Le Claps
| Le Claps | |
Vue de l'éboulis issu de l’écroulement depuis le fond de la vallée. | |
| Localisation | |
|---|---|
| Pays | France |
| Région | Auvergne-Rhône-Alpes |
| Département | Drôme |
| Commune | Luc-en-Diois |
| Statut patrimonial | Site classé du Claps et du Saut de la Drôme |
| Coordonnées géographiques | 44° 35′ 45″ N, 5° 29′ 16″ E |
| Caractéristiques | |
| Type | Éboulis |
| Nature de la roche | Calcaire |
| Âge de la roche | 140-150 millions d’années |
| Âge de la formation | 1442 |
| Origine | Écroulement |
| Altitude | 600 |
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Le Claps (de l'occitan clap ou clapas, « bloc de rocher »[1]) est un site qui se trouve à deux kilomètres au sud du village de Luc-en-Diois, dans le département de la Drôme.
Géographie
[modifier | modifier le code]Le Claps est né de l'écroulement en 1442 d'un flanc de montagne du pic de Luc. Cette montagne est un élément d’une barre calcaire du Tithonien (environ 140 à 150 millions d’années) délimitant un petit bassin en amont. Cette barre est franchie par la rivière Drôme qui coule alors dans des gorges sur quelques centaines de mètres[2]. Il s'y est développé des activités de loisirs (détente et baignade, escalade[3] et via ferrata).
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Viaduc du Claps.
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La Drôme au Claps.
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Pic de Luc.
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Rocher du Claps au Luc en Diois.
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Panneau signalant l'arrivée au sommet du Pic de Luc, à Luc en Diois dans la Drôme.
Histoire
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Vers 1442, une assise se détacha du flanc sud du pic de Luc (au-dessus de Luc-en-Diois)[2]. En 1442, de fortes pluies ou un séisme[4] provoquent l’effondrement d’une assisse de 15 à 20 mètres d’épaisseur et d’un volume de 2 millions de mètres cubes[2]. Cette assisse, d’une pente de 28,6°, était très instable et retenue simplement par un petit butoir, le Pigeonnier[4],[5]. La Drôme a pu progressivement éroder et affaiblir cette butée[6]. L’éboulement se divise en deux coulées, à l’entrée et à la sortie des gorges. Cet éboulement forme en amont un barrage de 70 mètres de haut et de 2,8 millions de mètres cubes[2]. En glissant, elle vint heurter en aval un éperon calcaire[réf. nécessaire]. Cette masse rocheuse se divisa, se brisa en blocs énormes et barra la Drôme en deux points. Ainsi se forma en amont le Grand Lac (5 km de long environ, 300 hectares de surface, de 71 à 81 millions de mètres cubes[7]) et en aval, le Petit Lac (6 hectares). La forte érosion liée au petit âge glaciaire comble rapidement le Grand lac[4] ainsi que des vallons affluents, le Rif de Miscon dans la partie basse du lac, et le torrent de Nière Gourzine, en partie haute. Au niveau du Rif de Miscon, le comblement dépasse les 60 mètres d’épaisseur ; ce comblement se produit aussi dans la partie aval de la vallée de ce torrent[8]. Le barrage créé par l’effondrement n’était pas imperméable, et le lac pouvait se vider totalement lors de sécheresses. En amont du lac, au-delà des Tours de Rochebrianne, s’est formé par sédimentation le marais de Beaurières (actuellement présenté comme le marais des Bouligons, le long de la route nationale)[7]. L’ensemble des sédiments déposés entre la formation du lac et le milieu du XIXe siècle forme un volume de 80 à 100 millions de mètres cubes, soit 120 à 190 millions de tonnes[9].
Le lac donna lieu à des conflits entre seigneurs et riverains. Il devint en 1561, la propriété des Chartreux de Durbon qui en firent une réserve de poissons pour leur monastère, mais eurent quelques peines à le défendre des maraudeurs. Il fallut l'intervention du Parlement de Grenoble puis de Louis XIV lui-même. Finalement, par crainte de maléfices au niveau des rives marécageuses et des problèmes d'insalubrité firent envisager en 1753 son assèchement. Mais des rivalités engendrèrent de nouveaux procès et retardèrent les travaux jusqu'en 1788[10]. En 1839, est réalisé le percement de la roche obstruant le passage de la Drôme, en haut de l’actuel « saut de la Drôme », ce qui provoque la vidange du lac[4].
La nécessité d'éviter Le Claps lors de la construction de la ligne de chemin de fer du « Briançonnais » (Valence - Briançon) au début du XXe siècle, a également valu au site un viaduc, long de 244 m et de 44 m de hauteur, dont le tablier métallique a été entièrement reconstruit.
Ainsi cet éboulement qui en son temps fut ressenti comme une catastrophe et donna lieu par la suite à d'incessantes mésententes locales est devenu aujourd'hui un « site classé », cher aux habitants du Diois, et une des curiosités du Dauphiné.
Un autre éboulement moindre s’est produit en 2008. Originaire de la même zone que celui de 1442 (pente de 35 à 40°), il avait un volume de 4 à 5000 mètres cubes[11].
Légende
[modifier | modifier le code]Selon une légende, l’ancienne ville de Luc aurait disparu sous les eaux du Petit Lac. Un témoin Aymar du Rivail, affirma avoir visité les lieux en 1553 (près de cent ans après l'éboulement) et avoir vu émerger de l'eau les restes de constructions importantes. Mais outre que le récit comporte des invraisemblances, on a la preuve aujourd'hui grâce à des historiens que l’actuel site de Luc est, selon toute vraisemblance, celui de l’antique Lucus voconce, et donc qu'il n'a pas été englouti par les eaux[12].
Toutefois, en 2002 une archéologue[13] a révélé l'existence d'une ordonnance du Dauphin, futur Louis XI, datée de 1451, accordant une réduction fiscale aux habitants de Luc et de six lieux voisins en raison des dommages causés à leurs habitations par l'inondation de la Drôme et de la nécessité de reconstruire ces habitations. Par ailleurs, cette archéologue dément la mauvaise réputation d'Aymar du Rivail et affirme qu'il s'agit d'un auteur fiable. Du château dont Aymar du Rivail fait la description en 1533, il reste aujourd'hui des vestiges, notamment un escalier.
Un essai de Jules Chevalier[14] cite et transcrit de façon complète l'ordonnance delphinale ainsi que la description donnée par Aymar du Rivail. Il ajoute que « [...] la tradition constante du pays parle d'un déplacement de la ville ; de plus, le bourg actuel ne renferme absolument aucune construction qui rappelle le Moyen Âge féodal. »
Sport
[modifier | modifier le code]Le site du Claps est connu pour sa pratique de l'escalade, il a pour nom le « Chaos du Claps » et comporte des voies typées couenne, une via ferrata et une grande voie ainsi que du bloc entre les rochers. C'est également un endroit de départ pour le canyoning ainsi qu'un endroit propice à la randonnée[15].
Le site du Chaos est accessible au débutant et au confirmé, il comptabilise une cinquantaine de voies du 3b au 7a avec une grande voie qui a pour nom « la grande dalle du Claps » d'une hauteur de 280 m intéressante pour commencer la pratique de l'escalade en grande voie car elle demande un niveau n'allant pas au delà du 5b. Il est par ailleurs possible de prendre un chemin pour redescendre le long de la dalle après l'avoir fini ce qui rend le rappel optionnel. Le rocher est surtout calcaire et les voies sont sur des dalles avec des prises de type réglette[16].
La via ferrata quant à elle est aussi un bon moyen de s'initier à la pratique. Elle est située sur le Clamontard, la montagne qui fait face au pic de Luc et alterne quelques murs, de grandes vires et des traversées de dalles[17].
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Cf. Dictionnaire des dialectes dauphinois, par l'abbé Louis Moutier (Section drômoise de l'Institut d'Études Occitanes et ELLUG, 2007).
- Brocard, 2004, p. 304.
- ↑ « Camptocamp.org », sur camptocamp.com via Wikiwix (consulté le ).
- Brocard, 2004, p. 305.
- ↑ Le BRGM donne 20 mètres d’épaisseur. Étude de 2009, p. 11.
- ↑ BRGM, 2009, p. 12.
- Brocard, 2004, p. 308.
- ↑ Brocard, 2004, p. 307.
- ↑ Brocard, 2004, p. 309.
- ↑ Pierre Thomas, « Le Claps (Luc en Diois, Drôme), un colossal éboulement datant de 1442 », sur planet-terre.ens-lyon.fr, (consulté le ).
- ↑ « Luc-en-Diois (26) - Examen sommaire des conditions de stabilité de la falaise du "Claps" », Avis du Bureau de recherches géologiques et minières, avril 2009, p. 5.
- ↑ « DIREN Rhône-Alpes », sur donnees.rhone-alpes.developpement-durable.gouv.fr (consulté le ).
- ↑ L'effondrement du Claps de Luc-en-Diois dans la vallée de la Drôme vers 1442 - Michèle Bois, Daniel Ratz - CNRS-UMR - 2002)
- ↑ Essai historique sur l'église et la ville de Die. Tome second, Depuis l'année 1277 jusqu'en l'année 1508 - Chanoine Jules Chevalier, 1896, p. 386-388
- ↑ Grimper, « Le Chaos du Claps : site escalade Bloc, Falaise, accès, topo Le Chaos du Claps, France », sur Grimper.com : l'actualité de l'escalade, tests matériel d'escalade, salles d'escalade (consulté le ).
- ↑ « Site d'escalade Le Claps - info, topo, localisation... », sur climbingaway.fr (consulté le ).
- ↑ « Via Ferrata du Claps, Luc en Diois - Via-ferrata Massif du Diois », sur altituderando.com (consulté le ).
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Gilles Brocard, « Le grand lac du Claps de Luc-en-Diois : évaluation, à la lumière d’une analyse morphologique, du volume d’un lac comblé », Bulletin de la Société géologique de France, 2004, volume 175, no 3, hal-04671524
- L. Froment, Le Claps et l’ancien lac de Luc-en-Diois, Marseille : A. Robert, 1973 (42 p.)
Liens externes
[modifier | modifier le code]- [PDF] Brochure du "site classé" mis à la disposition du public par la DIREN Rhône-Alpes