Aller au contenu

Grecs

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Grecs
Έλληνες
Description de cette image, également commentée ci-après

Populations importantes par région
Drapeau de la Grèce Grèce 10 000 000 (2011)
Drapeau des États-Unis États-Unis 1 279 000 à 3 000 000 (2016)[1],[2]
Drapeau de Chypre Chypre 650 000 à 721 000 (2011)[3],[4],[5]
Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni 290 000 à 345 000 (2011)[6]
Drapeau de l'Allemagne Allemagne 395 000 (2011)[7]
Drapeau de l'Australie Australie 378 300 (2011)[8]
Drapeau du Canada Canada 252 960 (2011)[9]
Drapeau de l'Albanie Albanie 200 000 (2011)[10]
Drapeau de l'Ukraine Ukraine 91 000 (2011)[11]
Drapeau de la Russie Russie 85 640 (2010)[12]
Drapeau de l'Italie Italie 30 000 à 200 000 (2013)[13],[14],[15]
Drapeau du Brésil Brésil 50 000[16]
Drapeau d'Afrique du Sud Afrique du Sud environ 45 000 (2011)[17]
Drapeau de la France France environ 35 000 (2013)[18]
Drapeau de la Belgique Belgique environ 35 000 (2011)[19]
Drapeau de l'Argentine Argentine entre 20 000 et 30 000 (2011)[20]
Population totale entre 14 000 000 à 17 000 000[21],[22]
Autres
Langues Grec moderne
Religions Principalement orthodoxie de rite grec byzantin
Ethnies liées Pontiques, Grikos, Diaspora grecque

En français, les Grecs ou Hellènes sont :

Démographie

[modifier | modifier le code]

La population hellénophone s'est développée et diffusée surtout dans les pays du pourtour de la mer Méditerranée mais il existe aussi une diaspora grecque notable dans de nombreux pays du monde ; outre la langue grecque, un second élément identitaire peut être l'appartenance au christianisme orthodoxe sous juridiction des patriarches de langue liturgique grecque d'Athènes, de Constantinople, de Nicosie ou d'Antioche qui ont à travers le monde des paroisses dont les registres permettent d'estimer les communautés helléniques de la diaspora lorsque leurs membres ont pris la nationalité des pays où ils résident[25] ou ont des patronymes sans consonances grecques[26].

Géographie historique

[modifier | modifier le code]

Depuis l'Antiquité, des colonies et des communautés grecques se sont établies sur les rives des mers Méditerranée (Mésogée en grec) et Noire (Pont euxin en grec) mais le peuple grec a toujours été centré entre la mer Égée et la mer Ionienne où le grec est parlé depuis l'âge du bronze. Jusqu'au début du XXe siècle, les Grecs étaient dispersés entre la Péninsule grecque, l'ouest et les côtes de l'Anatolie (« Micrasiates »), les bords de la mer Noire (« Pontiques »), l'Égypte, Chypre et Constantinople.

De nos jours, la grande majorité des Grecs vivent en Grèce et sur 63% de l'île de Chypre. La présence grecque, remontant à plus de deux millénaires, est devenue insignifiante au XXe siècle en Asie mineure lors du génocide grec pontique et par l'échange de population entre la Grèce et la Turquie dans les années 1920, dans le sud de la Russie, de l'Ukraine (Grecs d'Ukraine) et dans le Caucase (Grecs du Caucase) à la suite des déportations staliniennes vers l'Asie centrale dans les années 1950, à Constantinople depuis le pogrom anti-grec de 1955, à Alexandrie depuis le Nassérisme panarabe des années 1960 et dans le nord de Chypre depuis la partition de l'île en 1974. En revanche, on peut encore trouver des communautés grecques anciennes en Albanie (Épire du Nord) et dans le Sud de l'Italie (Grikos, notamment en Calabre et en Sicile).

Dans l'Antiquité, il n'y a pas vraiment à proprement parler de civilisation ou de nation grecque. Différentes peuplades comme les Minoens (2700 à 1200 av. JC) - principalement en Crète, Santorin et dans les îles de la mer Egée-, puis les Mycéniens (1650 à 1100 av. JC) - principalement en Grèce continentale, puis aussi dans les îles de la mer Egée, qui semblent parler grec et partager certaines divinités dominent la Grèce et la mer Egée.

Plus tard, dans l'Antiquité classique, la Grèce sera principalement formée de différentes Cités-Etat indépendantes, les principales étant Athènes, Thèbes et Sparte. Ces Cités-Etat partagent toute le grec comme langue commune (par oppositions aux "barbares" qui communiquent dans d'autres langues), les divinités grecques au niveau religieux et une culture commune (principalement l'Iliade et l'Odyssée d'Homère, mais aussi les proverbes des Sept Sages de l'Antiquité, la pratique de la tragédie et de la comédie et les textes associés qui circulent, etc.). Différents sites religieux permettent de leur donner un sens d'unité (le temple d'Apollon à Delphes, le temple de Zeus Olympien à Olympie, le temple d'Asclépios à Epidaure, etc.). Cette unité peut aussi s'exprimer par des rites et des célébrations communes comme les Jeux Olympiques qui réunissent toutes ces cités tous les 4 ans à Olympie. Ces Cité-Etats commercent et échangent entre elles et l'ennemi commun incarné par l'Empire Perse va régulièrement les amener à s'allier entre elles. Par ailleurs, les oeuvres et les penseurs voyagent souvent de l'une à l'autre. Xénophon, issu d'Athènes, ira par exemple vivre à Sparte quelque temps. Platon ira vivre à la cour du dictateur Dion de Syracuse en Sicile quelque temps. Cependant, ces Cité-Etats se font aussi régulièrement la guerre. Elles ne partagent pas du tout le même schéma politique entre elles et parfois le régime politique change même au cours du temps (dictature, démocratie, oligarchie, gérousie à Sparte, royauté, etc.). Le Grec, par opposition au barbare qui parle une autre langue, s'identifie ainsi principalement par sa langue, mais il n'y a pas de nation grecque ou d'identité grecque bien définie. Les macédoniens sont ainsi parfois considérés comme des barbares par des Athéniens comme Aristote ou Démosthène alors même qu'ils parlaient un dialecte grec, le macédonien ancien, et partageaient les divinités olympiennes, alors que d'autres les considèrent comme pleinement grecs.

L'invasion des Cités-Etat par l'empire macédonien de Philippe II (359-336 av.JC) puis de son fils Alexandre le Grand (336-323 av. JC) va changer la donne. En regroupant l'ensemble du monde grec sous la même bannière, ils vont créer pour la première fois une nation unie qui va s'étendre et conquérir de nouveaux territoires où la langue et la culture grecques vont s'installer, parfois très durablement.

Cependant, cet empire ne survivra pas à la mort d'Alexandre le Grand en 323 av. JC. Son royaume va se diviser entre ses successeurs pour donner lieu aux royaumes des diadoques. Ceux-ci vont à nouveau guerroyer entre eux. De plus, les royaumes conquis (Egypte, Perse, etc.) étant formés de peuples très disparates, un brassage va avoir lieu pour créer autant d'identités spécifiques dans chacun des royaumes, allant chacune avec une langue, des divinités et des habitudes différentes, mais toutes subissant en partie une influence grecque (la Bactriane va ainsi amener à un mélange indo-grecque, le Royaume de Ptolémée à un mélange égypto-grec, etc.).

Plus tard, l'invasion progressive de la Grèce par les Romains entre 143 av. JC et 30 av. JC va incorporer les Grecs à l'empire Romain (voir Grèce romaine). La culture grecque y a tant de succès que les élites romaines se mettent progressivement à parler grec. Les philosophes de l'antiquité grec y sont copiés et lus. Les écoles de philosophie d'Athènes sont maintenues et ont énormément de succès. A titre anecdotique, Jules César aurait été formé à l'éloquence par le célèbre rhéteur grec Molon de Rhodes et aurait proféré ses derniers mots "Toi aussi mon fils" à Brutus en grec en disant non pas "Tu quoque mi fili" mais "Καὶ σὺ τέκνον" car comme beaucouo d'élites romaines, sa famille favorisait le grec ancien plutôt que le latin. A partir d'un certain niveau d'expansion, l'empire romain se divise entre sa partie ouest parlant majoritairement latin et la partie est parlant majoritairement le grec. A la disparition de l'empire romain d'Occident en 476 ap. JC, seule l'Empire Romain d'Orient survit. La capitale de cet empire n'est plus Rome depuis 330 ap. JC, mais Constantinople, fondée par Constantin Ier, qui en fait la deuxième Rome pour que le centre de l'empire romain (à l'époque unifié entre Occident et Orient) donne un meilleur accès à l'empereur aux épicentres des guerres, surtout à l'est avec les Perses. L'empire romain d'orient étant majoritairement constitué de locuteurs grecs, le latin va se perdre petit à petit au fil des siècles et des réformes. S'il se maintient d'abord comme langue officielle des actes juridiques, Justinien Ier, qui règne de 527 à 565 et est paradoxalement connu comme étant le dernier empereur romain à avoir le latin comme langue maternelle, va être le premier à écrire ses codes de lois en grec pour qu'ils soient plus facilement accessibles à l'ensemble de ses sujets. Par cet acte, le latin cesse ainsi d'être langue officielle de l'état. Il va progressivement être abandonné à partir du VIIe siècle de sorte que seul le grec perdure comme langue officielle des élites régnantes. Cependant, pendant toute la période de leur existence, l'Empire Romain et l'Empire Romain d'Orient englobent une vaste superficie de territoires, de peuples et de langues (voir langues de l'Empire byzantin), de sorte que là encore, il n'y a pas vraiment d'identité grecque à proprement parler en dehors du fait de parler grec. La majorité des habitants de l'empire, en dehors des juifs et des musulmans, est chrétienne ce qui n'en fait pas vraiment un critère d'identité. Les habitants de l'empire se considèrent d'ailleurs comme des Ρωμιοί (terme intraduisible qui permet de distinguer Ρωμαίοι=Romains de Rome et Ρωμιοί=Romains de l'Empire Romain), terme encore employé aujourd'hui par les minorités grecques vivant en Türquie et héritières de ce passé. Paradoxalement, c'est les interlocuteurs latins de l'Empire Romain d'Orient qui vont dénommer ceux-ci comme des Grecs. Cette dénomination n'est pas neutre car, de l'empire franc carolingien bâti par Charlemagne à l'Empire Germanique, nombreux sont les prétendants désirant reprendre le titre d'empereur et de romain au cours de l'histoire. Le diplomate Liutprand de Crémone, en visite auprès de l'empereur romain Nicéphore II Phocas (963-969) en 968 pour le compte de l'empereur germanique Otton Ier, doit apaiser ses interlocuteurs romains vexés que le pape Jean XIII, mis sur le trône papal par Otton Ier, ait désigné l'empereur Nicéphore II dans sa lettre comme "empereur des Grecs" et non des Romains[27]. Liutprand justifie cette appellation en disant que "puisque vous avez changé de langue, de mœurs et d’habits, le très saint pape a pensé que le nom de Romain vous déplaisait autant que leurs habits"[27]. Ainsi, les populations de l'empire romain d'orient ne se considèrent pas vraiment comme Grecs, mais plutôt comme des membres de l'Empire Romain, c'est-à-dire des Romains, dont certains, et surtout les élites, parlent le grec.

Les seldjoukides musulmans qui ont envahi les anciennes terres de l'empire romain d'Orient baptiseront d'ailleurs le territoire conquis le sultanat de Roum et les anciens sujets de l'empire romain d'orient sont généralement affublés du nom de roumélites, en référence à l'empire romain, et non de grecs. Partant de la vision basée sur la religion plus que sur aucun critère d'origine ou de race, les conquérants vont d'ailleurs réunir tous les chrétiens sous leur contrôle dans un seul millet qui sera dirigé par le Patriarche de Constantinople, dont la nomination est soumise à l'approbation du sultan. En d'autres termes, sous l'occupation, les conquis sont avant tout définis par leur religion chrétienne ou musulmane plus que par leur langue ou leur origine.

Ce n'est qu'à partir de la guerre d'indépendance de 1821 que l'identité grecque naît vraiment et s'affirme. Dans la mouvance générale qui fait suite à la Révolution américaine et la guerre d'indépendance des Etats-Unis de 1763-1785 et la Révolution française de 1789, la Filiki Eteria, une société secrète née en 1814 à Odessa, vise à atteindre la libération de l'empire ottoman et la création d'une nation indépendante pour les Grecs, c'est-à-dire des locuteurs grecs chrétiens orthodoxes de l'empire ottoman. La Filiki Eteria va oeuvrer pendant toute la période allant de 1814 à 1820 à la fois pour regrouper les ressources (militaires, financières, etc.), les individus (armatoles, kleftes, armateurs, prêtres, etc.), mais aussi pour convaincre les acteurs des grandes puissances de soutenir leur projet. Ce projet n'est d'abord pas soutenu par les grandes puissances et notamment par la Sainte Alliance, qui regroupe la Russie, l'Autriche et la Prusse, qui considèrent, à la suite des guerres napoléoniennes de 1799-1815 que les peuples n'ont pas le droit à disposer d'eux-mêmes et qu'il faut maintenir l'ordre établi. La Filiki Eteria convainct l'aide de camp du tsar Alexandre Ier, Alexandre Ypsilanti, de prendre la tête du mouvement. Celui-ci commence par essayer de libérer les principautés de Moldavie et de Valachie en 1821, alors encore vassales de l'empire ottoman, tout en prétendant qu'il a le soutien de la Russie. Il ne reçoit pas beaucoup de soutiens ni localement ni à l'international. Localement, le valaque Vladimirescu ayant refusé de se considérer son vassal, leurs relations se tendent jusqu'à ce qu'il le fasse exécuter pour trahison ce qui mène à la désertion d'une partie des troupes moldaves et valaques qu'il avait réussi à lever. Au niveau international, suite à des manigances politiques, la Russie va le désavouer et proposer son soutien à l'empire ottoman pour l'arrêter. L'empire ottoman va même forcer le patriarche Grégoire V à l'excommunier. Ainsi, cette première insurrection sera rapidement anéantie par les ottomans en 1821 et Ypsilantis sera emprisonné jusqu'en 1827 à Vienne où il avait réussi à s'échapper en vue de regagner la Russie. Cependant, la mort du tsar Alexandre Ier en 1825 et l'avènement de son successeur Nicolas Ier, beaucoup plus favorable à ce projet en solidarité aux chrétiens orthodoxes de l'empire ottoman, va changer la donne. Le Royaume-Uni, qui souhaitait d'abord limiter l'influence russe dans la région, y était d'abord opposé, puis il va changer d'avis sur la question. Lors de la bataille navale de Navarin de 1827, une flotte conjointe russe, britannique et française va mettre complètement en déroute la flotte envoyée par l'empire ottoman et son vassal Mehemet Ali, wali d'Egypte d'origine albanaise, et dirigée par son fils Ibrahim Pacha. Par la suite, la France va envoyer une force d'intervention en Morée entre 1828 et 1833. La Russie va même arriver jusqu'aux portes de Constantinople en 1829 et forcer ainsi l'empire ottoman à reconnaître l'indépendance grecque. En parallèle, des révoltes éclatent un peu partout et les grecs de l'étranger et ceux sur place se regroupent pour libérer le pays (voir guerre d'indépendance grecque). L'empire ottoman réplique violemment avec plusieurs massacres qui ont fortement marqué l'opinion internationale, comme le massacre de Constantinople en 1821 où les autorités turques firent pendre le patriarche Grégoire V et organisèrent des pogroms dans la ville et le massacre de l'île de Chios en 1822. A la fin de la guerre d'indépendance, le traité de Londres du 7 mai 1832 qui réunit les trois pays principaux ayant contribué à la guerre d'indépendance, c'est-à-dire le Royaume-Uni de Guillaume IV, la France de Louis-Philippe et la Russie de Nicolas Ier, permit d'enfin établir le royaume de Grèce.

Les trois monarchies refusent cependant de laisser le royaume de Grèce en pleine indépendance ou en régime démocratique et le dote d'un roi. Ainsi, Othon Ier de Bavière sera proclamé roi en 1832, alors qu'il n'a encore que 17 ans, et le restera jusqu'en 1862. N'ayant pas réussi à avoir d'héritier, cela aurait dû être son frère cadet, le prince Luitpold de Bavière, qui aurait dû hériter du trône. Cependant, malgré de nombreuses réformes qui permirent de moderniser la Grèce, il n'est pas très populaire à la fois au niveau économique, au niveau géopolitique et aussi parce qu'il n'est pas orthodoxe contrairement à la majorité des Grecs. Les Grecs finissent ainsi par se révolter en 1862 et chassent Othon et sa femme du pouvoir. Après cinq mois, les grandes puissances proposent un nouveau roi: Georges Ier du Danemark, lui aussi âgé de 17 ans à son accession au pouvoir. Il dirige la Grèce de 1863 à sa mort en 1913. Il essaiera d'éviter les erreurs de son prédecesseur. Il se fait ainsi proclamer "roi des Hellènes" et non plus "roi de Grèce" pour soutenir la "Grande Idée" chère à la plupart des Grecs de regrouper à nouveau l'ensemble des Grecs dans un seul et même pays comme à l'époque de l'empire romain d'orient, c'est-à-dire jusqu'en 1453. Il sera assassiné le 18 mars 1913 à Thessalonique par Alexandre Schinas, supposé anarchiste. Son fils Constantin Ier prendra la relève. Celui-ci abdique enfin suite au coup d'état du 11 septembre 1922 sous la pression de l'armée grecque. La Grèce redevient ainsi une république.

De nos jours, les Grecs se désignent eux-mêmes comme Hellènes (grec moderne : Έλληνες, Hellênes). Ce terme a aussi donné en grec ancien et katharévousa Ἑλλάς, Hellás. Il est possible qu'il provienne de la racine indo-européenne ἑλλ / éll (« montagnard » ou « montagneux ») mais cela est discuté. Dans la mythologie grecque, ’Hellen (en grec ancien Ἕλλην, Héllên) est le héros éponyme des « Hellènes »[28], roi de Phthie, en Thessalie, où se trouve la ville d’Hellas près du fleuve Sperchiós[29].

En Orient (Anatolie signifie « Orient » en grec), la racine commune pour désigner les Grecs est Ἴων, Íōn (« impétueux », « plein d'allant »), qui a donné les termes Ioniens (grec moderne : Ἴωνες, Íōnes), langue ionienne et Ionie (Ἰωνία, Iōnia), qu'Eschyle, dans Prométhée, relie à la déesse Io[30],[28]. En persan ce mot devient 𐎹𐎢𐎴 (Yauno ou Yawnā)[31], en sanskrit यवन (Yavana, au sens secondaire d'étranger ou de barbare) et dans les langues sémitiques ܝܘܢ (Yun) en araméen, יון (Yawan, Yavane) en hébreu et يونان (Yūnān) en arabe[32].

Dans la plupart des langues, le nom de la Grèce découle du radical « gra » ou « gre » comme dans le latin graecus qui a été rapproché de Γραῖικός Graïkos, mot qui, selon Aristote, désignait les Doriens en Épire. Peut-être partage-t-il avec Γραῖα, Graïa, ville de Béotie, la racine γραῦς, graoûs (« dur, durable, endurant, résistant ») sémantiquement proche de δώριος, dṓrios (« dorien ») et du latin durus, durius[33],[34].

Homère, dans l'Iliade, pour désigner ceux qui, sous la conduite d'Agamemnon, attaquent la cité de Troie, n'utilise pas le mot « Grec » mais alterne plusieurs appellations dont « Achéens, Panachéens, Danéens, Argiens » ou « Panhellènes ». Avec la christianisation, le terme « Hellènes » change de sens dans l'Empire romain pour désigner les « gentils », c'est-à-dire les polythéistes. À la fin de l'Antiquité, les Grecs christianisés se désignaient comme romioi, c'est-à-dire « Romains », tandis qu'en grec médiéval Έλληνες - « Héllènes », désignait les païens. Au Moyen Âge, les Occidentaux appelaient « Grecs » tous les chrétiens non-catholiques romains, tandis que les Arabes, les Perses et les Turcs désignaient ces mêmes chrétiens non-latins comme Rum (« Romains » ou « Roumis »), dont ceux de langue grecque appelés Yunan (« Ioniens ») ; pour désigner les chrétiens catholiques de rite latin, le terme était Franghi (« Francs »). Ce n'est qu'au XIXe siècle, avec la renaissance culturelle grecque, que les mots « Hellène » et « Grec » perdirent leurs sens religieux pour prendre un sens national et linguistique, équivalent au mot turc Yunan. En Géorgie, les Grecs sont appelés « ბერძენი » / « berdzènes », venant du mot géorgien « ბერძ » signifiant « sage », en lien avec la philosophie grecque[35].

Références

[modifier | modifier le code]
  1. (en) « Total ancestry categories tallied for people with one or more ancestry categories reported 2011–2013 American Community Survey 3-Year Estimates », American FactFinder, U.S. Department of Commerce: United States Census Bureau,
  2. (en) « U.S. Relations with Greece », Département d'État des États-Unis, (consulté le ) : « "Today, an estimated three million Americans resident in the United States claim Greek descent. This large, well-organized community cultivates close political and cultural ties with Greece." »
  3. (en) Statistical Service, « Preliminary Results of the Census of Population, 2011 », Republic of Cyprus, Ministry of Finance, Statistical Service, 2003–2016
  4. Cole 2011, Yiannis Papadakis, "Cypriots, Greek", pp. 92–95
  5. (en) « Where are the Greek communities of the world? », themanews.com, Protothemanews.com,
  6. (en) « United Kingdom: Cultural Relations and Greek Community », Hellenic Republic: Ministry of Foreign Affairs,  : « "There are between 40 and 45 thousand Greeks residing permanently in the UK, and the Greek Orthodox Church has a strong presence in the Archdiocese of Thyateira and Great Britain ... There is a significant Greek presence of Greek students in tertiary education in the UK. A large Cypriot community – numbering 250–300 thousand – rallies round the National Federation of Cypriots in Great Britain and the Association of Greek Orthodox Communities of Great Britain." »
  7. (en) « Statistical Yearbook Germany Extract Chapter 2: Population, Families and Living Arrangements in Germany », Statistisches Bundesamt, , p. 21
  8. (en) « 2071.0 - Reflecting a Nation: Stories from the 2011 Census, 2012–2013 », Bureau australien des statistiques,‎ (lire en ligne, consulté le )
  9. (en) « Ethnic Origin (264), Single and Multiple Ethnic Origin Responses (3), Generation Status (4), Age Groups (10) and Sex (3) for the Population in Private Households of Canada, Provinces, Territories, Census Metropolitan Areas and Census Agglomerations, 2011 National Household Survey », sur Statistics Canada, (consulté le )
  10. Jeffries 2002, p. 69: "It is difficult to know how many ethnic Greeks there are in Albania. The Greek government, it is typically claimed, says there are around 300,000 ethnic Greeks in Albania, but most Western estimates are around the 200,000 mark ..."
  11. (en) « Ukraine: Cultural Relations and Greek Community », Hellenic Republic: Ministry of Foreign Affairs,  : « "There is a significant Greek presence in southern and eastern Ukraine, which can be traced back to ancient Greek and Byzantine settlers. Ukrainian citizens of Greek descent amount to 91,000 people, although their number is estimated to be much higher by the Federation of Greek communities of Mariupol." »
  12. (ru) « Итоги Всероссийской переписи населения 2010 года в отношении демографических и социально-экономических характеристик отдельных национальностей »
  13. (en) « Italy: Cultural Relations and Greek Community », Hellenic Republic: Ministry of Foreign Affairs,  : « "The Greek Italian community numbers some 30,000 and is concentrated mainly in central Italy. The age-old presence in Italy of Italians of Greek descent – dating back to Byzantine and Classical times – is attested to by the Griko dialect, which is still spoken in the Magna Graecia region. This historically Greek-speaking villages are Condofuri, Galliciano, Roccaforte del Greco, Roghudi, Bova and Bova Marina, which are in the Calabria region (the capital of which is Reggio). The Grecanic region, including Reggio, has a population of some 200,000, while speakers of the Griko dialect number fewer that 1,000 persons." »
  14. (it) « Grecia Salentina », Unione dei Comuni della Grecìa Salentina,  : « "La popolazione complessiva dell'Unione è di 54278 residenti così distribuiti (Dati Istat al 31° dicembre 2005. Comune Popolazione Calimera 7351 Carpignano Salentino 3868 Castrignano dei Greci 4164 Corigliano d'Otranto 5762 Cutrofiano 9250 Martano 9588 Martignano 1784 Melpignano 2234 Soleto 5551 Sternatia 2583 Zollino 2143 Totale 54278)." »
  15. Bellinello 1998, p. 53: "Le attuali colonie Greche calabresi; La Grecìa calabrese si inscrive nel massiccio aspromontano e si concentra nell'ampia e frastagliata valle dell'Amendolea e nelle balze più a oriente, dove sorgono le fiumare dette di S. Pasquale, di Palizzi e Sidèroni e che costituiscono la Bovesia vera e propria. Compresa nei territori di cinque comuni (Bova Superiore, Bova Marina, Roccaforte del Greco, Roghudi, Condofuri), la Grecia si estende per circa 233 kmq. La popolazione anagrafica complessiva è di circa 14.000 unità."
  16. Greeks in Brazil « https://web.archive.org/web/20090323095757/http://www.memorialdoimigrante.org.br/historico/index.htm »(Archive.orgWikiwixGoogleQue faire ?),
  17. (en) « South Africa: Cultural Relations and Greek Community », Hellenic Republic: Ministry of Foreign Affairs,  : « "It is difficult to determine the precise number of Greeks due to constant comings and goings, although the estimated figure is above 45,000." »
  18. (en) « France: Cultural Relations and Greek Community », Hellenic Republic: Ministry of Foreign Affairs,  : « "Some 15,000 Greeks reside in the wider region of Paris, Lille and Lyon. In the region of Southern France, the Greek community numbers some 20,000." »
  19. (en) « Belgium: Cultural Relations and Greek Community », Hellenic Republic: Ministry of Foreign Affairs,  : « "Some 35,000 Greeks reside in Belgium. Official Belgian data numbers Greeks in the country at 17,000, but does not take into account Greeks who have taken Belgian citizenship or work for international organizations and enterprises." »
  20. (en) « Argentina: Cultural Relations and Greek Community », Hellenic Republic: Ministry of Foreign Affairs,  : « "It is estimated that some 20,000 to 30,000 persons of Greek origin currently reside in Argentina, and there are Greek communities in the wider region of Buenos Aires." »
  21. Maratou-Alipranti 2013, p. 196: "The Greek diaspora remains large, consisting of up to 4 million people globally."
  22. Clogg 2013, p. 228: "Greeks of the diaspora, settled in some 141 countries, were held to number 7 million although it is not clear how this figure was arrived at or what criteria were used to define Greek ethnicity, while the population of the homeland, according to the 1991 census, amounted to some 10.25 million."
  23. Τexte traduit en français de la constitution grecque, sur le site du parlement grec (révision de 2008)[1]. Le code grec de la nationalité ne prend pas en compte l’origine ethnique des citoyens et considère, comme en France, qu’il n’existe qu’une seule et indivisible Έλληνική εθνικί κοινωνία - helleniki ethniki koinonia » : la nation grecque moderne. Seules en sont exclues, en raison et en application du Traité de Lausanne (1923), les populations musulmanes de Thrace occidentale, considérées selon ce traité comme turques quelles que soient leurs langues et origines. Il est donc difficile de chiffrer l’effectif des minorités ethniques de Grèce, car aucun recensement linguistique n’a été fait depuis 1951.
  24. Roberts 2007, p. 171–172, 222
  25. Dimitris Tziovas, (en) Diaspora grecque et migration depuis 1700 : Société, politique et culture, Ashgate Publ., Farnham, Royaume-Uni 2009.
  26. Georges Anagnostou, (en) Contours de l'ethnicité blanche, ethnographie populaire et la fabrication des passés utilisables en Amérique grecque, Ohio University Press, Athens, Ohio 2009, (ISBN 9780821443613).
  27. a et b Liutprand de Crémone, Joël Schnapp et Sandrine Lerou, Ambassades à Byzance, Anacharsis, coll. « Griffe », (ISBN 979-10-92011-99-9)
  28. a et b Apollodore[Lequel ?], I, 7, 3.
  29. Antonis Hatzis, Héllê, Hellas, Héllène, Athènes 1936, pp. 128-161.
  30. Louis Deroy et Marianne Mulon, Dictionnaire des noms de lieux, Le Robert, 1994 (ISBN 285036195X), p. 230
  31. Darius I, DNa inscription, Line 28
  32. (en) Roger D. Woodard, article « Greek dialects », The Ancient Languages of Europe, Cambridge University Press, 2008, p. 51.
  33. Julius Pokorny, (de) « deru-, dōru-, dr(e)u-, drou-; drewə: drū- », dans Indogermanisches Etymologisches Woerterbuch, université de Leyde, pp. 214–217.
  34. Henry George Liddell et Robert Scott, (en) A Greek-English Lexicon, Clarendon Press, Oxford 1940.
  35. Panayotis Christou, (el) Les aventures des noms nationaux des Grecs, Thessalonique 1964.

Articles connexes

[modifier | modifier le code]

Liens externes

[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :