Gortyne
| Gortyne (grc) Γόρτυς/Γορτύν | ||
Odéon de Gortyne. | ||
| Localisation | ||
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| Pays | ||
| Coordonnées | 35° 03′ 47″ nord, 24° 56′ 49″ est | |
| Géolocalisation sur la carte : Grèce
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Gortyne (en grec ancien Γόρτυ(v)ς ou Γόρτυνα / Gortu(n)s ou Gortuna, qui sera transcrit en latin Gortus, Gortun ou Gortuna) est une ancienne cité grecque (polis) dans le sud de la partie centrale de la Crète, sur les bords du fleuve Léthée et au pied du mont Ida. Elle est au centre de différents mythes concernant des divinités comme Zeus ou Déméter, mais aussi des demi-dieux, des héros, des rois, comme Europe, Minos ou Rhadamante. Homère, entre autres auteurs, mentionne la ville dans l’Iliade (II, v. 646) et dans l’Odyssée (III, 293-296).
L'endroit est habité depuis la dernière phase du Néolithique (4000-3500 av. J.-C.) et elle connaît divers développements à l'époque de la Crète minoenne, puis de l'époque classique puis hellénistique. En 67 av. J.-C., la Crète est conquise par Rome, et Gortyne devient la capitale romaine de l'île. Par la suite, elle devient chrétienne, sous l'influence de Tite, qui en fut le premier évêque (milieu du Ier siècle). La ville est largement détruite lors de l'invasion arabe de 828.
Aujourd'hui, un dème (municipalité) de la périphérie de Crète (division administrative) porte son nom, dans le district régional d'Héraklion.
Mythologie et religion
[modifier | modifier le code]Selon une légende[1], Europe, fille du roi de Tyr, est enlevée par Zeus qui se transforme en taureau blanc pour la séduire et l’emporte sur son dos en Crète. À Gortyne, sous un platane qui depuis lors est toujours vert[2], ils engendrent Minos, Rhadamanthe et Sarpédon ; Théophraste en parle comme d'un platane dont les feuilles ne tombent que dans le temps qu'il lui en vient de nouvelles[3].
Selon une autre légende[4], c’est dans les prés de Gortyne que broutait le taureau blanc envoyé par Poséidon contre le roi de l'île Minos II, lorsque Pasiphaé son épouse s'en éprit ; c'est de leur union que naquit le Minotaure.
Platon écrit que Gortyne fut fondée d'après une ville homonyme du Péloponnèse, et que la communauté étrangère la plus importante est argienne[5].
Gortyne abritait des temples dédiés à Apollon et Artémis ainsi qu'un temple des divinités égyptiennes. On y trouve pas moins de trois théâtres et un amphithéâtre qui pouvait accueillir 15 000 spectateurs, où les Dix Saints furent décapités par les Romains en 250 ; un hippodrome, des thermes imposants, vestiges que le professeur italien Antonino Di Vita a prospectés pendant des décennies[6].
Le site contient aussi les restes de la basilique Saint-Tite, un des plus anciens monuments chrétiens. Il se pourrait cependant que ce saint ait été originellement célébré dans la basilique de Mitropoli, plus vaste, non loin de Gortyne[7].
Préhistoire
[modifier | modifier le code]La cité est évoquée par Homère à la fois dans le catalogue des vaisseaux de l’Iliade[8] et dans L'Odyssée[9]. Les fouilles archéologiques attestent d'une occupation humaine très ancienne. Le site est occupé dès le Néolithique, probablement entre -4000 et -3500 avant notre ère[10]. De la céramique néolithique a été trouvée sur la colline où plus tard sera édifiée l'acropole. Plus tard, à l'époque minoenne, un village, sans doute prospère, s'épanouit sur le site jusqu'à une époque assez tardive[10].
Antiquité
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Le noyau de la future cité de Gortyne se met en place à l'époque géométrique, entre le XIe siècle av. J.-C. VIIIe siècle av. J.-C. autour de l'acropole fortifiée. Jusqu'au VIe siècle av. J.-C. environ, la ville s'organise autour d'un temple d'Athéna Poliouchos, sanctuaire officiel de la ville[11].
À l'époque archaïque (VIIe siècle av. J.-C. VIe siècle av. J.-C.), un deuxième centre se crée dans la plaine au bas de l'acropole, autour du temple d'Apollon Pythien qui progressivement devient le nouveau sanctuaire officiel de la cité. Il le reste jusqu'au IVe siècle de notre ère, qui voit alors l'avènement du christianisme.
Les périodes classique (Ve siècle av. J.-C.- IVe siècle av. J.-C.) et hellénistiques (IVe siècle av. J.-C.-Ier siècle av. J.-C.) correspondent à une phase d'aménagement complet du plan de la ville, bien qu'il soit difficile de le restituer avec précision en raison des nombreuses constructions de l'époque romaine[12].
Elle fut une cité d'importance dès le VIIe siècle av. J.-C., ruina celle de Phaistos au IVe siècle av. J.-C. et rivalisa avec la cité voisine de Cnossos. Strabon décrit dans ses récits une cité de taille importante, puisqu'il estime les murs qui l'entourent à 50 stades. À l'époque hellénistique, Ptolémée IV la dota de nouvelles fortifications. Sous la domination romaine (à partir de 67 av. J.-C.), elle fut la capitale de la province de Crète et Cyrénaïque.
Code de Gortyne
[modifier | modifier le code]En 1884, des archéologues ont exhumé une douzaine de colonnes couvertes d'inscriptions. Ce long texte, qui a été qualifié de « Reine des inscriptions », appelé aussi « Loi des douze tables de Gortyne » (en référence à la célèbre Loi des douze tables), est le plus ancien code urbain d'Europe[12].
Époque chrétienne
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C'est à Gortyne que furent torturés puis décapités, en 250, pendant le règne de l'Empereur Dèce, dix chrétiens. L'événement se serait passé dans un village des environs de Gortyne qui a pris le nom « Agioi Deka » (Les Dix Saints), et dans l’église duquel les saints seraient ensevelis[13]. Le martyre de ces dix chrétiens est toujours fêté à Gortyne (et plus généralement il l'est dans l'Église orthodoxe et l'Église catholique) le 23 décembre, deux jours avant la « Fête de la Lumière ». (À noter que cette date du 23 fait aussi référence au Sol Invinctus (« Soleil invaincu ») des adeptes romains du mithraïsme de l'époque).
La ville fut abandonnée et tomba en ruines après la conquête arabe de le Crète, au IXe siècle.
Joseph Pitton de Tournefort
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Dans sa Relation d'un voyage fait au Levant, compte-rendu d'un voyage au Levant entrepris de deux ans (700 à 1702) et publié en 1717, Joseph Pitton de Tournefort donne une description du site de Gortyne et mentionne entre autres le quartier de « Metropolis » où se trouvaient les vestiges importants de la basilique Saint Tite[14], du nom d'un compagnon de Saint Paul, fondateur de l'Église en Crète (voir Épître à Tite de Saint Paul). Selon Tournefort elle était dédiée à la Vierge et comportait une fresque avec l'abréviation « ΜΡ ΘΥ » pour Matéra Théou, soit « Mère de Dieu » en grec. Il signale aussi, près de cette basilique, les vestiges d'un établissement des Hospitaliers[14].
Le « Labyrinthe »
[modifier | modifier le code]Joseph Pitton de Tournefort a aussi visité dans les alentours une carrière appelée Labyrinthe[15]. Sebastian Münster le mentionne dans sa Cosmographia Universalis comme étant le labyrinthe mythologique. À noter que le premier dessin d'une grotte artificielle avec des informations d'orientation est le plan du labyrinthe de Gortyne (labyrinthe mythique dont le plan serait dû à Dédale) est réalisé par Cristoforo Buondelmonti en 1415 (et publié en 1417)[16],[17].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « Héraklès et le taureau : l’identification de la scène sur les vases attiques de la deuxième moitié du Ve siècle », sur Persée p. 153
- ↑ Il existe derrière l'Odéon de Gortyne un immense platane censé être celui sous lequel Zeus et Europe se sont unis.
- ↑ Histoire des plantes, I, c. 15
- ↑ Homère, Odyssée [détail des éditions] [lire en ligne], XI, 568 ; Pseudo-Apollodore, Bibliothèque [détail des éditions] [lire en ligne], III, 1, 1-3 et 15, 1 ; Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], VII, 4, 6.
- ↑ Platon, Les Lois [détail des éditions] [lire en ligne] (IV, 708a-b)
- ↑ Voir son livre Gortina Di Creta, 2010 (cf. Bibliographie ci-dessous)
- ↑ Antonino Di Vita, « La cattedrale del Primate di Crita: La basilica di Giustiniano e di Eraclio a Gortina», in Guidobaldi, Federico et Nestori, Aldo (éd.), Domum tuam dilexi : Miscellanea in onore di Aldo Nestori, Rome, Pontificio Istituto di Archeologia Cristiana, 1998, 862 p. (ISBN 8-885-99120-3) p. 289.
- ↑ Chant II, v. 646
- ↑ Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne] Chant III, v. 293-296
- Vasilakis 2004, p. 16.
- ↑ Vasilakis 2004, p. 1.
- Vasilakis 2004, p. 18.
- ↑ Vasilikis 2004, p. 13
- Lettre II, « Continuation de la description de Candie » in J. Pitton de Tournefort, Relation d'un voyage fait au Levant, T. 1, Paris, Imprimerie royale, 1717, p. 58-96 (v. p. 58 à 70 ; pour ce passage, voir p. 61) [lire en ligne (page consultée le 13 novembre 2025)]
- ↑ Sur ses considérations sur le labyrinthe, v. Pitton de Tournefort, 1717, p. 65-70 [lire en ligne (page consultée le 13 novembre 2025)]
- ↑ (en) Bernard Chirol, « The Oldest Cave Map in the World », sur uis-speleo.org, UIS Bulletin (Union internationale de spéléologie) - vol. 57-2, , p. 25-26
- ↑ (en) Thomas M. Waldmann, « The maps. a) Buondelmonti 1415 (1417) », sur labyrinthos.ch, (consulté le )
Annexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]Descriptions par des voyageurs
[modifier | modifier le code]- Joseph Pitton de Tournefort, Relation d'un voyage fait au Levant, t. I, Paris, Imprimerie royale, , 544 p. (lire en ligne), « Lettre II », p. 58-71
- (en) Thomas Abel Brimage Spratt, Travels and Researches in Crete, t. II, London, John Van Voorst, , xiii + 387 p. (lire en ligne), chap. III + IV, p. 28-42 ; 44-56
Études
[modifier | modifier le code]- Bernard Haussoullier, « Inscriptions archaïques de Gortyne », Bulletin de correspondance hellénique, 1880, vol. 4, no 4, p. 460-471. Lire en ligne.
- Ronald F. Willets, The Law Code of Gortyn, Berlin, W. de Gruyter, (1re éd. 1967), viii + 90 p. (ISBN 978-3-110-83113-9)
- Adonis S. Vasilakis (trad. du grec), La grande inscription du code de lois de Gortyne, Heraklion, Ed. Mystis, , 86 p. (ISBN 978-9-608-85341-6)
- Paula Perlman, « Crete. N° 960 Gorty(n)s », dans Mogens Herman Hansen et Thomas Heine Nielsen, An Inventory of Archaic and Classical Poleis, Oxford, Oxford University Press, , 1416 p. (ISBN 978-0-198-14099-3, lire en ligne), p. 1161–1165
- (it) Antonino di Vita, Gortina di Creta. Quindici secoli di vita urbana, Roma, L'Erma di Bretschneider, , xviii + 405 p. (ISBN 978-8-882-65527-3)
- Antoine Chabod, « La grande muraille de Gortyne sans lecteur ? Le soi-disant Code comme monument d’apparat civique », Cahiers des études anciennes vol. LIX, 2022, [lire en ligne (page consultée le 3 octobre 2025)]
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Plan de Gortyne à l'époque romaine (tiré de Cities in Transition. Urbanism in Byzantium between Late Antiquity and the Early Middle Ages (AD 500–900) Oxford, Archaeopress, 2009, 211 p. (ISBN 978-1-407-30607-0) [voir en ligne (page consultée le 15 novembre 2025)]
- Ressource relative aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- (en) Photos de Gortyne, Explore Crete
- (en) Histoire de Gortyne, Explore Crete
- (en) Histoire de Gortyne, Ancient Greek Thesaurus
- (en) La grotte voisine de Gortyne nommée "Labyrinthe", labyrinthos.ch
- Le "petit Labyrinthe", Crète découverte
- (it) Sites archéologiques de Gortyne par l'école italienne d'archéologie