Grotte Mandrin
| Coordonnées | |
|---|---|
| Pays |
France |
| Région | |
| Département | |
| Localité voisine |
| Altitude de l'entrée |
environ 225 m |
|---|---|
| Longueur connue |
8 m |
| Type de roche | |
| Signe particulier | |
| Patrimonialité |
La grotte Mandrin est un abri sous roche français, situé dans la commune de Malataverne, dans la Drôme, en Auvergne-Rhône-Alpes, dans la région naturelle et historique du Tricastin. La grotte fait l'objet de fouilles archéologiques.
Elle a été occupée au Paléolithique moyen et supérieur, de 120 000 à 42 000 ans avant le présent[1], par des Homo sapiens et des Néandertaliens, parfois à quelques années d'intervalle, suggérant des interactions possibles entre les deux populations.
Pour la période la plus ancienne, l'Éémien, une période interglaciaire particulièrement tempérée, les températures ont même été très élevées sur une quinzaine de millénaires[2].
Situation et description
[modifier | modifier le code]Cet abri sous roche est situé à environ 2,5 km au sud-est du centre-ville de Malataverne (une dizaine de kilomètres au sud de Montélimar, Drôme), sur la rive gauche du Rhône à l'est de l'autoroute A7, à une altitude de 226 mètres[a], sur le flanc nord-ouest d'un rocher calcaire appelé « Roucoule » qui culmine à 392 mètres[3]. Roucoule est aussi le nom du lieu-dit de Malataverne sur lequel se situe le rocher, aux limites des communes d'Allan et Roussas.
L'ouverture d'environ 12 m de large est orientée au nord. Le plafond de la grotte atteint une hauteur de 2,5 m dans la zone d'entrée, puis se réduit à 1 m vers le fond de la cavité. La surface est d'environ 25 mètres carrés[3]. En 2013, la zone située en face de l'abri est couverte et clôturée. Depuis 2016, le site est surveillé.
Historique
[modifier | modifier le code]Le nom de la grotte lui a été donné par son inventeur au début des années 1960, Gaston Étienne[4],[3], qui pensait qu'elle avait pu être occupée par Louis Mandrin, le célèbre contrebandier du XVIIIe siècle, car il était probablement venu séjourner plusieurs fois dans les environs, à Roucoule[5]. En dépit de son nom, il n'est pas prouvé qu'elle ait été fréquentée par la bande du contrebandier. On compte un grand nombre de grottes de Mandrin dans tout le Dauphiné et sa périphérie ; il est peu probable qu'il ait séjourné dans toutes les grottes qui portent son nom. À Grenoble (Isère), le nom de Mandrin est attaché à des cavités creusées cent ans après sa disparition.
La grotte a fait l'objet de sondages conduits par Gaston Étienne dans les années 1960. Elle est fouillée depuis 1991 sous la direction de Yves Giraud[6] puis de Ludovic Slimak[3],[b].
En 2017, la grotte Mandrin a été l'objet d'une des premières études fuliginochronologiques en France[1]. L'étude a porté sur des échantillons de parois calcaires dans lesquels ont été piégées des traces de suie — échantillons prélevés dans plusieurs couches stratigraphiques de 2006 à 2017. Ces dépôts de suie proviennent des feux allumés par les habitants du Paléolithique.
L'ensemble archéologique de la grotte Mandrin, couvrant l'emprise des gisements grotte et talus, thalweg, crête sommitale et tête de vallon fait l'objet d'une inscription au titre des Monuments historiques par arrêté du [7].
Préhistoire
[modifier | modifier le code]Occupations humaines
[modifier | modifier le code]Le site a été habité par des groupes de Néandertaliens et d’Homo sapiens. L'intérêt que les archéologues portent à cette grotte tient notamment au fait que les installations de ces deux populations n'y sont séparées que de quelques années, ou peut-être d'un intervalle plus court ; il est même possible d'envisager que la grotte Mandrin ait été un lieu de rencontre des Néandertaliens et des Humains modernes[1].
Une étude publiée en 2022 conclut à l'occupation par Homo sapiens datée de −54 000 ans (entre 56 800 et 51 700 ans, calibrés, avant le présent)[8],[9]. La datation, obtenue par fuliginochronologie et confirmée par thermoluminescence, concerne une couche de sédiments nommée E. Cette couche contient des outils modernes (fins et standardisés) et une molaire cassée d'un bébé, dont le talonide est moderne (carré), alors que les couches immédiatement en dessous et au-dessus contiennent des restes néandertaliens et des outils moustériens[10],[9].
Assemblages archéologiques
[modifier | modifier le code]Des similitudes rapprochent des assemblages archéologiques de la grotte Mandrin (couche E) et ceux trouvés dans un site levantin, Ksar Akil au Liban (couches XXV à XXI). Les chercheurs supposent une origine externe à l'Europe des industries de la grotte rhodanienne, en accord avec l'hypothèse d'une dispersion de l'Homme moderne du Proche-Orient vers l'Europe dans la période initiale du Paléolithique supérieur[11],[12],[13]. Ludovic Slimak estime possible qu'« une communauté sapiens probablement venue du Levant » ait fait une « incursion dans la vallée du Rhône »[14]. Le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin estime que cette hypothèse reste à confirmer[14].
Génétique
[modifier | modifier le code]Des restes fossiles d'un néandertalien surnommé Thorin ont été découverts en 2015 à l'entrée de la grotte, à proximité de restes archéologiques typiques de la technologie datée dans la région à 50 000–40 000 ans, et sont progressivement dégagés. Un fragment du palais et plusieurs dents ont été étudiés en 2024, morphologiquement et génétiquement. Le génome indique que cette population néandertalienne a divergé il y a environ 105 000 ans des autres néandertaliens tardifs et qu'elle n'a reçu aucune introgression des autres populations de cette époque connues en Europe. Elle est donc restée isolée génétiquement pendant environ 50 000 ans, malgré la relative proximité géographique de ces autres populations européennes[15],[16].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Grotte Mandrin » (voir la liste des auteurs).
Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ D'après la courbe de niveau « 225 m » de la carte IGN sur laquelle est précisément localisée la grotte. Un pointage à l'aide de la carte IGN interactive (geoportail.gouv.fr) donne 226 m à 0,5 m près.
- ↑ Ludovic Slimak est chargé de recherche au CNRS et rattaché au Centre d’anthropobiologie et de génomique de Toulouse.
Références
[modifier | modifier le code]- « Une nouvelle méthode pour dater la succession des occupations humaines en grotte : application à la question de la contemporanéité entre Néandertal et Homo sapiens sapiens | INEE », sur inee.cnrs.fr (consulté le ).
- ↑ Vincent Charpentier avec Ludovic Slimak, « Chasseur de néandertaliens », sur France Culture, Carbone 14 à 19:30/29:33, (consulté le ). On peut supposer que, dans cet interview, l'auteur parle en degrés Celsius. Ainsi l'écart est alors de 2 °C supérieurs à la température actuelle des océans, ce qui amène, sur terre à des températures bien plus élevées « plus de 10 °C, ici, localement ».
- Pascale Yvorra et Ludovic Slimak, « Grotte Mandrin à Malataverne (Drôme). Premiers éléments pour une analyse spatiale des vestiges en contexte moustérien », Bulletin de la Société préhistorique française, t. 98, no 2, , p. 189-205 (DOI 10.3406/bspf.2001.12482, lire en ligne).
- ↑ « La grotte Mandrin : Gaston Étienne, inventeur de la grotte », sur malataverne.fr, mairie de Malataverne (consulté le ).
- ↑ « Origine du nom de la grotte Mandrin… », sur malataverne.fr, mairie de Malataverne (consulté le ).
- ↑ Y. Giraud, J.-Ph. Brugal et M. Jeannet, « Un nouveau gisement moustérien en moyenne vallée du Rhône : la grotte Mandrin à Malataverne (Drôme) », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 95, no 1, , p. 7–16 (ISSN 0249-7638, DOI 10.3406/bspf.1998.10731, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Ensemble archéologique dit de la Grotte Mandrin », notice no PA26000037, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture
- ↑ Marine Benoit, « Une dent de lait bouleverse ce que l'on pensait savoir de Sapiens et de son apparition en Europe », Sciences et Avenir, (lire en ligne).
- (en) Ludovic Slimak, Clément Zanolli, Tom Higham, Marine Frouin, Jean-Luc Schwenninger et al., « Modern human incursion into Neanderthal territories 54,000 years ago at Mandrin, France », Science Advances, vol. 8, no 6, (DOI 10.1126/sciadv.abj9496, lire en ligne
, consulté le ).
- ↑ (en) Michael Price, « Did Neanderthals and modern humans take turns living in a French cave? », Science, (DOI 10.1126/science.ada1114, lire en ligne
, consulté le ).
- ↑ Ludovic Slimak, « Mosaïques culturelles des derniers Néandertaliens et des premiers Hommes modernes. Les données de la vallée du Rhône », dans Jean-Jacques Cleyet-Merle et al., Le Troisième Homme, Paris, RMN, (ISBN 978-2-7118-6431-7, lire en ligne), p. 154.
- ↑ (en) « Archaeological Evidence for Early Human Dispersals around the Mediterranean Basin », sur Radcliffe Institute for Advanced Study at Harvard University, (consulté le ).
- ↑ Damien Flas, La transition du Paléolithique moyen au supérieur dans la plaine septentrionale de l’Europe, Société royale belge d'Anthropologie et de Préhistoire, 2008, p. 127-128.
- Barthélémy 2022.
- ↑ (en) Tom Hale, « Meet Thorin: A Cave-Dwelling Population Of Neanderthals Were Isolated For 50,000 Years » (consulté le ).
- ↑ (en) Ludovic Slimak, Tharsika Vimala, Andaine Seguin-Orlando, Olivier Dutour, Thomas Higham et al., « Long genetic and social isolation in Neanderthals before their extinction », Cell Genomics, vol. 4, no 9, , article no 100593 (lire en ligne
, consulté le ).
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie (ordre de parution)
[modifier | modifier le code]- Vincent Charpentier, avec Ludovic Slimak, « Il y a 54 000 ans arrivait Homo Sapiens en France dans la grotte Mandrin (Drôme) », sur France Culture : Carbone 14, le magazine de l'archéologie, (consulté le ).
- Pierre Barthélémy, « Dans la Drôme, une découverte bouleverse l’histoire du peuplement de l’Europe par « Homo sapiens » », Le Monde, (lire en ligne, consulté le ).
- Ludovic Slimak, Néandertal nu : Comprendre la créature humaine, Odile Jacob, , 240 p. (ISBN 978-2-7381-5723-2).
- Laure Metz et Ludovic Slimak, « La Grotte Mandrin, derniers Néandertaliens et premiers Hommes modernes en vallée du Rhône », Archéologia, no 555, , p. 20-29 (ISSN 0570-6270).
- Pascal Picq, Le retour de madame Néandertal : comment être sapiens ?, Odile Jacob, coll. « Odile Jacob poches », , 2e éd. (1re éd. 2015), 216 p. (ISBN 978-2-7381-5350-0)
- Svante Pääbo, Néandertal : à la recherche des génomes perdus, Les Liens qui Libèrent, (réimpr. Actes Sud 2017), 2e éd., 393 p. (ISBN 979-10-209-0321-1).
- Ludovic Slimak, « Le Néronien et la structure historique du basculement du Paléolithique moyen au Paléolithique supérieur en France méditerranéenne », Comptes Rendus Palevol (nl), vol. 6, no 4, , p. 301-309 (lire en ligne, consulté le ).
- Néandertal de vous à moi. Enseignements de la Grotte Mandrin sur la dernière extinction de l'humanité. MMSH. Artisanats &Territoires, pp.200, 2019, Artisanats & Territoires, Ludovic Slimak, 978-2-9529587-2-1. ⟨hal-04096664⟩
Filmographie
[modifier | modifier le code]- Rob Hope, Crépuscule néandertalien, pour aube moderne, 2015, 52 minutes, Y. N. Productions, Ville de Malataverne, Montagne TV, avec Ludovic Slimak, Tom Higham (en), Eske Willerslev (en), Laure Metz, et Ségolène Vandevelde. Prix du jury et du public du festival de films d'archéologie à Narbonne en ; sudoc [1] ; fiche sur Film documentaire.fr et présentation vidéo (3:27) [2].
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]
- Ressource relative à l'architecture :