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Front franc

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Front franc
Jean Boissel dans les années 1930.
Histoire
Fondation
Septembre 1936
Dissolution
1943
Prédécesseur
Légion Frontiste
Cadre
Type
Pays
Organisation
Effectif
150
Fondateur
Secrétaire général
Auguste Féval
Organisme affilié
Ligue antijuive universelle, Front anti-juif
Branche
Corps francs
Idéologie
Publication
Le Réveil du Peuple

Le Front franc est un groupuscule antisémite et collaborationniste fondé en 1936 par Jean Boissel.

Fondation et débuts (1936-1940)

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Successeur de la Légion Frontiste, le Front franc est lancé par Jean Boissel en septembre 1936[1]. Bien que groupusculaire, le groupe acquiert une forme d'audience à la suite des multiples condamnations de Boissel et de ses collaborateurs pour antisémitisme et provocation à la haine raciale dans les colonnes du journal Le Réveil du Peuple, petite feuille virulente paraissant de façon irrégulière et dont la gestion se révèle chaotique. Restant sans influence notable durant toute l'entre-deux guerre, le groupuscule attire malgré tout dans ses rangs quelques déçus de la Solidarité Française[1].

D'un antisémitisme extrême et d'un racisme copié sur celui du nazisme, le Front franc se revendique « antimaçonnique, antiparlementaire et antijudéométèque » et réitère à de multiples reprises ses principes antijuifs et racistes notamment dans son programme publié le 1er septembre 1936 : « Le Front franc n'est pas antisémite, mot d'invention juive pour créer des confusions intolérables, il est antijuif, il est contre tous les Juifs, les bons Juifs n'étant qu'une rare exception. Le Front franc est raciste. Il veut que les enfants voient couler dans leurs veines du sang "franc", non du jus de métèque ou du suint de youpin »[1]. En février 1938, le Front franc publie sa « charte antijudéo-maçonnique » dont le but est ainsi précisé : « Mettre fin et par tous les moyens aux méfaits du Peuple juif uniquement destructeur, et coupable, entre autres, de vols, de crimes et de guerres »[2].

Groupuscule collaborationniste

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Après la perquisition de son domicile le 2 octobre 1939, Boissel est arrêté par les autorités pour intelligence avec l'ennemi et emprisonné[1]. Après sa libération par les allemands le 13 juillet 1940, Boissel réorganise le Front franc en novembre 1940 (même si il faudra attendre 10 juillet 1941 pour en trouver la mention officielle)[3] et relance Le Réveil du Peuple dont les collaborateurs se confondent avec les cadres du mouvement[1]. Dans le même temps, Auguste Féval, ancien de la Solidarité française, est nommé secrétaire général (et rédacteur en chef du journal) et Maurice Boissel, fils de Jean Boissel, obtient le titre de « surveillant chef »[1]. Un service d'ordre est également crée, les « Corps francs », dont les membres portent un uniforme et son munis d'un fouet à chien.

Disposant d'effectifs très réduits, la Préfecture de police évaluera au moins 150 membres, effectifs qui diminueront avec l'engagement de certains militants sur le Front de l'Est après la fondation de la LVF[1]. L'entrée dans le mouvement exige un parrainage et le paiement d'une cotisation annuelle de 5 francs pour les militants, 50 francs pour les sympathisants et 100 francs pour les bienfaiteurs[3].

Suite à la mauvaise gestion du Réveil du Peuple ayant entrainé un déficit de 450 00 francs et des dissensions internes, Roger Cazy et Auguste Féval tentent de scissionner en juin 1941[1]. Pendant une vingtaine de jours, ils interdisent l'entrée à Boissel et ses partisans l'accès aux locaux du Front franc qui essaieront de s'en emparer par la force le 1er juillet 1941. Après une bagarre et plusieurs blessés, la police intervient et rétablie l'ordre[1]. Par la suite, Roger Cazy s'en prendra à Boissel l'accusant de déséquilibre mental, accusations qui le mèneront devant le tribunal civil de la Seine par l'accusé[1].

En décembre 1941, Maurice Laschett, nouveau secrétaire général, transmet une circulaire aux membres indiquant que le Front franc avait « enfin déjoué le complot qui s'était tramé contre lui et qu'il continue sa marche à un moment ralentie ». Les militants restent cependant indifférents et finissent pour la plupart par se tourner vers d'autres formations comme le Francisme de Marcel Bucard[1].

Disparition

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Se retrouvant ainsi très isolé, Jean Boissel continue son activité en nommant son fils secrétaire général d'un « Front des jeunes » et en fondant, à l'automne 1942, une « Union des Forces Françaises »[3]. Cependant, malgré une subvention mensuelle de l'Allemagne (15 000 francs), le Front franc cesse d'exister de fait à la fin de l'année 1943[1].

Notes et références

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  1. a b c d e f g h i j k et l Pierre-André Taguieff, Grégoire Kauffmann, Michael Lenoire, L'antisémitisme de plume 1940-1944, Berg International Editeur, (lire en ligne)
  2. Pierre-André Taguieff, « L'invention du « complot Judéo-Maçonnique » : avatars d'un mythe apocalyptique moderne », Revue d’Histoire de la Shoah, no 198,‎ , p. 73 (lire en ligne)
  3. a b et c Pierre Philippe Lambert, Gérard Le Marec, Partis et mouvements de la collaboration : Paris 1940-1944, Jacques Grancher, (lire en ligne)

Bibliographie

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