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Gilbert Nowina

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Gilbert Nowina
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 84 ans)
ClamartVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Gilbert Isidore NowinaVoir et modifier les données sur Wikidata
Activité
Autres informations
Parti politique

Gilbert Nowina, né le dans le 5e arrondissement de Paris et mort le à Clamart (Hauts-de-Seine)[1] est un militant socialiste et pacifiste français et une figure du monde des anciens combattants de gauche.

Famille et métier

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Gilbert Isidore Nowina est le fils de Mosick Gedalia Nowina (mort en 1921) et de Flore Genzberger[2] (morte en 1925). Il a un frère cadet, Roger (1895-1980), militant socialiste comme lui[3],[4].

Il épouse en mars 1918 Marie Augustine (dite Micheline) François[2] et fonde la même année avec son frère Roger une maison de commerce en vins[5]. Il est ensuite agent commercial à Paris où il réside, pour des tanneries à partir de 1932 puis pour les laboratoires scientifiques de la Madeleine, de la Madeleine-les-Lille (Nord)[2].

Militant socialiste et pacifiste

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Militant socialiste depuis sa jeunesse, membre de la SFIO depuis 1909, actif aussi à la Ligue des Droits de l'Homme, il s'engage dans l'action pacifiste des anciens combattants après la Première guerre mondiale, à laquelle il participe, ce qui lui vaut deux blessures et des décorations. Il a été blessé à la cuisse en septembre 1914 en Argonne, par balle, et à la lèvre et à la joue en mars 1915 par des éclats d'obus. Il est versé dans le service auxiliaire en 1916 et est reconnu comme invalide de guerre[2].

Actif au sein de l'Association républicaine des anciens combattants (ARAC), qui rassemble des anciens combattants politisés de gauche comme l'indique l'adjectif « républicain », il quitte cette dernière organisation lorsque les communistes deviennent majoritaires au sein des instances de direction[5]. Il participe en 1922 à la fondation de la Fédération nationale des combattants républicains (FNCR) d'André Jacques Fonteny et devient l'un de ses vice-présidents. Il rompt en 1927 avec Fonteny, exclu de la SFIO, et met publiquement en cause son honneur et son honnêteté[6]. Il contribue ensuite à la fondation d'une fédération autonome des combattants républicains dont il est l'un des vice-présidents[7]. Il crée ensuite à la fin de l'année 1930, avec le député Camille Planche, la Ligue des anciens combattants pacifistes (LACP)[8], dont il est d'abord le secrétaire général[9],[10],[11], jusqu'en juin ou juillet 1932[12]. Il préside sa fédération du département de la Seine (région parisienne) jusqu'en 1937[13]. Elle a été constituée en 1932. Il est aussi président de sa section du 10e arrondissement[14] et l'un des vice-présidents de la LACP[2], du congrès d'avril 1933[15] à la disparition de l'organisation en 1940, et l'un de ses principaux animateurs[10]. La LACP combat toute forme de nationalisme et préconise le désarmement[16].

Son nom apparaît dans la presse généraliste et les journaux d'opinion en 1931 et 1932 lorsqu'il est traduit en justice devant un tribunal correctionnel pour avoir dirigé un service d'ordre musclé le 29 mars 1931, composé de membres de la LACP, qui n'a pas hésité à fesser en public deux spectateurs qui troublaient la pièce L'Affaire Dreyfus de Jacques Richepin (traduite d'une pièce allemande), jouée à Paris au théâtre de l'Ambigu. Une des toutes premières actions publiques de la LACP a consisté à protéger le théâtre et ses spectateurs contre les Camelots du roi de l'Action française, nationaliste et antisémite, et les Croix-de-Feu qui tentaient d'interrompre les représentations, depuis février 1931[17],[18],[19],[20],[21]. Nowina est pour L'Action française le « juif Nowina »[22]. La fédération de la Seine de la LACP qu'il préside organise en 1934 un meeting pour demander la dissolution des Croix de Feu[23].

À l'échelle internationale, il est aussi un des membres du comité exécutif français de la Conférence Internationale des Associations des Mutilés de guerre et Anciens Combattants (CIAMAC), à laquelle adhère la LACP aux côtés d'autres fédérations françaises (Union fédérale, FNCR, Poilus d'Orient, Blessés du poumon, etc.[24]) et qui rassemble des associations d'anciens combattants de divers pays, y compris des anciens combattants allemands et autrichiens[25], à la différence d'une organisation semblable, la Fédération interalliée des anciens combattants (FIDAC). Il participe dès lors à plusieurs congrès internationaux[5], afin d'y préconiser le combat pacifiste et le désarmement[26]. Nowina se réjouit en 1933 de voir la FIDAC rejoindre la CIAMAC dans un congrès international commun, à Genève (où siège la SDN et se tient la conférence mondiale pour le désarmement), au mois de mars. Il y assiste et en donne un compte rendu, soulignant qu'Hitler, au pouvoir en Allemagne depuis le 30 janvier 1933, a empêché les anciens combattants allemands d'y prendre part[27].

Camille Planche est son parrain dans l'ordre de la Légion d'honneur quand Nowina est fait chevalier de la Légion d'honneur en 1936, au temps du Front populaire[2]. Il reçoit la croix en tant qu'ancien combattant, trésorier de la commission exécutive française de la CIAMAC[28].

Au sein de la SFIO, il est, lors du congrès de Tours de 1920, partisan de la motion présentée par Jean Longuet[5], à l'instar de son frère Roger[29]. Il est un temps secrétaire de la section du 10e arrondissement, à partir de 1922, et membre de la commission exécutive de la fédération de la Seine[5]. Candidat malheureux à une élection municipale partielle en 1924[30] et aux municipales de 1925 à Paris[5],[31], il est membre du conseil d'administration du quotidien socialiste Le Populaire à la fin des années 1920 et au début des années 1930[5].

Dans Le Populaire, en 1937 et 1938, il rappelle son action en faveur d'une réconciliation franco-allemande au sein du mouvement combattant et la répression menée par Hitler contre les anciens combattants allemands liés à la CIAMAC dès 1933. Il dénonce le rapprochement entre l'Allemagne d'Hitler, belliqueuse, et des anciens combattants liés à la FIDAC qui, avant 1933, refusaient de discuter avec des Allemands : il attaque surtout Jean Goy et Jean Desbons et leur nationalisme « hypocrite ». Il critique ceux qui veulent « faire de nouvelles avances, de nouvelles concessions aux dictateurs de Berlin et de Rome ». Il exonère le dirigeant de l'Union fédérale, Henri Pichot, d'avoir cru « travailler à la consolidation de la Paix » avec ce rapprochement. Il dénonce aussi le comité France-Allemagne et le comité France-Italie ainsi que les « tortures sauvages » subies par les Juifs allemands. Dès lors, travailler à la paix avec l'Allemagne nazie est une « duperie »[32]. En octobre 1938, au lendemain des accords de Munich, il signe une pétition initiée par le directeur d'un journal de gauche, Georges Boris, en faveur de la République tchécoslovaque, estimant que « la paix ne peut pas être séparée du droit et de la liberté » et que les signataires souffrent de « l'injuste sacrifice imposé » à la Tchécoslovaquie[33]. Sa signature le distingue des pacifistes intégraux. Il aurait préféré de la part du gouvernement français une politique de fermeté face à Hitler[34].

Il intègre en 1938 le conseil d'administration de l'« Amicale des Anciens du parti »[35], fondée en 1936. Cette amicale devient un groupe officiel en 1938[8].

Nowina est franc-maçon (loge La Fidélité)[36].

Seconde Guerre mondiale

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Sous l'Occupation, il rejoint le Comité d'action socialiste clandestin de la zone occupée[37]. C'est un résistant[38],[2].

En août 1945, au congrès de la SFIO reconstituée, cet ancien pacifiste tient un discours germanophobe fondé sur la dénonciation des « horreurs des camps allemands, trop mal connues encore »[39].

Il est promu en 1948 officier de la Légion d'honneur en tant que président de la Fédération des anciens combattants de la Résistance[2].

Président de l'amicale des vétérans de la SFIO, 1945-1975

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Nowina n'exerce plus de rôle exécutif au sein de la SFIO à partir de la Libération. Il se porte candidat sans succès au comité directeur du parti en 1950 et 1959[5].

Mais il joue un rôle tutélaire au sein de la SFIO puis du Parti socialiste (PS) qui lui succède en 1969, en tant que président et principal animateur du groupement national des « Anciens du parti » socialiste[40]. Il préside ce groupement de janvier 1945 à juin 1946[41] puis à nouveau de mars 1947[42] à 1975[43]. Regroupant des militants ayant au moins 25 années de présence dans le parti[44], le groupement rassemble des membres âgés mais aussi d'autres qui sont encore en pleine activité politique, tel Vincent Auriol. L'association était invitée, en la personne de son président, à tous les congrès à partir de 1949[45]. Nowina y était très régulièrement présent, et intervenait parfois. L'amicale vise à aider les membres de la SFIO dans le besoin et surtout à sauvegarder la mémoire socialiste[45]. Sous la présidence de Nowina, les « Anciens du parti » fêtent les anniversaires de ses membres éminents[46], tel les 75 ans de Léon Blum[47], membre de l'amicale, commémorent ceux des disparus, comme Jaurès[48], publie un périodique, Le Vétéran socialiste, lancé en 1949, et s'active pour que le nom de leaders socialistes soit attribué à des noms de rue[49]. L'association s'essouffle à partir du milieu des années soixante, malgré les efforts de Nowina[44].

Ce dernier appuie la politique de Guy Mollet en 1956, notamment dans l'Algérie française et en Egypte (crise du canal de Suez), et se montre ouvertement anticommuniste, reprochant notamment au PCF sa « trahison » en 1939 et le fait de ne pas être un parti démocratique[50].

L'amicale déplore l’abandon de l’étiquette « SFIO » et se méfie de la nouvelle direction du PS, avec l'arrivée à sa tête de François Mitterrand en 1971. Elle est hostile au Programme commun de la gauche[51].

Attaché à l'identité historique de la SFIO, il quitte le Parti socialiste peu après son unification au congrès d'Epinay de 1971[5].

Distinctions

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Notes et références

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  1. « Année 1893, 5e arrondissement, acte de naissance n° 1577, cote V4E 8350, vue 12/22 », Archives de Paris (consulté le )
  2. a b c d e f g et h Dossier de la Légion d'honneur de Gilbert Nowina dans la base Léonore
  3. Maitron en ligne
  4. Le Populaire, 15 novembre 1920 (Lettre de R. Nowina), Le Populaire, 15 mai 1924
  5. a b c d e f g h et i Maitron en ligne : Lire en ligne
  6. « La crise de la Fédération des combattants républicains : Le cas Fonteny », Le Populaire, ,
    Gilbert Nowina, « "Il faut démasquer M. Fonteny" », Le Populaire, ,
    « Le Populaire a reçu de M. Fonteny la lettre suivante », Le Populaire, ,
    « Une résolution de la C.I.A.M.A.C. », Le Populaire,
  7. Le Populaire, 4 décembre 1927
  8. a et b Fabrice d'Almeida, Histoire et politique, en France et en Italie : L'exemple des socialistes, 1945-1983, École française de Rome, Rome, 1998, p. 365 : Lire en ligne
  9. « Un appel de la Ligue des anciens combattants pacifistes », Le Populaire, 27 janvier 1931
  10. a et b Maitron en ligne : Lire en ligne (La notice confond la LACP et la LICP (Ligue internationale des combattants de la paix).
  11. Le Combattant pacifiste, 23 avril 1932 (cf. notamment son rapport moral pour le premier congrès national de la LACP, p. 6).
  12. Le Combattant pacifiste, 7 juillet 1932 (Pour raisons de santé selon le journal).
  13. Le Populaire, 4 décembre 1937
  14. Le Combattant pacifiste, 6 mars 1933
  15. « Le nouveau bureau de la ligue », Le Combattant pacifiste, 12 juin 1933
  16. « Notre manifeste », Le Combattant pacifiste, 6 mars 1933
  17. Excelsior, 24 février 1932, Jean qui rit, 8 avril 1931
  18. L'Action française, 30 mars 1931, L'Action française, 24 février 1932, Le Populaire, 15 février 1932, Ibid., 24 février 1932
  19. Marc Knobel, « Les derniers antidreyfusards ou l’antidreyfusisme de 1906 à nos jours », Collectif, L'Affaire Dreyfus et l'opinion publique, Presses universitaires de Rennes, 1995
  20. Jacques Nobécourt, Le Colonel de La Rocque, ou Les Pièges du nationalisme chrétien, Fayard, 1996, p. 198-199
  21. Jean Philippet, Le temps des ligues. Pierre Taittinger et les Jeunesses patriotes (1919-1944), Presses universitaires du Septentrion, 2001, p. 1359 (Selon cet historien, Nowina a été « l'âme de la résistance aux Camelots du roi lors de cette affaire »).
  22. L'Action française, 13 mars 1932, Ibid., 28 novembre 1931 (Congrès du désarmement international au Trocadéro à Paris, troublé par les Camelots du roi et par les Croix de Feu), Ibid., 9 juillet 1934, etc.
  23. « Dix mille anciens combattants parisiens demandent la dissolution des Croix de Feu », Le Populaire, 10 novembre 1934
  24. Le Combattant pacifiste, 6 mars 1933
  25. Le Combattant pacifiste, 1er décembre 1932
  26. G. Nowina, « Dernier avertissement », Le Combattant pacifiste, 1er décembre 1932 (congrès de Vienne).
  27. Le Combattant pacifiste, 6 mars 1933, Ibid., 12 juin 1933
  28. Journal officiel, 2 août 1936
  29. Le Populaire, 20 novembre 1920 (Lettre de R. Nowina)
  30. « L'élection de Paris », Journal des débats, 28 octobre 1924, « Les bolchevistes alliés de la réaction », Le Populaire, 3 novembre 1924, Le Populaire, 23 février 1928 (Paul Faure utilise cette élection pour critiquer les communistes qui ont maintenu leur candidat au 2e tour).
  31. Le Petit journal, 4 mai 1925 (Résultats en 1924 et 1925), .
  32. G. Nowina, « La comédie audacieuse de Berlin », Le Populaire, 22 février 1937, Le Populaire, 29 juin 1938 : Il évoque le Comité international permanent (CIP), fondé à Berlin en 1937 pour attirer les anciens combattants français. Cf. Antoine Prost, « V. La fin des illusions (1934-1939) », Les anciens combattants et la société française 1914-1939, Tome I, PFNSP, 1977.
  33. La Lumière, 14 octobre 1938
  34. « Au conseil fédéral socialiste de la Seine », Le Populaire, 1er novembre 1938
  35. Le Populaire, 17 octobre 1938
  36. Joël Denis, « Arthur Groussier, Le Franc-Maçon réformiste », Humanisme, 2016/3, n° 312 (L'article évoque l'année 1928).
  37. Roger Quilliot, La SFIO et l'exercice du pouvoir, 1944-1958, Fayard, 1972, p. 8 : Lire en ligne [PDF] (Quilliot, socialiste plus jeune que Nowina, évoque son « irascible et pittoresque figure »).
  38. Fabrice d'Almeida, Histoire et politique, en France et en Italie : L'exemple des socialistes, 1945-1983, École française de Rome, Rome, 1998, p. 373 : Lire en ligne
  39. Noëlline Castagnez, « Chapitre I. Panser les blessures narcissiques pour rénover la SFIO », Quand les socialistes français se souviennent de leurs guerres, Presses universitaires de Rennes, 2021 : Lire en ligne.
  40. Fabrice d'Almeida, Histoire et politique, en France et en Italie : L'exemple des socialistes, 1945-1983, École française de Rome, Rome, 1998, p. 365, 371 : Lire en ligne
  41. Le Populaire, 30 mars 1947
  42. « Chez les Anciens du parti », Le Populaire, 26 mars 1947
  43. « Gilbert Nowina », lours.org
  44. a et b Noëlline Castagnez, « Chapitre VI. La mémoire au service du pouvoir mitterrandien », Quand les socialistes français se souviennent de leurs guerres, Presses universitaires de Rennes, 2021 : Lire en ligne.
  45. a et b Fabrice d'Almeida, Histoire et politique, en France et en Italie : L'exemple des socialistes, 1945-1983, École française de Rome, Rome, 1998, p. 366 : Lire en ligne
  46. Fabrice d'Almeida, Histoire et politique, en France et en Italie : L'exemple des socialistes, 1945-1983, École française de Rome, Rome, 1998, p. 367 : Lire en ligne
  47. Le Populaire, 15 avril 1947
  48. Noëlline Castagnez, « Chapitre III. Guerres des mémoires, guerre pour la mémoire », Quand les socialistes français se souviennent de leurs guerres, Presses universitaires de Rennes, 2021 : Lire en ligne
  49. Fabrice d'Almeida, Histoire et politique, en France et en Italie : L'exemple des socialistes, 1945-1983, École française de Rome, Rome, 1998, p. 369 : Lire en ligne
  50. Fabrice d'Almeida, Histoire et politique, en France et en Italie : L'exemple des socialistes, 1945-1983, École française de Rome, Rome, 1998, p. 370, 373 : Lire en ligne
  51. Noëlline Castagnez, « Chapitre VI. La mémoire au service du pouvoir mitterrandien », Quand les socialistes français se souviennent de leurs guerres, Presses universitaires de Rennes, 2021 : Lire en ligne (Selon cette historienne, Nowina a présidé l'amicale de 1949 à 1979).
  52. a b c et d Dossier de la Légion d'honneur de G. Nowina dans la base Léonore
  53. Journal officiel, 8 juin 1934