, (ISBN 978-2-7016-0096-3, lire en ligne).
Annexes
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- [Cerveau 2001] Marie-Pierre Cerveau, Les îles Marquises: insularité et développement, Presses universitaires de Bordeaux, (ISBN 978-2-905081-43-8, lire en ligne)
- [Porter et al. 2016] (en) Valerie Porter, Lawrence Alderson, Stephen J. G. Hall et Dan Phillip Sponenberg, Mason's World Encyclopedia of Livestock Breeds and Breeding, CAB International, , 6e éd., 1 107 p. (ISBN 1-84593-466-0, OCLC 948839453), « Maremmano », p. 484.
- [Rousseau 2014] Élise Rousseau (ill. Yann Le Bris), Tous les chevaux du monde, Delachaux et Niestlé, , 544 p. (ISBN 2-603-01865-5), « Marquises », p. 528-529.
- [Tchékémian 2025] Anthony Tchékémian, L’agriculture tropicale en milieu insulaire entre tradition et innovation: Vers une autosuffisance des productions vivrières en Polynésie française, Presses universitaires des Antilles, (ISBN 979-10-95177-71-5, lire en ligne)