Isabelle Rozenbaum
Isabelle Rozenbaum née en 1960[1] à Boulogne Billancourt, est une photographe et vidéaste française. Elle est cofondatrice de la plateforme collaborative de création et de critique D-Fiction.
Biographie
[modifier | modifier le code]Isabelle Rozenbaum fait ses études à Paris avant de se former en 1981 comme photographe auprès de Jean-Louis Bloch-Lainé. À partir de 1983, elle réalise de nombreux reportages pour l’institutionnel, le corporate, la presse, tout en voyageant à travers l’Asie et l’Afrique. En 1989, elle séjourne aux États-Unis et suit l'enseignement d'Allan Sekula au California Institute of the Arts, ce qui déclenche alors son intérêt pour l’histoire sociale, la culture mémorielle et transgénérationnelle ainsi que la transmission ethno-culinaire.
À partir de 1991, elle explore l'autoportrait et l’univers onirique, telle que l’illustre sa toute première série réalisée au sténopé, Dormeuses (1992), exposée à la Bibliothèque nationale de France en 2003[2] dont le critique Dieter Wieczoreck observe que l’artiste « traduit en image l’état de l’inconscient comme un monde souterrain où des formes de la vie se dessinent comme des paysages célestes »[3]. Jean-Claude Lemagny, remarque pour sa part - évoquant une autre série d’autoportrait, Automorphoses (1993) - que ces « visages sont des masques, et des masques de pierre. Comme ceux de Teotihuacan, ils vivent d’une vie tournée vers l’intérieur, leurs rêves sont impénétrables »[4].
En 1994, elle co-fonde l’agence PhotoAlto, créatrice de contenus de communication visuelle. En tant que directrice artistique, elle collabore avec un groupe de photographes européens pour produire des thèmes photographiques de tendances socio-culturelles. Elle publie également plus d'une trentaine d'ouvrages dans le domaine de la gastronomie (avec des grands chefs étoilés tels que Guy Martin et Michel Guérard) et de l'ethno-culinaire dont plusieurs sont primés (Éd. La Martinière, Le Chêne, Le Seuil, Élytis, Agnès Viénot, etc.). À partir de 2010, elle coanime la plateforme collaborative de création et de critique D-Fiction, réalisant les vidéos Portraits de Fiction sur des écrivains, photographes, philosophes, sociologues parmi lesquels Jean-Christian Bourcart, Mathias Énard, Jean-Joseph Goux, Cécile Guilbert, Mikaël Hirsch, Alessandro Mercuri, Jean-Claude Moineau, Marie-José Mondzain, Éric Rondepierre, etc.
En parallèle, ses recherches artistiques interrogent la question de la représentation et du statut de l'image à travers des séries photographiques et des vidéos qui portent sur l’espace intime, sur l'univers onirique, sur la psychogéographie, sur les dystopies contemporaines. Plusieurs de ses autoportraits issus de sa série Dormeuses rejoignent le fonds de la Bibliothèque nationale de France[5] ainsi que deux de ses vidéos - Deux arbres/Two Trees et Rêve brun # 1 Grey-Brown Dream - le fonds du Mémorial de la Shoah[6].
En 2016, elle publie Tentative d'épuisement d'un lieu bordelais (Éd. Elytis) sur le chantier de la Cité du Vin à Bordeaux à partir duquel elle examine - sous la forme d’un « carnet de bord visuel » dont les textes se font la voix des images - l’interaction entre architecture et photographie au 21e siècle. En 2026, elle publie Rozebud, Autoscopie des images (Éd. du Canoë), une quête de « l'image manquante » - sorte d’image métaphysique des origines - mais aussi une enquête réflexive sur l'image contemporaine portant sur le geste artistique et son processus révélateur. L’ouvrage, composé de 99 textes et de 99 photographies, se présente en deux parties distinctes : la première à travers des archives familiales, la seconde à travers sa propre photographie plasticienne réitérant cet idéal de Michel Foucault de faire de sa vie une œuvre d'art[7].
Sa démarche plasticienne se partage entre quatre axes principaux :
- Image manquante qui, à partir du nombre 23, et sous la forme d'un « carré magique », comprend 529 photographies représentant la vision d’un processus photographique combinatoire, à savoir ce que peut encore une image artistique et « dialectique » (Walter Benjamin) face aux images « conversationnelles » ou « testimoniales » (André Gunthert). Cette installation renvoie à la symbolique platonicienne du cube basée sur les éléments en chimie, c’est-à-dire les quatre Éléments : le Feu, l’Air, l’Eau, la Terre.
- État de Veille qui, à partir du nombre 25, traite de thèmes sociétaux à l'heure de la cybernétique globale, considérant la tragédie des événements comme la véritable « centre-matrice de l'art » (Nietzsche).
- Sleeping Works[8] qui, à partir du nombre 10, englobe plusieurs réalisations vidéo, photographiques, textuelles et sonores afin de créer une installation d’investigation sur le sommeil.
- Ma vie, Mon œuvre qui, à partir du nombre 9, retrace son parcours bio-fictionnel dans une démarche sur l’intime qu’elle présente en ces termes : « À travers la mise en scène de mon propre corps en tant que "matériau universel", mes œuvres apparaissent comme une réflexion sur la projection des désirs et des fantasmes, mais également sur la censure et l’autocensure. En m’exposant ou en me dévoilant ainsi aux autres, je questionne plus librement le corps social sans pour autant jamais me laisser border ni étiqueter, incarnant au mieux, je pense, le rôle de "perturbateur du réel" »[9].
Son travail a reçu plusieurs distinctions : Bourse « Brouillon d'un rêve » (SCAM, 2013), Prix Guerlain (2008), Prix Ladurée (2004), Prix Antonin Carême (2004), Prix Polaroid International catégorie Fine Art (2004), et a fait l’objet d’expositions et de projections en France et à l'étranger.
Sélection bibliographique
[modifier | modifier le code]Publications artistiques
[modifier | modifier le code]- Rozebud, Autoscopie des images avec une postface de Malek Abbou, Paris, Le Canoë, 2026, (ISBN : 9782487558182).
- De l'image Matrice à l'image Matrix (suivi de la reproduction couleur des 23 photographies de la série La Danse transmacabre) in Délire & Théorie, sous la direction de Nicolas Floury, Contrelittérature, n° 7, 2024 (ISBN 978-2487532007).
- 2020 : A Viral Odyssey (reproduction couleur des 25 photographies de la série), Toute la Lire, n° 5, 2024 (ISBN 978-2-491418-16-8).
- Art de l'intime : du corps spectral in Interface de l'intime, sous la direction d'Alain Mons, Bordeaux, Éditions de la MSHA, 2016 (ISBN 978-2858924615).
- Tentative d’épuisement d’un lieu bordelais : Architecture et Photographie au XXIe siècle, avec une préface de Xavier Boissel, Bordeaux, Éditions Elytis, 2016 (ISBN 9782356391841).
- Les Corps culinaires / The Culinary Body, avec une préface de Jean-Noël Orengo, Paris, Éditions D-Fiction, 2013 (ISBN 9782363420244).
- Portraits/Visages 1853-2003, catalogue de l’exposition à la BnF, Paris, Gallimard/BnF, 2003 (ISBN 9782070117727).
- Corpus delicti, catalogue de l’exposition internationale à Moscou, Kiev, Odessa, New York et Prague, Masoch Fund, 1998 (ISBN 966716716X).
- Qui ? avec un texte original de Gilbert Lascault, Trézélan, Filigranes, 1997 (ISBN 2910682358).
- La Matière, l’Ombre, la Fiction, catalogue de l’exposition à la BnF, Paris, Nathan/BnF, 1994 (ISBN 9782092613313).
Publications professionnelles
[modifier | modifier le code]- Inde, carnet d'une famille du Kerala, de Padmavathi Paradin et Beena Paradin Migotto, Paris, La Martinière, 2026 (ISBN : 9791040124276).
- La Cité du Vin, édition bilingue, avec une préface d’Alain Juppé, Bordeaux, Éditions Elytis, 2016 (ISBN 9782356391827).
- Vietnam exquis, de Linh Lê, La Martinière, 2014 (ISBN 9782732456676)
- Elixirs, Premiers grands crus classés 1855, de Jane Anson, préface de Francis Ford Coppola, La Martinière, 2012 (ISBN version française : 9782732453651 // ISBN version anglaise : 9782732453668 // ISBN version américaine : 9781617690358).
- Thaïlande intime et gourmande, de Anchalee Tiaree et Catherine Cauneille-Sukrasorn, Paris, La Martinière, 2007, rééd. 2013 (ISBN 978-2732459677).
- Une promesse de vin, de Georges Bardawil, Paris, Minerva, 2007 (ISBN 9782830709261).
- La Table du Thé, de Sophie Brissaud, Paris, Minerva, 2007 (ISBN 9782830709506).
- Le Vin dans l'assiette, de Florence Hernandez, Paris, Minerva, 2005 (ISBN 9782830708448).
- Cuisine d'hommes, de Cécile Maslakian, Paris, Minerva, 2005 (ISBN 9782830707960).
- Sénégal intime et gourmande, de Youssou N'Dour, Paris, La Martinière, 2004, rééd. 2014 (ISBN 978-2732465319).
- Cuisines de femmes, de Cécile Maslakian, Paris, Minerva, 2003 (ISBN 978-2830706925).
- Tunisie, de Odette et Laurence Touitou, Paris, Minerva, 2003 (ISBN 9782830707205).
- Maroc, de Alain Jaouhari, Paris, Minerva, 2002 (ISBN 978-2830706697).
- Légumes, de Guy Martin, Le Chêne, 2000, rééd. 2008 (ISBN 9782842778842).
Liens externes
[modifier | modifier le code]
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Notice d'autorité de la Bibliothèque nationale de France.
- ↑ [Exposition Portraits/Visages : 1853-2003, Bibliothèque nationale de France, site Richelieu Galerie de photographie, 29 octobre 2003-11 janvier 2004.]
- ↑ [Dieter Wieczorek « Dormeuses » in Catalogue du Salon de La Jeune Peinture, 1996.]
- ↑ [Jean-Claude Lemagny, « Isabelle Rozenbaum » in La Matière, l’Ombre, la Fiction, catalogue de l’exposition à la BnF, 1994, p. 58.]
- ↑ [Département des estampes et de la photographie : côte Ep-2728-Boîte fol.]
- ↑ Mémorial de la Shoah : côtes FA0157 et FA0158.
- ↑ [Cf. Michel Foucault, « À propos de la généalogie de l’éthique : un aperçu du travail en cours », dans Dits et Écrits, t. IV (1980-1988), Paris, Gallimard, 1994, n° 326, p. 383-411 (citation p. 392) : « Ce qui m’étonne, c’est que, dans notre société, l’art n’ait plus de rapport qu’avec les objets, et non pas avec les individus ou avec la vie […]. Mais la vie de tout individu ne pourrait-elle pas être une œuvre d’art ? Pourquoi un tableau ou une maison sont-ils des objets d’art, mais non pas notre vie ? ».]
- ↑ [Sleeping Works a reçu en 2013, de la Société civile des Auteurs multimédia] (SCAM), la bourse « Brouillon d’un rêve : art numérique ».]
- ↑ [« Art de l'intime : du corps spectral » in Interface de l'intime, sous la direction d'Alain Mons, Éditions de la MSHA, 2016, p. 195-209.]