Helene Scheu-Riesz
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| Nom de naissance |
Helene Riesz |
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| Enfant |
Friedrich Scheu (d) |
| Membre de |
Verein der Schriftstellerinnen und Künstlerinnen Wien (d) |
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Helene Scheu-Riesz (née le à Olomouc et morte le Vienne) est une militante autrichienne des droits des femmes, pacifiste, auteure et éditrice de livres pour enfants. Outre son soutien au mouvement féministe autrichien, elle fonde en novembre 1900, avec Yella Hertzka et trois autres femmes, le Club des femmes de Vienne (Erster Wiener Frauenklub). Elle s'engage ensuite au sein de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté, représentant l'Autriche aux congrès internationaux de l'organisation : Zurich en 1919, Vienne en 1921 et Washington en 1924. Passionnée de littérature jeunesse, elle traduit et écrit elle-même des livres et fonde la maison d'édition Sesam-Verlag en 1923. Après la mort de son mari, l'intellectuel et homme politique social-démocrate autrichien Gustav Scheu (de) en 1937, d'origine juive, elle s'installe aux États-Unis. Elle y fonde la maison d'édition Island Press sur l'île isolée d'Ocracoke. Elle créé ensuite Open Sesame Inc. à New York afin de poursuivre son œuvre philanthropique de diffusion de la littérature mondiale, vecteur d'internationalisme et de paix. En 1954, elle retourne dans sa maison du quartier de Hietzing à Vienne, où elle passe le reste de sa vie.
Enfance et famille
[modifier | modifier le code]Née le 18 septembre 1880 à Olomouc, Moravie, Autriche-Hongrie (aujourd'hui en République tchèque), Helene Riesz est la fille unique de Susanne (née Beer) et du marchand de vin juif Adolf Riesz. Durant son enfance, la famille s'installe à Klosterneuburg, juste au nord de Vienne[1],[2],[3]. Elle fréquente le Mädchengymnasium des Vereins für Erweiterte Frauenbildung, un lycée privé créé pour permettre aux filles de passer l'examen de maturité, requis pour l'entrée à l'université[4]. Elle suit des cours de droit à l'Université de Vienne, mais n'obtient pas de diplôme[3],[5],[6]. Vers l'âge de dix-huit ans, elle voyage en Angleterre et étudie la littérature. Elle est fascinée par les livrets à un penny, qui publient des ouvrages pour enfants à un prix abordable, accessibles même aux familles les plus pauvres[7],[8]. Elle s'intéresse également au settlement movement, qui vise à fournir un logement, une aide à l'emploi, des cours de langue et des soins médicaux aux populations urbaines pauvres et immigrées[9],[10].
De retour en Autriche, Riesz s'engage dans le mouvement féministe, publiant des articles en faveur des droits des femmes et s'intéressant particulièrement aux perspectives offertes aux enfants[11]. Dès 1900, elle fonda, avec Yella Hertzka, Margarete Jodl, Marie Lang et Dora von Stockert-Meynert, le Club des femmes de Vienne (Erster Wiener Frauenklub)[12]. En 1904, elle abandonne la foi juive et épouse l'avocat Gustav Scheu (de) (1875–1935) avec qui elle a deux enfants : Friedrich (de) (1905) et Elizabeth (en) (1912)[5],[6]. Elle rejoint la Société religieuse des Amis, devenant ainsi l'une des premières quakers d'Autriche[13],[14]. Scheu-Riesz et son mari se font une place centrale dans la société viennoise grâce à leur salon, où ils invitent des personnalités locales et internationales, notamment les compositeurs Alban Berg, Anton Webern et Arnold Schönberg, le peintre Oskar Kokoschka, les actrices Elisabeth Neumann-Viertel et Helene Weigel, l'architecte Adolf Loos, qui conçut leur maison à Hietzing, et la pédagogue novatrice Eugenie Schwarzwald[15],[11].
Carrière
[modifier | modifier le code]Activisme
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Inspirée par les livrets bon marché et attrayants de contes pour enfants qui ont connu un grand succès en Angleterre, Scheu-Riesz créé en 1905, avec Eugenie Hottmann et une autre militante, un comité chargé d'organiser la publication en allemand de petits livres similaires pour enfants à des prix abordables en Autriche. Ce recueil magnifiquement illustré propose des contes et des histoires pour enfants en allemand, à un prix bien inférieur à celui des éditions de piètre qualité vendues à prix exorbitants dans les magasins à l'approche de Noël. La plupart des histoires sont réécrites par des femmes et dotées de nouveaux titres attrayants. Les familles sont invitées à acheter ces livres pour enfants, seuls ou en complément des jouets. Des abonnements sont également proposés, permettant au comité d'imprimer de grands volumes d'histoires pour les hôpitaux pour enfants et les associations humanitaires[8]. Scheu-Riesz considère les livres comme un moyen de favoriser une meilleure compréhension entre les peuples et d'améliorer les relations internationales[7],[16]. Au fil des ans, voyageant fréquemment en Angleterre, elle collecte des contes pour enfants de divers pays et constitue une collection de plus de 300 volumes, comprenant également des histoires françaises[3]. Sous l'influence de son amie Eugenie Schwarzwald, Scheu-Riesz s'engage dans la réforme de l'éducation[16]. Dès son séjour à Londres à l'adolescence, elle cherche un éditeur intéressé par la production d'ouvrages de qualité à prix abordable pour les enfants et les jeunes[7]. Elle peut concrétiser son projet en 1923 en fondant sa propre maison d'édition, Sesam-Verlag[6],[17]. Le nom est un jeu de mots sur l'expression « sésame, ouvre-toi » du conte Ali Baba et les quarante voleurs, qui ouvre comme par magie la porte (de la connaissance), et dont la mission philanthropique prime sur la recherche du profit[18]. À l'époque, les deux principaux éditeurs de livres pour enfants sont Gerlachs Jugendbücherei et Konegens Kinderbücher et elle reprend la part de marché de Konegen[17].
Scheu-Riesz milite aussi pour le droit de vote des femmes et travaille au sein du mouvement international pour le logement. Elle publie des articles dans le numéro d'octobre 1913 de la Zeitschrift für Frauen-Stimmrecht sur ces deux sujets[9],[19]. Elle exhorte les femmes à rejoindre le Comité autrichien pour les droits de vote afin de défendre leurs droits de citoyennes[19]. Après avoir assisté au 10e Congrès international du logement à La Haye, elle encourage les femmes à s'impliquer dans les réformes du logement. Aux Pays-Bas, elle rapporte avoir rencontré une inspectrice du logement qui s'attache à améliorer la législation en la matière et encourage activement les femmes et les filles à participer à l'amélioration des conditions de vie des locataires d'appartements grâce à des programmes sociaux et artistiques[9]. Scheu-Riesz établit un lien entre les initiatives en matière de logement et l'éducation, y voyant des points de rencontre pour de nouvelles idées. Après la Première Guerre mondiale, elle participe à un programme gouvernemental de construction de logements qui permet de loger 50 000 personnes[20]. Elle fait également pression sur les autorités pour qu'elles suppriment les programmes scolaires nationalistes et privilégient un apprentissage plus pratique[21],[22]. En plus de mettre à jour le matériel utilisé dans les écoles, elle écrit des articles insistant sur le fait que le personnel enseignant et les méthodes d'enseignement doivent être modernisés et professionnalisés, en s'éloignant du modèle militaire qui est en vigueur avant la guerre[23].

Après avoir écrit plusieurs poèmes sur la paix, Scheu-Riesz est invitée au congrès de La Haye de 1915[20], qui aboutit à la fondation du Comité des femmes pour une paix permanente, devenu par la suite la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté (LIFP)[24],[25]. Elle représente l'Autriche au congrès international de l'organisation à Zurich en 1919, à celui de Vienne en 1921 et à celui de Washington, D.C., en 1924[26],[27],[28]. Bien que n'étant pas déléguée officielle, elle participe également au Congrès international des femmes, qui se tient à Vienne en juillet 1921[29]. En 1931, Scheu-Riesz devient vice-présidente de la section autrichienne de la LIFP[30]. Après son installation aux États-Unis, elle continue de travailler avec la LIFP, au sein de la branche de Caroline du Nord, en donnant des conférences à des groupes de femmes[20],[31].
Écriture
[modifier | modifier le code]Scheu-Riesz commence à travailler comme journaliste très jeune[5]. En 1910, elle devient rédactrice aux Konegens Kinderbücher (Konegens Children's Books)[6]. Pendant son séjour, elle met en place une série d'ouvrages de littérature mondiale pour enfants. Initialement, les publications paraissent deux fois par an, mais pendant la Première Guerre mondiale, la publication devient sporadique[16]. Parmi ses nombreuses traductions figuraient des poèmes d'Elizabeth Barrett Browning et de nombreux contes et histoires pour enfants provenant de Chine, d'Estonie, de Grande-Bretagne, du Japon, d'Espagne, de Suède et des États-Unis, entre autres[32]. Parmi ses plus de 200 ouvrages pour enfants figurent Japanische Volksmärchen (Contes populaires japonais, 1912), Die Abenteuer des Odysseus (Les Aventures d'Ulysse, 1919), Nordische Sagen (Sagas nordiques, 1920), Der Teufel und sein Lehrjunge und andere serbische Volksmärchen (Le Diable et son apprenti et autres contes populaires serbes, 1922), Bulgarische Volksmärchen (Contes populaires bulgares, 1922) et Chinesische Volksmärchen (Contes populaires chinois, 1923), ainsi que des traductions d’Alice au pays des merveilles, des Contes de Canterbury, de Don Quichotte, des Voyages de Gulliver et du Voyage du pèlerin[6],[33]. Dans les années 1920, elle traduit en allemand plusieurs pièces de théâtre anglaises contemporaines, telles que At Ms. Beam et The Battle of Tindersley Down en allemand[32]. Son premier roman en anglais, Gretchen discovers America (1934), est une histoire d’amour racontant l’histoire d’une jeune Allemande venue aux États-Unis et qui y trouve l’amour durant l’entre-deux-guerres[6],[33].
Parmi ses traductions les plus influentes figure sa version d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Publiée en 1912, il s'agit de la deuxième traduction de l'ouvrage en allemand et elle reste la traduction de référence jusque dans les années 1960[34]. Malgré de nombreuses réimpressions, le genre de l'absurde littéraire est pratiquement inconnu en Allemagne et suscite des critiques quant à son adéquation aux enfants[35]. Afin de rendre le livre plus accessible aux lecteurs allemands, les traductions, jusque dans les années 1960, s'efforcent de le rapprocher du genre plus familier des contes de fées[35]. En 1923, elle réalise la première traduction de la suite, De l'autre côté du miroir. Sa version tente de rendre fidèlement le texte original ; cependant, le caractère absurde du texte s'avère difficile à traduire, car des mots tels que « brillig », « chortle » et « slithy » ont été inventés par Carroll[36]. Sa traduction, Alice im Spiegelland, est réédité par Ulan Press en 2012[37] et également en 2017 par Verlagshaus Jacoby & Stuart (de)[38].
Déménagement aux États-Unis
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Le mari de Scheu-Riesz, Gustav, devenu homme politique social-démocrate, décède en 1935[39]. Devenue veuve, malgré sa conversion au protestantisme, elle craint que ses origines juives ne lui posent problème face aux nazis, dont la popularité grandit en Autriche[39]. Elle entreprend un voyage en Angleterre et aux États-Unis en 1936 afin d'organiser son émigration[5]. En 1937, elle décide de s'installer aux États-Unis, où sa fille est déjà établie[11],[39]. Elle devient une figure marquante de la communauté artistique de l'île d'Ocracoke, au large des côtes atlantiques de la Caroline du Nord. Elle y créé Island Press, une maison d'édition active de 1941 à 1954[40],[41]. Elle anime également des cours et des ateliers pour les artistes et les écrivains désireux d'apprendre l'écriture créative et l'écriture de scénarios radiophoniques[41]. Elle suit par ailleurs des cours de troisième cycle à l'Université de Caroline du Nord et continue de publier des livres[42],[43],[44]. Parmi ses publications aux États-Unis figurent Will You Marry Me? (1940), un recueil de lettres de demande en mariage de personnages historiques, et Those Funny Grownups (1943), une étude satirique du comportement des adultes du point de vue d'un enfant[44] ,[45]
En 1949, Scheu-Riesz fonde Open Sesame Inc. à New York afin de financer United World Books[46],[47]. Pour créer cette maison d'édition, qui se destine à reproduire des classiques de la littérature à bas prix et à les distribuer par l'intermédiaire d'United World Books, elle sollicite des contributions d'auteurs contemporains et vend des éditions limitées et onéreuses de leurs œuvres autographiées et illustrées[46]. United World Books peut commencer la distribution de livres l'année suivante[47]. Les premiers ouvrages imprimés aux États-Unis sont destinés à des étudiants autrichiens pour les aider à apprendre l'anglais et à nouer des correspondances avec des étudiants américains. Dès 1953, elle collabore avec l' UNESCO et le gouvernement indien à l'élaboration de supports pédagogiques pour l'éducation des adultes, espérant également inclure des livres pour enfants[48]. Contrairement à beaucoup d'émigrés durant la guerre, elle apprécie sa vie en Amérique[5].
Dernières années, mort et héritage
[modifier | modifier le code]En 1954, Scheu-Riesz retourne à Vienne où elle récupère la maison de Hietzing, spécialement conçue par son ami Adolf Loos. Elle poursuit son activité dans l'édition tout en soutenant de jeunes gens passionnés de théâtre ou de musique[40],[11]. Scheu-Riesz meurt à Vienne le 8 janvier 1970. Elle est inhumée auprès de son époux au cimetière central de Vienne[1]. On se souvient d'elle pour ses écrits et son engagement en faveur de l'internationalisme et de la paix dans le monde à travers la publication d'ouvrages culturels[49]. En 2008, son livre Will You Marry Me? est réédité par Touchstone Books. Les critiques soulignent que l'ouvrage offre un éclairage sur les demandes en mariage à différentes époques et sur la manière dont le langage est utilisé pour charmer l'être aimé ou conclure un accord commercial[45],[50],[51].
Notes et références
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Annexes
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Liens externes
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- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :
- Naissance en septembre 1880
- Naissance à Olomouc
- Naissance dans le margraviat de Moravie
- Militant pacifiste autrichien
- Militante pacifiste
- Éditeur du XXe siècle
- Éditeur autrichien
- Romancière autrichienne
- Écrivain autrichien du XXe siècle
- Personnalité de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté
- Décès en janvier 1970
- Décès à Vienne (Autriche)
- Décès à 89 ans