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Erg Issaouane

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Erg Issaouane
Image illustrative de l’article Erg Issaouane
Localisation
Pays Drapeau de l'Algérie Algérie
Superficie 26 000 km2
Coordonnées 27° 34′ nord, 7° 41′ est
Image illustrative de l’article Erg Issaouane
Altitude
Maximale 720 m (Les deux plus hautes dunes)
Minimale 370 m
Température
Maximale 48 °C
Minimale −7 °C
Divers
Précipitations 25 mm/an
Ressources naturelles Hydrocarbures
Géolocalisation sur la carte : Algérie
(Voir situation sur carte : Algérie)
localisation

L' Erg Issaouane (en arabe : عرق إيساوان ; en berbère : ⵉⵙⴰⵡⴰⵏ), aussi Isaouane n'Irarraren[1] est un erg situé dans la Wilaya d'Illizi, au sud-est de l'Algérie, près de la frontière algéro-libyenne. Il fait partie d'une vaste région désertique du Sahara, connue pour ses étendues de sable et ses paysages dominés par des dunes. Sa superficie s'étend sur environ 26 000 km²[2].

Géolocalisation

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L'Erg Issaouane se trouve à environ 1 000 km au sud d'Alger, à environ 500 km au nord-nord-est de Tamanrasset et à environ 70 km à l'ouest de la frontière algéro-libyenne. Au sud, l'erg est délimité par le massif du Tassili n'Ajjer, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO[3] et célèbre pour ses formations rocheuses uniques et ses peintures rupestres. Au nord, l'erg touche le plateau de Tinrhert, une immense hamada. À l'ouest se trouve le plus petit Erg Tiffernine, auquel il est relié par un isthme d'environ 20 km de large. La limite est de l'erg s'étend jusqu'à la route nationale RN3 entre Hassi Messaoud, In Aménas et Illizi. Il s'étend sur environ 220 km du nord au sud et atteint également une largeur de 220 km.

Formation et développement

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Le sable de l'erg s'est formé à la fin du Pléistocène, il y a 2,5 millions d'années. À cette époque, le Sahara bénéficiait d'un climat tropical humide et les fleuves du Tassili n'Ajjer transportaient beaucoup de matériaux rocheux depuis le versant nord vers le bassin d'Illizi[4], où ils se déposaient sous forme de sable[5]. La formation des dunes a commencé pendant les périodes sèches du Pléistocène, il y a 1,6 million d'années, et s'est poursuivie pendant les périodes de sécheresse de l'Holocène jusqu'à il y a environ 3000 ans[6]. À certaines époques, les vents étaient beaucoup plus forts qu'aujourd'hui, ce qui a créé des dunes élevées qui ne seraient plus possibles aujourd'hui[7]. La formation des dunes a été influencée par des régimes de vent très différents selon l'emplacement et l'époque. Au nord-ouest, les vents changeants ont formé des ghourds (dunes en étoile) et de dunes à coupole avec des extensions, tandis que le nord-est est recouvert de nombreuses petites dunes longitudinales orientées nord-sud. La moitié sud est constituée de dunes linéaires pouvant atteindre 120 km de long et souvent 2 à 3 km de large, surmontées de dunes secondaires. Leur orientation nord-est/sud-ouest indique la direction dominante des vents (alizés du nord-ouest) à l'époque de leur formation[8].

Topographie

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Le contour et la base rocheuse de l'Erg Issaouane ont une altitude comprise entre 400 et 550 m. À l'intérieur de l'erg, de nombreuses dépressions profondes sans écoulement (sebkhas) et sans couverture de sable se sont formées, dont l'altitude correspond généralement à celle du contour de l'erg. Dans les zones les plus méridionales de l'erg, des terrasses du socle apparaissent dans ces dépressions. Dans la partie nord-ouest de l'erg, une colline s'élève au-dessus de l'erg : Khannfoussa, haute de 646 m et d'environ 200 m au-dessus du substrat rocheux environnant. Dans la moitié sud, les dunes longitudinales sont recouvertes de dunes secondaires. Le tracé des crêtes de ces dunes montre que le transport éolien actuel du sable s'effectue du sud-ouest vers le nord-est, ce qui révèle également la direction dominante actuelle du vent[9],[10]. Entre ces dunes se trouvent des gassi, des zones sans sable recouvertes de reg ou de sols à croûte argileuse salée[11]. Les dunes les plus hautes de l'erg s'élèvent à son extrémité sud-ouest, où le sable s'est accumulé. Deux dunes s'élèvent à 270 m au-dessus du substrat rocheux[12],[13].

Il n'y a pas d'habitations à l'intérieur de l'erg et la végétation y est très clairsemée. Cela laisse supposer que la faune y est également très limitée. Les cartes des XIXe et XXe siècles ne mentionnent aucune puits. La région n'était donc probablement pas très intéressante pour les nomades, contrairement à celle de l'Oued Irrararen et de l'Oued Samene au sud-ouest et au sud de l'erg, ainsi qu'au nord à partir de Bordj Omar Driss[14].

Le climat de l’Erg Issaouane est typiquement désertique, marqué par des conditions extrêmement arides ainsi que par des variations thermiques quotidiennes et saisonnières remarquables[15].

Données provenant de Bordj Omar Driss
Le climat est classé BWh selon la classification de Köppen (climat désertique chaud)
Température moyenne du mois le plus froid janvier, 11°C
Moyenne maximale du mois 17°C
Moyenne minimale du mois 4°C
Température moyenne du mois le plus chaud juillet, 35°C
Moyenne maximale du mois 42°C
Moyenne minimale du mois 27 °C[16]
Données provenant de l'Erg Issaouane
Précipitations moyennes 25 mm/an
Évaporation estimée des précipitations 22 mm/an
Précipitations les plus probables décembre, janvier
Mois les plus secs juillet, août
Dernière période avec des précipitations abondantes 2021[17]

Préhistoire et histoire

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Des artefacts, sculptures et peintures néolithiques ont été découverts dans l'erg Issouane[18] et proviennent de la culture des bovidien. Des bifaces datant de la période acheuléenne ont également été découvertes[19]. Dans les régions sans sable du sud et surtout à l'ouest, près du mont Khannfoussa, on trouve quelques tumulus qui témoignent d'une présence néolithique[20].

Au XIXe siècle, et probablement même avant, une route commerciale traversait l'erg, suivant un chemin partant de Ouargla, passant par le Grand Erg Oriental via Zaouia Sidi Moussa (alors connue sous le nom de Temassinine) et traversant l'erg vers le sud-est. Elle se poursuivait vers l'est via l'Oued Irarraren et se terminait finalement à Ghat (sud-ouest de la Libye), à la jonction de la grande route caravanière entre Tripoli et le Sahel[21]. Au cours de ce siècle, les Touaregs du Kel Ajjer ont mené de nombreux rezzous (raids de pillards) contre les Châamba, un groupe ethnique arabe plus au nord, et vice versa, en empruntant cette route. Les deux groupes avaient l'habitude de se rendre à la zaouia de Temassinine, une tombe musulman, pour demander le succès ou rendre grâce[22]. En 1880, le colonel français Paul Flatters emprunta cette route lors d'une expédition scientifique. L'objectif était d'étudier un tracé possible pour le projet de construction d'un chemin de fer transsaharien[23]. En 1904, le fort français Flatters fut construit à l'est de Temassinine, et en 1909, le fort Polignac fut construit près de ce qui devint plus tard Illizi. Des caravanes de transport empruntaient désormais régulièrement cette route, chargées de provisions[22].

Villes et voies routières

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Juste à l'extérieur de la limite nord-ouest de l'erg se trouve la ville de Bordj Omar Driss (environ 2 760 habitants en 2020), à quelques kilomètres à l'ouest de laquelle se trouve Zaouia Sidi Moussa (environ 300 habitants). Au sud-est, la ville d'Illizi (environ 13 300 habitants en 2020) borde l'erg[24]. La route CW2 part d'Illizi et longe le bord de l'erg en passant par l'Oued Irarraren vers le nord-ouest. Plus loin, elle bifurque vers le nord et mène à Bordj Omar Driss. Cependant, les 180 derniers kilomètres environ ne sont toujours pas asphaltés (en 2025) et ne sont donc praticables qu'avec des véhicules tout-terrain.

Ressources naturelles

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Il existe deux grands gisements de gaz naturel et de pétrole au sud de Bordj Omar Driss : le gisement de Tin Fouye Tabankort[25] et le gisement d'Ain Tsila[26]. D'autres gisements de pétrole plus petits sont également exploités dans la même région. Cependant, de nombreux sites d'extraction sont déjà épuisés et ont été abandonnés. Ces sites et les routes qui y mènent disparaissent déjà sous les accumulations de sable[27]. Un gazoduc et un pipeline de gaz liquéfié relient également la frontière libyenne à Hassi Messaoud en passant par cette région[28].

Articles connexes

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Bibliographie

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  • (en) Frédéric P. Miller et Agnes F. Vandome, Erg (Landform), Inconnu, Alphascript Publishing, , 130 p. (ISBN 978-6130748845) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Muhammad Jamal El Kadiri, Tin-n-ouahr: Tome 1er: "Soldats de plomb.", Inconnu, Independently published, , 490 p. (ISBN 979-8779504454)
  • Ginette Aumassip, L'Algérie des premiers hommes, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Éditions Ibis Press, coll. « Méditerranée-Sud », , 224 p. (ISBN 978-2-7351-0932-6) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Notes et références

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Cet article est partiellement issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé en:Issaouane Erg et de l'article de Wikipédia allemand intitulé de:Erg Issaouane (voir la liste des auteurs).

  1. Carte IGN "Djanet" 1:1 million, ''Institut Géografique National'', Paris 1967
  2. (en) « Erg Issaouane », sur OpenStreetMap (OSM) (consulté le )
  3. « Tassili n'Ajjer: le site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO », saharamag.com (consulté le )
  4. (en) Paul Perron, Architecture and tectonic of Paleozoic intracratonic Basins : impact on the sedimentary record and associated geometries, Université Bourgogne, (HAL el-02284343, lire en ligne), p. 60
  5. (de) Francis Tack et Paul Robin, Dünen, Sandmeere der Wüsten, National Geographic Deutschland, (ISBN 978-3-934-38596-2), p. 23, 28, 51
  6. (en) Christopher Swezey, « Eolian sediment responses to late Quaternary climate changes: Temporal and spatial patterns in the Sahara » [PDF], sur ResearchGate, (consulté le ), p. 119, 121
  7. (de) Detlev Busche, Die zentrale Sahara: Oberflächenformen im Wandel, Gotha, Justus Perthes Verlag, (ISBN 3-623-00550-9), p. 16
  8. (en) Nicolas Lancaster, « Low latitude dune fields » [PDF], sur ResearchGate, (consulté le ), p. 2, 4
  9. (en) Ian Gordon Wilson, « Desert Sandflow Basins and a Model for the Development of Ergs » Accès limité, sur JSTOR,
  10. « Google Earth montre le flux de sable avec des dunes longitudinales et des dunes secondaires. », sur Google Earth (consulté le )
  11. (en) Mika McKinnon, « The Shifting Sands Of The Sahara Are A Lesson In Dune Dynamics », (consulté le )
  12. « Les plus hautes dunes de l'erg: dune 1 », sur OpenTopoMap (consulté le )
  13. « Les plus hautes dunes de l'erg : dune 2 », sur OpenTopoMap (consulté le )
  14. Catherine Vaudour, « Présentation des Kel‑Ajjer » [PDF], sur OpenEdition, (consulté le ), section 59.
  15. Variations moyennes de température entre le jour et la nuit dans le Sahara : En hiver : de 20 °C à 5 °C, en été : de 40 °C à 25 °C, (en) Ronald Francis Peel, « Climate of the Sahara », sur Britannica (consulté le ). (En altitudes élevées, toutes les températures sont plus basses.)
  16. (en) « Climate Data Bordj Omar Driss », sur Climate Date (consulté le )
  17. (en) « Watershed Data Report », sur Global Watersheds (consulté le )
  18. Gabriel Camps, Les civilisations préhistoriques de l'Afrique du Nord et du Sahara, Paris, Doin, (ISBN 978-2-7040-0030-2, lire en ligne), p. 306
  19. Jean Roche, « Sur quelques industries lithiques provenant du Nord-Est du Pays Ajjer », sur persée, (consulté le ), p. 247-249
  20. « Khannfoussa : Tumulus », sur OpenStreetMap (OSM)
  21. J. V. Barbier, « 1886 : Algérie, Tunisie et Sahara central (carte topographique) » [PDF], sur Université Bordeaux Montaigne, (consulté le )
  22. a et b Gabriel Gardel, Les Touareg Ajjer, Alger, Edition Baconnier, [1], p. 108 (Zaouia - mot-clé : avant d'aller piller), p. 207 (Fort Flatters), p. 251 (Fort Polignac)
  23. Henri Brosselard, Les deux missions Flatters au pays des Touareg Azdjer et Hoggar, Paris, Jouvet, (lire en ligne)
  24. (en) « Watersheds - Delineate - Report - Population », sur Global Watersheds (consulté le )
  25. (en) « Tin Fouye-Tabankort (TFT) Oil and Gas Field (Algeria) », sur WIKI Global Energy Monitor, (consulté le )
  26. (en) « Ain Tsila Oil and Gas Field », sur WIKI Global Energy Monitor, (consulté le )
  27. « Google Earth: Issaouane-n-Irarraren »
  28. (en) « Energy map of Algeria » [PDF], sur SONATRACH, (consulté le )