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La Sortie

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La Sortie
The Way Out

Devise : « Offrez-leur une sortie ! [trad 1] »

Situation
Région Québec, Canada
Création (12 ans)
Type Association à but non lucratif
Organisation non gouvernementale internationale
Siège Pierrefonds, Québec, Drapeau du Canada Canada
Langue Français, Anglais
Organisation
Effectifs 9 employés
Fondateur Gerry Plunkett
Directeur Ronald Lepage

Site web http://www.lasortie.org

La Sortie est une association à but non lucratif canadienne fondée en juillet 2013[1] qui a pour mission de venir en aide aux femmes ayant vécu l'exploitation sexuelle.

Reconnu par le ministère de la Justice du Canada et le programme de soutien aux organismes communautaire du Centre Intégré universitaire de santé et des services sociaux de Montréal (voir Centre intégré de santé et de services sociaux), l'organisme offre des services d'accueil, d'évaluation, d'orientation, d’hébergement, de suivi individuel, et met à la disposition des femmes désirant sortir de l'industrie du sexe une ligne d’aide téléphonique (24/7), des ateliers thématiques et des activités d'intégration sociale.

La Sortie consacre ses efforts dans l’aide aux femmes pour des raisons liées aux ressources, qui sont encore limitées dans la province de Québec, par souci d’efficience. Certaines exceptions aux critères cités précédemment ont été faites par le passé, afin de répondre aux besoins de la population.

L’exploitation sexuelle est une forme d’esclavage moderne où des êtres humains font l’objet d’un commerce à des fins d’exploitation sexuelle. Les victimes (en majorité des femmes et des jeunes filles) sont recrutées, transportées, transférées, hébergées ou réceptionnées par la force, la menace ou une autre forme de contrainte. L’exploitation sexuelle peut se faire à l’échelle nationale ou internationale. La participation des victimes est involontaire dans la majorité des cas, car même lorsqu’il y a consentement, celui-ci est obtenu par la fraude, la tromperie, l’enlèvement, l’abus d’autorité ou découle d’une situation de vulnérabilité (ONU, 2012).

Le Québec est une plaque tournante du commerce des mineurs au Canada[2] et Montréal est une destination majeure pour le tourisme sexuel (D.O.S. États-Unis, 2009[3]);

  • 4 000 filles et garçons (12 à 25 ans) sont impliqués dans l’industrie du sexe à Montréal (Durocher, 2002[4]);
  • 1 500 proxénètes ou plus ont été actifs au Québec au cours des 10 dernières années (SRCQ, 2013[5]);
  • 1 077 offres de services sexuels se retrouvent sur l’île de Montréal (CLES, 2014[6]); on compte 200 salons de massages, 65 bars de danseuses et 38 agences d'escortes à Montréal (SRCQ, 2013[5]);
  • 90% des victimes résident au Canada, et 40% sont des mineures (UNODC, 2016[7]);
  • 89% des femmes prostituées souhaitent sortir du milieu (CSF, 2012[8]);
  • 78% des femmes ayant quitté l’industrie disent connaître des problèmes de santé mentale (CLES, 2014[9]).

"L'industrie du sexe repose sur le "mirage" des femmes consentantes qui donnent et reçoivent du plaisir, que ce soit dans les clubs de strip-tease ou dans la pornographie. La réalité est souvent beaucoup plus sombre. On estime que jusqu'à 85% des femmes sont contrôlées par des proxénètes qui recourent à la violence, à la manipulation psychologique ou à la fraude financière[10]."

Devant cette réalité, un citoyen de l’Ouest de l’île de Montréal, Gerry Plunkett, a eu compassion de tous ces jeunes vivant dans l’esclavage sexuel. Une équipe s'est jointe à lui au printemps 2012 pour former un comité dont l’objectif était de fonder un organisme de bienfaisance. Dès le début, l’organisme a eu pour mission d’offrir un service d’aide et d’accompagnement aux jeunes femmes âgées de 18 ans à 35 ans ayant vécu l’exploitation sexuelle[11]. C’est le 3 juillet 2013 que La Sortie a vu le jour et s’est enregistré comme organisme sans but lucratif sous la partie III de la Loi sur les compagnies du Québec[12].

Financement

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La Sortie est considérée par lettres patentes en vertu de la Loi sur les compagnies du Québec et est un organisme de bienfaisance enregistré au sens de la Loi de l’impôt sur le revenu. Les états financiers sont dressés selon les normes comptables canadiennes pour les organismes sans but lucratif et sont disponibles sur la page web dans le rapport des activités, mis à jour annuellement par l'organisme.

Hébergement

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Depuis septembre 2018, La Sortie tient une résidence de style maison familiale consacrée aux femmes ayant vécu l’exploitation sexuelle[13]. À la suite d'une évaluation, l’accès à la résidence est offert de manière immédiate, selon le modèle d’approche Housing First.

La Sortie construit actuellement un immeuble de 15 logements dont les portes ouvriront à l'hiver 2026. Ce projet immobilier permettra d’offrir un logement adapté et sécurisé qui constitue une essentielle porte de sortie de l'industrie du sexe et de l’exploitation sexuelle. Grâce à cette nouvelle construction, La Sortie pourra tripler sa capacité d'accueil. Le bâtiment comprend 11 logements pour femme seule et 4 logements mère-enfants, tous offerts à titre transitoire pour une période de 3 ans, assurant une transition stable vers l'autonomie[14].

L'organisme a coordonné le projet de recherche[15] Horizon, réalisé en grande partie grâce au soutien du Ministère de la Sécurité Publique du Canada (Sécurité publique Canada). L’un des objectifs principaux de ce projet de recherche consistait à voir au développement de modèles d’intervention en logement efficaces pour venir en aide adéquatement aux victimes d’exploitation sexuelle au Québec. C’est la firme Mourani-Criminologie qui mena la recherche à terme.

Se penchant sur les situations d’un échantillon de 548 répondantes, le Projet Horizon visait à faire ressortir les préférences en matière de logement des femmes et des filles de l’industrie du sexe au Québec. Les traits communs de la situation résidentielle de ces répondantes ont également été recensés. Prenant en considération que les victimes et les survivantes de la prostitution ont à vivre avec des stress post-traumatiques importants, leurs besoins sont nombreux, et ce particulièrement en matière de logement. L’accès à une résidence sécuritaire et adaptée aux besoins de ces individus demeure à ce jour un enjeu reconnu à travers le Québec.

Le rapport de recherche Le logement: besoins et préférences des femmes et des filles de l’industrie du sexe est publié sous dépôt légal - Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2019, Bibliothèque et Archives Canada, (ISBN 978-2-9818161-0-8) (version PDF).

Approche d'intervention

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La Sortie privilégie une approche globale et de proximité afin de tenir compte de l’ensemble de la situation vécue par les participantes et du fait que ces dernières peuvent résider dans plusieurs petits milieux répartis dans toute la région de Montréal. Le travail de proximité est une expression générale et une philosophie d'intervention décrivant le fait de travailler auprès des personnes dans leur milieu naturel, comme le ferait un travailleur de milieu.

Notre intervention est basée sur la responsabilisation de la participante (pouvoir d’agir) et de son apprentissage de la manière de gérer ses "problèmes" (acquisition d’habiletés sociales), ce qui aura pour effet de lui permettre de trouver sa place et sa valeur dans la société. Avec l’entrevue motivationnelle (EM)[16], la participante est amenée à trouver ses propres solutions aux divers problèmes qu’elle vit. Les autres parties du programme (séances de groupe et travail communautaire) agissent indirectement sur le « rétablissement et la croissance » de la personne. Il s’agit d’un processus qui est lent et vise le minimum de confrontation. La lenteur du processus est un actif. Celles qui acceptent le rythme progressent, celles qui s’attendent à « des solutions miracles, rapides et sans douleur » nous quittent… et reviennent. (Miller, W. R., & Rollnick, S, 2010)

En plus des services psychologiques, les participantes peuvent obtenir un coup de pouce pour retourner à l’école, se trouver un emploi, ou encore, faire les démarches pour obtenir des prestations d’aide sociale[17].

Programme d'intervention

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Le programme « Alternative à l’industrie du sexe » vise à offrir aux participantes un soutien individualisé pour sortir de l’industrie du sexe et reconstruire leur vie en tenant compte de leurs dimensions biologiques, psychologiques, sociales et spirituelles.

Philosophie d’intervention

Le programme repose sur une philosophie centrée sur la liberté de choisir sa destinée, l’autonomie et la responsabilisation. Ses objectifs généraux incluent :

  • fournir une porte de sortie aux victimes d’exploitation sexuelle, rompant le cercle vicieux où le désir d’estime conduit à des décisions qui peuvent entraîner l’exploitation ;
  • outiller les participantes pour retrouver autonomie et liberté par un changement de pensée, de style de vie et le développement de compétences ;
  • établir un réseau de soutien familial et communautaire ;
  • offrir plus qu’une solution de première nécessité, en accompagnant les victimes dans la concrétisation d’un projet de vie stable avec un suivi personnalisé.

Le programme adopte une approche globale et de proximité, privilégiant le travail dans le milieu naturel des participantes, comme le ferait un travailleur de milieu. L’intervention est basée sur la responsabilisation et l’acquisition d’habiletés sociales, afin de permettre aux participantes de trouver leur place dans la société.

L’entretien motivationnel (EM) est un outil central, visant à développer la motivation intrinsèque au changement et à favoriser l’exploration et la résolution de l’ambivalence (Miller & Rollnick, 2010[16]).

L’EM repose sur quatre principes :

  1. Exprimer de l’empathie par une écoute centrée sur la personne et réfléchie, créant un climat d’acceptation inconditionnelle.
  2. Développer la divergence, c’est-à-dire souligner l’écart entre le comportement actuel et les valeurs ou objectifs de la participante.
  3. Rouler avec la résistance, évitant la confrontation et reconnaissant que la participante est la principale source de solutions.
  4. Renforcer le sentiment d’efficacité personnelle, attribuant à la participante le mérite de ses capacités et possibilités de changement.


Conception biopsychosociale et approche clinique

Le programme adopte une conception biopsychosociale de l’individu, intégrant les dimensions biologique, psychologique, sociale et spirituelle. Cette approche considère que l’adaptation et le bien-être résultent d’un équilibre entre réalité interne (dimension biopsychologique) et réalité externe (dimension sociale) (Tremblay, 2001[18]).

La dépendance à des substances ou comportements est comprise comme une manifestation de déséquilibre interne, plutôt que comme une maladie purement organique ou un vice moral (Tremblay, Wener & Savard, 1996[19] ; Langlois, 1997[20]). De même, la prostitution est analysée sous un angle clinique : elle résulte souvent de tentatives d’adaptation face à des carences ou tensions émotionnelles, psychologiques, physiques ou spirituelles (CPCCQ, 2013).

Le programme reconnaît également l’importance de l’intervention féministe, fondée sur l’égalité des sexes, le respect de l’autonomie, et la reconnaissance de l’intersectionnalité des oppressions. Les participantes ne sont jamais considérées responsables de la violence subie, et toutes les interventions sont volontaires et personnalisées.


Clientèle

Le cycle de l'assuétude

Les participantes sont majoritairement des femmes victimes d’exploitation sexuelle, présentant souvent :

  • des antécédents familiaux difficiles : violence, placements en famille d’accueil ou centres de réadaptation, carences affectives ;
  • des échecs scolaires et décrochage ;
  • des expériences sexuelles précoces ou abus sexuels ;
  • des contextes de pauvreté ou vulnérabilité sociale (Cousineau et al., 2003 ; 2004[21]).

L’entrée dans le programme peut être motivée par :

  • la nécessité de survivre ou de subvenir à ses besoins ;
  • la recherche d’estime de soi ou de statut social ;
  • la consommation de drogues, souvent en relation circulaire avec la prostitution (Brochu, 1995[22]).

Les participantes peuvent être exposées à des situations de fugue, manipulation par des gangs ou des proxénètes, ou dépendre d’un exploitant ou d’une substance. La Sortie distingue quatre profils dans l’industrie du sexe : indépendante, dépendante, soumise et esclave sexuelle, selon le degré de contrainte ou de contrôle subi.


Organisation et services

Le programme se base sur la pyramide des besoins de Maslow, offrant un accompagnement progressif : besoins de base (logement, santé, alimentation), sécurité, appartenance, estime et réalisation personnelle.

Trajectoire des services de La Sortie

Les services comprennent :

  • Accueil, évaluation et orientation (AEO) : détermination des besoins et orientation vers les services appropriés. Les critères d’admission incluent le statut de victime d’exploitation sexuelle et le désir de quitter l’industrie du sexe. Les exclusions concernent les situations de danger immédiat, troubles mentaux sévères ou déficiences intellectuelles importantes.
  • Accompagnement individuel : plan de parcours hebdomadaire avec objectifs personnalisés, suivi et implication de l’entourage et des partenaires communautaires. Les plans couvrent les sphères personnelles, interpersonnelles, scolaires et professionnelles.
  • Activités d’intégration sociale : apprentissage des rôles sociaux et développement de l’autonomie personnelle, sociale, scolaire et professionnelle, inspiré du programme d’Intégration sociale (IS) du Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport.
  • Ateliers thématiques : formations cycliques adaptées aux besoins des participantes, visant la consolidation des compétences et des habiletés pratiques, sociales et professionnelles.

Le programme distingue deux volets d’autonomie : autonomie minimale, pour la survie, et autonomie fonctionnelle, pour la vie sociale complète. Les champs d’habiletés abordés incluent : résolution de problèmes, communication, compétences sociales et personnelles, psychomotricité, gestion du quotidien, habiletés domestiques, familiales, professionnelles, sexualité, alimentation et utilisation des ressources du milieu.

Phases du parcours Le parcours se déroule en quatre phases :

  1. Engagement : évaluation de la motivation et de la volonté de changement.
  2. Stabilisation : soutien psychologique et médical, expression du trauma et désensibilisation graduelle.
  3. Apprentissage : acquisition d’habiletés et modification des comportements dans toutes les sphères de vie (Bandura, 2003[23]).
  4. Consolidation : maintien des acquis et renforcement de l’estime de soi par la pratique dans des situations réelles.


Objectifs

Le programme vise à :

  • offrir une alternative à l’industrie du sexe ;
  • orienter les victimes vers les services sociaux ;
  • stabiliser les situations médicale, financière et judiciaire ;
  • fournir un logement, des groupes d’appartenance et un emploi valorisant ;
  • développer les habiletés sociales et professionnelles des participantes.

Notes et références

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  1. (en) « Offer them a way out. »

Références

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  1. Gouvernement du Canada, « Organismes de bienfaisance et dons »
  2. La Presse, « Exploitation sexuelle des mineurs: Québec est une «plaque tournante» »,
  3. (en) US Department of States, Trafficking in Persons Report,
  4. Durocher, L., Fleury, E., Berthiaume, P., Moïse, J., La prostitution juvénile, quoi de neuf ?, Défi Jeunesse,
  5. a et b Service des renseignements criminels du Québec (SRCQ), Portrait provincial du proxénétisme et de la traite des personnes,
  6. Szczepanik G., Ismé C. et Grisé É., Portrait de l’industrie du sexe au Québec, Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES).,
  7. (en) UNODC., Global Report on Trafficking in Persons 2016, United Nations publication, , Sales No. E.16.IV.6
  8. Conseil du statut de la femme (CSF), La prostitution : il est temps d’agir.,
  9. Szczepanik G., Ismé C. et Grisé É, Portrait de l’industrie du sexe au Québec, Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES).,
  10. (en) Allison Hanes, « Hanes: Maylissa joined the sex industry at 15. Now she helps fight against it », sur The Gazette,
  11. « CRC Ouest de l'île »
  12. « Registre des entreprises Québec »
  13. TVA Nouvelles, « Une maison d’hébergement unique pour les victimes de l’industrie du sexe »,
  14. Noovo, « Plus de 65 nouveaux logements destinés aux femmes en situation de vulnérabilité voient le jour à Montréal »
  15. Le logement: besoins et préférences des femmes et des filles de l’industrie du sexe, Dépôt légal - Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2019, Bibliothèque et Archives Canada, (ISBN 978-2-9818161-0-8) (version PDF). - Rapport officiel.
  16. a et b William Richard Miller, Stephan Rollnick & Christopher Butler, Pratique de l'entretien motivationnel: Communiquer avec le patient en consultation, Paris, Intereditions,
  17. TVA Nouvelles, « Une maison d’hébergement unique pour les victimes de l’industrie du sexe »,
  18. Monique Tremblay, L’adaptation humaine. Un processus biopsychosocial à découvrir., Montréal, Éditions St-Martin,
  19. Tremblay, R., Wener, A. et Savard, M., Programme de formation à l’intervention de première ligne auprès des adultes, Québec, MSSS,
  20. C. Langlois, L’importance d’impliquer les familles dans le traitement des jeunes toxicomanes adultes, Québec, Université Laval,
  21. Cousineau, M.-M., Hamel, S., Gagnon, C., Meeson, J.-S., Courchesne A., Daoust Charland., Récits d'expérience de jeunes prostitués, garçons et filles, en vue de l'élaboration d'un plan d'action, Montréal, Institut de recherche pour le développement social des jeunes et Centre international de criminologie comparée,
  22. Serge Brochu, Drogue et criminalité: une relation complexe, Montréal, Les presses de l’Université de Montréal,
  23. Albert Bandura, Auto-efficacité – Le sentiment d’efficacité personnelle, Bruxelles, De Boeck,

Articles connexes

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Liens externes

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