Eleonora Duse
par Vittorio Matteo Corcos.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 65 ans) Pittsburgh (Pennsylvanie, États-Unis) |
| Sépulture |
Cemetery of Sant'Anna (d) |
| Nom de naissance |
Eleonora Giulia Amalia Duse |
| Surnom |
La Duse |
| Nationalités | |
| Domicile | |
| Activités |
Eleonora Duse, née le à Vigevano (actuelle province de Pavie, en Italie) et morte le à Pittsburgh (États-Unis), est une comédienne italienne, considérée comme l'une des plus grandes de son temps, rivale de Sarah Bernhardt, à qui elle vouait cependant une grande admiration. Sa vie a aussi été marquée par sa relation avec l'écrivain Gabriele D'Annunzio.
Biographie
[modifier | modifier le code]Origines familiales et jeunesse
[modifier | modifier le code]Née en 1858, trois ans avant la création du royaume d'Italie dans une famille de comédiens originaire de Chioggia (Vénétie), Eleonora Duse passe son enfance avec la troupe amateur itinérante de ses parents, Alessandro Vincenzo Duse et Angelica Cappelletto. La famille Duse est apparentée à une autre famille de comédiens ambulants, les Vitaliani, dont la fille Italia (it) est la cousine d'Eleonora. En 1862, âgée de quatre ans, elle joue le rôle de Cosette dans une version théâtrale des Misérables.
Débuts professionnels
[modifier | modifier le code]En 1878, elle tient les rôles de « première amoureuse » dans la compagnie Ciotti-Belli Blanes et, à vingt ans, elle est à la tête d'une compagnie aux côtés de Giacinta Pezzana (it).
Elle connaît son premier succès en 1879 dans le rôle de Thérèse Raquin, dans la pièce de théâtre homonyme, écrite par Émile Zola lui-même en 1873 à partir de son roman. Ce rôle lui vaut l'adoration du public (elle devient la Duse) et la reconnaissance de la critique.
Maturité (1879-1886)
[modifier | modifier le code]En 1879, elle entre dans la troupe semi-permanente de Turin de Cesare Rossi où elle portera à maturation son choix esthétique, recueillant l'héritage du passé mais rompant en même temps avec la tradition du « grand acteur » de la première moitié du XIXe siècle[réf. nécessaire]. Au cours des années 1880, Eleonora Duse accomplit les choix de répertoire qui marqueront son parcours artistique et sa carrière théâtrale. Un répertoire qui lui permet d'exprimer son sentiment de crise face à son époque.[réf. nécessaire]
Étant donné l'absence de dramaturgie en Italie (de Paolo Giacometti, Giuseppe Giacosa, Achille Torelli (it), Emilio Praga ne subsiste au mieux qu'un texte de chacun), elle privilégie les « pièces bien faites » françaises : modernes, mondaines, adaptées à l'évolution des goûts du public de cette fin du XIXe siècle, aux mécanismes parfaitement huilés pour coller aux valeurs de la bourgeoisie de cette époque.
Mais entre les mains d'Eleonora Duse, les drames de Victorien Sardou et d'Alexandre Dumas fils deviennent des pièces à démonter et à remplir ensuite d'une vie nouvelle, du message infiniment personnel de la Duse qui veut représenter les valeurs de ce milieu tel qu'il se présente dans la réalité qui l'entoure et non pas les approuver sans réserve.[réf. nécessaire]
Ses thèmes de prédilection, les plus difficiles à affronter, sont des thèmes universels, mais particulièrement représentatifs de la société bourgeoise de l'époque : l'argent, le sexe, la famille, le mariage, le rôle de la femme. Il en ressort le portrait d'une société respectable mais prisonnière de ses excès, brillante et en même temps dépravée, obnubilée par un dieu de l'argent régulateur de bien des relations humaines, un monde dans lequel il est parfois difficile d'éprouver des émotions sincères. Mais en émerge également l'intériorité féminine de la Duse : une intériorité brisée, aliénée, névrosée.
Son répertoire est moderne et attractif : du vérisme de la Cavalleria rusticana de Giovanni Verga aux drames de Victorien Sardou et d'Alexandre Dumas fils qui sont également ceux du répertoire de Sarah Bernhardt. Entre les deux comédiennes nait rapidement une rivalité qui divise les critiques.
Vie privée (années 1880)
[modifier | modifier le code]En 1881, Eleonora Duse épouse Tebaldo Checchi, un acteur de sa compagnie, dont elle a une fille, Enrichetta. Le mariage se révèle rapidement malheureux et se termine par une séparation.
En 1884, Eleonora Duse se lie avec Arrigo Boito qui traduit pour elle Antoine et Cléopâtre de Shakespeare. Leur relation, secrète, dure plusieurs années entre hauts et bas[réf. nécessaire]. Leurs rencontres ont lieu à Ivrée, dans le château de San Jose, demeure d'un ami commun, Giuseppe Bianchi.
Pendant cette période, la comédienne fréquente le milieu de la scapigliatura, et son répertoire s'enrichit des drames de Giuseppe Giacosa, ami de Boito. Son amitié avec Isadora Duncan qu'elle rencontre lors de tournées européennes est très commentée. Néanmoins il ne fut jamais prouvé qu'elles furent engagées dans une relation amoureuse.
La compagnie Eleonora Duse (1886-1908)
[modifier | modifier le code]En 1886, elle fonde sa propre compagnie. Elle porte sur les scènes italiennes les drames d'Henrik Ibsen, dont elle interprète Une maison de poupée, Hedda Gabler, La Dame de la mer et Rosmersholm.
À partir de 1890, elle joue principalement hors d'Italie, notamment à Paris, où elle connaît la consécration en 1897. La pièce d'Ibsen Rosmersholm est reprise au Théâtre de l'Œuvre en 1898 dans la mise en scène de Lugné-Poe, puis en 1906 dans les décors mémorables[réf. nécessaire] d'Edward Gordon Craig.
Eleonora Duse et Gabriele d'Annunzio (1882-1904)
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Eleonora Duse rencontre Gabriele D'Annunzio (1863-1938) pour la première fois à Rome en 1882. C'est un jeune homme séduisant, arrivé depuis peu des Abruzzes, avec déjà trois œuvres publiées. Il se présente à elle et lui propose sans autre préambule de coucher avec lui[réf. nécessaire]. Eleonora le congédie avec indignation mais, peut-être, avec aussi une secrète satisfaction.[réf. nécessaire] Ce jour-là, elle le décrit ainsi : « Déjà célèbre et très séduisant, les cheveux blonds et quelque chose d'ardent dans sa personne »[1],[2].
En 1888, Eleonora qui vient de jouer La Dame aux camélias au teatro Valle, se dirige vers sa loge, lorsqu'un jeune homme surgit de la pénombre et lui crie, avec enthousiasme : « O grande amatrice! » (« Ô, grande séductrice ! »). Eleonora, surprise, le dévisage un moment et poursuit son chemin. C'était encore D'Annunzio[3].
En juin 1892, D'Annunzio lui dédicace un exemplaire de ses Elegie romane : « Alla divina Eleonora Duse » (« À la divine Eleonora Duse »). De ces livres[Lesquels ?], naît en Eleonora le désir d'une rencontre avec l'auteur. Lors de cette rencontre, « elle s'abandonne à l'emprise de ces yeux clairs, se surprend à oublier toute l'amère expérience de sa vie et à jouir de la flatterie exprimée par ce regard » [4],[5].
La rencontre décisive a lieu à Venise en 1894. Le lien sentimental et artistique tempétueux[réf. nécessaire] qui s'établit entre la comédienne et le jeune poète va durer une dizaine d'années et contribuer de façon déterminante à asseoir la réputation de D'Annunzio. Eleonora Duse, déjà célèbre et acclamée en Europe et outre-Atlantique, porte sur toutes les scènes les pièces de D'Annunzio (Il sogno di un mattino di primavera, La Gioconda, Francesca da Rimini, La città morta, La figlia di Iorio), finançant souvent elle-même les productions et leur assurant le succès et l'attention de la critique, y compris hors d'Italie.
Les périodes de proximité et de collaboration alternent avec les crises et les ruptures.
En 1896, D'Annunzio lui préfère Sarah Bernhardt pour la première française de La Ville morte.
D'Annunzio suit rarement l'actrice dans ses tournées, mais, en 1898, il loua la villa de la Capponcina à Florence, dans le quartier de Settignano, pour se rapprocher de la Portioncule, la demeure d'Eleonora.
En 1900, il publie son roman Le Feu, inspiré de sa relation avec Eleonora, suscitant de vives critiques de la part des admirateurs de la comédienne.
Leur liaison prend fin en 1904.
Dernières années (1908-1924)
[modifier | modifier le code]Elle quitte le théâtre en 1908.[pourquoi ?]
De 1909 à 1911, elle entretient une liaison avec la jeune rebelle féministe Lina Poletti.
En 1916, elle joue dans le film Cenere d'Arturo Ambrosio, film tiré du roman homonyme de Grazia Deledda, sa seule expérience cinématographique.
Elle revient au théâtre en 1921.
Mort et funérailles
[modifier | modifier le code]Elle meurt d'une pneumonie[6] le à Pittsburgh, au cours d'une tournée aux États-Unis.
Conformément à sa volonté, elle est inhumée au cimetière d'Asolo (province de Trévise).
Hommages
[modifier | modifier le code]Après sa mort, de nombreux théâtres en Italie sont baptisés de son nom, ainsi que des écoles et autres institutions. Le Teatro Duse de Bologne fait exception, puisqu'il a été renommé en son honneur dès 1898, à l'occasion d'un changement de propriétaire.
En 1994, l'Union astronomique internationale a donné son nom à un cratère de 30 km de diamètre de la planète Vénus[7].
Eleonora Duse dans la littérature et au cinéma
[modifier | modifier le code]Amie d'Axel Munthe[8], celui-ci l'évoque dans Le Livre de San Michele (1929) dont est tiré en 1962 un film homonyme réalisé par Giorgio Capitani et Rudolf Jugert, et dans lequel son rôle est interprété par Valentina Cortese.
En 1948, dans son film Le Comédien, Sacha Guitry fait apparaître le personnage de la Duse comme spectatrice de sa pièce Pasteur, dont Lucien Guitry, interprète du rôle-titre, improvisant sur scène une dédicace, lui fait parvenir un petit mot.[pas clair]
En 1953, Luigi Comencini lui consacre un film biographique, La valigia dei sogni.
Son nom inspire celui d'Éléonoradus, metteur en scène au théâtre romain de Condate dans Astérix et le chaudron (1968).
Au Festival de Cannes 2024, le cinéaste Pietro Marcello présente son film intitulé Eleonora Duse, avec Valeria Bruni Tedeschi dans le rôle-titre et Noémie Merlant dans le rôle de sa fille Enrichetta[9].
Ses costumes de scène, restaurés par le styliste italien Fausto Sarli, sont exposés dans les musées du monde entier[réf. nécessaire].
Galerie
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Eleonora Duse par Vittorio Matteo Corcos.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « Già famoso e molto attraente, con i capilli biondi e qualcosa di ardente nella sua persona »
- ↑ Denis Mack Smith, L' Italia del XX secolo, vol. I (1899-1908), t. I, Rizzoli, , p. 48.
- ↑ Mack Smith 1977, p. 48-49.
- ↑ « si abbandona alla presa di quegli occhi chiari, si sorprende a dimenticare tutta la sua amara sapienza della vita e a godere della lusinga che essi esprimono »
- ↑ Mack Smith 1977, p. 49.
- ↑ (en-US) « Eleonora Duse », sur The Florentine, (consulté le )
- ↑ (en) Le cratère Duse sur Vénus
- ↑ (en) Une courte biographie d'Axel Munthe sur le site keats-shelley-house.org
- ↑ (en) Nick Vivarelli et Elsa Keslassy, « Pietro Marcello Shooting ‘Duse’ With Valeria Bruni Tedeschi and Noémie Merlant, the Match Factory Handling Sales (EXCLUSIVE) », sur variety.com
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]En italien
- Paola Bertolone, I copioni di Eleonora Duse : Adriana Lecouvreur, Francesca da Rimini, Monna Vanna, Spettri. Pisa, Giardini, 2000
- (it) Paola Bertolone, Sarò bella e vincente : Le lettere di Eleonora Duse al conte Giuseppe Primoli, Rome, Edizioni di storia e letteratura, coll. « Quaderni di Cultura Francese » (no 52), , 368 p. (ISBN 978-88-9359-271-0).
- Nino Bolla, Eleonora Duse : la grande tragica. Roma, Società Nazionale Editrice, 1974
- Vittore Branca, Vocazione letteraria di Eleonora Duse : con una serie di documenti inediti. In: «Nuova Antologia», n. 2178 (aprile-giugno 1991)
- Mario Cacciaglia, Eleonora Duse, ovvero Vivere ardendo. Milano, Rusconi, 1998
- Gerardo Guerrieri, Eleonora Duse : nove saggi; a cura di Lina Vito. Roma, Bulzoni, 1993
- Nicola Mangini, Eleonora Duse nella storia del teatro europeo. In: «Archivio Veneto», serie 5., vol. 121. (1983)
- Franca Minnucci, La Figlia di Iorio - Era mia, era mia e me l'hanno presa. Pescara, Ianieri, 2004.
- Franca Minnucci, Eleonora Duse - La fine dell'incantesimo. Pescara, Inaieri, 2010.
- Cesare Molinari, L'attrice divina. Eleonora Duse nel teatro italiano fra i due secoli. Roma, Bulzoni, 1985
- Daniela Musini, Mia Divina Eleonora. Pescara, Ianieri, 2008
- Donatella Orecchia, La prima Duse. Nascita di un'attrice moderna, Roma, Artemide, 2007.
- Maria Pia Pagani, Mirandolina e Vasilisa: due volti di Eleonora Duse. In: «Viglevanum: miscellanea di studi storici e artistici», 16(2006)
- Luigi Rasi, La Duse. Roma, Bulzoni, 1986
- Federico von Rieger, Eleonora Duse. Milano, Nord-Ovest, 1981
- Mirella Schino, Il teatro di Eleonora Duse. Bologna, Il Mulino, 1992
- Helen Sheehy, Eleonora Duse: la donna, le passioni, la leggenda. Milano, Mondolibri, stampa 2006
- Olga Signorelli, Eleonora Duse, 1959
- John Stokes, Michael R. Booth, Susan Bassnett, Tre attrici e il loro tempo: Sarah Bernhardt, Ellen Terry, Eleonora Duse. Genova, Costa & Nolan, 1991
- Matilde Tortora (éd.), Matilde Serao a Eleonora Duse : lettere. Napoli, Graus, 2004 * William Weaver. Eleonora Duse. Milano, Bompiani, 1985
- Eleonora Duse nella vita e nell'arte (1858-1924). Venezia, Marsilio, 2001
- Amarti ora e sempre : Eleonora Duse e Francesca da Rimini. [Catalogo della mostra tenuta a Rocca di Gradara nel 2006, a cura di Laura Villani, Maria Ida Biggi, Maria Rosaria Valazzi ; con la collaborazione di Daniele Diotallevi]. Urbino, QuattroVenti, 2006
- Museo Teatrale alla Scala, Eleonora Duse: un vestire che divenne moda. Mostra, 3 marzo-1 aprile 1973. Catalogo a cura di Dada Saligeri; introduzione di Carlo Fontana. Milano, Arti grafiche G. Ferrari, 1973
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
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- Archives conservées par : Archivi dell'Istituto per il Teatro e il Melodramma (d) (eleonora-duse.html)
- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Ressources relatives au spectacle :
- Ressources relatives à l'audiovisuel :
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