Estaminet

Un estaminet est, en Picardie, en Flandre française, au Luxembourg et à Bruxelles[1], en Belgique, un débit de boissons servant en général de la bière et proposant aussi du tabac et des jeux traditionnels. Les estaminets font partie du patrimoine culturel de ces régions. À Bruxelles un estaminet vieux de trois cents ans est encore ouvert[2].
Le terme a été utilisé également à Paris : Jules Lovy écrit le dans le Le Tintamarre[3] : « Le même monde qui s'épanouit aujourd'hui dans les brasseries se prélassait autrefois dans les estaminets et les cafés-caveaux ».
Aujourd'hui, le nom estaminet désigne les tavernes, auberges et brasseries typiques du Nord, qui reprennent en décoration des ustensiles anciens, et des décorations typiques, rustiques et traditionnelles, tout en servant des plats et boissons de la région.

Étymologie
[modifier | modifier le code]En 1802, l'Académie française définit l'estaminet en une formule lapidaire : « Assemblée de buveurs et de fumeurs », ayant établi le constat, a posteriori, que cette appellation nouvelle qu'on ne trouve qu'à partir du milieu du XVIIIe siècle désigne aussi le lieu où elle se tient. Il est précisé également que « Cet usage qui vient des Pays-Bas s'est propagé à Paris où l'on dit aussi Tabagie pour distinguer ces sortes d'assemblées ».
Le mot est d'origine picarde et vient de « estamet », qui désigne le pilier soutenant une salle et par extension cette salle elle-même[4].
Les estaminets au XIXe siècle
[modifier | modifier le code]Au début du XIXe siècle, et alors que dans les cafés, plus élégants, le tabac est interdit, il est permis de fumer dans les estaminets. Le mot « estaminet » était fréquemment employé avant la Première Guerre mondiale et désignait plutôt un débit de boissons, où l'on pouvait boire un verre et fumer. On y trouvait parfois, dans le même lieu, une épicerie ou un maréchal-ferrant[5], et il s'apparentait un peu à nos cafés multi-services d'aujourd'hui.
Lieu de détente par excellence des ouvriers, l'estaminet était aussi souvent le point de rendez-vous des sociétés locales, depuis les sociétés colombophiles jusqu'aux bourleux[6].
Il arrivait que les sociétés chantantes incluent dans leur nom celui de l'estaminet où elles se réunissaient. Ainsi, on peut relever à Flers : Les Amis-Réunis de l'estaminet du Pont du Breucq, à Lambersart : la Société des Rigolos Réunie à l'Estaminet de la Carnoy à Lambersart[7], à Lille : Les Amis-Réunis à l'Estaminet du Grand Quinquin, Les Amis-Réunis à l'Estaminet du Réveil-Matin, Les Bons Buveurs de l'Estaminet de l'Alliance, à Roubaix : Les Amis-Réunis à l'Estaminet du Bas Rouge à Pile[8], Les Amis-Réunis Estaminet Bauwens, Les Amis Réunis à l'Estaminet du Poète de Roubaix[9], Les Amis-Réunis à l'Estaminet tenu par Augustin Roger[10], et à Tourcoing : la Société des Amis Réunis, Estaminet du Lion-Blanc, à Tourcoing[11].
Estaminets durant la Première guerre mondiale
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Le plat anglais Egg and chips (œufs et frites) devint populaire en Grande Bretagne durant le Première guerre mondiale du fait du manque de viande. C'était un des repas favoris des Tommies au front dans le nord de la France et en Belgique. On le servait dans les estaminets, accompagné de vins et de bières bon marchés[12].
La renaissance des estaminets
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Aujourd'hui, on donne le nom d'« estaminet » à des tavernes ou auberges qui reprennent en décoration des ustensiles anciens et des décorations typiques, rustiques et traditionnelles. Du houblon pend au plafond, des images jaunies et des tableaux sont accrochés aux murs. Des bibelots, de vieilles bouteilles et des Vierpots (pots à cendre) pour allumer sa pipe, sont entassés sur la cheminée. La carte des menus présente des plats à consonance flamande comme le Waterzoï ou le Potjevleesch[13]. Au-dessus de la porte, une injonction, placée sous l'œil de Dieu, enjoint au client de ne pas blasphémer: Hier vloekt men niet[14].

Estaminets dans la culture
[modifier | modifier le code]Victor Hugo utilisa le mot « estaminet », au milieu d'autres mots wallons, dans ses nouvelles naturalistes dont l'action se déroule dans le nord de la France[15].
Estaminet est aussi le titre d'une histoire courte de Gerard Walschap.
The Estaminet est un poème d'Ivor Gurney publié dans Selected Poems about comradeship between soldiers during World War I.
L'estaminet In 't Spinnekopke a été le lauréat du Zinneke de bronze, décerné par la région de Bruxelles à des individus, des personalités, des organisations ou des sociétés jouant le rôle d'ambassadeurs non officiels de celle-ci.
Gallerie
[modifier | modifier le code]- Estaminets dans la culture
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Estaminet 'T Rijsel à Lille, dans le département du Nord.
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Vue rapprochée d'une bouteille de la bière servie à l'Estaminet 'T Kasteel Hof, à Cassel, dans le département du Nord, montrant le nom du brasseur (Brasserie de Saint-Sylvestre).
- Estaminets dans l'art
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Vimy Ridge depuis Souchez, Estaminet au milieu des ruines, peinture de 1919, par David Milne, au Musée des beaux-arts du Canada.
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"Estaminet", peinture par James Ensor (vers 1875).
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Joueurs de boules dans la cours d'un estaminet, par David Teniers le Jeune au musée des Beaux-Arts de Chartres, dans l'Eure-et-Loir, en France.
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Un estaminet - gravure par Edme Bovinet selon Adriaen van Ostade.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ object Object, « Trois estaminets qui ont su garder leur âme d’époque à Bruxelles - SoSoir », sur SoSoir - Le Lifestyle selon Le Soir, (consulté le )
- ↑ « Voici le plus vieil estaminet de Bruxelles, en activité depuis près plus de 300 ans », sur Le Bonbon (consulté le )
- ↑ Début de l'article Les cafés de Paris, Le Tintamarre, 18 avril 1858, p. 5, 2e colonne. Voir l'original de ce début d'article reproduit sur la base Commons. Le Tintamarre est un hebdomadaire parisien qui paraît de 1843 à 1912. Les années 1843 à 1888, 1891, 1893 et 1899 sont consultables sur le site Gallica de la BNF.
- ↑ Jean Dauby, Lexique du bâtiment et de la maison en « rouchi », dialecte picard du valenciennois, Études et recherches sur Saint-Amand-les-Eaux et sa région, no 9, 1987, pp. 1-9 : « À l'origine, salle soutenue par des estamets. »
- ↑ Les estaminets Site de Leers historique]
- ↑ Collectif, dir JP Wytteman, Le Nord de la préhistoire à nos jours, Bordessoules, , p. 260
- ↑ Une chanson de la Société des Rigolos Réunie à l'Estaminet de la Carnoy à Lambersart
- ↑ Le Pile est un quartier de Roubaix.
- ↑ Manière d'engager ses amis à souper, une chanson chantée dans cette goguette.
- ↑ Mentionnée dans le catalogue de l'exposition Chantons... mais en patois ! tenue du 8 juin au 1er juillet 2010 à la Médiathèque de Roubaix.
- ↑ Une chanson de la Société des Amis Réunis, Estaminet du Lion-Blanc, à Tourcoing. et une autre chanson, de la même société.
- ↑ (en) Paul Collinson, Helen Macbeth, Food in Zones of Conflict: Cross-Disciplinary Perspectives, Berghahn Books, (ISBN 978-1782384045, lire en ligne), Alternatives to the ration for British soldiers « In fact, the staple, often the only dish on the estaminets' menus was egg and chips, for which the men had an enormous passion ».
- ↑ Aude Pidoux, Les estaminets, 17 août 2007.
- ↑ Pascal Goffaux, Les estaminets, 9 décembre 2017.
- ↑ Hugo, Victor (1865). Les Misérables. J. Hetzel et A. Lacroix, Paris, l'année 1817, p. 69 : Un estaminet plein de fumée se présenta, ils y entrèrent et le reste de leur conférence se perdit dans l'ombre.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- En 1886, l'éditeur Ravet-Anceau a établi le premier inventaire des estaminets dans son Annuaire du Nord. Depuis 2005, les estaminets nordistes et belges sont répertoriés dans le Guide Ravet-Anceau des estaminets, devenu la Bible des estaminets en 2013 (Gilles Guillon, Pôle Nord Editions).
- Giuseppe Salvaggio, De A à Zinc. 700 mots pour y boire. Précis de sociolexicologie, Strépy-Bracquegnies, Le Livre en papier, , 476 p. (ISBN 978-2-9602-5311-5) (Les pages 217 à 228 sont consacrées à l'étymologie du mot « estaminet » (ISBN 978-2-9602-5310-8)).
- Jacques Messiant, Estaminets d'antan et distractions populaires, Morbecque, J. Messiant, , 84 p.
- Dominique Lobjois, Jeux d'estaminets de Flandre, préface de Jacques Messiant, Éditions Engelaere, , 176 p. (ISBN 978-2-9176-2138-7)
- Thérèse Symons, Ouvrage collectif, Estaminets et cafés. Histoires bruxelloises, BruxellesFabriques = Brusselfabriek, , 174 p. (ISBN 978-2-9602-1011-8)