Destruction de Varsovie

La destruction de Varsovie est l'anéantissement de la capitale polonaise par le Troisième Reich après l'Insurrection de Varsovie dés le 4 octobre 1944[1]. Cette dernière exaspère les dirigeants allemands qui décident de faire de cette ville un exemple. La cité était déjà choisie depuis longtemps pour une reconstruction majeure dans le cadre du projet de germanisation de l'Europe centrale.
Même avant l'insurrection, les Allemands envisageaient que, quelques mois plus tard, Varsovie tomberait aux mains des Alliés. Malgré cela, ils consacrent un effort sans précédent à la dévastation de la ville. Leur décision bloqua des ressources considérables qui auraient pu être utilisées sur le front de l'Est et sur celui de l'Ouest récemment ouvert à la suite du débarquement de Normandie[2].
Les Allemands via les Vernichtungskomanndo[3] détruisent plus 85 % des bâtiments[4] du centre de Varsovie selon l'UNESCO[5], de manière délibéré en démolissent, incendient ou volent une grande partie de son patrimoine culturel. Ainsi de nombreux bâtiments historiques font partie des destructions, tels que le palais royal[6]. De même sein de cette anéantissement méthodique des quartiers de Varsovie, tels que la Vieille Ville, Wola et Ochota, ce sont plusieurs dizaines de milliers de civils qui ont péri[7].
À la fin de la répression, la ville qui comptait avant cela plus d’un million d'habitants n’en avait gardé que mille[8].
Contexte
[modifier | modifier le code]Origine de la destruction
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Varsovie était considérée par les occupants allemands comme le centre de la résistance polonaise contre le « nouvel ordre » nazi. Bien que l'ancienne capitale de la Pologne ait été reléguée au rôle de ville de province au sein du Gouvernement général de Pologne, ainsi elle demeurait le cœur de la vie politique, intellectuelle et culturelle polonaise. Elle était également le siège de l'État polonais clandestin et le lieu de structures de résistance particulièrement fortes et bien organisées. Le gouverneur général Hans Frank écrivait dans son journal le 14 décembre 1943 :
« Sans Varsovie au sein du Gouvernement général, nous n'aurions pas les quatre cinquièmes des difficultés auxquelles nous sommes confrontés. Varsovie est et restera l'épicentre des troubles, le point de départ de la propagation de l'agitation dans ce pays. » [citation nécessaire]
Dès le 15 juillet 1940, Frank déclarait que « concernant Varsovie, le Führer a décidé que la reconstruction de cette ville en métropole était absolument hors de question. Le Führer souhaite qu'avec le développement général du Gouvernement général, Varsovie soit réduite au statut de ville de province. »[9]. Le « plan Pabst »[10],[11] conçu part les urbanistes Friedrich Pabst, Hubert Gross et Otto Nurnberg[12] prévoyait de ramener la population de Varsovie à 130 000 habitants[13] et sa superficie à 15 km², avec par exemple la construction d’un Gauforum, une vaste terrasse sur la Vistule, ou encore une « salle du peuple »[14]. En 1942, le projet fut modifié pour loger les « élites allemandes » afin qu’elles administrent les territoires de l’Est[3]. La « Nouvelle ville allemande de Varsovie » ( allemand : Die neue Deutsche Stadt Warschau)[9],[11] devait être construite au sud et au sud-ouest de la vieille ville de Varsovie, qui devait être préservée comme preuve de la prétendue germanité de Varsovie. En étant inspiré des villages de l’époque médiévale allemande, c’est-à-dire compacts et tournés vers leur autonomie ainsi que leur défense[12]. Mais les défaites subies par le Troisième Reich sur tous les fronts ont empêché la mise en œuvre du « plan Pabst ». Ainsi Adolf Hitler a déclaré à Hans Frank lors d'une conversation le 6 février 1944 :
« Varsovie doit être détruite dès que l'occasion se présente. »[citation nécessaire]
Dans ce contexte, l'insurrection de Varsovie du 1er août 1944 fut perçu par les dirigeants nazis comme une excellente occasion de régler le « problème polonais ». Lors d'un discours prononcé devant les commandants de district militaire et les directeurs d'école à Jägerhöhe le 21 septembre 1944, le Reichsführer-SS Heinrich Himmler raconta qu'à l'annonce du soulèvement, il s'était immédiatement rendu auprès d'Hitler et lui avait dit :
« Mon Führer, le moment n'est guère favorable. D'un point de vue historique, c'est une aubaine que les Polonais agissent ainsi. Dans cinq ou six semaines, nous en serons sortis. Et après cela, Varsovie, la capitale, le cœur et l'intelligentsia de cette ancienne nation polonaise de 16 à 17 millions d'habitants, seront anéanties, cette nation qui nous barre la route vers l'Est depuis 700 ans et qui nous entrave depuis la bataille de Grunwald, la première Bataille de Tannenberg . Alors, historiquement, le problème polonais ne sera plus un problème majeur pour nos enfants et pour tous ceux qui viendront après nous, ni même pour nous-mêmes. »[9]
Lors d'une réunion tenue le soir du 1er août 1944 ou le lendemain matin, Hitler donna à Himmler et au chef d'état-major du Haut Commandement de l'Armée, le général Heinz Guderian, l'ordre oral de raser Varsovie et d'exterminer tous ses habitants. Selon le SS-Obergruppenführer Erich von dem Bach-Zelewski, nommé commandant des forces chargées de réprimer l'insurrection, l'ordre était probablement formulé ainsi :
« Tous les habitants doivent être tués, aucun prisonnier ne doit être fait. Varsovie doit être rasée, et ainsi un exemple terrifiant doit être créé pour toute l'Europe. »[15]
Quelques jours après le début de l’insurrection, Frank écrit dans son journal à propos de l’anéantissement à venir :
« Varsovie est presque entièrement en flammes. Incendier les maisons est le moyen le plus sûr de priver les insurgés de leurs cachettes. Lorsque nous aurons écrasé le soulèvement, Varsovie aura ce qu'elle mérite : l'anéantissement total. »[16],[17]
Déroulement
[modifier | modifier le code]Les Soviétiques se contentèrent de maintenir leurs têtes de pont sur la Vistule de part et d'autre de la ville, tandis que la ville était en train d’être détruite, sachant que Joseph Staline considérait l’insurrection de l’État polonais clandestin comme une « rixe insensée menée par des aventuriers »[15]. Il est ainsi considéré que l’inaction soviétique a participé, voire aggravé, la destruction de Varsovie[18].
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) Adolf Ciborowski (Polonia Publishing House, pour la 1re édition - 322 p.), Warsaw : A City Destroyed and Rebuilt [« Varsovie : une ville détruite et reconstruite »], Poland (Pologne), Interpress Publishers, , 2e éd. (1re éd. 1964), 328 p.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « L’insurrection de Varsovie », sur www.defnat.com (consulté le )
- ↑ (en) « The Warsaw Uprising of 1944 | Instytut zachodni » [archive du ], sur www.iz.poznan.pl (consulté le )
- (en) « Phoenix from the ashes. A short story of Warsaw that was destroyed and rebuilt », sur www.1944.pl (consulté le )
- ↑ Anna Sianko (dir.), À l'Est, la mémoire retrouvée, Hors Collection, , 582 p. (présentation en ligne), p. 247
- ↑ UNESCO Centre du patrimoine mondial, « Centre historique de Varsovie », sur UNESCO Centre du patrimoine mondial (consulté le )
- ↑ « Varsovie : une double approche »
, (consulté le )
- ↑ (en) « Warsaw Burning: The German Response to the Warsaw Uprising », sur The National WWII Museum | New Orleans, (consulté le )
- ↑ (en) « Warsaw's 1944 destruction recreated in 3-D », cbc, (lire en ligne
)
- (en-GB) « Warsaw – the City that is No More », sur Warsaw Institute, (consulté le )
- ↑ (en) « Presentation of the Pabst Plan », sur ENRS (consulté le )
- (en) Institute of National Remembrance, « The Pabst Plan »
[vidéo], (consulté le )
- (pl) Unai Fernández de Betoño, « The Nazi anti-urban utopia: 'Generalplan Ost' », Mètode Science Studies Journal, vol. 10, , p. 165–171 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en-US) Sundus Al-Bayati, « Architectural Reproduction vs. Reconstruction in Postwar Warsaw », sur Society of Architectural Historians, (consulté le )
- ↑ (de) deutschlandfunk.de, « Lagerstadt Warschau », sur Deutschlandfunk, (consulté le )
- (en-US) Ela Kasprzycka, « Warsaw Remembers 200,000 Slain in 1944 Uprising », sur Los Angeles Times, (consulté le )
- ↑ (en) « The destruction of Warsaw: the Nazi plan to destroy a city », sur Sky HISTORY TV channel (consulté le )
- ↑ (en-GB) Warsaw Paths, « Destruction of Warsaw », sur Warsaw Paths, (consulté le )
- ↑ Sophie Cassar, « La Pologne : Géopolitique du phénix de l'Europe », Artège, , p. 140 (ISBN 9782916053837)Voir note bas de page
