Congrès de Carrare
| Congrès de Carrare | ||
| Date | 31 août - 5/9 septembre 1968 | |
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| Lieu | Carrare, Italie | |
Album du congrès de Carrare pris en photo par E. B-C. de L'Éphéméride anarchiste | ||
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Le congrès de Carrare, tenu du 31 août au dans la ville éponyme, est l'un des principaux congrès anarchistes du XXe siècle. Mené par les fédérations anarchistes de 31 pays - surtout européens - le congrès cherche à coordonner les anarchistes sur un plan international et fonde l'Internationale des fédérations anarchistes (IFA), l'une des principales organisations anarchistes à ce jour.
40 délégués et environ 120 participants assistent au congrès, qui se déroule dans la suite immédiate du printemps de Prague et de mai 68, des événements marquant la renaissance du mouvement anarchiste. De nombreux points y sont débattus et discutés, comme les systèmes économiques favorisés par les anarchistes, la manière de mener la révolution, les relations entre anarchistes et marxistes ou encore la réception de la Révolution cubaine. Les délégués décident que leur nouvelle organisation agira de concert avec l'Internationale anarcho-syndicaliste (AIT et CIT aujourd'hui) et que leurs actions seront coordonnées et complémentaires.
Malgré le fait que le congrès parvienne à fonder l'IFA, comme souhaité, il est aussi critiqué pour ses aspects légaliste, bureaucratique voire réformiste par de nombreux anarchistes, notamment car il ne donne la parole qu'à des délégués choisis préalablement par des fédérations anarchistes nationales et exclut les voix plus radicales. Le fait que le congrès soit très majoritairement composé d'anarchistes européens, alors que des fédérations anarchistes importantes non-européennes existent, est aussi un point de critique. Certains membres du congrès, comme Daniel Cohn Bendit, participent activement à invisibiliser les positions des anarchistes non-européens, par exemple lorsqu'il y relativise la répression des anarchistes cubains face à Domingo Rojas, délégué de la Fédération anarchiste du Mexique, bien que ses positions ne soient pas adoptées par le congrès.
Histoire
[modifier | modifier le code]Contexte
[modifier | modifier le code]Situation générale du mouvement anarchiste à l'aube du congrès de Carrare
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Le développement du capitalisme voit la formation de plusieurs idéologies et mouvements politiques qui lui sont opposés, en particulier l'anarchisme, le marxisme et le socialisme[1]. Les anarchistes défendent la lutte contre toutes formes de domination perçues comme injustes, parmi lesquelles on trouve la domination économique, avec le développement du capitalisme[2]. Ils sont particulièrement opposés à l'État, vu comme l'institution permettant d'entériner un bon nombre de ces dominations au travers de sa police, son armée et sa propagande[3]. De manière générale, les anarchistes cherchent à mettre en place des sociétés horizontales, égalitaires et fondées sur la libre association[4].
Pendant les années 1880, l'Internationale anti-autoritaire, une organisation fondatrice dans l'histoire anarchiste - qui rassemble une majeure partie d'entre eux et donne des fondements théoriques importants pour le mouvement - disparaît[1]. Elle laisse place à d'autres systèmes d'organisation chez les anarchistes, en particulier le compagnonnage et, plus tard, l'anarcho-syndicalisme[1].
À partir des années 1920 et ce jusqu'aux années 1940 environ, d'intenses débats parcourent les cercles anarchistes au sujet de leurs modes d'organisation[5]. Deux positions se distinguent et s'opposent ; d'une part, le plateformisme, promu par Nestor Makhno, soutient qu'il faudrait que les anarchistes se rassemblent dans une organisation à la ligne politique claire et restreinte ; de l'autre, le synthésisme, promu par Errico Malatesta ou Sébastien Faure, considère que pour unir toutes les tendances anarchistes dans une organisation, il faut qu'elle soit ouverte à toutes ces mouvances et les rassemble toutes de manière inclusive[5].
Dans le cadre de ces oppositions théoriques, et en réponse au réformisme de la CNT de la fin des années 1920, la première fédération anarchiste de ligne synthésiste, voit le jour : il s'agit de la Fédération anarchiste ibérique (FAI), fondée en 1927[6]. La Fédération anarchiste francophone (FAF) est fondée en 1937 et d'autres organisations similaires essaiment dans le monde, au Japon ou en Corée, par exemple[7],[8].
Prémices et préparatifs
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Alors que le mouvement anarchiste suit un déclin démographique tout au long du XXe siècle, du en partie à la montée du fascisme en Italie, du nazisme en Allemagne et des marxistes-léninistes en URSS, la situation évolue au début des années 1960[9]. Cette période voit en effet de nombreuses luttes sociales se conjuguer, comme l'opposition à la guerre d'Algérie puis du Vietnam, les luttes des droits civiques pour les Noirs aux USA, le début de différentes contre-cultures et plus généralement la critique sociale des États post-Seconde Guerre mondiale[9].
Carrare, en Italie, est une ville profondément liée à l'histoire anarchiste[9]. Depuis que Malatesta y a établi des groupes, des décennies plus tôt, le mouvement anarchiste s'y est développé ; si bien qu'en 1968, il est estimé que jusqu'à 90% de la population de la ville et la région l'environnant est alors anarchiste[9]. Elle sert donc naturellement de lieu de congrès privilégié pour la Fédération anarchiste italienne (FAIt), qui s'y réunit à plusieurs reprises[9]. En 1965, lors d'un de ses congrès nationaux organisés à Carrare, la FAIt décide de chercher un congrès international des fédérations anarchistes[9]. Elle envoie donc un délégué à Paris, Umberto Marzocchi, afin qu'il puisse estimer la possibilité pour la FAF - une autre fédération importante - de se joindre à la FAIt dans une telle initiative[9]. Les propositions qu'il porte reçoivent une réception très positive à Paris : en 1966, la FAF décide de mettre en place un comité international pour préparer le congrès[9]. Ils décident notamment que les intervenants au congrès seront les délégués de chaque fédération, ce qui leur semble pouvoir permettre d'éviter le sort du congrès de Londres de 1958, qui résulte en un échec dans le sens où peu de décisions concrètes y sont prises[9],[10].
Six anarchistes sont alors désignés pour faire partie de cette commission d'organisation ; pour la Fédération italienne, il s'agit de Marzocchi, pour la Fédération francophone, de Guy Malouvier[9]. Cette commission comporte aussi le belge Natalis, l’espagnol Palau y Ocaña, le Bulgare Balkanski, et du japonais Eguchi Kan[9]. Ils souhaitent organiser le congrès au plus vite, mais cette initiative est rendue plus difficile par l'arrivée de nouveaux mouvements sociaux - en 1968, surtout, les anarchistes en France sont une des forces principales de mai 1968, une série d'événements révolutionnaires dirigés à l'encontre de l'État français et du général de Gaulle[9].
Congrès de Carrare
[modifier | modifier le code]Participants
[modifier | modifier le code]Suite à mai 1968 et dans l'effervescence révolutionnaire qui touche alors les anarchistes en Europe, le congrès est organisé peu après, à la fin du mois d'août 1968[9]. Il rassemble 31 fédérations anarchistes dans le monde entier, dont la liste détaillée, donnée par l'historien Poor Peter, est la suivante[9] :
Anarchistes bulgares en exil, Fédération anarchiste ibérique (FAI), Mouvement anarchiste néerlandais, Fédération anarchiste italienne (FAIt), Fédération anarchiste francophone (FAF), Fédération anarchiste japonaise (FAJ), Mouvement libertaire brésilien, Mouvement libertaire cubain en exil, Fédération anarchiste mexicaine, Mouvement anarchiste allemand, Fédération libertaire argentine (FLA), Fédération des anarchistes australiens, Fédération anarchiste de Grande-Bretagne et d'Irlande (AF), Fédération anarchiste du Québec, Organisations libertaires du Pérou, Fédération des anarchistes de Nouvelle-Zélande, Mouvement anarchiste des États-Unis, Mouvement libertaire finlandais, Fédération des groupements libertaires du Chili, Fédération anarchiste de Chine (intérieure et en exil), Mouvement anarchiste colombien, Mouvement anarchiste grec, Fédération socialiste libertaire suisse, Mouvement anarchiste vietnamien, Mouvement anarchiste portugais, Fédération anarchiste du Jutland, Fédération anarchiste juive de New York, Mouvement anarchiste canadien, Mouvement anarchiste roumain, Mouvement anarchiste costaricain, Mouvement anarchiste panaméen et enfin le mouvement anarchiste guatémaltèque.
La plupart des organisations participant envoient entre 1 et 3 délégués chacune, mais les fédérations francophone et italienne sont surreprésentées en tant qu'organisatrices du congrès[9]. En plus des participants, effectifs, de nombreux observateurs, comme le Centre international de recherches sur l'anarchisme (CIRA) ou l'Internationale anarcho-syndicaliste (IWA-AIT), assistent au congrès[9]. Selon les chiffres officiels, 121 personnes au moins assistent au congrès, dont 40 délégués, 67 observateurs et 14 représentants de médias britanniques, français ou encore turcs[9].
Daniel Cohn-Bendit, qui est anarchiste à l'époque et auréolé du prestige de mai 1968, parvient à s'intégrer au congrès aussi : il est une sommité locale, le dirigeant de la police de Carrare, qui est communiste, venant même lui demander un autographe[9],[10].
Déroulé, débats et prises de position
[modifier | modifier le code]Fondation de l'Internationale des fédérations anarchistes (IFA)
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Le congrès fonde l'Internationale des fédérations anarchistes (IFA), une organisation rassemblant celles qui participent et destinée à coordonner l'action et les perspectives des différentes fédérations anarchistes participant au congrès[11]. Federica Montseny, déléguée de la FAI, est une forte partisane de cette fondation et fait des discours en faveur de celle-ci au congrès[11]. Cette organisation est perçue dès le départ comme devant se coordonner avec l'Internationale anarcho-syndicaliste (AIT et CIT aujourd'hui) pour ses actions, et de mener des actions en soutien du mouvement anarcho-syndicaliste[11].
Positionnement économique
[modifier | modifier le code]Le congrès s'ouvre par une déclaration des délégués - dans la sienne, Miguel Cavallier, représentant la FAI, soutient que les anarchistes doivent lutter contre le capitalisme et contre les structures économiques marxistes-léninistes, qui perpétueraient l'exploitation. Il propose que le fondement de tout système économique anarchiste soit « la liberté et le bien-être de chaque être humain, dans une atmosphère d’égalité sociale et de solidarité humaine »[11]. Sa déclaration est inspirée par le système économique mené par la CNT-FAI pendant la révolution sociale espagnole mais il considère que tout système économique se situant au dehors du capitalisme, de l'oppression, de la propriété privée et destiné à l'égalité, est intéressant. Cavallier soutient que, puisqu'il est probable que la révolution anarchiste n'arrivera pas de manière simultanée dans chaque endroit, les anarchistes soient prêts à utiliser des formes économiques transitoires ou appelées à être améliorées[11].
Sa déclaration reçoit l'approbation de l'unanimité des délégués[11].
Organisation ou spontanéité des luttes
[modifier | modifier le code]Des débats se font entendre dans le congrès au sujet du choix à prendre entre la création d'organisations légales comme les fédérations anarchistes, ou plutôt s'il faudrait préférer la spontanéité révolutionnaire[11]. Cohn-Bendit et Montseny s'opposent sur cette question, le premier soutenant qu'il faudrait mener la révolution au plus vite, en s'appuyant sur la spontanéité révolutionnaire, tandis que Montseny préfère la création d'organisations permettant de faire de la propagande et toucher un plus grand nombre de personnes[11]. Elle déclare que, plus jeune, elle aurait aussi défendu les positions de Cohn-Bendit, pendant la révolution espagnole, mais que son expérience lui montrerait que l'autre choix serait meilleur[11].

En réalité, Montseny est alors très critiquée par une partie significative du mouvement anarchiste espagnol pour ses positions qualifiées d'immobilistes voire de réformistes[11]. Il s'agit probablement pour elle de soutenir sa position au congrès afin de l'affirmer ensuite en Espagne[11].
Débats au sujet de la révolution cubaine et des marxistes
[modifier | modifier le code]Le congrès se divise aussi au sujet de la révolution cubaine et des relations à avoir avec les marxistes[11]. Domingo Rojas, délégué de la Fédération anarchiste du Mexique (FAMex), est alors en contact avec de nombreux anarchistes cubains qui sont emprisonnés, exilés ou tués par la dictature de Fidel Castro[11]. Il se considère donc comme représentant des anarchistes cubains et adopte une position très négative à l'égard de la révolution cubaine, marquée par la répression importante que ce régime fait peser sur les anarchistes qu'il connaît[11].
Cette position, partagée par la plupart des membres du congrès, qui finissent par l'adopter, est ardemment combattue par Cohn-Bendit, qui soutient que la révolution cubaine serait tout de même positive au regard du coup qu'elle aurait porté aux États-Unis[11]. Il défend de manière malhonnête, selon l'historien Poor Peter, le fait que les anarchistes seraient autant persécutés en Europe occidentale qu'à Cuba à cette période[11]. De manière générale, il participe donc, au sein du congrès, à invisibiliser les revendications des anarchistes cubains, déjà sous-représentés par rapport aux Fédérations anarchistes européennes[11].
Postérité
[modifier | modifier le code]Influence
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Le congrès de Carrare de 1968 fonde l'Internationale des fédérations anarchistes (IFA), une des principales organisations anarchistes de l'anarchisme contemporain[9]. Selon Poor Peter, il s'agit d'un des congrès anarchistes les plus importants du XXe siècle[9].
Critiques et limites
[modifier | modifier le code]Le congrès est aussi très critiqué par de nombreux anarchistes[11]. Cette réunion, qui se veut internationale, rassemble principalement des anarchistes européens et les fédérations anarchistes non européennes sont sous-représentées et leurs opinions invisibilisées[11]. Cette critique se trouve y compris chez certains délégués non-européens, comme Osawa Masamichi, délégué de la Fédération anarchiste du Japon, qui déclare[11]:
Camarades, je dois avouer ma déception : à part trois camarades japonais, il n’y a ici que des Blancs. Comme vous le savez, l’Europe n’est pas le seul centre de la révolution mondiale : l’Asie, l’Afrique, l’Amérique latine produisent de nouvelles forces qui influencent profondément le processus révolutionnaire.
Le fait que le congrès s'inscrive dans une voie légaliste est aussi très critiqué par de nombreux anarchistes : dès le premier jour, Stuart Christie, délégué anglais, quitte le congrès et organise le congrès de la Rue[11]. Ce congrès, tenu à Carrare et où il invite tout anarchiste à parler et intervenir, et pas uniquement des délégués de fédérations nationales, est aussi un congrès important du mouvement anarchiste, menant à l'internationalisation de l'Anarchist Black Cross, qu'il perçoit comme une organisation présentant des perspectives révolutionnaires et anarchistes plus intéressantes et sérieuses[11].
Octavi Alberola et Ariane Gransac, deux anarchistes membres du Grupo primero de mayo (en), responsable de plusieurs attentats contre la dictature franquiste, critiquent aussi cet aspect bureaucratique et légaliste voire réformiste du congrès[11]. Selon eux, la renaissance de l'anarchisme à partir des années 1960 serait due aux actions de groupes anarchistes agissant par l'action directe et la propagande par le fait, et non pas à ces poussées « immobilistes, réformistes et bureaucratiques » - le fait que les non-délégués, souvent plus jeunes et radicaux, ne puissent pas réellement parler et se faire entendre au congrès, les choque profondément[11].
De manière générale, bien qu'il s'agisse d'un congrès important du mouvement anarchiste, il échoue sur de nombreux points à mettre en place son Internationale, critiquée dès le départ et loin de faire l'unanimité[11]. Poor Peter déclare que[11] :
En somme, le congrès anarchiste international de Carrare, organisé en août-septembre 1968 après plusieurs années de préparation, n’a répondu qu’en partie et de manière ambivalente aux attentes placées en lui. Bien que sa tenue ait été le fruit d’une coordination internationale large et concertée, la participation réelle s’est révélée plus limitée et unilatérale que prévu, tant sur le plan national que sur le plan organisationnel. [...] Si le congrès a adopté à l’unanimité le programme économique présenté par la délégation de la FAI espagnole, ce dernier n’était pas véritablement novateur : il répétait en partie les idées des classiques du XIXe siècle et s’appuyait sur les expériences de la révolution espagnole, parfois de manière peu critique. Dans le contexte objectif de l’époque et au regard de l’état réel du mouvement, ce programme ne pouvait être mis en œuvre, même partiellement, dans un avenir proche. [...] Les efforts déployés pour créer une nouvelle internationale anarchiste ont été indéniablement impressionnants, et la naissance de l’IAF/IFA a suscité de nombreux espoirs, en facilitant la coordination et la coopération entre organisations, surtout en Europe occidentale. [...] [Le rejet des mouvances radicales] réduisit considérablement le potentiel d’action réel de l’Internationale, tout en condamnant les radicaux à agir seuls, avec des ressources matérielles limitées et un soutien organisationnel faible. Les événements ne firent que renforcer leur conviction que les structures officielles du mouvement, qui se prétendaient légitimes, devaient être ignorées, et que la voie à suivre était celle de la coordination informelle entre groupes radicaux, anarchistes ou non, autour d’objectifs concrets, sans attendre de structures permanentes ou formelles.
Références
[modifier | modifier le code]- Berthier 2015, p. III.
- ↑ Jourdain 2013, p. 13-15.
- ↑ Ward 2004, p. 26-33.
- ↑ Baker 2023, p. 78.
- Avrich 1971, p. 241-242.
- ↑ Schmidt 2013, p. 65-66.
- ↑ van der Walt et Schmidt 2009, p. 246.
- ↑ Schmidt 2013, p. 89-90.
- Peter 2025, p. 112-120.
- « Dossier 68 : Rolf Dupuy et Guy Malouvier : « Chacun de ces mots comptait : organisation ; révolutionnaire ; anarchiste » », sur Union communiste libertaire (francophone) (consulté le )
- Peter 2025, p. 118-135.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Paul Avrich, The Russian Anarchists, Princeton, Princeton: Princeton University Press, (ISBN 0-691-00766-7)
- Zoe Baker, Means and Ends: The Revolutionary Practice of Anarchism in Europe and the United States, Edinbourg, AK Press, (ISBN 978-1-84935-498-1)
- René Berthier, La fin de la première Internationale, Paris, Monde Libertaire, (ISBN 978-2915514636)
- Édouard Jourdain, L'anarchisme, Paris, La Découverte, (ISBN 978-2-7071-9091-8)
- Poor Peter, Az 1968-as carrarai nemzetközi anarchista kongresszus és az Anarchista Föderációk Internacionáléjának születése [« Le congrès anarchiste international de Carrare de 1968 et la naissance de l'Internationale des Fédérations Anarchistes »], Hongrie, Aetas, , 27 p. (DOI 10.14232/aetas.2025.2.112-138, lire en ligne)
- Lucien van der Walt et Michael Schmidt, Black Flame: The Revolutionary Class Politics of Anarchism and Syndicalism, Edinbourg, AK Press, (OCLC 1100238201, LCCN 2006933558)
- Michael Schmidt, Cartography of Revolutionary Anarchism, Edinbourg, AK Press, (OCLC 881111188)
- (en) Colin Ward, Anarchism: A Very Short Introduction, Oxford, Oxford University Press (OUP),