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Irnerius

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Irnerius
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Irnerius[1] (Bologne v. 1050 - Bologne, v. 1130) probablement d'origine germanique[2], il fut un jurisconsulte et un professeur de droit italien de la fin du XIe et du début du XIIe siècle.

Selon Odofrède, Irnerius fut d'abord maître dans une école d'arts libéraux (probablement maître de rhétorique) à Bologne et peut-être à Ravenne[3] ; il le qualifie aussi de « logicien » (logicus). Il se serait mis à l'enseignement du droit romain à l'instigation de la comtesse Mathilde de Toscane[4]. Après une brève période d'enseignement à Rome, il aurait fondé une école de droit romain à Bologne vers 1085. Il était considéré comme le second précurseur de l'Université de Bologne après Pépon, mais conserva une renommée bien plus grande que celui-ci. Selon Azon, c'était dû au fait que Pépon n'avait transmis aucun ouvrage écrit. C'est Irnerius qui établit à Bologne l'enseignement du droit qui auparavant était plutôt donné à Ravenne et Pavie.

Après la mort du pape Pascal II (1118), il défendit la légitimité de l'antipape Grégoire VIII, imposé par l'empereur Henri V, et semble à cette époque avoir occupé un office au service du souverain ; ce soutien lui valut d'être excommunié.

Irnerius fut dans l'histoire de l'enseignement du droit le premier « glossateur » médiéval. Après la redécouverte, dans les années 1070, des textes du Corpus juris civilis de l'empereur Justinien, le travail, de nature philologique, consista à établir une édition critique et commentée de ces textes, avec des « gloses » interlinéaires élucidant les mots. Ce travail savant se poursuivit historiquement à Bologne jusqu'au milieu du XIIIe siècle, couronné par la Grande Glose d'Accurse, le dernier des « glossateurs ». Selon la tradition, les disciples directs d'Irnerius furent les « quatre docteurs » de Bologne du milieu du XIIe siècle (Bulgarus, Martinus Gosia, Jacobus de Boragine, Hugo de Porta Ravennate), conseillers de l'empereur Frédéric Barberousse, mais il n'est pas certain que tous les quatre aient vraiment suivi les leçons du fondateur.

Œuvres rédigées

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Sa Summa codicis est la plus ancienne somme conservée sur le Code de Justinien.

D'autres ouvrages lui ont été attribués de façon plus ou moins douteuse : les Authenticæ (épitomé de 97 novelles de Justinien), les Quæstiones de juris subtilitatibus. Un Formularium tabellionum est perdu.

Les Quæstiones de juris subtilitatibus ont été attribués à Irnerius par Hermann Fitting qui y voyait une œuvre composée à Rome vers 1082. Hermann Kantorowicz a critiqué les conjectures d'Hermann Fitting et proposé d'y voir une œuvre de jeunesse de Placentin, écrite à Mantoue vers 1160, avant le départ du glossateur pour Montpellier. Ginevra Zanetti a proposé une rédaction entre 1127 et 1137, à Ravenne ou à Bologne. Ugo Nicolini y a vu une rédaction en Italie, mais ailleurs qu'à Rome, entre 1122 et 1152. Ennio Cortese a proposé une rédaction à Plaisance ou Mantoue, vers 1160, mais a écarté d'en faire une œuvre de Placentin. Certains auteurs y ont vu un ouvrage composé par un français. André Gouron remarque que l'auteur des Quæstiones est un romaniste doublé d’un rhétoricien mais aussi un canoniste et la proximité entre les Quæstiones et la Summa Trecensis ainsi que la parenté entre la Summa Vindobonensis et les Quaestiones. André Gouron a fait de Géraud le Provençal, formé dans les écoles des régions d'Arles et de Saint-Gilles, l'auteur de la Summa Trecensis. Il cite Jean de Salisbury qui, dans son Metalogicon, cite deux de ses maîtres, Robert de Melun et un certain Albéric fanatique de la quaestio, deux disputatores d’un niveau inégalable. Albéric a été un universitaire parisien entre 1145 et 1160 ou 1165 qui aurait rédigé les Quaestiones de juris subtilitatibus qui sont un exercice de style que s’est plu à rédiger un dialecticien voulant montrer sa maîtrise du tissu juridique[5].

Notes et références

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  1. Son nom est parvenu sous des formes diverses. La forme d'origine, qu'il utilisait lui-même, est « Wernerius » (nom germanique, « Werner »). Dans les textes du XIIe siècle, on trouve aussi la forme italianisée « Guarnerius », « Gernerius ». Les formes « Irnerius » et « Yrnerius », mal expliquées, n'apparaissent qu'à la fin du XIIe siècle. C'est cette dernière forme, posthume, qui a finalement été adoptée (Hermann Fitting, Les commencements de l'école de droit de Bologne, Paris, Arthur Rousseau éditeur, (lire en ligne), p. 92).
  2. Ecrit, pouvoirs et société. Occident. XIIe-XIVe s., Neuilly-sur-Seine/58-Clamecy, Atlande, , 623 p. (ISBN 978-2-35030-603-2), p. 514
  3. La phrase d'Odofrède est de signification douteuse à cause d'une coquille : « ...dominus Yrnerius erat magister in artibus ; etiam studium fcit (?) Ravenne et collapsa ea fecit studium Bononie... postea cepit docere in jure civili... ». On peut corriger le fcit en fecit ou en fuit.
  4. Burchard d'Usperg, Chronique, Monumenta Germaniæ Historica, Scriptores XXIII, p. 342.
  5. André Gouron, « Les « Quaestiones de juris subtilitatibus » : une œuvre du maître parisien Albéric », Revue historique, no 618,‎ , p. 343-362 (lire en ligne)

Bibliographie

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  • (la) Mauro Sarti et Mauro Fattorini, « Irenius », dans De Claris Archigymnasii Bononiensis professoribus a sæculo XI usque ad sæculum XIV, t. 1 pars 1, Bologne, (lire en ligne), p. 11-28
  • Friedrich Carl von Savigny (trad. Charles Guenoux), Histoire du droit romain au moyen âge, t. 1, Paris, Charles Hingray éditeur, (lire en ligne), t. 2 (lire en ligne), t. 3 (lire en ligne), t. 4 (lire en ligne)
  • (de) Gustav Pescatore, Die Glossen des Irnerius,
  • Hermann Fitting (trad. Paul Leseur), Les commencements de l'école de droit de Bologne, Paris, Librairie nouvelle de droit et de jurisprudence Arthur Rousseau éditeur, (lire en ligne)
  • (it) Giovan Battista Palmieri, Appunti e Documenti per la scuola dei glossatori, t. I - Il "Formularium Tabellionum" di Irnerio, Bologne, Liberia Fratelli Treves di P. Virano, (lire en ligne)
  • (de + la) Hermann Fitting, Summa Codicis des Irnerius mit einer Einleitung herausgegeben, Berlin, J. Guttentag, , CIV, 322 (lire en ligne)
  • (de) Hermann Fitting, Questiones de juris subtilitatibus d'Irnerius, mit einer Einleitung herausgegeben, Berlin, , 92 p.
  • A. Eismen, « Études sur Irnerius », Le Moyen Âge, t. VIII, no 2,‎ , p. 25 (lire en ligne)
  • Pierre de Tourtoulon, Placentin. Sa vie, ses œuvres : Étude sur l'Enseignement du Droit Romain au Moyen Âge dans le Midi de la France (thèse de doctorat), Paris, Chevalier-Marescq et Cie éditeurs, (lire en ligne)
  • (it) Dr Enrico Besta, L'opera d'Irnerio (contributo alla storia del diritto italiano), Turin, Ermanno Loescher, (lire en ligne)
  • (en) Hermann Kantorowicz et William Warwick Buckland, Studies in the glossators of the Roman law : newly discovered writings of the twelfth century, Cambridge, Cambridge University Press, , XVI-324 p.. Une version avec addenda et corrigenda par Peter Weimar a été publiée en 1969 par Scientia Verlag
  • (en) Hermann Ulrich Kantorowicz, « An english theologian's view of roman law : Pepo, Irnerius, Ralph Niger », Mediaeval and renaissance studies, vol. 1,‎ , p. 237-252
  • Ennio Cortese, « Théologie, droit canonique et droit romain. Aux origines du droit savant (XIe-XIIe s.) », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. 146, no 1,‎ , p. 57-74 (lire en ligne)
  • (it + la) Ginevra Zanetti, Questiones de iuris subtilitatibus : Irnerius Testo, introduzione ed apparato critico, Florence, La Nuova Italia, coll. « Biblioteca di studi superiori » (no 16), , LXXX, 135
  • (en) Charles Donahue Jr, « Irnerius: The State of the Question », Bulletin of medieval canon law, vol. 40, no 1,‎ , p. 1-22 (ISSN 2372-2509)

Articles connexes

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Liens externes

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