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Gadagne

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Gadagne
Image illustrative de l’article Gadagne
Bouteille de côtes-du-rhône-villages Gadagne.

Désignation(s) Gadagne
Appellation(s) principale(s) côtes-du-rhône-villages
Type d'appellation(s) dénomination au sein d'une AOC / AOP
Reconnue depuis 2012
Pays Drapeau de la France France
Région parente vignoble de la vallée du Rhône
Sous-région(s) vallée du Rhône méridionale
Localisation Vaucluse
Saison deux saisons sèches (hiver et été) et deux pluvieuses (automne et printemps)
Climat tempéré méditerranéen sous influence du mistral
Sol galets roulés, terres graveleuses et sols sablonneux
Superficie totale 250 hectares
Superficie plantée 117 hectares (en 2024)[1]
Nombre de domaines viticoles 3 coopératives et 8 domaines particuliers
Cépages dominants grenache N[2], syrah N, mourvèdre N, etc.
Vins produits rouges
Production 3 442 hl (en 2024)[1]
Pieds à l'hectare min. 4 000 pieds par ha, soit max. 2,5 m2 par pied[3]
Rendement moyen à l'hectare 29 hl/ha (en 2024)[1]
Site web gadagne.fr

Un gadagne[4], ou côtes-du-rhône-villages Gadagne, est un vin, protégé par une AOC, produit sur les communes de Châteauneuf-de-Gadagne, Caumont-sur-Durance, Morières-lès-Avignon, Saint-Saturnin-lès-Avignon et Vedène, dans le département de Vaucluse.

Il s'agit d'une des 21 dénominations géographiques au sein de l'appellation d'origine contrôlée (AOC) côtes-du-rhône-villages.

Devant la cave de Morières, borne pontificale médiévale marquant la limite entre l'état d'Avignon et le Comtat Venaissin

Le premier lieu-dit de ce terroir est identifié en 1216 dans un acte qui cite les vignes de Vaulongue (Vallée longue)[5]. Les seigneurs décimateurs étaient les Giraud Amic qui possédaient sur place lou tinau dou seignour (le tinel du seigneur) et le prieur du village dont la « maison de la dîme » possédait quatre caves et un grand cellier[6].

Ce fut en 1399 qu'eut lieu la première réglementation connue sur la vente des vins. Des actes d'achats du bono vino de Castro Novo sont datés de 1434 et 1446[5].

Le « Châteauneuf de Monsieur Giraud » fait les délices, à Rome, de la table du cardinal Cristoforo Madruzzo, prince-évêque de Trente, en 1561 et de celle du cardinal Georges d'Armagnac, colégat d'Avignon, en 1582[5]. En 1587, Dominique Grimaldi, vice-légat d'Avignon, fournit sa cave pour l'année[7].

En 1577, le même, qui était alors recteur du Comtat Venaissin, était à sa quatrième année de siège devant Ménerbes. Au milieu de l'été, il fit savoir qu'il allait ordonner la réquisition des chevaux pour tirer de l'artillerie afin de bombarder la place forte des religionnaires. Les notables avignonnais, propriétaires à Châteauneuf s'inquiétèrent. Le 28 août, ils demandèrent et obtirent de Jacques de Simiane, baron du lieu, de décréter la levée du ban des vendanges. Celles-ci purent donc commencer avec une semaine d'avance[8].

Période moderne

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Le , le Conseil de Ville proteste contre l'entrée de vins étrangers à la commune. Les conseillers font valoir que ces « MM. du Parlement de Paris et de Lyon, qui chaque année se fournissent sur place, il importe de conserver leur crédit »[7].

À Châteauneuf-de-Gadagne des textes notariés, entre 1780 et 1788, signalent ce qu'est le vignoble aux quartiers de Font-Sagune, de Fouteisson, de Vaulongue et du chemin d'Avignon. Il s'agit de « vignes verger », où ceps et arbres fruitiers sont mêlés[7].

Durant tout le XVIIIe siècle, à Châteauneuf-de-Gadagne le prix des vignes est supérieur à celles de Châteauneuf-du-Pape[7].

Rendement à l'hectare au début du XIXe siècle[9]
Année Superficie (ha) Volume (hl) Rendement (hl/ha)
1811 289 1 150 31
1813 312 1 600 51

Le ban des vendanges a été en usage jusqu'en 1859[8]. Ce fut vers cette époque qu'un maire du village signala au préfet de Vaucluse, la façon dont les vignerons du cru protégeaient leurs vignes :

« Depuis quelques années et régulièrement à l'approche de la maturité du raisin, il se répandait parmi le peuple de ma commune des bruits d'apparitions, tantôt de serpents prodigieux, tantôt d'autres objets de frayeurs qui répandaient la terreur parmi les femmes et les enfants et qui garantissaient une partie du territoire de Gadagne et principalement le quartier de la montagne, qui n'est presque que de vignes, du grappillage et de la dévastation. Cette année, le salutaire épouvantail a changé de forme et de nature. Un homme s'est montré plusieurs fois dans les vignobles de la montagne sous différents costumes mais principalement vêtu de blanc, tantôt ayant le visage couvert d'une espèce de capuchon, tel celui que portent les pénitents des diverses confréries, tantôt ayant autour de la tête un linge formant une espèce de turban dont il se couvre et découvre la figure à volonté et qui, de cet accoutrement, a acquis le nom d'homme blanc chez les femmes et les enfants[10]. »

Période contemporaine

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Vignoble expérimental du Syndicat général des vignerons des Côtes du Rhône.
Panneau indicatif des « Terres d'Avignon ».

Cave coopérative fondée en 1929[9] ; aujourd'hui, les « Terres d'Avignon ».

Implantation, sur le plateau de Campbeau, du vignoble expérimental du Syndicat général des vignerons des Côtes du Rhône.

Depuis le [11], les vins rouges produits dans les communes de Caumont-sur-Durance, Châteauneuf-de-Gadagne, Morières-lès-Avignon, Saint-Saturnin-lès-Avignon et Vedène peuvent, désormais, bénéficier de l'appellation côtes-du-rhône-villages avec nom de commune. À noter que le nom initialement revendiqué était le nom d'un des villages de cette zone (Châteauneuf-de-Gadagne), mais les producteurs ont dû renoncer à cette appellation à la suite d'une longue procédure contre les producteurs de Châteauneuf-du-Pape[12]. Il s'agit d'une dénomination géographique au sein de l'appellation d'origine contrôlée (AOC) côtes-du-rhône-villages, dans la partie méridionale du vignoble de la vallée du Rhône. Son vignoble est situé sur la rive droite du Rhône. Du XIVe siècle au XVIIIe siècle sa renommée fut telle qu'elle dépassait celle de châteauneuf-du-pape[5].

Le cahier des charges de l'appellation côtes-du-rhône-villages a été modifié en novembre 2024[3].

Aire de production

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Images externes
Cartes cadastrales de la dénomination
Orthophotos du parcellaire de la dénomination

L'aire de production se situe dans la partie française de la vallée du Rhône, au sud du département de Vaucluse, sur les communes de Châteauneuf-de-Gadagne, Caumont-sur-Durance, Morières-lès-Avignon, Saint-Saturnin-lès-Avignon et Vedène.

Cette dénomination est la plus méridionale de la rive gauche du fleuve, juste à l'est de l'agglomération d'Avignon.

Orographie et géologie

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Son terroir couvre une colline dominant la vallée du Rhône, là une arête rocheuse de calcaire urgonien a retenu un énorme agglomérat de galets de quartzite, roulés par le fleuve. Englués dans une matrice rouge d'argile décomposée, ils constituent de terrasses alluvionnaires où a été implantée la vigne.

Sol de sable et de galets roulés.
Sol de quartzites (galets roulés).

Avec des composantes argileuses et argilo-calcaires sur certaines parcelles, ses 180 hectares sont composés de trois types de sols :

  • galets roulés ;
  • terres graveleuses ;
  • sols sablonneux.

Située dans la zone d’influence du climat méditerranéen et balayé par le mistral, c'est l'un des secteurs le plus sec de la vallée du Rhône avec 2 800 heures d'ensoleillement par an. Le vignoble profite d'étés chauds et secs, liés à la remontée en latitude des anticyclones subtropicaux, entrecoupés d’épisodes orageux parfois violents. Les hivers sont doux, avec des précipitations peu fréquentes et la neige rare.

Relevés à Avignon 1991-2020
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) 2,4 2,7 5,5 8 11,8 15,8 18,2 17,8 14,3 10,9 6,4 3,1 9,7
Température moyenne (°C) 6,5 7,5 11 13,7 17,8 22 24,7 24,4 20 15,8 10,5 7,1 15,1
Température maximale moyenne (°C) 10,7 12,2 16,4 19,5 23,8 28,3 31,3 30,9 25,8 20,6 14,5 11 20,4
Nombre de jours avec gel 9,2 7,1 2 0,1 0 0 0 0 0 0,1 2 7,9 28,4
Précipitations (mm) 52,3 36,7 37,1 64,3 55,6 39 29,4 38,4 100,2 89,9 94,1 42,7 679,7
Source : www.infoclimat.fr : Avignon-INRA (1991-2020)[13].
Diagramme climatique
JFMAMJJASOND
 
 
 
10,7
2,4
52,3
 
 
 
12,2
2,7
36,7
 
 
 
16,4
5,5
37,1
 
 
 
19,5
8
64,3
 
 
 
23,8
11,8
55,6
 
 
 
28,3
15,8
39
 
 
 
31,3
18,2
29,4
 
 
 
30,9
17,8
38,4
 
 
 
25,8
14,3
100,2
 
 
 
20,6
10,9
89,9
 
 
 
14,5
6,4
94,1
 
 
 
11
3,1
42,7
Moyennes : • Temp. maxi et mini °C • Précipitation mm

Encépagement

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Le cahier des charges de l'appellation autorise un total de 24 cépages différents pouvant être utilisés pour produire du côtes-du-rhône-villages, mais avec des restrictions.

Pour produire ce vin rouge, il y a trois « cépages principaux » (constituant ensemble au minimum 80 % de l'encépagement) : le grenache N[2] (minimum 40 %), le mourvèdre N et la syrah N (ces deux derniers minimum 25 %). Ils peuvent être complétés par les « cépages accessoires » (dans la limite de 20 % ; pour les cépages blancs, ils ne doivent pas dépasser les 5 % pour la production de vin rouge) que sont le bourboulenc B, le brun argenté N (localement dénommé camarèse ou vaccarèse), le carignan N, le cinsaut N, la clairette B, la clairette rose Rs, la counoise N, le grenache blanc B, le grenache gris G, la marsanne B, le muscardin N, le piquepoul blanc B, le piquepoul noir N, la roussanne B, le terret noir N, l'ugni blanc B et le viognier B. S'y rajoutent les « variétés d'intérêt à fin d'adaptation » (VIFA, limitées à 5 %) : le carignan blanc (de) B, le floréal (de) B, le rolle B et le vidoc (de) N[3].

Le rendement est limité par le cahier des charges de l'appellation à un maximum de 41 hectolitres par hectare pour les différentes dénominations (44 pour le côtes-du-rhône-villages sans dénomination). Chaque année, ce rendement maximum peut être modifié à la hausse ou à la baisse par un arrêté du ministère de l'Agriculture, dans la limite des rendements butoirs de l'appellation, fixés à 45 hl/ha pour les dénominations (50 sans)[3].

Vinification en rouge

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Cuves de vinification en béton
Cave de vieillissement en foudre

La vinification en rouge consiste à faire un pressurage après que la fermentation a commencé. Pendant toute cette phase, le moût est en contact avec les matières solides de la vendange. Celles-ci sont très riches en tanins, matières colorantes, odorantes, minérales et azotées. Ces substances vont alors se dissoudre plus ou moins dans le moût et se retrouver dans le vin[14].

C'est la cuvaison pendant laquelle les sucres se transforment en alcool (fermentation alcoolique) et le jus se voit enrichi par les composants du moût. Plus la macération est longue, plus la coloration du vin sera intense[14]. Se disolvent également les tanins, leur taux sera aussi fonction du temps de la cuvaison. Plus elle sera longue, plus les vins seront aptes à vieillir. Durant cette phase, se produit une forte élévation de la température. Celle-ci est de plus en plus contrôlée par la technique de maîtrise des températures[15] .

Principaux producteurs

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Ils se répartissent entre producteurs en caves indépendantes et coopératives[16].

Cave coopérative

Terres d’Avignon (Morières-les-Avignon, cave de vinification, et ses antennes de Châteauneuf-de-Gadagne et du Thor)

Domaines

Château de Fontsegugne (Châteauneuf-de-Gadagne)
Domaine Benoit (Châteauneuf-de-Gadagne)
Domaine de la Chapelle (Châteauneuf-de-Gadagne)
Domaine des Garriguettes (Châteauneuf-de-Gadagne)
Domaine des Pentelines (Vedène)
Domaine du Bois de Saint Jean (Jonquerettes)
Domaine du Grand Plantier (Vedène)
Le Clos des Saumanes (Châteauneuf de Gadagne)

Place parmi les côtes-du-rhône-villages

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Les côtes-du-rhône-villages avec dénomination géographique
Dénomination (année d'obtention)[17] Superficie
2024 (ha)
Production
2024 (hl)
Liste des communes[3]
chusclan (1967) 200 6 795 Bagnols-sur-Cèze, Chusclan, Codolet, Orsan et Saint-Étienne-des-Sorts.
gadagne (2012) 117 3 442 Caumont-sur-Durance, Châteauneuf-de-Gadagne, Morières-lès-Avignon, Saint-Saturnin-lès-Avignon et Vedène.
massif-d'uchaux (2005) 161 4 048 Lagarde-Paréol, Mondragon, Piolenc, Sérignan-du-Comtat (en partie) et Uchaux.
nyons (2020) 73 2 713 Mirabel-aux-Baronnies, Nyons, Piégon et Venterol.
plan-de-dieu (2005) 1 219 41 793 Camaret-sur-Aigues, Jonquières, Travaillan (en partie) et Violès.
puyméras (2005) 15 486 Mérindol-les-Oliviers, Mollans-sur-Ouvèze, Faucon, Puyméras et Saint-Romain-en-Viennois.
roaix (1967) 125 3 682 Roaix.
rochegude (1967) 124 3 067 Rochegude.
rousset-les-vignes (1969) 21 590 Rousset-les-Vignes.
sablet (1974) 351 10 756 Sablet.
saint-andéol (2017) 56 1 658 Bourg-Saint-Andéol, Saint-Just-d'Ardèche, Saint-Marcel-d'Ardèche et Saint-Martin-d'Ardèche.
saint-gervais (1974) 71 2 327 Saint-Gervais.
saint-maurice (1967) 106 3 313 Saint-Maurice-sur-Eygues.
saint-pantaléon-les-vignes (1967) 21 680 Saint-Pantaléon-les-Vignes.
sainte-cécile (2016) 301 9 489 Suze-la-Rousse (en partie), Tulette (en partie), Sainte-Cécile, Sérignan-du-Comtat (en partie) et Travaillan (en partie).
séguret (1967) 485 14 361 Séguret.
signargues (2005) 513 17 410 Domazan, Estézargues, Rochefort-du-Gard et Saze.
suze-la-rousse (2016) 183 4 978 Bollène, Bouchet, Suze-la-Rousse (en partie) et Tulette (en partie).
vaison-la-romaine (2016) 188 6 214 Buisson, Saint-Marcellin-lès-Vaison, Saint-Roman-de-Malegarde, Vaison-la-Romaine et Villedieu.
valréas (1967) 457 11 855 Valréas.
visan (1966) 547 15 603 Visan.

Notes et références

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  1. a b et c « Encyclopédie des vins AOC du Rhône et vallée du Rhône 2025 » [PDF], sur vins-rhone.com, p. 28-29.
  2. a et b Le code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rs = rose, G = gris.
  3. a b c d et e « Cahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « CÔTES DU RHÔNE VILLAGES » » [PDF], homologué par l'arrêté du publié au JORF du .
  4. Le nom d'un vin est un nom commun, donc il s'écrit en minuscules ; cf. les références sur la façon d'orthographier les appellations d'origine.
  5. a b c et d Bailly 1972, p. 57.
  6. Bailly 1972, p. 15.
  7. a b c et d Bailly 1972, p. 58.
  8. a et b Bailly 1972, p. 27.
  9. a et b Bailly 1972, p. 59.
  10. Bailly 1972, p. 24-25..
  11. Décret du 30 octobre 2012
  12. Jean Calabrese, « Gadagne gomme son château et se fait un nom dans les villages », La Provence,‎ (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  13. « Normales 1991-2020 de la station d'Avignon », sur infoclimat.fr.
  14. a et b Colette Navarre, L'œnologie, Paris, Éd. J.B. Baillière, coll. « Agriculture d'aujourd'hui », , 302 p. (ISBN 2-85206-431-6), p. 131.
  15. Navarre 1988, p. 132.
  16. Les producteurs de gadagne
  17. « L'AOC Côtes du Rhône Villages », sur vins-rhone.com.

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Bibliographie

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  • Robert Bailly, Histoire du vin en Vaucluse, Avignon, F. Orta, , 145 p. (ISBN 9782903044312).

Liens externes

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Articles connexes

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