Jlass
| Régions d’origine | Tunisie |
|---|---|
| Langues | Arabe tunisien (avec substrat berbère) |
| Religions | Islam |
| Ethnies liées | Berbères |
Les Jlass ou Zlass (arabe : الجلاص أو الزّلاص, berbère : ⵣⵍⴰⵙ) sont une confédération tribale berbère tunisienne. Avant l'avènement de la République, elle forme une alliance de sécurité couvrant la majeure partie des populations de la région de Kairouan et du Sahel tunisien.
Selon les estimations historiques, elle constitue la plus importante confédération tribale de Tunisie, regroupant plus de 60 000 personnes entre 1858 et 1861[1].
Origines
[modifier | modifier le code]Plusieurs hypothèses et traditions convergent vers une origine composite des Jlass, mêlant apports berbères et arabes.
La majorité des sources françaises modernes présente la confédération comme métissée. La Grande Encyclopédie décrit les Jlass comme une tribu de la Tunisie centrale, nombreuse et implantée autour de Kairouan et sur les plaines avoisinantes ; elle les qualifie de « à peu près sédentaires », réputés belliqueux et maraudeurs, et signale qu'ils sont métissés d'Arabes et de Berbères, divisés en plusieurs fractions (Ouled Idir, Ouled Kelifa et Ouled Sendassen) auxquelles s'ajoutent de plus petites tribus alliées comme les Kaoubs et les Gouazines[2].
Certaines études plus anciennes ou ponctuelles évoquent des influences bédouines et arabes. Par exemple, Jean Despois mentionne des éléments bédouins fixés dans les steppes de Tunisie orientale, sans pour autant nier l'hétérogénéité des origines locales[3].
Plusieurs sources et traditions locales insistent cependant sur une origine berbère claire. Selon l'ouvrage As-Sourouf fî târîkh as-sahrâ wa Sûf d'Ibrahim Mohammed as-Sâssi al-ʿAwâmer, la généalogie traditionnelle place les Jlass dans la filiation suivante : Jlass ben Habous ben Lamaya ben Faten ben Tamsit ben Dri ben Louata al-Asghar ben Louata al-Akbar ben Zjîk ben Madghis ben Mazigh. Cette attestation rattache explicitement les Jlass aux Beni Faten, branche zénète liée à la grande souche des Louata, et précise que des groupes issus de cette lignée étaient installés autour de Kairouan avant de se disperser vers le Zab, Qasṭîla et Sûf, où certains ont contracté des alliances matrimoniales avec d'autres groupes locaux[4].
Le auteur arabe Muhammad Amin al-Souweidi (connu sous le nom al-Souweidi) rapporte également que les Jlass forment une branche des Louata, ces dernières étant présentées comme descendants de Madghis, ce qui réaffirme le rattachement à une généalogie berbère classique dans la tradition onomastique arabe[réf. incomplète][5].
Les analyses historiques plus larges rejoignent cette lecture. Des auteurs médiévaux et modernes rapprochent les Louata des Laguatan, une confédération attestée dès l'Antiquité tardive en Cyrénaïque et en Tripolitaine, puis présente dans le Maghreb central ; Ibn Khaldoun et des historiens contemporains évoquent les migrations et la fragmentation des branches louates qui ont donné naissance à plusieurs groupes locaux, dont les Jlass[6].
Enfin, des témoignages de terrain confirment la mémoire d'une origine berbère. En , l'explorateur Paul Dumas rapporte que des notables de la région de Kairouan, en présence du caïd des Jlass, Tahar ben Ibrahim, affirmaient descendre d'une origine berbère et faisaient référence à des sépultures et lieux d'ancêtres localisés dans la région[7].
Géographie
[modifier | modifier le code]La tribu des Jlass est principalement présente en Tunisie, dans les gouvernorats de Kairouan (délégations d'Echrarda, Bou Hajla, Nasrallah, Hajeb El Ayoun, Chebika et Haffouz), Sousse (Takrouna) et Zaghouan (délégation de Zriba)[8].
Histoire
[modifier | modifier le code]Historiquement, les Jlass ont pour ennemis les Majer et les Fraichiches[9], et pour alliés les Hamama[10].
Selon le journaliste Soufiane Ben Farhat, le pape Gélase Ier ayant exercé sa fonction de 492 à 496 serait issu de cette tribu[11].
Au XVIIIe siècle, alors qu'un conflit oppose le bey aux Ousseltia, celui-ci promet à une tribu des Jlass, les Kaoub, le territoire des Ousseltia en échange d'une guerre contre eux. Ce conflit se traduit par une victoire des Kaoub et l'accaparement des terres[12].
Durant le XIXe siècle, ils sont marginalisés par le pouvoir du fait de leur migration vers Tunis[13].
La tribu joue toutefois avec d'autres un rôle important dans la lutte armée contre la colonisation française[14]. Ils s'allient alors aux Souassi et aux Ouled Saïd, réunissant 6 000 hommes, et attaquent l'armée française à Bir Hfaïdh près de Hammamet. Chez les Jlass, l'insurrection est dirigée par le caïd des Ouled Iddir, El Hadj Hassein Ben Messai[15].
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Cavaliers jlass arborant le drapeau national.
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Image d'un cavalier jlass.
Composition
[modifier | modifier le code]La confédération est composée de quatre tribus, à savoir :
- Kooub et Gouazine, étrangers à la tribu mais qui s'y sont confédérés.
- Ouled Khalifa : Ajabna ; Azaza (Faqa, Khbuz, Khdaimia, Ouled Bou Hlos, Mtaiguia) ; Bdarna (Arfat, Douairia, Kouata, Kraïmia, Slata, Sufr) ; Blaghta (Dhibat, Jouabr, Shramitia) ; Brikat (Kraishat, Ouled Zaid, Afallat) ; Chtabra ; Forjan ; Fouaid ; Mjabra (Ababsa, Hmidat, Jbilat, El Jezira, Thriouat, Ouamria, Frihouat) ; Mkhalif (Hdada, Ouled Amer, Ouled Boudhraa, Ouled Meskin, Rouaouna, Soualem) ; Mouaghir (Ouled Hadj, Ouled Joumlia, Ouled Taamallah, Ouled Emtir, Ouled Souissi, Guessaa, El Oufeid, Zahemlia) ; Soualem ; Thmama ; El Hammad (Bdarna, Ferdjane) ; Blarta ; Ouled Jemlia[16].
- Ouled Sendassen : Fdhul ; Friouat ; Hadaia ; Jrirat ; Mhafidh (Ouled Baniou, Ouled Droo, Ouled Dhifallah, Ouled Gharsallah, Ouled Issaoui, Ouled Mahfoudh, Ouled Sidi Ali Ben Salem, Ouled Saoud, Ouled Saadallah) ; Msa'id (Ouled Bakouch, Aoualia, Ouled Brahim, Debabcha, Edhieb, Bsilat, Jlalba, Jouamiia, Maïz, Mkhalfia, Ouled Aanane, Ouled Youssef) ; Nsaqta (Ikhwat Belgacem Ahmad) ; Nqaqza ; Ouled Amer ; Ouled Chehib (Abd Es-Smi, Atiya, Ikhwat Sheikh El Fani, Fraïat, Ouled Ali Nsir, Ouled Hellal, Ouled Nasr Ben Khalil, Ouled Thabet, Rzamta, Zhirat, Ajilat, Fdhul, Sbaiya, Zouatnia, Zouaouda, Ouled Brahim, Ghraba, Mtirat) ; Ouled Hamed (El Blaghcha, Ikhwat Taleb Salem, Ouled Bou Abid) ; Ouled Zaid ; Ouled Koud ; Ouled Umm Krim ; Hmamda ; Hadaia (Shmamqia, Houatfia, Fouansia) ; Nqaqta (Brahmia, Ouled Hadj, Ouled Nasr, Ouled Said, Ouled Messaoud, Rouashia, Shouarbia, Qrirat, Shouaouta, Trif, Mnassa) ; Ouled Khir (Toual, Nqaqza, Jrirat) ; Hedaid (Chemameg, Aouadfia, Fersia)[16].
- Ouled Iddir : Adadja (Athamna, Ezkhena, Jouaber, Zerana) ; Methenin (Mharza, Ouled Hadj, Ouled Mbarek, Ouled Mqadil, Ouled Nsir, Srahta, Ouhibat, Ouled Achour) ; Nhar (Alalqa, Chouamekh, Dhifallah, Ouled Achour, Sehlat, Tratit) ; Ouled Said (Aatallah, Ouled Aalaouna, Ouled Hchin, Ouled Khalfallah, Ouled Kleib, Rouajah) ; Ziadna qui se divisent en Kutrat (Dhouibat, Mouissat, Jhinat, Jouaouda) et Sellaoua (Farjallah, Cheraret, Romdhan, Chraitia) ; Rechine (Rajah et Boughaba) ; Klib ; Katra (Douib, Mouissat, Jehinat) ; Jouaoud[16].
Langue
[modifier | modifier le code]Les tribus Jlass ont connu une arabisation précoce, principalement due à leur position géographique sous la centralisation arabe dès le VIIIe siècle. De nos jours, la plupart d'entre eux parlent le dialecte tunisien avec un accent local, intégrant des mots amazighs. Cependant, une branche des Ouled Khalifa a conservé l'usage de la langue amazighe dans les villages de Takrouna, Jradou et Zriba[8].
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Jean Ganiage, « La population de la Tunisie vers 1860 : essai d'évaluation d'après les registres fiscaux », Population, vol. 21, no 5, , p. 878 (ISSN 0032-4663, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ La Grande Encyclopédie : inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts, vol. 31 : Thermopyles - Zyrmi, Paris, Société anonyme de La Grande Encyclopédie, , 1344 p. (lire en ligne), p. 1324.
- ↑ Jean Despois, « La fixation des Bédouins dans les steppes de la Tunisie orientale », dans Premier Congrès de la Fédération des sociétés savantes de l'Afrique du Nord : Alger, 10–11 juin 1935, Alger, Société historique algérienne, (lire en ligne), p. 71.
- ↑ (ar) Ibrahim Mohammed as-Sâssi al-ʿAwâmer, الصروف في تاريخ الصحراء وسوف, Alger, Éditions Thala, (lire en ligne), p. 360.
- ↑ (ar) Muhammad Amin al-Souweidi, سبائك الذهب في معرفة قبائل العرب (lire en ligne), p. 102.
- ↑ Yves Modéran, « Le mythe du « mystérieux appel de l'Ouest » », dans Les Maures et l'Afrique romaine (IVe–VIIe siècle), Rome, Publications de l'École française de Rome, (ISBN 978-2-7283-1003-6, lire en ligne), p. 153–207.
- ↑ Paul Dumas, « Notes sur la région de Kairouan », Bulletin de la Société de géographie de Tunis, , p. 27.
- (ar) Ibrahim Mohammed Al-Sassi Al-Awamer, كتاب الصروف في تاريخ الصحراء وسوف, Beyrouth, Dar Al-Kotob Al-Ilmiyah, p. 360.
- ↑ Mohamed Larbi Haouat, Habib Bourguiba : le combattant suprême, Casablanca, Centre culturel du livre, , 144 p. (lire en ligne), p. 78.
- ↑ Abderrahman Abdelkebir, « Les mutations socio-spatiales, culturelles, et aspects anthropologiques en milieu aride : cas de la Jerrafa tuniso-libyenne, 1837-1956 » [PDF], sur docnum.univ-lorraine.fr (consulté le ).
- ↑ « Le pape Gélase Ier, à l'origine de la Saint-Valentin, est d'origine tunisienne », sur kapitalis.com, (consulté le ).
- ↑ Jeanne Riaux, « Petites paysanneries hydrauliques en Tunisie centrale : héritages et perspectives autour des eaux du Merguellil », sur shs.hal.science (consulté le ), p. 9, 12 et 13.
- ↑ Zeïneb Mejri, « « Les indésirables » bédouins dans la région de Tunis entre 1930 et 1956 », Cahiers de la Méditerranée, no 69, , p. 77-101 (ISSN 1773-0201, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « La lutte armée (1881-1956) », sur hmp.defense.tn (consulté le ).
- ↑ « Rétrospective : le 24 avril 1881, les tribus tunisiennes résistent aux occupants français », sur kapitalis.com, (consulté le ).
- Lucette Valensi, Fellahs tunisiens : l'économie rurale et la vie des campagnes aux 18e et 19e siècles, Paris, Mouton, , 421 p. (ISBN 978-2713230295, lire en ligne), p. 70-79.