Cocoliztli
| Causes | Variole, fièvre hémorragique virale, Hantavirus (d) ou Salmonella enterica |
|---|
Le cocoliztli est le nom donné par les populations nahuas à une maladie contagieuse qui a causé des millions de morts en Nouvelle-Espagne au cours du XVIe siècle et jusqu'au XIXe siècle. Il s'agit probablement d'une fièvre paratyphoïde[1].
Entre l'arrivée des troupes d'Hernán Cortés en 1519 et 1600, la population indigène du Mexique est passée de 15 à 30 millions à 2 millions[2],[3]. Cet effondrement démographique est attribué principalement à une série d'épidémies de différentes maladies comme la variole, la rougeole et le cocoliztli[3],[4]. Alors que l'épidémie de variole 1519-1520 a causé la mort de 5 à 8 millions de personnes, on estime que les vagues épidémiques successives de cocoliztli seraient responsables de 60 à 70% des décès[3].
L'origine du cocoliztli est longtemps restée inconnue, les symptômes de la maladie s'apparentant à ceux de fièvres hémorragiques virales[5]. En 2018, le séquençage d'ADN ancien provenant de dix individus décédés pendant l'épidémie de cocoliztli de 1545–1550 sur le site de Teposcolula-Yucundaa a permis d'identifier dans ces échantillons le génome de la bactérie Salmonella enterica Paratyphi C[1]. Leur mort est donc probablement liée à une épidémie de paratyphoïde, même si les autres hypothèses n'ont pas encore été totalement exclues[4],[6].
Étymologie
[modifier | modifier le code]Dans la langue nahuatl, Cocoliztli signifiait à l'origine « maladie, mal, épidémie, peste »[4]. Jusqu'au XVIe siècle, il s'agissait d'un terme générique pour désigner les épidémies. Lorsque des vagues de fièvre épidémique « de cocoliztli » s'abattent sur les populations nahuas, le terme perd son sens générique originel pour désigner plus spécifiquement cette épidémie dévastatrice.
Épidémies
[modifier | modifier le code]
Quatre principales vagues épidémiques ont été identifiées par les historiens, en 1545, 1576, 1736 et 1813, même si d'autres flambées d'ampleur moindre ont sévi en 1559, 1566, 1587, 1592, 1601, 1604, 1606, 1613, 1624 et 1642[3]. Les sources historiques et archéologiques permettent d'évaluer l'ampleur de la mortalité des épidémies de 1545 et 1576 :
- l'épidémie de 1545 : 5 à 15 millions de morts
- l'épidémie de 1576 : environ 2 millions de morts
Notes et références
[modifier | modifier le code]- « Salmonella enterica genomes from victims of a major sixteenth-century epidemic in Mexico », 2018.
- ↑ Rodolfo Acuna-Soto, David W. Stahle, Malcolm K. Cleaveland et Matthew D. Therrell, « Megadrought and Megadeath in 16th Century Mexico », Emerging Infectious Diseases, vol. 8, no 4, , p. 360–362 (ISSN 1080-6040 et 1080-6059, PMID 11971767, PMCID 2730237, DOI 10.3201/eid0804.010175, lire en ligne, consulté le )
- (en) Rodofo Acuna-Soto, David W. Stahle, Matthew D. Therrell et Richard D. Griffin, « When half of the population died: the epidemic of hemorrhagic fevers of 1576 in Mexico », FEMS Microbiology Letters, vol. 240, no 1, , p. 1–5 (PMID 15500972, PMCID 7110390, DOI 10.1016/j.femsle.2004.09.011, lire en ligne, consulté le )
- « La fièvre typhoïde, fléau des Amériques ? », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ R Acuna-Soto, L C Romero et J H Maguire, « Large epidemics of hemorrhagic fevers in Mexico 1545-1815. », The American journal of tropical medicine and hygiene, vol. 62, no 6, , p. 733–739 (ISSN 0002-9637, DOI 10.4269/ajtmh.2000.62.733, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Noëlle Guillon, « Des salmonelles suspectées dans une épidémie mortelle chez les aztèques au XVIe siècle », Pour La Science, (lire en ligne)