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Le Chien errant

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Le Chien errant
Publication
Auteur Sadegh Hedayat
Titre d'origine
سگ ولگرد
Langue persan
Parution

Le Chien errant (en persan : سگ ولگرد) est une nouvelle de Sadegh Hedayat, publiée pour la première fois en 1941 à Téhéran, avec sept autres nouvelles dans un recueil du même titre.

La nouvelle raconte la vie d'un chien nommé Pât, de race écossaise. Pât n'est pas habitué à la viande et préfère l'odeur du lait et le souvenir du lait de sa mère. La chaleur, la paix et la sécurité de l'enfance lui manquent. Un jour, Pât et son propriétaire se rendent dans la ville de Varamin pour effectuer un travail. Là, Pât sent l'odeur d'une chienne et il s'en prend à elle. Mais cela le sépare de son propriétaire. Il ne le retrouve plus et se retrouve seul. Il est battu par plusieurs personnes malveillantes. Mais il finit par en rencontrer une qui le nourrit un peu. Celle-ci, malheureusement, s'éloigne en voiture et malgré sa course pour la suivre Pât n'y parvient pas. Il est éreinté et s'effondre au bord de la route. Trois corbeaux volent déjà au-dessus de lui pour lui arracher les yeux.

Ce personnage principal est décrit comme un être humain. Il devient la métaphore de l'écrivain, rejeté par la société, en raison de son originalité et de son anticonformisme[1].

Dans sa nouvelle Le Chien errant, comme dans celles telles que La Chambre noire ou Enterré vivant[2] Sadegh Hedayat utilise des techniques d'écriture réaliste pour présenter une histoire psychologique[3]. La caractéristique la plus importante de ses récits est qu'ils accordent une importance majeure aux questions psychologiques, philosophiques, ontologiques et dans une moindre mesure sociologiques. Le sens, la valeur et l'importance du narratif sont moindres que dans ses autres nouvelles. Leur sujet est universel et n'est donc pas lié à un moment et à un lieu particulier[4].

Le roman Croc-Blanc est parfois comparé à la nouvelle de Hedayat

Le critique Homa Katouzian identifie trois niveaux de compréhension de la nouvelle. Le première relève du traitement de l'animal inoffensif par l'homme par ignorance de la douleur qu'il fait subir. Le deuxième niveau est celui de la double souffrance provenant à la fois du fait d'être battu et du fait de conserver en même temps le souvenir de son confort et de sa dignité antérieure. Le troisième niveau c'est celui de la nostalgie du paradis perdu de l'enfance quand n'existait ni conscience ni aliénation. C'est à ce troisième niveau qu'est révélé l'aspect allégorique de cette nouvelle c'est-à-dire le problème ontologique auquel les humains ou les chiens peuvent être confrontés en devenant étrangers aux autres et étranger à eux-mêmes[4].

Comparaison

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Plusieurs œuvres emblématiques de la littérature mondiale peuvent être rapprochées de la nouvelle de Hedayat par certains aspects : Colloque de chien de Miguel de Cervantes dans lequel deux chiens acquièrent la parole et critiquent la société espagnole du XVIIe siècle ; Cœur de chien de Mikhaïl Boulgakov où un chien errant est transformé en homme par un chirurgien ; Flush de Virginia Woolf dans lequel l'autrice adopte le point de vue d'un cocker et lui prête des émotions complexes[5]; Croc-Blancde Jack London dans lequel les chiens et les loups se voient dotés de pensées structurées, d'une morale et d'une capacité d'introspection.

Hedayat a également traduit La Métamorphose de Franz Kafka en persan. Bien qu'il ne s'agisse pas d'un chien mais d'un insecte (cancrelat), Kafka évoque le traitement d'un homme devenu insecte et qui est projeté dans la solitude et le désespoir du fait de ses nouvelles différences morphologiques et de sa mise à l'écart par sa propre famille[6].

Références

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  1. « « Trois gouttes de sang » (nouvelles) de Sadeq Hedâyat »
  2. Éditions Corti, France, 1986 et 1999.
  3. « Sadegh Hedayat »
  4. a et b Katouzian H., Sadeq Hedayat: The Life and Legend of an Iranian Writer, I. B. Tauris, (ISBN 978-1-86064-413-9, lire en ligne)
  5. Mireille Duchêsne, « Virginia Woolf, le chien Flush et le goût de l'histoire »,
  6. Shafigheh Keïvân, « Sâdegh Hedâyat : un Kafka iranien ? », sur teheran.ir, La Revue de Téhéran, (consulté le )

Bibliographie

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  • Trois gouttes de sang de Sadeg Hedayat, nouvelles traduites du persan par Gilbert Lazard et Farrakh Gaffary, éditions Zulma, Paris, 2023, (ISBN 978-2-84304-859-3).