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Francis Lagrange

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Francis Lagrange
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Biographie
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Décès
Activité
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Lieu de détention
Bagne des Îles du Salut (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Francis Lagrange, dit « Flag », né le à Lille et mort le à Fort-de-France, est un faussaire français, célèbre pour les fresques et les peintures qu'il a réalisées pour obtenir de meilleures conditions de vie lors de sa détention au bagne de la Guyane française (environ 18 ans).

Francis Lagrange, né à Lille le [1] est le fils d'un fabricant, restaurateur et marchand de meubles, Alphonse Lagrange[2]. Il est condamné une première fois en 1918 pour abus de confiance, puis quelques mois plus tard pour vol. Il est alors recruté comme informateur par l'Intelligence Service[2]. Lagrange s'adonne également à une autre passion : la falsification — dans un premier temps sur son identité, puis dans différents domaines, car son passe-temps favori était de contrefaire des billets de banque, des tableaux et des timbres rares. (Il copiait mieux les tableaux qu’il ne les créait et considérait donc que les falsifications d’œuvres et de timbres lui rapporteraient plus, et conviendraient mieux à ses besoins financiers.)

Début au bagne

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Condamné à 18 mois de prison en 1927, Francis Lagrange fait appel, ce qui lui vaut d'être envoyé au bagne en 1931. Débarqué à Saint-Jean-du-Maroni, le relégué matricule 14912 s'évade une première fois. Il s'évade à nouveau en 1932 et se retrouve incarcéré au Surinam. Le , il est condamné à 10 ans de travaux forcés par la cour d'assises de Cayenne et envoyé aux îles du Salut. Changeant de catégorie, il passe de relégué à transporté sous le matricule 51293. Son diminutif sur l’île est « Flag » (il signait F.Lag).

Vie au bagne

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En 1938, Francis Lagrange tente de s'évader du bagne, mais c'est un échec. Il est conduit dans un autre bagne, celui de l'île Saint-Joseph ou sur l'île du Diable. Il obtient de meilleures conditions de vie en peignant les chambres des surveillants. Il échappe en grande partie à l’enfer des cachots en ne réintégrant sa cellule que la nuit, et reçoit un traitement de faveur avec une meilleure nourriture que celle que recevaient ses compagnons.

Après quelques mois passés sur l’île Saint-Joseph ou l’île du Diable, il est à nouveau rapatrié sur l’île Royale. Pour jouir de meilleures conditions de vie, il met à profit ses talents. Il décore la chapelle de l’île, et peint des fresques sur les murs de l’hôpital. (Entre 1946 et 1976, la chapelle et l'hôpital n’étant pas entretenus, ses œuvres se sont délabrées ; la rénovation de la chapelle (classée monument historique)[3] commencée dans les années 1980, elle est encore en cours aujourd'hui[Quand ?][4].) N’ayant pas perdu la main, le faussaire se remet à l’œuvre et copie des documents avec la complicité de certains gardiens, ce qui lui permet d’obtenir quelques privilèges supplémentaires. Il continue à peindre également, représentant la vie quotidienne du bagne dans une trentaine de tableaux. Ses compagnons apprécient davantage ses peintures de femmes nues et les scènes érotiques qu’il peint en quelques minutes.

En 1946, il est libéré et vit en reproduisant des cartes postales et en peignant des tableaux qui se vendent assez bien, étant donné son bon sens du commerce. Afin de plaire à une clientèle attirée par le côté sulfureux du bagne, il adopte un style volontairement naïf, « l’art bagnard », qui se résume à peindre des scènes de la vie du bagne.

Un Néerlandais

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Un jour[Quand ?][Où ?], un Néerlandais lui demande de copier des tableaux. Il le paye avant que le travail soit commencé. Le faussaire accepte, et dépense tout l’argent en galante compagnie, sans effectuer le travail, ce qui énerve son commanditaire qui le dénonce et le fait incarcérer pendant trois ans dans les prisons néerlandaises pour tentative d’émission de fausse monnaie. Les amis de « Flag », pour le venger, promettent au Néerlandais un travail de décoration à Albina (ville du Surinam, située à la frontière de la Guyane, en face de la ville de Saint-Laurent-du-Maroni), où ils le livrent à la police néerlandaise.

Après le bagne

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En 1949, après avoir fini sa peine, Francis Lagrange rentre en Guyane, à Cayenne, avec une dame créole qu’il a rencontrée. Il continue d’effectuer divers travaux de décoration. Soupçonné de contrefaçon, il ne se fait pourtant jamais prendre.

Les propriétaires d'une base militaire en Guyane décident de construire un aéroport, l’aéroport de Rochambeau. Un militaire, s’intéressant à la vie et aux œuvres de « Flag », l’emmène aux États-Unis. Il y expose quelques toiles et publie un livre autobiographique, intitulé Flag on Devil's Island (« Flag sur l'île du Diable »), dont il prétend avoir vendu 500 000 exemplaires.

Francis Lagrange termine sa vie en Martinique, après être rentré des États-Unis sans la fortune espérée. Il meurt le à Fort-de-France.

Notes et références

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  1. Acte de naissance AD59 (p. 474/635)
  2. a et b Biographie sur Criminocorpus
  3. Notice no PA00105899, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  4. 2éme tranche de restauration Fondation du patrimoine

Articles connexes

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Bibliographie

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  • Eugène Épailly, Francis Lagrange : Bagnard, faussaire génial, , 171 p.
  • François Macé de Lépinay et Isabelle Stetten, « Les peintures de Lagrange à la chapelle de L'île Royale », Monumental. Revue scientifique et technique des monuments historiques,‎ , p. 160-161.
  • Francis Lagrange et éd. Jean-Marc Delpech, Flag et les filles de Loth, , 56 p.

Liens externes

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