Gruidae
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embr. | Vertebrata |
| Classe | Aves |
| Ordre | Gruiformes |
Les Gruidés (Gruidae), communément appelés Grues, sont une famille de grands oiseaux de l'ordre des Gruiformes.
Les Grues sont de grands oiseaux majoritairement gris ou blancs, reconnaissables à leur silhouette caractéristique, avec de longues pattes, un long cou et un long bec. Elles vivent partout dans le monde excepté en Antarctique et en Amérique du Sud. Celles qui vivent dans les régions tropicales n’effectuent que de courtes migrations, alors que les espèces les plus nordiques parcourent des milliers de kilomètres entre leur lieu de reproduction et leur lieu d’hivernage.
Mis à part la Grue royale et la Grue couronnée, les Gruidés sont dotés d’une longue trachée enroulée dans leur sternum, qui leur donne leur chant de trompette très reconnaissable pouvant s’entendre à plusieurs kilomètres. Ce sont des oiseaux joueurs et très sociaux, aux comportements variés et complexes. Leurs danses, qui apparaissent dès les premiers jours du poussin, se complexifient tout au long de la vie, tout comme les chants à l’unisson que répètent les couples durant la saison des amours. La plupart des Grues expriment aussi leur état grâce à une portion de peau rouge sur la tête ou le cou, qui peut être plus ou moins vive et contractée.
Elles ont un comportement diurne et grégaire et se rassemblent en grandes colonies durant la migration, le plus souvent dans des zones humides où elles se nourrissent. Elles sont en revanche territoriales en période de reproduction et peuvent se montrer agressives. Le couple n’élève généralement qu’un seul petit, appelé gruau.
Les Gruidés font partie des oiseaux les plus menacés au monde selon l’Union internationale pour la conservation de la nature. La destruction de leur habitat, les empoisonnements volontaires ou non, les dérangements causant l'échec des couvées, ainsi que la chasse et le braconnage, font partie des menaces qui pèsent sur les différentes espèces. Leur conservation est l'objet d'une grande attention depuis plusieurs décennies.
Les Grues ont une symbolique forte dans de nombreuses cultures à travers le monde : elles représentent la régularité, la longévité, le bonheur, la chance, et jouent aussi un rôle marital et psychopompe. Elles sont au centre de nombreuses légendes, comme la géranomachie dans la Grèce antique ou la légende des mille grues au Japon, et sont également des emblèmes nationaux dans plusieurs pays d'Afrique.
Les Gruidés comptent quinze espèces réparties dans quatre genres et deux sous-familles : les Balearicinae comprennent la Grue royale et la Grue couronnée, les seules à pouvoir grimper aux arbres. Les autres espèces composent la sous-famille des Gruinae.
Description
[modifier | modifier le code]Morphologie
[modifier | modifier le code]Les Gruidae sont des oiseaux de grande taille, parmi les plus grands du monde, à la silhouette fine et élancée. Leur cou et leurs pattes sont longs, leurs ailes rondes. Ils se reconnaissent facilement à leur forme générale, leurs dimensions et leur attitude, qui les distinguent des autres grands oiseaux des zones humides : leurs pattes sont plus longues et leur cou plus tendu que les Hérons, leur corps plus gros que les Aigrettes, leurs pattes plus longues, leur corps plus fin et leur bec plus petit que les Cigognes[2],[3].
La Grue demoiselle, avec ses 90 cm de long, est la plus petite, et la Grue antigone, qui peut atteindre 1,76 m, est l'oiseau volant le plus grand. La Grue du Japon est la plus lourde, pouvant peser 11 ou 12 kg avant la migration d'automne[2],[3],[4]. Il n'y a pas de dimorphisme sexuel chez les Gruidae : mâles et femelles sont identiques, bien que les mâles soient généralement un peu plus grands[2].
Les espèces qui vivent dans de grands espaces humides à végétation rase, où les prédateurs sont rares, sont généralement grandes et ont un plumage partiellement ou totalement blanc. C'est le cas de la Grue de Sibérie, la Grue blanche et la Grue du Japon. À l'inverse, les espèces qui vivent dans des zones forestières sont plus petites, avec un plumage plus discret qui leur permet de se camoufler dans les arbres[5],[6],[4]. Chaque espèce a des caractéristiques morphologiques différentes et adaptées à son milieu : les Grues royale et couronnée ont un long hallux préhensile, qui leur permet de se poser dans les arbres ; la Grue demoiselle et la Grue de paradis ont des pattes petites qui permettent des courses rapides ; les grandes espèces plus aquatiques ont de grosses pattes et de longs becs adaptés à leur milieu[3].
Caractéristiques de la tête
[modifier | modifier le code]Les Grues se distinguent aussi des Hérons et des Aigrettes par la présence d'une portion de peau nue et rouge sur le cou et la tête, présente chez toutes les espèces sauf la Grue de paradis et la Grue demoiselle[5],[7],[8]. Les caractéristiques de la tête sont propres à chaque espèce[5]. La peau nue joue un rôle important dans les activités sociales entre les Grues : elle peut être plus ou moins découverte, contractée ou relâchée, et sa couleur peut devenir plus ou moins vive selon les situations[9],[10],[11]. Chez les Grues demoiselle et de paradis, ce sont les longues plumes sur les côtés de la tête qui peuvent être contrôlées pour jouer ce rôle social[6],[8].
- Caractéristiques de la tête chez quelques espèces de Gruidés
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Grue du Canada (Antigone canadensis)
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Grue brolga (Antigone rubicunda)
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Grue couronnée (Balearica pavonina)
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Grue caronculée (Grus carunculata)
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Grue cendrée (Grus grus)
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Grue demoiselle (Grus virgo)
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Grue de Sibérie (Leucogeranus leucogeranus)
Plumage et mue
[modifier | modifier le code]Les Gruidés possèdent dix rémiges primaires fonctionnelles, ainsi qu'éventuellement une onzième non-fonctionnelle chez les plupart des espèces, et entre 18 et 25 rémiges secondaires. Excepté chez la Grue du Japon, les primaires sont noir ou gris foncé. Ceci peut être corrélé au fait que la mélanine, qui cause la pigmentation noire des plumes, augmente également leur dureté et leur résistance à l'abrasion, et donc leur efficacité pour les longues migrations[5],[6],[12],[13]. Lorsque les ailes sont repliées, les longues plumes secondaires donnent souvent l'impression d'une queue[14],[15].
Chez la plupart des espèces de Gruidés, la mue a lieu annuellement, après la période de reproduction, et laisse les oiseaux temporairement incapables de voler — sauf chez les Grues brolga, demoiselle et couronnée, dont la mue a lieu graduellement[16]. Elles prennent soin de leur plumage qui doit être bien entretenu pour assurer le vol, la protection contre la chaleur et le froid, et les parades nuptiales[17].
Chants
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Les Gruidés émettent une grande variété de chants et de cris qui jouent un rôle social important[18]. Quelques heures avant l'éclosion, le poussin émet ses premiers pépiements, auxquels les parents répondent par des vrombissements contre les œufs, afin d'établir leurs premiers contacts avec le poussin[18]. Dès les premiers mois de vie, le poussin développe des chants variés adaptés à différentes situations : un cri de contact bas et ronronnant, le plus fréquent, lui permet de garder un contact avec ses parents, mais il émet aussi des cris pour attirer leur attention, pour quémander la nourriture, pour exprimer son contentement et des cris d'alarme[19],[18]. À la fin de la première année, la voix devient plus grave et puissante. Certains bruits émis par le poussin disparaissent et de nouveaux cris se développent jusqu'à l'âge adulte[19],[20],[18].
Les Gruinae — sous-famille qui exclut les Grues royale et couronnée (genre Balearica) —, ont une trachée très longue et enroulée sur elle-même dans leur bréchet, qui fait l'effet d'une caisse de résonance[21]. Cette particularité physique, qu'elles ne partagent qu'avec les Cygnes, leur permet d'émettre leur son de trompette fort et caractéristique[7]. L'enroulement de la trachée et son positionnement dans le sternum sont différents selon les espèces, ce qui donne à chacune d'elles un chant caractéristique. Lors des vocalisations, des anneaux osseux faisant partie de la trachée vibrent contre le sternum, ce qui amplifie considérablement le chant, qui peut s'entendre à plusieurs kilomètres[5],[6],[22]. Ces chants sont constamment émis pendant les vols migratoires, ce qui permet souvent d'entendre les Grues avant de les voir[23].
Les Gruidés sont aussi connus pour leurs chants à l'unisson (en anglais unison calls), des chants produits en duo qui peuvent durer de quelques secondes à une minute et sont répétés au cours de la journée[24]. Ils sont généralement émis pendant la saison de la reproduction, à partir de la deuxième ou troisième année de vie, et servent à renforcer les liens entre les deux individus d'un couple. Souvent mal coordonnés chez les jeunes couples, ils sont au contraire très élaborés et synchronisés chez les couples d'un certain âge[19],[25],[24]. Chez les Gruinae, ces chants à l'unisson permettent de distinguer mâles et femelles, car les femelles ont généralement la voix plus aiguë[19].
Distribution et habitat
[modifier | modifier le code]Les Gruidés sont répandus à travers le monde entier, excepté l'Antarctique et l'écozone néotropicale (elles sont totalement absentes d'Amérique du Sud, pour des raisons inconnues)[7],[26]. L'Asie de l'Est a la plus grande diversité, avec sept à huit espèces présentes régulièrement. On dénombre cinq espèces dans le sous-continent indien, ainsi que quatre à six espèces en Afrique selon la saison[27],[28],[26].
Leurs habitats varient de la toundra aux climats tropicaux. La plupart des Gruidae préfèrent les grands espaces ouverts, avec une bonne visibilité, particulièrement durant la saison de la reproduction. La majorité des espèces niche dans des zones humides. Seules les Grue demoiselle et de paradis peuvent nicher en zone aride, tant qu'elles disposent d'eau à proximité[27],[26]. En général, les Grues vivent assez éloignées des humains, mais certaines espèces se sont adaptées à leur présence, comme la Grue antigone en Inde qui peut nicher dans des villages[29]. La Grue du Canada et la Grue cendrée tendent elles aussi à se rapprocher des zones humaines[27]. Les zones agricoles ont une grande importance pour les Gruidés. Elles glanent des restes de céréales pendant leurs haltes migratoires et pendant l'hiver, mais peuvent aussi occasionner des dégâts aux cultures lorsqu'elles s'y arrêtent au printemps ou avant les moissons d'automne[30]. Les espèces les plus nordiques peuvent supporter des températures au moins jusqu'à −30 °C[31].
Migration
[modifier | modifier le code]Certaines espèces sont migratrices. En région tropicale, les Grues se déplacent souvent sur de courtes distances, suivant la saison des pluies. À l'inverse, les espèces nicheuses des zones tempérées et arctiques effectuent de grandes migrations, sur des milliers de kilomètres, afin de rejoindre des régions où elles pourront se nourrir durant l'hiver[23],[32]. Peu après l'envol des jeunes, de grands groupes se rassemblent sur des sites de recherche de nourriture, pour faire leurs réserves de graisse avant le départ en migration, qui est déclenché par les conditions météorologiques[23],[33]. La plupart des espèces migratrices sont grégaires pendant l'hiver et restent rassemblées en grandes colonies, dormant et se nourrissant dans des zones humides[27]. Les Grues royale et couronnée se rassemblent dans des arbres, tandis que les autres espèces restent à terre[9],[26].
Écologie et comportement
[modifier | modifier le code]Les Gruidés présentent une très grande variété de comportements. Outre les activités vitales, comme la recherche de nourriture et le sommeil, les Grues passent aussi de longs moments à se toiletter, se couvrir les plumes de terre, s'étirer, se gratter, et s'engagent aussi dans des activités sociales, comme des mouvements et des chants spécifiques[9],[34]. Près de 90 comportements différents ont été documentés[10]. Elles adoptent des postures caractéristiques afin de communiquer leur état : dans les moments d'agressivité ou de menace, elles peuvent adopter une marche guindée, ébouriffer leurs plumes, tendre ou baisser la tête, ou s'accroupir avec les ailes lâches. La portion de peau nue est toujours rouge vif dans les moments d'agressivité, alors qu'en posture de soumission, les Grues réduisent sa visibilité en la rendant plus terne[35],[10].
Les Grues sont grégaires en dehors de la période de reproduction. Elles sont diurnes, occupant leurs journées à la recherche de nourriture, le repos, le toilettage, l'élevage des petits et la socialisation dans les colonies. Pendant la nuit, elles montent la garde auprès du nid en période de reproduction, et se reposent dans les colonies le reste de l'année[36],[37],[34]. Elles dorment en général sur une patte, avec la tête et le cou rentrés sous une aile, mais peuvent parfois dormir au sol. Un seul cri d'alarme d'une des Grues peut faire s'envoler toute une colonie[9],[34].
Alimentation
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Les Grues sont omnivores et opportunistes, bien que certaines espèces soient plus spécialisées que d'autres[39]. Elles peuvent se nourrir d'une grande variété d'aliments : graines, fruits, végétaux divers, poissons, reptiles, amphibiens, mollusques, rongeurs, insectes, voire des petits oiseaux. En captivité, elles sont souvent nourries avec des aliments spécialement conçus, sous forme de pellets[7],[40],[41]. Certaines populations menacées bénéficient d'apports artificiels en nourriture, comme au Japon, où des programmes de nourrissage ciblent la Grue à cou blanc (Antigone vipio) et la Grue du Japon (Grus japonensis) depuis les années 1950[42]. Ces nourrissages artificiels ont permis à certaines populations d'augmenter, mais comportent des risques car un grand nombre d'oiseaux se rassemble au même endroit, augmentant les risques de contaminations alimentaires ou de zoonoses[43].
Les Grues en recherche de nourriture peuvent marcher lentement dans l'eau à la recherche de proies ou creuser le sol pour en extirper des racines. Les espèces à long bec se nourrissent généralement en zones humides, alors que celles à bec plus court se nourrissent en zones sèches[40],[44]. Pendant l'hivernage, les espèces dont le régime est à dominante végétale restent souvent rassemblées en grandes colonies pendant la recherche de nourriture, alors que celles à dominante carnivore sont plus territoriales et se rassemblent en petits groupes familiaux[27],[37]. Dans les zones où plusieurs espèces cohabitent, on observe des spécialisations différentes selon les espèces, ce qui diminue le risque que leurs niches écologiques se recouvrent[38],[45].
Danses
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Les Gruidés sont connus pour leurs danses spectaculaires, qui apparaissent dès le développement des juvéniles, parfois même chez les poussins âgés de quelques jours, et existent chez toutes les espèces de la famille[46]. D'autres oiseaux effectuent des danses qui peuvent rappeler celles des Gruidés, comme les Psophiidae et les Aigrettes, mais c'est un comportement plus élaboré et habituel chez les Grues, particulièrement chez les jeunes adultes qui ne sont pas encore en couple[19],[10],[47]. Ces danses perdurent à l'âge adulte, notamment durant la parade nuptiale et avant l'accouplement, mais elles tendent à être moins fréquentes chez les vieux couples[19]. Elles deviennent de plus en plus élaborées avec l'âge : les poussins battent des ailes et agitent la tête, puis apprennent petit à petit de nouveaux mouvements et dansent avec leurs parents et d'autres individus du groupe[48]. Les danses peuvent être solitaires, ou bien rapidement se répandre de quelques individus à toute une colonie[10],[49],[48].
Les danses des Gruidés comprennent des suites coordonnées de révérences, de sauts plus ou moins hauts, de courses et de vols courts, ainsi que des lancers de petits objets ramassés avec le bec[19],[50],[48]. Les différentes espèces n'effectuent pas toutes les mêmes danses. Les petites espèces, comme la Grue demoiselle, dansent plus énergiquement ; les danses de la Grue de paradis peuvent durer plusieurs heures ; les Gruinae effectuent souvent des sauts hauts et théâtraux, alors que les Balericinae sautent moins mais balancent plus la tête[19],[48].
Konrad Lorenz interprétait les danses des Grues comme des cérémonies d'apaisement, ce qui est discuté aujourd'hui. Selon George W. Archibald et Curt Meine, elles servent particulièrement à la socialisation chez les jeunes oiseaux, surtout pour la formation des couples[49]. Pour le zoologue Vladimir Dinets, ces danses remplissent tous les critères du jeu : elles sont spontanées et volontaires, sans répondre à un besoin fonctionnel, et se répètent sans suivre de règles rigides. Elles apparaissent à tous les âges, y compris chez des individus trop jeunes pour former des couples et chez des individus solitaires, tant qu'ils sont relaxés et en bonne santé[51], et les Grues dansent aussi bien pendant la période de reproduction ou hors de celle-ci[52]. Certains individus dansent lorsqu'ils sont relâchés d'un enclos[53]. Les Grues sont connues pour être des animaux joueurs, surtout les juvéniles, et leurs danses en dehors de la formation des couples peuvent être considérées comme des jeux[49]. Selon la professeure de biologie Janice M. Hughes, ce comportement « est peut-être simplement le reflet d'un état d'esprit que nous, humains, attribuons trop fréquemment seulement à notre espèce : la joie de vivre »[53].
Vol
[modifier | modifier le code]Les Gruidés prennent leur envol après une petite course et une impulsion, puis battent des ailes avec un rythme régulier qui leur permet de prendre rapidement de l'altitude. Elles volent avec le cou tendu en avant, dans une posture qui rappelle celle des Flamants[16],[54].
Les grands groupes migratoires partent généralement à l'aube. Les oiseaux s'élèvent d'abord dans le ciel en battant des ailes et en volant en grands cercles, en utilisant les courants d'air chaud pour monter en altitude. Une fois suffisamment haut, parfois jusqu'à 2 000 m, ils adoptent une formation en V et planent, les ailes tendues. Ce cycle se répète au cours de la journée, pour garder une altitude élevée constante[23]. Les Gruidés peuvent parcourir plusieurs centaines de kilomètres en une journée, à une vitesse moyenne entre 23 et 83 km/h chez les Grues du Canada, comme probablement chez la plupart des espèces migratrices[23].
Reproduction
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Formation des couples
[modifier | modifier le code]Les Gruidae sont monogames et forment des couples qui peuvent durer toute la vie, à moins qu'une séparation ait lieu ou qu'un des deux partenaires meure. Dans ce cas, un nouveau couple peut assez rapidement se reformer[55],[56]. Les Grues forment généralement un couple à l'âge de 2 ou 3 ans[56]. En captivité, la formation des couples peut être plus longue que dans la nature, et les agressions sont plus fréquentes si les couples ne sont pas séparés du reste du groupe dans un autre enclos[55]. En général, les premières tentatives de reproduction échouent, et en cas d'échecs trop nombreux, le couple peut éventuellement se séparer. Chez la Grue du Canada (Grus canadensis), dont la reproduction a été bien étudiée, les premiers succès reproducteurs arrivent fréquemment entre 4 et 8 ans[56]. La plupart des espèces ne se reproduisent pas avant 5 ans, voire plus[11].
En cas d'échec de la couvée au début de la période d'incubation, le couple produit généralement une nouvelle couvée. En captivité, la couvée peut être retirée précocement aux parents pour qu'ils produisent de nouveaux œufs, et d'autres méthodes sont utilisées pour augmenter le succès reproducteur, comme le prélèvement de semence et l'insémination artificielle[55],[57],[58].
Construction du nid, incubation et éclosion
[modifier | modifier le code]Chez les espèces des zones tempérées et arctiques, la recherche d'un territoire commence rapidement après le retour de migration, entre mi-avril et mi-juin. En région tropicale, la période de reproduction est plus variable et dépend souvent des pluies[56],[59]. Les Grues sont territoriales en période de reproduction et défendent leur territoire, qui est plus ou moins grand selon les espèces, par des chants à l'unisson, des postures de menaces et des attaques[56],[53]. Les mâles sont particulièrement agressifs dans la défense de leur espace individuel, de leur territoire, et protègent leur partenaire des avances des autres mâles. Les femelles montrent elles aussi des comportements territoriaux dans les colonies[53]. Le couple réutilise souvent le même territoire d'années en années[60].
Les deux individus du couple participent à la construction du nid avec de la végétation. Mis à part la Grue demoiselle et la Grue de paradis, toutes les Grues nichent en zones humides[57],[29]. Le couple effectue des chants à l'unisson et des danses avant de copuler, à l'initiative du mâle ou de la femelle. La femelle pond en général deux œufs[55],[61], parfois jusqu'à 4[29]. Chez la plupart des espèces, les œufs sont très pigmentés, mais on observe des variations régionales. En zone tropicale ou subtropicale, les œufs sont bleu pâle ou blanc, tandis que dans les régions les plus froides, ils sont sombres. Ces pigmentations pourraient résulter d'adaptations au climat : les œufs clairs reflètent mieux la chaleur, alors que les œufs sombres l'absorbent[5],[58]. Les espèces des latitudes tropicales peuvent produire jusqu'à 3 ou 4 couvées par an, alors ques les espèces les plus nordiques n'ont le temps d'en produire qu'une seule avant le départ en migration[58].
Les œufs sont couvés par les deux parents, pendant environ 28 à 32 jours, jusqu'à 36 jours chez la Grue caronculée[57],[58]. Les œufs sont régulièrement retournés pour assurer une température d'incubation homogène et éviter que l'embryon n'adhère aux parois de son œuf[58]. L'éclosion dure entre 12 et 24 heures, à partir du moment où le poussin — appelé gruau ou gruon[62] — commence à percer sa coquille. Les deux parents s'occupent des petits qui sont très agressifs envers leurs frères et sœurs, ce qui peut causer la mort d'un ou plusieurs autres gruaux[55]. Chez la Grue de Sibérie et la Grue caronculée, les parents quittent le nid dès que le premier gruau a éclos, en abandonnant souvent le deuxième[57].
Des premières semaines à l'envol des jeunes
[modifier | modifier le code]Peu après l'éclosion, les parents émiettent la coquille pour la donner à manger au petit. Ce premier repas lui offre un bon apport en calcium. Après quelques jours, le gruau peut suivre ses parents à la recherche de nourriture. Ils lui donnent des petits morceaux prémâchés, puis lui apprennent à se nourrir seul en laissant les morceaux au sol et en attendant qu'il les prennent de lui-même[63]. Les parents continuent cependant de donner de la nourriture à leur petit même après plusieurs mois[64].
Les gruaux sont le plus souvent de couleur brune, à part chez la Grue demoiselle, la Grue de paradis et la Grue brolga, dont les petits sont gris. La croissance est très rapide dans les premières semaines de vie[5]. Les juvéniles ont généralement un plumage cryptique, à dominante grise ou brune, qui leur permet de se camoufler et les distingue très facilement des adultes. Il est progressivement remplacé par le plumage adulte au cours de la deuxième année[5],[17]. L'envol des jeunes a lieu entre 55 et 100 jours selon les espèces, voire jusqu'à 130 jours pour la Grue caronculée, mais ils restent généralement avec leurs parents jusqu'à ce qu'ils atteignent l'âge de leur première reproduction, à 2 ou 3 ans[57],[64]. Lors de leur première migration vers le sud, les jeunes restent proches de leurs parents et apprennent la route migratoire[23].
Les Gruidés ont une bonne longévité, certains individus pouvant atteindre 50 à 80 ans ans en captivité[7],[11].
Menaces et conservation
[modifier | modifier le code]Dans un plan de conservation de 1996, l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) estimait que les Grues font partie des oiseaux les plus menacés au monde, avec plusieurs espèces ayant frôlé l'extinction[65], un constat partagé en 2008 par Janice M. Hughes[66]. D'après la liste rouge des espèces menacées, en 2026, l'état des populations est le suivant :
- la Grue de Sibérie est en danger critique d'extinction ;
- la Grue blanche et la Grue royale sont en danger ;
- la Grue moine, la Grue couronnée, la Grue antigone, la Grue à cou blanc, la Grue de paradis, la Grue caronculée et la Grue du Japon sont vulnérables ;
- la Grue à cou noir est quasi menacée ;
- la Grue cendrée, la Grue demoiselle, la Grue du Canada et la Grue brolga sont de préoccupation mineure[67],[68].
Les menaces d'origine humaine qui pèsent sur les Grues sont variées et plus ou moins fortes selon les espèces[69]. Elles sont impactées par la perte ou la dégradation de leur habitat, les dérangements, la pollution et les empoisonnements[65],[66]. Les espèces qui dépendent le plus des zones humides sont particulièrement impactées par certaines pratiques agricoles comme le drainage[27]. De nombreuses zones humides, dont l'intérêt pour la biodiversité est souvent sous-évalué, sont dégradées ou détruites à travers le monde, causant la disparition de lieux de reproduction et d'hivernage[70]. La chasse, légale ou non, perdure dans certains pays[71]. En période de reproduction, le couple a besoin d'un grand espace et de solitude, et les dérangements peuvent causer l'échec de la couvée, particulièrement chez les jeunes couples encore peu expérimentés[72]. Les empoisonnements peuvent être involontaires, lorsqu'ils sont dus à la bioaccumulation de produits toxiques qui peuvent à terme tuer les Grues ou réduire leur fertilité, ou bien volontaires, par exemple lorsque des Grues sont supsectées d'abîmer les récoltes. Elles sont parfois victimes de collisions avec des lignes à haute tension ou d'autres structures[73]. Les prédateurs naturels des Gruidés, en période de reproduction, incluent les chats et les chiens errants, les renards et les coyotes[58].
Leur conservation fait l'objet d'une grande attention, à l'échelle internationale et depuis plusieurs décennies. L'International Crane Foundation (en) (Fondation Internationale des Grues) est fondée en 1973 dans ce but et organise des colloques, plans d'action et ateliers pour la conservation des Grues, en partenariat notamment avec l'UICN[74],[75]. La Commission pour la sauvegarde des espèces de l'UICN comprend le Groupe de spécialistes des Grues, un groupe international qui œuvre à l'étude et la conservation des Gruidés[76],[77]. Étant donné que les Grues sont des oiseaux migrateurs, des coopérations internationales sont souvent nécessaires pour assurer leur conservation[75].
Captivité
[modifier | modifier le code]Les Gruidés ont été élevés en captivité dès l'Antiquité, en Égypte, en Grèce et en Chine, comme animaux de compagnie, sources de nourriture ou en tant qu'auxiliaires dans la lutte contre les nuisibles[73]. Au XXIe siècle, la captivité illégale alimente le marché noir d'oiseaux. Les jeunes Grues brolga, de paradis, demoiselle, caronculée et antigone sont les plus victimes du braconnage[73]. En revanche, la captivité est aussi employée dans les programmes de conservation afin de perpétuer des populations trop menacées à l'état naturel[78].
En captivité, les Gruidés ont besoin d'un environnement propre, sécurisé et calme pour assurer leur bien-être. Il est nécessaire de surveiller attentivement leur comportement afin de détecter tout changement qui montrerait un mal-être[79]. Il est nécessaire d'assurer une rotation entre les enclos, en les laissant en jachère une année sur deux pour éliminer d'éventuels agents pathogènes[79]. Les enclos doivent être suffisamment grands et, dans l'idéal, contenir un cours d'eau ou un point d'eau qui doit être nettoyé fréquemment[79].
Manipulation
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Lorsqu'elles sont capturées, les Grues peuvent se blesser aux pattes et aux ailes, ou se griffer. Il est nécessaire de les manipuler dans une position maîtrisée pour éviter les accidents : un bras entoure le buste de l'animal, tourné vers le dos du manipulateur, les doigts sont placés sous le jarret, avec les pattes étendues parallèlement au sol. Un capuchon peut être placé sur la tête d'un individu pour le calmer. Il est recommandé de porter des lunettes de protection et d'être très vigilant avec les individus agressifs, car les Grues peuvent provoquer d'importantes blessures[80],[81]. Les coups de bec sont particulièrement dangereux et potentiellement mortels[80].
Chasse et consommation
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La chasse à la Grue a existé dans plusieurs cultures. En fauconnerie, un « faucon gruyer » est un faucon spécialement destiné à chasser les Grues, mais on utilisait aussi de petits aigles[82],[83]. La Grue blanche d'Amérique du Nord a souffert de la chasse commerciale pour ses plumes, utilisé dans l'industrie de la mode[84]. En Europe, les Grues ont été consommées et on leur accordait des propriétés médicinales : leur graisse était utilisée contre la surdité, et leur chair était séchée et réduite en poudre pour servir de remède contre les ulcères, les cancers et les fistules[85],[84]. On accordait aux « nerfs » de leurs ailes des propriétés fortifiantes, et leurs oeufs étaient utilisés dans des elixirs d'immortalité[84].
La chasse aux Grues est aujourd'hui interdite dans la plupart des pays. En 1996, la chasse de loisirs était encore autorisée dans certaines régions du Canada, des États-Unis, du Mexique et du Pakistan, et la chasse de subsistance existait dans plusieurs pays (Afghanistan, Canada, Népal, Russie, ainsi que plusieurs pays d'Afrique)[86]. Au Canada et en Amérique du Nord, où la Grue du Canada est abondamment chassée, la saison de la chasse a été raccourcie pour éviter de tuer par erreur des Grues blanches, une espèce menacée[87].
Taxonomie
[modifier | modifier le code]Classification
[modifier | modifier le code]La famille des Gruidae, ou Gruidés, fait partie de l'ordre des Gruiformes. Elle y forme un clade avec les Aramidae, les Psophiidae, les Heliornithidae et les Rallidae[88]. Les Gruidés présentent des similitudes morphologiques et comportementales avec le Courlan brun (Aramus guarauna), que certains ornithologistes comparent aux Grues primitives[89]. Elles ressemblent aussi aux Psophiidae, et physiquement aux Otididae[90], ces dernières ayant été anciennement classées parmi les Gruiformes[7].
La classification des Gruidae est restée assez stable jusqu'en 1989, date d'un premier article de Carey Krajewski qui suggère alors que le genre Grus n'est pas monophylétique comme on le supposait jusque là[91]. La classification évolue alors rapidement grâce aux nouvelles possibilités d'études phylogénétiques. La famille des Gruidae est représentée par 15 espèces réparties en 4 genres selon la classification de référence du Congrès ornithologique international (version 15.1, 2025)[92], qui s'appuie partiellement sur l'étude phylogénétique menée par Krajewski et al. en 2010[93].
Certains chercheurs ont proposé de placer la Grue de Sibérie (anciennement Grus leucogeranus) dans son propre genre, Sarcogeranus ou Leucogeranus, à cause de ses différences avec les autres espèces du genre Grus[2]. Cette proposition est validée par Krajewski et al. (2010)[88].
Phylogénie interne
[modifier | modifier le code]Liste des genres
[modifier | modifier le code]Liste des genres par ordre phylogénique :
- Balearica Brisson, 1760 (2 espèces) ;
- Leucogeranus Bonaparte, 1855 (1 espèce) ;
- Antigone Reichenbach, 1853 (4 espèces) ;
- Grus Pallas, 1766 (8 espèces).
Liste des espèces
[modifier | modifier le code]Liste des genres et des espèces par ordre phylogénique :
- genre Balearica Brisson, 1760 (2 espèces) ;
- Balearica regulorum (Bennett, ET, 1834) — Grue royale ;
- Balearica pavonina (Linnaeus, 1758) — Grue couronnée ;
- genre Leucogeranus Bonaparte, 1855 (1 espèce) ;
- Leucogeranus leucogeranus(Pallas, 1773) — Grue de Sibérie ;
- genre Antigone Reichenbach, 1853 (4 espèces) ;
- Antigone canadensis (Linnaeus, 1758) — Grue du Canada ;
- Antigone vipio (Pallas, 1811) — Grue à cou blanc ;
- Antigone antigone (Linnaeus, 1758) — Grue antigone ;
- Antigone rubicunda (Perry, 1810) — Grue brolga ;
- genre Grus Pallas, 1766 (8 espèces) ;
- Grus carunculata (Gmelin, JF, 1789) — Grue caronculée ;
- Grus paradisea (Lichtenstein, AAH, 1793) — Grue de paradis ;
- Grus virgo (Linnaeus, 1758) — Grue demoiselle ;
- Grus japonensis (Müller, PLS, 1776) — Grue du Japon ;
- Grus americana (Linnaeus, 1758) — Grue blanche ;
- Grus grus (Linnaeus, 1758) — Grue cendrée ;
- Grus monacha Temminck, 1835 — Grue moine ;
- Grus nigricollis Przevalski, 1876 — Grue à cou noir.
Sous-familles
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Les Gruidae sont subdivisés en deux sous-familles : les Gruinae et les Balearicinae, qui comprennent les deux espèces actuelles du genre Balearica : la Grue royale et la Grue couronnée[90],[28],[88],[94]. Selon Krajewski et al. (2010), la divergence entre les deux sous-familles remonterait à l'Oligocène, il y a environ 30 millions d'années. La Grue de Sibérie (Leucogeranus leucogeranus) aurait été la première à se séparer du reste des Gruinae à la fin du Miocène, suivie par une rapide diversification de la sous-famille et l'apparition des genres Grus, Bugeranus et Antigone[91]. Certains fossiles d'espèces disparues, souvent placés parmi les Balearicinae, sont difficiles à classer avec certitude et pourraient être antérieurs à la séparation des deux sous-familles[95].
Aujourd'hui, les deux seules espèces subsistantes de Balearicinae (B. regulorum et B. pavonina) vivent en Afrique, sous un climat tropical qui a perduré au Pléistocène. Il est possible qu'elles aient survécu grâce aux conditions climatiques chaudes, tandis que d'anciennes espèces nordiques auraient disparu à cause du refroidissement du climat[90],[91]. Elles se distinguent des Gruinae par le fait que leur trachée n'est pas enroulée et leur incapacité à supporter le froid. Leurs chants sont plus simples que ceux des Gruinae et elles peuvent nicher dans des arbres[90].
Les Gruinae remonteraient au Miocène, entre 24 et 5 millions d'années avant le présent, période durant laquelle les treize espèces actuelles se sont développées. Contrairement aux Balearicinae, le refroidissement global du climat au Miocène a coïncidé avec leur expansion et elles sont aujourd'hui bien adaptées aux climats tempérés[2],[91]. Cette sous-famille compte trois genres selon la classification de référence du Congrès ornithologique international (version 15.1, 2025)[92] : Leucogeranus, Antigone et Grus. Les genres Bugeranus et Anthropoides, placés à part par Krajewski et al. (2010), sont inclus dans le genre Grus par le COI[96],[92].
Dans la culture
[modifier | modifier le code]Symbolisme, art et mythologie
[modifier | modifier le code]La Grue est un symbole présent dans de nombreuses cultures à travers le monde, du fait de son allure, de ses chants et de son comportement caractéristiques[23],[97]. Des peintures préhistoriques représentant des Grues ont été découvertes en Afrique, en Europe et en Australie, et certaines tombes égyptiennes sont décorées de Grues demoiselle, qui étaient alors élevées comme animaux de compagnie[23],[98].
Dans la mythologie celtique, la Grue est souvent associée à l'Autre Monde et à la mauvaise fortune. Elle est parfois considérée comme un être humain réincarné et pour cette raison, un tabou entoure la consommation de sa chair[99],[100]. Les Grues sont citées dans les textes de plusieurs auteurs de l'Antiquité gréco-romaine, notamment Aristote, Cicéron, Homère et Plutarque. La géranomachie, le combat des Grues contres les Pygmées, est un thème récurrent dans l'art et la littérature classiques[82]. Elles sont domestiquées dans la Grèce antique, et selon un mythe, leur vol aurait inspiré à Hermès ou Palamède la forme de l'alphabet grec[23],[101],[102]. Le nom Grue provient du latin grues et serait inspiré de leur chant[103].
Plus tard, dans la culture chrétienne, la Grue devient un symbole de vigilance, de régularité et d'entraide[23],[85]. Elle est aussi très présente dans les cultures chinoise, coréenne et japonaise, où elle représente la longévité, le bonheur et la chance. Elle est aussi un symbole marital et psychopompe, ainsi qu'une messagère des divinités. Dans la tradition chinoise, elle est souvent associé au pin, autre symbole de longévité[85],[104]. En Amérique du Nord, elle est un totem chez certains peuples Ojibwés, Hopis et Zuñis, tandis que les Crows et les Cheyennes font des flûtes en os de Grues[105],[102]. En Afrique, la Grue couronnée est l'oiseau national en Ouganda et au Nigeria et la Grue de paradis est un emblème de l'Afrique du Sud. Plusieurs danses traditionnelles à travers le monde trouvent leur origine dans les danses des Grues, notamment en Europe, en Chine, en Sibérie et chez les peuples aborigènes australiens[105],[85],[106]. Leurs migrations ont aussi inspiré de nombreux mythes à travers le monde. En Europe, en Asie et en Amérique du Nord, on trouve des légendes parlant de Grues qui portent des oiseaux sur leur dos pour les emmener en migration[85].
-
Grue du Japon associée à un pin, une estampe chinoise par Xugu, XIXe siècle.
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La Grue en papier, origami associé à la légende des mille grues.
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Les armoiries de l'Ouganda représentent une Grue royale, oiseau national aussi représenté sur le drapeau du pays.
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Un monument aux morts à Louhansk, Ukraine.
Langue française
[modifier | modifier le code]Expressions
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En français, l'expression « faire le pied de grue » signifie « attendre debout, à la même place, pendant un certain temps », en référence à l'attitude des Grues qui se tiennent immobile sur une patte au repos. La « grue » peut aussi désigner une « femme facile et vénale, par extension une prostituée ». « Faire le pied de grue » désigne parfois plus spécifiquement les prostituées qui attendent leurs clients, debout dans la rue[83],[107].
« Bayer aux corneilles », qui signifie « rêvasser, perdre son temps à regarder en l'air niaisement », se disait au XVIIe siècle « bayer aux grues »[83],[108]. Cette forme est encore utilisée par l'écrivain Villiers de l'Isle-Adam dans ses Contes cruels, parus en 1883[109]. Dans un sens vieilli, une « grue » peut également désigner une personne niaise, le plus souvent une femme, tout comme les expressions « dinde » ou « bécasse »[83].
Étymologies liées aux Grues
[modifier | modifier le code]Le mot pedigree, passé en français depuis l'anglais, est une déformation ancienne de « pied de grue », en référence aux ramifications d'un arbre généalogique qui rappellent l'empreinte de l'oiseau[103],[110],[102],[111]. Le terme latin congruere, qui signifie « concorder, être d'accord » et a donné congruence, trouverait sa racine dans le comportement d'apparence uni et collectif des Grues[102],[103]. Le nom grec de l'oiseau, geranos, a donné son nom au géranium dont les graines rappellent la forme d'un bec de Grue. On retrouve cette origine directement dans le Bec-de-grue commun, et dans le nom commun des géraniums en anglais : cranesbill[112].
L'analogie avec l'engin de chantier existe aussi en italien, en anglais, en grec moderne, en hongrois, ainsi que moins directement en espagnol, en portugais, en allemand, en néerlandais, en suédois et en breton. Cette analogie dûe à la forme des Grues apparaît dès l'antiquité grecque, où le mot geranos désigne à la fois l'oiseau et un engin servant à lever des fardeaux. En latin, grus désigne d'abord l'oiseau, puis un engin de guerre[113].
Toponymie
[modifier | modifier le code]Plusieurs communes ont des noms dérivés du latin grus, peut-être car elles étaient fréquentées par les Grues durant leurs migrations : Gruey-lès-Surance dans les Vosges, Chantegrue dans le Doubs, Lagruère dans le Lot-et-Garonne, Gruyères dans les Ardennes et dans le canton de Fribourg [111].
Références
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Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
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: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
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Liens externes
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