Ekklesiasterion
Un ekklesiasterion (en grec ancien : ἐκκλησιαστήριον) est un édifice civil destiné à accueillir l'ekklesia[Note 1], l'assemblée des citoyens de la polis qui ont le droit de vote[1]. Il est souvent proche de l'agora.
On le retrouve dans plusieurs cités grecques de la Grande Grèce comme Poseidonia (Paestum), Agrigente ou Métaponte[2].
Le mot et la chose
[modifier | modifier le code]Le mot est formé de ekklesia (ἐκκλησία), « assemblée du peuple »[3] auquel est adjoint le suffixe locatif -térion (-τήριον)[4] — qui indique donc un lieu. C'est un mot rare, dont on connaît peu d'attestations. Le plus souvent, on trouve dans le texte l'évocation de décisions prises « dans l’assemblée» (ἐν τῇ έκκλησίαι), et celle-ci peut se tenir dans un théâtre. En fait, à quelques exceptions près (Athènes, Corinthe, Messène), il n'y a pas d'architecture spécifique pour les bâtiments qui accueillent l'assemblée des citoyens[4]. On trouve d'ailleurs chez Vitruve l'assimilation de l'ekklesiasterion à un « petit théâtre »[5].
Le cas de Délos
[modifier | modifier le code]Au sujet de la taille de l'ekklesiasterion — censé accueillir tous les citoyens de la cité — M.C. Hellmann relève qu'à Délos, l'édifice qui semble bien avoir été dévolu à cette fonction peut accueillir seulement cinq cents personnes, un nombre bien inférieur à celui des citoyens de Délos. Mais, fait-elle remarquer, un document atteste que dans ce bâtiment pouvait aussi se tenir une séance de la boulé (le conseil restreint), ou encore servir d'odéon pour des spectacles artistiques (en quoi s'applique la remarque de Vitruve mentionnée plus haut)[4].
Quelques exemples
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Métaponte
[modifier | modifier le code]À Métaponte, le bâtiment — proche de l'agora — était originellement de plan circulaire et fonctionnait probablement comme un important lieu de réunion publique. Par la suite, l'ensemble a été transformé en théâtre. Ces opérations ont eu lieu entre 600 et 300 av. J.-C. environ[2].
Initialement, un tribunal en bois, de plan aujourd'hui incertain, a été construit. Il a cédé la place à un ensemble (là encore de plan peu clair) présentant des sièges en pente. Dans la phase suivante, une zone rectangulaire a été délimitée, à laquelle on accédait par les petits côtés. Un mur de soutènement entourait l'ensemble ce qui a créé une structure circulaire. Au cours d'une nouvelle phase, à l'intérieur de cet espace circulaire, l'ekklesiasterion a été doté de rangées de sièges en pierre de chaque côté de la zone rectangulaire centrale. Ces rangées de sièges étaient divisées en segments par six volées de marches rayonnant à partir de la zone centrale. À noter que ces segments de sièges forment une ellipse, alors qu'ils étaient entourés par une structure circulaire[2],[Note 2].
Marie-Christine Hellmann indique que l'ensemble rappelle la jonction de deux cavea de théâtre, et qu'il pouvait accueillir 8 000 personnes. L'ouvrage a été remanié au début du Ve siècle av. J.-C., puis remplacé par un théâtre canonique vers la fin du IVe siècle av. J.-C. Il s'agissait donc (comme à Délos) d'un bâtiment multifonctionnel, dans lequel pouvaient se tenir aussi bien des spectacles que des assemblées politiques, ce qui « permet de mesurer l'étonnante capacité de création de création des Grecs d'Occident, lorsqu'on sait que l'architecture grecque ne disposait que d'un nombre limité de types d'édifices »[6].
Agrigente
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À Agrigente, dans la vallée des temples, vers le milieu du IIIe siècle av. J.-C., le plateau rocheux a été creusé pour former une cavea semi-circulaire avec des marches basses. Les archéologues ont vu dans ce bâtiment le lieu de réunion de l'assemblée des citoyens, l'ekklesiasterion, à moins qu'il ne s'agisse peut-être du comitium de la ville romaine primitive. Il pouvait accueillir 4 500 personnes[1]. À noter qu'il s'agit de la première structure publique civique découverte à Agrigente. Plus tard, au Ier siècle av. J.-C., on a comblé la cavea pour la remplacer par une cour. À une de ses extrémités a été élevé, sur un podium, le célèbre temple de type prostyle connu sous le nom d'« Oratoire de Phalaris »[7].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ On ne confondra pas ce terme avec la Boulé, qui désigne le conseil restreint des citoyens.
- ↑ M.-C. Hellmann, L'Architecture grecque, Paris, Le Livre de Poche, coll. « Références (inédit) », 1998, 223 p. (ISBN 978-2-253-90544-8) p. 111-112 (ou l'on trouvera un plan de la structure circulaire de l'ekklesiasterion auquel se superpose celui du théâtre).
Références
[modifier | modifier le code]- « Ekklesiasteron », sur universalis.fr/dictionnaire (consulté le )
- « Metapontum, Ekklesiasterion/Theater (Building) », sur perseus.tufts.edu (consulté le ).
- ↑ Anatole Bailly, « ἐκκλησία, ας (ἡ) (ekklésia) », sur bailly.app (consulté le )
- Marie-Christine Hellmann, Recherches sur le vocabulaire de l'architecture grecque, d'après les inscriptions de Délos, Paris, De Boccard, , 471 p. (ISBN 2-869-58045-2, lire en ligne), p. 122-123
- ↑ M.C. Hellmann, Recherches..., 1992, p. 122. Voici la remarque de Vitruve : « La ville de Tralles possédait un petit théâtre qui portait le nom d'ekklhsiasterion (lieu de réunion) » (De l'architecture, VII, 5,5). [lire en ligne (page consultée le 11 novembre 2025)]
- ↑ M.-C. Hellmann, L'Architecture grecque, Paris, LP, 1992, p. 112.
- ↑ « AKRAGAS later AGRIGENTUM (Agrigento) Sicily », sur perseus.tufts.edu, The Princeton Encyclopedia of Classical Sites (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (it) Luigi Gallo, « Metaponto tra età arcaica e classica: l'evidenza dell'ekklesiasterion », dans Luigi Santi Amantini, Francesca Gazzano (A cura di), Incontri e conflitti. Ripensando la colonizzazione greca, Roma, L'Erma di Bretschneider, coll. « Rapporti Interstatali nell'antichità » (no 5), , xii + 120 p. (ISBN 97-8-888-265573-0), p. 19-26
- (en) W. A. McDonald, The political Meeting Places of the Greeks, Baltimore, The Johns Hopkins Press, , xix + 308 p. (présentation en ligne, lire en ligne), p. 62-67 ; 91-96