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Constantin VIII

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Constantin VIII
Empereur byzantin
Image illustrative de l’article Constantin VIII
Basile II à gauche et Constantin VIII à droite représentés sur un manuscrit d'exultet retrouvé à Bari[note 1],[1],[2].
Règne
Co-empereur : 962 -
Empereur : -
2 ans, 10 mois et 27 jours
Période Macédonienne
Précédé par Basile II
Co-empereur Romain II (962-963)
Basile II (962-1025)
Nicéphore II Phocas (963-969)
Jean Ier Tzimiskès (969-976)
Suivi de Zoé Porphyrogénète
Romain III Argyre
Biographie
Naissance vers 960
(probablement Didymotique ou Constantinople)
Décès (~68 ans)
(Constantinople)
Père Romain II
Mère Théophano Anastaso
Épouse Hélène
Descendance Eudoxie
Zoé Porphyrogénète
Théodora Porphyrogénète

Constantin VIII[note 2] (en grec : Κωνσταντίνος Ηʹ), né vers 960 et mort probablement le , est co-empereur byzantin de 962 à 1025 et seul empereur de 1025 à 1028, frère de Basile II et fils de Romain II et de Théophano Anastaso. Il se marie avec Hélène, fille d'un certain Alype, avec qui il a trois filles.

Dernier représentant de la dynastie macédonienne, qui gouverne l'Empire depuis le milieu du IXe siècle, il a parmi les chroniqueurs contemporains une piètre image, que des historiens modernes se sont efforcés de corriger ou de relativiser. S'il règne conjointement avec son frère Basile, il est alors complètement absent des décisions et s'adonne à toutes sortes de plaisirs et divertissements. Lors de son court règne de 1025 à 1028, il se repose beaucoup sur ses conseillers, dont d'influents eunuques, et il n'hésite pas à réprimer avec une grande sévérité toute manifestation d'hostilité ou de rébellion à l'encontre de son pouvoir.

S'il peut capitaliser sur les accomplissements de son frère, qui ont porté l'Empire à son apogée médiéval, il doit faire face à l'extinction à venir de sa lignée, faute de descendants mâles. Dans les derniers jours de son existence, il s'assure de pérenniser sa dynastie en mariant sa fille Zoé Porphyrogénète à un aristocrate, Romain Argyre. C'est le début de l'ère des princes-époux, pendant laquelle la légitimité s'acquiert par l'union à l'une des deux dernières descendantes de la puissante famille macédonienne, Zoé et sa sœur Théodora Porphyrogénète.

Les sources qui permettent d'appréhender le règne de Constantin dépendent principalement de deux chroniqueurs byzantins : Michel Psellos et Jean Skylitzès. L'un et l'autre sont des figures intellectuelles majeures de leur temps et sont quasi-contemporains des événements qu'ils décrivent. En revanche, ils se distinguent par un biais fortement hostile à Constantin, voire carrément insultant. Ralph-Johannes Lilie a notamment mis en évidence les descriptions croisées de Constantin et de son frère Basile chez Psellos. Si Basile est mis en valeur comme modèle du bon empereur, son frère est rabaissé et sert d'opposé. En cela, l'historien allemand considère qu'il s'agit d'une construction littéraire qui influence le récit historique au risque de dénaturer ce dernier[3]. Chez Skylitzès comme Psellos, Constantin devient irresponsable, cruel et incapable de gouverner alors que Basile II incarne une forme de moine-soldat, dévoué à la cause de l'Empire et qui a su évoluer face aux épreuves qu'il a traversées, à la différence de son frère, resté dans la jouissance des plaisirs de l'existence. Psellos lui reproche ainsi de dilapider le trésor de son frère ou d'acheter la paix avec les voisins de l'Empire, sans oublier sa cruauté particulièrement affirmée[4]. De ce fait, d'autres sources doivent être mobilisées pour apporter un éclairage différent, comme le récit d'Aristakès Lastivertsi ou plus encore celui de Yahya d'Antioche, contemporain du règne de Constantin mais qui vit dans le califat fatimide. Son récit comprend des éléments absents des écrits byzantins ou bien les précise sur certains points ou encore s'en différencie sur d'autres[5].

Ces jugements souvent dépréciatifs ont eu une influence forte sur les historiens modernes, même si certains se distancient des avis des chroniqueurs byzantins. Georg Ostrogorsky fait de son règne le début du déclin de l'Empire byzantin après la phase expansionniste conclue par son frère. Celui qui « s'est tenu passivement aux côtés de son frère en qualité de co-empereur […] représentera plutôt l'État qu'il ne le dirigera », insistant sur son goût des loisirs et des banquets[6]. Il reprend en cela le constat déjà émis par l'historien du XVIIIe siècle Edward Gibbon, qui écrit que Constantin jouit plus des plaisirs de la royauté qu'il ne prend effectivement le pouvoir, se contentant d'organiser péniblement et imparfaitement sa succession[7]. Louis Bréhier est tout aussi sévère quand il dit qu'il « était d’ailleurs dur et cruel, accueillant toutes les calomnies sans discernement et punissant les fautes vénielles de l’ablation des yeux : il avait la violence des faibles et des poltrons »[8].

Parmi les avis moins défavorables à Constantin, Michael Angold souligne sa loyauté à l'égard de son grand frère[9]. Cherchant à tempérer cette vision d'un Constantin peu efficace dans l'exercice du gouvernement, Anthony Kaldellis se montre plus bienveillant. Il estime qu'il n'est pas un mauvais empereur en dépit d'une cruauté dont il est difficile de juger si elle pouvait se justifier ou non, tandis que sa diplomatie est plutôt prudente. En revanche, à l'instar de Catherine Holmes[10], il concède que sa méthode de gouvernement inaugure des pratiques aux conséquences dommageables pour l'Empire. Résidant exclusivement à Constantinople, Constantin s'appuie surtout sur des courtisans proches de lui, notamment des eunuques, alors que les officiers postés aux frontières, qui font face aux forces qui menacent l'Empire, sont en quelque sorte éloignés des cercles du pouvoir, au risque pour Constantin de se les aliéner[11].

Origines et règnes conjoints

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Pièce d'or représentant deux empereurs.
Basile II et Constantin VIII sur un nomisma (Musée d'Art et d'Histoire Paul-Éluard).

Constantin VIII naît en 960 ou 961. Selon les différentes sources byzantines, il vient au monde peu après le couronnement comme coempereur de son frère aîné Basile en avril 960[12]. Sa mère est l'impératrice Théophano Anastaso, peut-être d'origine modeste puisqu'il est dit par Skylitzès que son père est simple tavernier, même si des historiens postulent qu'elle est en réalité d'extraction noble[13]. Réputée pour sa beauté, elle aurait séduit Romain II (r. 959-963), lui-même fils de l'empereur Constantin VII (r. 913-959) et héritier de la prestigieuse dynastie macédonienne, qui dirige l'Empire byzantin depuis la prise du pouvoir par Basile Ier en 867. Constantin VIII a un frère aîné, le futur Basile II, né vers 958, ainsi qu'une potentielle sœur aînée, Hélène, née en 955 et une plus jeune soeur, Anna Porphyrogénète[14]. Selon une pratique courante dans le monde politique byzantin et pour anticiper la succession, tant Basile que Constantin sont couronnés comme coempereurs du vivant de leur père. Concernant Constantin, sur la base notamment de différents documents administratifs italiens, il est possible de situer la date au 30 mars 962, soit le jour de Pâques, la même date à laquelle son frère et son père ont été couronnés[12]. Finalement, Romain II meurt au début de l'année 963. Ses deux fils sont mineurs au moment de la succession[15].

Un coempereur discret (962-1025)

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Comme son frère Basile II, il agit sous plusieurs régences et d'abord celle de sa mère Théophano. Celle-ci épouse alors le général Nicéphore II Phocas, qui devient empereur de 963 à 969 sans remettre en cause le droit au trône des deux enfants. Il est renversé en 969 par son ancien compagnon d'armes Jean Ier Tzimiskès, qui règne de 969 à sa mort en 976, là encore sans renier la légitimité de Basile ou de Constantin, toujours mineurs. Des historiens ont d'ailleurs mis en évidence cette particularité des empereurs macédoniens de parfois régner en titre, incarnant une légitimité symbolique plus qu'un pouvoir politique[16]. Constantin ne prend donc réellement le pouvoir avec son frère qu'en 976. Cependant, c'est bien Basile II qui exerce pleinement la fonction impériale, et le rôle de Constantin est tout à fait méconnu durant la longue période qui court jusqu'en 1025[17]. Les sources byzantines tendent à réduire son rôle, à la différence de Yahya d'Antioche par exemple qui mentionne sa présence lors de la bataille d'Abydos en 989 qui met un terme à la rébellion de Bardas Phocas le Jeune. Peu après, toujours selon l'historien arabe, il sert d'intermédiaire dans les négociations entre son frère Basile II et un autre rebelle, Bardas Sklèros. Michel Psellos mentionne bien sa présence active lors de la bataille d'Abydos mais en profite pour souligner son arrogance supposée, car, alors à l'avant-garde, il se serait vanté d'avoir tué Bardas Phocas[18]. Il semble avoir pris part à la campagne de son frère en Orient en 995 selon les sources orientales, ayant même proposé d'attaquer Alep, ce que Basile II aurait refusé[19],[20]. De même, ses relations avec Basile sont inconnues, mais il ne paraît pas être associé aux décisions[21]. Selon Michel Psellos, Basile II en fait un personnage purement décoratif à qui il alloue quelques gardes pour sa protection. Il est significatif qu'il n'apparaisse pas dans la description de la cour impériale par un ambassadeur arabe[22]. Si cette absence de rôle concret lui est parfois reprochée comme l'illustration de son désintérêt pour la chose publique, Ralph-Johannes Lilie rappelle qu'il s'agit d'une norme dans l'Empire byzantin, où le coempereur est souvent réduit à un rôle purement symbolique[23].

Quand son frère est sur son lit de mort en 1025, il est alors à l'extérieur de Constantinople et des émissaires sont envoyés le chercher, apparemment non sans réticence de la part de conseillers impériaux qui ne lui vouent aucune affection[24],[19].

Politique intérieure

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Portrait d'un empereur âgé sur la page d'un manuscrit.
Constantin VIII représenté dans un manuscrit du XVe siècle, le Mutinensis gr. 122.

L'entourage

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Enluminure byzantine représentant la nomination d'un homme barbu comme patriarche, dans le haut de l'image, par un empereur devant sa cour, en bas.
La nomination d'Alexis Studite comme patriarche dans la chronique de Skylitzès de Madrid (Bibliothèque nationale d'Espagne).

L'analyse de la personnalité de Constantin a largement souffert des commentaires dépréciateurs de ses contemporains. Tant Michel Psellos que Jean Skylitzès le critiquent ouvertement et affirment qu'il ne trouve de passion que dans les courses de chevaux, le jeu ou la chasse[1],[note 3]. Il est réputé grand et fort et est généralement dépeint avec une longue barbe sur les quelques portraits connus de lui, en particulier sur les pièces de monnaie[25]. Il est atteint de la goutte quand il devient seul empereur à 66 ans[19]. Plus largement, les chroniqueurs mettent parfois en évidence la détérioration physique, voire mentale, de Constantin. Jean Zonaras estime que cela vient d'une maladie, tandis qu'Éphrem écrit qu'il est torturé par la sénilité et la maladie[26].

Dans le cadre de son gouvernement, l'empereur s'appuie beaucoup sur des eunuques, une pratique courante dans le monde byzantin car ils ne peuvent prétendre à la fonction impériale mais que Sklylitzès, par exemple, lui reproche vertement[27]. Plusieurs sont nommés à d'importants postes militaires[28], dont le parakimomène Nicolas, qui devient le premier eunuque à détenir le poste de Domestique des Scholes[29], tandis que Syméon devient drongaire de la garde et Nicétas de Pisidie duc d'Ibérie[27]. Michel Psellos souligne que si Constantin manque de générosité, une qualité souvent jugée indispensable pour un bon empereur, il fait exception au bénéfice des eunuques, pour lesquels il « amassait l'or comme si c'était du sable »[CH 1]. Ainsi, Constantin VIII, apparemment peu attiré par la chose publique, délègue une grande partie de sa charge. S'il s'appuie beaucoup sur les eunuques, il garde également sa confiance à des hommes promus par son frère[30].

Cette méthode de gouvernement qui consiste à s'appuyer sur les courtisans proches de l'empereur qui résident à la cour de Constantinople a amené des historiens comme Georg Ostrogorsky à opposer une aristocratie civile à une aristocratie militaire, incarnée par des généraux aux frontières, aux intérêts divergents[31]. Cette dichotomie est généralement grandement relativisée aujourd'hui, mais l'opposition de partis aristocratiques tend à s'accroître à la fin de la dynastie macédonienne[CH 2].

Entre conspirations et répressions

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Si Constantin se voit souvent reprocher son désintérêt de la chose publique, il est connu pour sa sévérité face à toute opposition. Il n'hésite pas à user de châtiments comme l'aveuglement, courants dans le monde politique byzantin. L'un de ses premiers actes de gouvernement semble ainsi de congédier et faire aveugler Constantin Bourtzès, un conseiller de Basile II qu'il aurait soupçonné soit de complot, soit de saper son autorité[CH 3]. Jean Skylitzès le crédite par ailleurs d'avoir fait aveugler le dernier Phocas connu, petit-fils de Bardas Phocas, une puissante famille au Xe siècle qui revendique l'Empire et qui disparaît de la scène politique byzantine à la suite d'une répression politique entamée sous Basile[CH 4]. L'événement semble intervenir en 1026[CH 5]. De même, Basile Sklèros, un autre membre d'une famille influente, est au moins partiellement aveuglé sur ordre de Constantin. L'origine de cette condamnation, incertaine, viendrait d'un conflit qui l'opposerait à Pressiyan. L'empereur aurait décidé de les bannir tous les deux, mais Basile Sklèros aurait tenté d'échapper à son sort[CH 6],[32]. Enfin, une conspiration incluant des officiers de la famille des Kourkouas, des Goudélès, des Glabas, ainsi qu'un aristocrate bulgare dénommé Bogdanos, est démasquée, apparemment vers la fin du règne de Constantin. Ses membres sont tous punis d'aveuglement[CH 7].

En contrepoint de cette énumération de répressions, les sources extérieures à l'Empire, en particulier celles d'Orient, sont plus favorables à l'égard de Constantin et affirment qu'il libère des prisonniers en 1025, une pratique courante pour un empereur au moment de son arrivée au pouvoir. Néanmoins, il ne fait preuve d'aucune clémence particulière envers les opposants arrêtés par son frère. Aucun ne bénéficie d'une amnistie[33]. Dans l'ensemble, la partialité des sources byzantines à l'encontre de Constantin complique l'interprétation de ces mesures répressives. Dans le récit de Psellos, elles apparaissent comme autant de manifestations d'une cruauté gratuite, mais le croisement avec les écrits de Sklylitzès et Yahya d'Antioche fait apparaître que des contestations réelles du pouvoir de Constantin interviennent sous son règne et peuvent expliquer les réactions de l'empereur[34].

Carte de l'Empire byzantin en 1025.
L'Empire byzantin vers 1025, alors à l'apogée de sa puissance depuis le VIIe siècle.

Avec le soutien du patriarche Alexis Studite, qu'il fait nommer à son arrivée sur le trône, et des principaux évêques, Constantin passe une loi qui punit d'excommunication tout individu qui comploterait contre le trône ou se rendrait complice d'une conspiration[CH 8]. Cet usage de la religion a des fins politiques a suscité des réserves parmi une partie du clergé byzantin[30].

Politique fiscale

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Possiblement influencé par l'aristocratie, Constantin aurait songé à supprimer l’allèlengyon, une mesure fiscale défavorable aux plus fortunés prise par son frère, mais il serait possiblement mort trop tôt pour aller au bout de son ambition[1]. Plus précisément, Yahya d'Antioche le crédite d'avoir renoncé à certaines taxes foncières liées à des terres abandonnées alors que sous la législation de Basile II, les plus riches propriétaires sont responsables de tels arriérés d'impôts souvent liés à l'impécuniosité d'un contribuable plus pauvre. Néanmoins, Jean Skylitzès attribue à Romain III la décision d'abroger formellement l’allèlengyon. Le débat reste ouvert et Anthony Kaldellis par exemple est favorable à l'interprétation de Yahya. À rebours de cette position, Constantin se serait rendu coupable d'une certaine rigueur fiscale en revenant sur une décision de Basile II d'une remise d'impôts sur deux années pleines et aurait collecté pour cinq ans de taxes sur ses trois seules années de règne[33]. Cette mesure explique et alimente une certaine fatigue fiscale au sein de la population byzantine, dans un contexte de sévère sécheresse[35],[36].

La sévérité de la répression de Constantin VIII trouve ainsi également à s'illustrer quand les habitants de Naupacte se soulèvent puis tuent leur gouverneur, perçu comme despotique. Il faut probablement aussi y voir une révolte fiscale. L'empereur réagit en faisant aveugler plusieurs meneurs, y compris l'évêque de la ville[37],[CH 9].

Longtemps dans l'ombre de son frère, Constantin VIII n'en apparaît pas moins régulièrement à ses côtés sur des pièces de monnaie, même si seul Basile porte le loros, vêtement impérial[38]. De même, plusieurs types de miliarésions les représentent conjointement[39]. Surtout, la numismatique a référencé plusieurs pièces qui relèvent de son seul règne, même si certaines ont désormais été réattribuées plutôt à Constantin IX. Concernant les monnaies en or, un type d’histaménon est connu, ainsi que deux types de tétartéron. Il est possible de supposer que le deuxième type a été conçu dans le but de mieux distinguer l’histaménon du tétartéron. Sur le premier, l'empereur est associé au Christ pantocrator et il est vêtu du loros, portant le labarum surmonté d'une croix et l’akakia, symboles traditionnels du pouvoir[40]. Concernant le deuxième type de tétartéron, l'orbe crucigère remplace le labarum[41]. Aucune monnaie d'argent n'a été retrouvée du règne seul de Constantin malgré quelques monnaies mal identifiées et, de même, aucune pièce de cuivre ne lui est rattachable, probablement car les ateliers monétaires poursuivent la pratique qui a cours sous Basile II, avec la frappe de pièces sans représentation impériale[42].

Il faut également souligner le cas de certaines monnaies d'or représentant conjointement Constantin et Basile et qui ont pu, notamment dans le contexte italien, faire l'objet d'une attention particulière de la part des populations locales. Lucia Travaini a ainsi mis en évidence qu'elles désignaient sous le nom de santalene des pièces qu'elles associent à Constantin le Grand et à sa mère Hélène. Les habitants de la péninsule auraient confondu Basile avec Constantin et pris Constantin VIII, représenté sous des traits juvéniles et imberbes, pour Hélène, ce qui expliquerait que ces pièces aient fait l'objet d'une dévotion particulière, voire aient été retrouvées de manière isolée dans certains trésors monétaires parmi d'autres pièces en bien plus grand nombre, ce qui pourrait montrer qu'elles sont conservées pour des raisons autres que leur seule valeur faciale[43].

Politique étrangère

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Page d'un manuscrit avec un dessin représentant l'aveuglement d'un homme.
Constantin ordonne l'aveuglement de Nicéphore Comnène, miniature de la chronique de Skylitzès de Madrid (Bibliothèque nationale d'Espagne).

Le règne court de Constantin est marqué par une certaine stabilité des frontières, qui ont été notablement étendues par ses prédécesseurs dont son propre frère. Il ne reprend d'ailleurs pas le projet de ce dernier de reconquérir la Sicile tenue par les Arabes. Parmi les événements marquants, Constantin Diogène, alors gouverneur de la ville avancée de Sirmium, repousse un raid des Petchénègues, qui commencent à devenir une menace croissante au nord du Danube[44]. Il devient ensuite dux de Thessalonique avec de larges attributions, en particulier sur la Bulgarie récemment conquise, ainsi que sur la Serbie[45],[46]. Ce changement d'affectation a parfois été vu, sans certitude, comme une volonté de Constantin, confirmée par ses successeurs, de réduire la présence byzantine dans les régions des Balkans les plus éloignées de Constantinople. En 1026, le gouverneur du thème de Samos Georges Théodorokanos a repoussé un raid naval musulman dont la provenance est inconnue[47]. Sur la frontière orientale, le dux du Vaspourakan, Nicéphore Comnène, est soupçonné de collusion avec Georges Ier de Géorgie et arrêté puis aveuglé avec huit de ses complices[10],[CH 10],[48].

En 1027, une brève guerre est attestée entre l'Empire et le royaume de Géorgie. À la mort du roi Georges, sa veuve et régente Mariam Arçrouni se serait emparée de forteresses frontalières cédées par son défunt mari à l'Empire. En réaction, Constantin VIII envoie Nicolas les reconquérir en 1028. Selon les sources géorgiennes, les Byzantins auraient été aidés par la défection de plusieurs princes géorgiens. La même année, Michel Spondylès, autre exemple d'eunuque promu par Constantin VIII, est nommé duc d'Antioche mais subit une défaite face à l'émir des Hamdanides Salah ibn Mirdas[CH 11]. De même, il est dupé par le chef arabe Nasr ibn Musharraf al-Rawadifi, capturé par Pothos Argyre, l'adjoint de Spondylès mais qui parvient à convaincre ce dernier qu'il est un allié potentiel[49].

Enfin, Constantin VIII semble avoir entretenu de bonnes relations avec l'empereur germanique Conrad II. De même, il conclut un traité avec les Fatimides, qui prévoit que les chrétiens forcés de se convertir puissent revenir au christianisme, ainsi que la restauration du Saint-Sépulcre, démoli par le calife al-Hakim quelques années auparavant[50]. En parallèle, Constantin VIII rétablit la mosquée de Constantinople, l'Empire byzantin s'engage à en garantir le fonctionnement et les marchands fatimides peuvent revenir dans la cité impériale. Ainsi, son règne aboutit à un réchauffement des relations avec le califat fatimide[51].

Famille et succession

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Pièce d'or représentant deux impératrices.
Histaménon représentant Zoé et Théodora, les deux filles de Constantin, quand elles règnent quelques semaines ensemble (Metropolitan Museum of Art).

Constantin VIII a épousé une certaine Hélène, dont peu d'informations biographiques nous sont parvenues, si ce n'est qu'elle est la fille d'un certain Alypus ou Alype, appartenant à l'aristocratie byzantine[52]. Elle semble mourir jeune, bien avant l'accession au trône de Constantin en 1025, peut-être vers 989. Ensemble, ils ont trois filles[53]. La première, Eudoxie, semble atteinte d'une grave maladie dans sa jeunesse, qui lui laisse des séquelles, à tel point qu'elle devient nonne et ne peut donc se marier[54]. Les deux plus jeunes filles de Constantin, Zoé Porphyrogénète et Théodora Porphyrogénète, incarnent dès lors les seules perspectives de successions[55].

Cependant, l'absence de descendance mâle, tant pour Basile II que pour Constantin VIII, est aggravée par le fait que les filles de ce dernier n'ont pas d'enfants. Elles ne sont d'ailleurs pas mariées, et la seule perspective concrète d'union a été celle envisagée un temps avec Otton III du Saint-Empire[56]. Finalement, c'est quand il est confronté à sa propre mort que Constantin finit par chercher une solution pour sa succession. En effet, début , il tombe malade. La seule façon d'assurer la pérennité de la puissante dynastie macédonienne, garante de la stabilité de l'Empire, est de marier Zoé ou Théodora avec un membre de l'aristocratie. Constantin pense d'abord à Constantin Dalassène, le duc d'Antioche. Cependant, trop loin de Constantinople et considéré par certains conseillers comme trop difficile à contrôler, il lui est préféré Romain Argyre, un haut fonctionnaire à la carrière irréprochable, qui se montrerait en plus relativement facile à influencer[57]. Âgé d'une soixantaine d'années, marié mais sans enfant, Constantin le met devant un dilemme. Soit il divorce de son épouse pour marier Zoé, soit il se fait crever les yeux. Selon Yahya d'Antioche, c'est en fait à Hélène, l'épouse de Romain, qu'il formule ce dilemme[58]. Quoi qu'il en soit, celle-ci aurait consenti, peut-être sous la contrainte, à rentrer dans les ordres, légitimant de ce fait une procédure de divorce et, in fine, l'accession au trône de son ex-mari. Ce mariage entre Zoé et Romain n'est d'ailleurs pas complètement exempt de reproches sur un plan religieux, en raison du degré relativement proche de parenté entre les deux époux, mais ce fait ne semble pas avoir constitué un obstacle au moment de la prise de décision[59]. En revanche, selon le récit de Jean Zonaras, cette raison aurait été invoquée par Théodora pour refuser un tel mariage. En effet, Constantin VIII aurait pu préférer que ce mariage concerne sa plus jeune fille, potentiellement plus apte à avoir un enfant[54].

Quoi qu'il en soit, sur la foi de la plupart des chroniqueurs byzantins, la date de la mort de Constantin est généralement fixée au matin du 11 novembre, même si la lecture de certaines sources peut aller dans le sens du 12 novembre. Georges Cédrène écrit ainsi qu'il tombe malade le 9 novembre et meurt trois jours après, de même que Yahya d'Antioche date sa mort du 12 novembre[1],[58]. Le corps de Constantin VIII est placé dans un sarcophage de marbre dans le mausolée de Constantin, au sein de l'église des Saints-Apôtres de Constantinople. S'il s'agit de la nécropole traditionnelle des souverains byzantins, Constantin VIII est le dernier à y être accueilli[60],[61].

La solution successorale, trouvée dans l'urgence, ne fait que repousser le problème car Zoé est trop âgée pour enfanter. Cette situation met en péril la dynastie macédonienne. Celle-ci, qui est dotée d'un niveau de légitimité inédit dans l'ordre politique byzantin, ne repose dès lors plus que sur Zoé et Théodora, ce qui explique que le mariage avec l'une d'elles, en particulier Zoé qui est l'aînée, devient la clé du pouvoir suprême jusqu'à la mort de Théodora en 1056. Ainsi, la mort de Constantin VIII ouvre la période dite des princes-époux, avec les règnes successifs des trois maris de Zoé, Romain III (r.  1028-1034), puis Michel IV (r.  1034-1041) et Constantin IX (r.  1042-1055), auxquels s'ajoute Michel V (r.  1041-1042), adopté par Zoé, tandis que Théodora règne brièvement seule quelques mois avant sa mort en 1056[62]. Cet affaissement de la légitimité impériale, combiné à l'extinction inévitable de la dynastie macédonienne, contribue en bonne partie à la multiplication des crises politiques à venir[63],[64].

Cette absence d'héritier et de succession organisée est d'ailleurs l'un des griefs régulièrement adressé à Constantin VIII, en parallèle du constat de son désintérêt pour la chose publique. Toutefois, des historiens comme Michael Angold tempèrent sa responsabilité. Celui-ci note que Basile II n'est pas forcément plus prompt à sceller un mariage pour Zoé et que celle-ci a déjà une quarantaine d'années à sa mort ; Constantin ne fait que poursuivre cette relative passivité, sans qu'il soit aisé d'en déterminer les raisons[65]. De même, Lynda Garland fait plutôt peser la responsabilité sur Basile II[54].

Notes et références

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  1. Les historiens ont longtemps hésité sur l'identité des personnages représentés mais s'accordent désormais pour y voir les deux frères empereurs.
  2. Dans certains ouvrages désormais datés, il est parfois numéroté comme Constantin IX. En effet, les byzantinistes ne s'accordent pas toujours sur le nombre de Constantin ayant effectivement régné sur l'empire romano-byzantin. Voir à ce sujet (en) Clive Foss, « Emperors named Constantine », Revue numismatique, vol. 161,‎ , p. 93-102 (lire en ligne Accès libre).
  3. Dans le récit de Michel Psellos, Constantin aurait rétabli des sortes de gymnopédies mais il s'agit vraisemblablement d'une exagération du chroniqueur, qui dresse un portrait caricatural de l'empereur.

Références

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  • Jean-Claude Cheynet, Pouvoir et contestations à Byzance (963-1210), Paris, Publications de la Sorbonne, (lire en ligne)
  1. Un ouvrage électronique étant parfois dépourvu de pagination, l'emplacement de la référence est donné par ces membres de phrases, qui sont aisément recherchables. « Plus rémunératrice encore […] à la personne de son choix » .
  2. Un ouvrage électronique étant parfois dépourvu de pagination, l'emplacement de la référence est donné par ces membres de phrases, qui sont aisément recherchables. « La rébellion de 1057 […] dont les Macédoniens et les Cappadociens » .
  3. Un ouvrage électronique étant parfois dépourvu de pagination, l'emplacement de la référence est donné par ces membres de phrases, qui sont aisément recherchables. « P. P. Constantin Bourtzès […] bib. Bourdara, Tyrannis I, p. 102 » .
  4. Un ouvrage électronique étant parfois dépourvu de pagination, l'emplacement de la référence est donné par ces membres de phrases, qui sont aisément recherchables. « Le renouvellement de cette aristocratie […] s'il apportait plus d'éclat » .
  5. Un ouvrage électronique étant parfois dépourvu de pagination, l'emplacement de la référence est donné par ces membres de phrases, qui sont aisément recherchables. « P. P. Bardas Phocas […] bib. Bourdara, Tyrannis I, P· 104 » .
  6. Un ouvrage électronique étant parfois dépourvu de pagination, l'emplacement de la référence est donné par ces membres de phrases, qui sont aisément recherchables. « P. P. Basile Sklèros, patrice […] bib. Bourdara, Tyrannis I, p. 105 » .
  7. Un ouvrage électronique étant parfois dépourvu de pagination, l'emplacement de la référence est donné par ces membres de phrases, qui sont aisément recherchables. « P. P.94 - Romain Kourkouas, Bogdanos […] Vie de Jean et Euthyme, p. 61 §80 » .
  8. Un ouvrage électronique étant parfois dépourvu de pagination, l'emplacement de la référence est donné par ces membres de phrases, qui sont aisément recherchables. « Ces réflexions de Kékauménos […] d'appartenance effective à l'Empire »
  9. Un ouvrage électronique étant parfois dépourvu de pagination, l'emplacement de la référence est donné par ces membres de phrases, qui sont aisément recherchables. « P. P. La population de Naupacte […] bib. Bourdara, Tyrannis I, p. 104 » .
  10. Un ouvrage électronique étant parfois dépourvu de pagination, l'emplacement de la référence est donné par ces membres de phrases, qui sont aisément recherchables. « P. P. Nicéphore Comnène […] Bourdara, Tyrannis I, p. 103-104 » .
  11. Un ouvrage électronique étant parfois dépourvu de pagination, l'emplacement de la référence est donné par ces membres de phrases, qui sont aisément recherchables. « L'instabilité de certaines familles […] avec leurs dépendants » .
  • Autres références :
  1. a b c et d Kazhdan 1991, p. 503.
  2. (en) Ioannis Spatharakis, The Portrait in Byzantine Illuminated Manuscripts, Brill, (ISBN 9789004047839), p. 92-94.
  3. Lilie 2007, p. 211-222.
  4. Lilie 2007, p. 218-219.
  5. Voir par exemple les travaux de Marius Canard (Canard 1961, p. 284-314).
  6. Ostrogorsky 1996, p. 345.
  7. Edouard Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, t. IX, Lefèvre, (lire en ligne), p. 213.
  8. Bréhier 2006, p. 229.
  9. Angold 1997, p. 28.
  10. a et b Holmes 2005, p. 322-323.
  11. Kaldellis 2017, p. 158.
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  13. Kaldellis 2017, p. 34.
  14. Garland 1999, p. 128, 271.
  15. Kazhdan 1991, p. 503-504.
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  23. Lilie 2007, p. 215-216.
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  25. Spatharakis 1976, p. 93-94.
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  57. Jean-Claude Cheynet et Jean-François Vannier, Études prosopographiques, Paris, Publications de la Sorbonne, , 204 p. (ISBN 978-2-85944-110-4, lire en ligne), p. 80.
  58. a et b Canard 1961, p. 304.
  59. Sur les problèmes soulevés par ce remariage, voir plus en détail (en) Angeliki Laiou, « Imperial Marriages and Their Critics in the Eleventh Century: The Case of Skylitzes », Dumbarton Oaks Papers, vol. 46,‎ , p. 167-168.
  60. (en) Philip Grierson, « The Tombs and Obits of the Byzantine Emperors (337-1042) », Dumbarton Oaks Papers, vol. 16,‎ , p. 58-59.
  61. Kaldellis 2017, p. 157-158.
  62. Bréhier 2006, p. 230.
  63. Kaplan 2016, p. 221.
  64. Cheynet 2007, p. 39.
  65. Angold 2004, p. 588-589.

Bibliographie

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