Le Cri
| Artiste | |
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| Date | |
| Technique |
Tempera et pastel (une des cinq versions) |
| Dimensions (H × L) |
91 × 73,5 cm |
| Mouvement | |
| Localisation |
Le Cri (en norvégien : Skrik) est une œuvre expressionniste de l'artiste norvégien Edvard Munch dont il existe cinq versions (deux peintures, un pastel, un au crayon et une lithographie) réalisées entre et . Symbolisant l'homme moderne emporté par une crise d'angoisse existentielle, elle est considérée comme l'œuvre la plus importante de l'artiste. Le paysage en arrière-plan est le fjord d'Oslo, vu d'Ekeberg.
Description
[modifier | modifier le code]Le tableau fait partie d'un cycle d'une vingtaine de tableaux, appelé « La Frise de la vie » et resté inachevé[1].
Munch a exécuté cinq versions du tableau, dont les plus fameuses sont une tempera sur carton au musée Munch d'Oslo (de 83,52 cm de haut sur 66 cm de large), et une peinture à l'huile, tempera et pastel à la Galerie nationale d'Oslo (91 cm de haut sur 73,5 cm de large). Une troisième version appartient également au musée Munch. Une quatrième appartenait au milliardaire norvégien Petter Olsen (en), avant d'être vendue aux enchères à un acheteur anonyme, le , pour la somme record de 119,92 millions de dollars[2]. Il dépasse donc le Nu au plateau de sculpteur de Picasso qui a été vendu 106,5 millions. La cinquième version est une lithographie réalisée en à Berlin.
Y figure une inscription manuscrite « Ne peut avoir été peint que par un fou ! » (« Kan kun være malet af en gal Mand ! »)[3].
Citation de l'artiste
[modifier | modifier le code]Le , Munch a écrit dans son journal :
« Je me promenais sur un sentier avec deux amis — le soleil se couchait — tout d'un coup le ciel devint rouge sang. Je m'arrêtai, fatigué, et m'appuyai sur une clôture — il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir de la ville — mes amis continuèrent, et j'y restai, tremblant d'anxiété — je sentais un cri infini qui passait à travers l'univers et qui déchirait la nature[4]. »
Inspiration
[modifier | modifier le code]Selon Donald Olson (en), professeur d'astrophysique à l'université d'État du Texas, ce coucher de soleil d'un rouge flamboyant était vraisemblablement provoqué par les cendres émises lors de l'éruption en du volcan Krakatoa[5],[6].
Le personnage présente une grande ressemblance avec plusieurs momies, dont une momie chachapoyas au visage figé dans la mort d'une manière particulièrement expressive, et dans une position fœtale typique qui symbolise la naissance dans l'au-delà. Elle est découverte au cœur des Andes péruvienne en par des explorateurs français qui la ramènent au Musée ethnographique de Paris[7],[8] où elle est présentée à partir de . Selon l'historien de l'art Robert Rosenblum[9],[10], Munch l'aurait aperçue lors de l'Exposition universelle de à Paris et s'en serait inspiré pour peindre la première version de son tableau[11],[8]. La même momie aurait aussi inspiré Paul Gauguin pour ses tableaux peints en - Misères humaines et Ève bretonne[11],[10],[8].
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Momie chachapoyas.
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Misères humaines de Paul Gauguin ().
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Ève bretonne de Paul Gauguin ().
Vols
[modifier | modifier le code]Le , Le Cri de la Galerie nationale d'Oslo a été volé. Des groupes anti-avortement actifs en Norvège ont alors été soupçonnés. Trois mois plus tard, le tableau est proposé au gouvernement norvégien pour une rançon de 1,2 million de dollars américains. Le gouvernement refuse et le tableau est retrouvé le , lors d'une descente effectuée par la police norvégienne et préparée en collaboration avec la police britannique et le Getty Center[12],[13].
Dix ans après, le , l'un des Cri du musée Munch, le plus célèbre, ainsi que la Madone, ont été volés lors d'une attaque à main armée[12]. Selon le journal suédois Svenska Dagbladet, le tableau aurait été brûlé. Toutefois, le , la police norvégienne a annoncé avoir retrouvé les deux tableaux volés dans un état jugé « assez bon »[14]. Le la Cour d'appel d'Oslo condamne trois des voleurs ayant pris part au vol à main armée de ce tableau[15] ; la peine la plus sévère, neuf ans et demi de prison, a été prononcée à l'encontre de Tharaldsen, le chauffeur de la voiture (mais cette sentence porte aussi sur une autre attaque à main armée pour laquelle il a également été condamné). Björn Hoen, l'un des chefs de l'opération, a écopé de neuf ans et Stian Skjold, l'un des deux assaillants, de cinq ans et demi. Le deuxième assaillant serait mort d'une overdose d'héroïne le selon la police norvégienne[réf. nécessaire].
Marché de l'art
[modifier | modifier le code]L'une des cinq versions a été vendue aux enchères par Sotheby's à New York pour un montant de 120 millions de dollars. Elle détenait ainsi, le , le record de vente d'une peinture aux enchères[16]. Elle est, en , la cinquième plus chère œuvre vendue aux enchères[17]. En , c'est la septième[18]. En , c'est la dixième[19].
Influences
[modifier | modifier le code]Peinture
[modifier | modifier le code]L'artiste islandais postmoderne Erró en a fait plusieurs détournements dans ses peintures, dont son tableau Le Cri de .
Une illustration de l'artiste irlandaise Miriam Cassidy a servi de couverture pour la revue archéologique Trowel (en) de l'université de Dublin en [20].
Cinéma
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Le personnage de Ghostface personnifié dans la série de films d'horreur Scream arbore un masque d'Halloween directement inspiré de la figure du tableau de Munch[21].
Sur l'affiche du film promotionnel Maman, j'ai raté l'avion ! de Chris Columbus, l'acteur principal, tout en portant ses mains à son visage, arbore une expression de terreur similaire à celle présente sur la figure du tableau de Munch[22],[23].
Dans le film L'Étrange Noël de monsieur Jack de Tim Burton, apparaît la figure squelettique de Jack faisant référence à celle présente dans le tableau du Munch[23].
Le tableau apparaît également dans les premières secondes du film La Grande Menace.
Télévision
[modifier | modifier le code]Dans l'émission américaine Beavis et Butt-Head, le tableau apparaît dans un épisode intitulé Butt is it Art?.
Le tableau apparaît également sous forme de « film » dans le film Les Looney Tunes passent à l'action[24].
La série télévisée américaine Les Simpson montre à plusieurs reprises le tableau. Dans un épisode de la neuvième saison, le personnage du tableau apparaît pour jouer au baby-foot avec Homer. Le tableau apparaît aussi lors d'un épisode où Lisa a des problèmes avec son père (Homer fait une mascotte). Un des garnements l'avait volé. Dans un épisode de la vingtième saison (intitulé Burns est piqué), le tableau fait une apparition lorsque des milliardaires tirent sur le tableau à l'aide d'arcs.
Dans l'épisode 21 de la saison 1 des Sorciers de Waverly Place (intitulé Tableaux vivants), le personnage sort magiquement de la toile. Dans Persepolis (film d'animation en noir et blanc inspiré du roman graphique du même nom), le personnage principal pousse un cri tandis que son visage se métamorphose en celui du personnage du tableau.
Le tableau a également inspiré les séries d'animations japonaises. Dans un des épisodes de la deuxième saison de School Rumble, le personnage masculin principal, Harima Kenji, prend les traits du personnage du tableau pour hurler sa terreur devant son rédacteur en chef. Dans le premier épisode de Great Teacher Onizuka, lorsque Onizuka apprend qu’il peut, grâce à son métier, épouser une fille de 16 ans alors qu'il en a 22, pris d'émotion, le visage du personnage devient celui du personnage du Cri[25]. Dans l'épisode 18 de Nicky Larson, intitulé Prémonitions, le tableau apparaît en arrière-plan. Dans le deuxième OAV de Magical Girl Kokoro à plus ou moins 18 minutes et 58 secondes, une scène apparaît dans laquelle l'un des personnages fait une tête qui ressemble fort à celle du Cri[réf. nécessaire]. Dans le deuxième épisode de Another, à plus ou moins 2 minutes et 45 secondes de l'épisode, un personnage peint un tableau qui ressemble au Cri de Munch, il l'appelle même par la suite Le Cri du citron ; ce personnage s'était effectivement inspiré de Munch[25]. Il apparaît également dans l'OAV 4 de Naruto. Le héros, Naruto Uzumaki, pousse un cri de dépit et se retrouve dans le tableau : il a alors la même expression et le fond est identique. Des références au tableau et à son environnement apparaissent aussi dans l'une des scènes de l'épisode 40 de la saison 1 de Magical DoReMi (l'examen de 3e niveau), au moment où Émilie passe le 1er monde, l'environnement du tableau est recréé aussi bien au niveau de l'arrière-plan (le ponton) que du personnage qui crie qui est démultiplié, formant une communauté de personnages qui crient. Au moment où ces hommes sortent de terre, Émilie pousse des cris comme le personnage du tableau.
Dans l'épisode 15 de la cinquième saison de la série télévisée d'animation américaine Steven Universe, Le Grand Plongeon, le tableau est parodié.
Dans la série sud-coréenne Squid Game, dans l'épisode pilote, apparaît une référence au tableau : une participante - se retrouvant totalement éclaboussée par le sang d'un joueur au jeu un, deux, trois, soleil - arbore un visage habité par la terreur et similaire à celui présent dans le tableau Le Cri d'Edward Munch[26],[27].
Littérature
[modifier | modifier le code]L'écrivain québécois Vincent Thibault s'est inspiré du Cri pour composer la nouvelle Le Secret Fardeau de Munch, publiée aux Éditions De Courberon en .
Laurent Graff publie en Le Cri, Le Dilettante, inspiré du vol du Cri.
Bande dessinée
[modifier | modifier le code]- W.I.T.C.H. : Dans un numéro, un monstre hante un des personnages principaux. Il a été inspiré par Le Cri ; à la fin du numéro, le nom du tableau est cité.
- Le Vol du Cri, bande dessinée de réalisée par Annequin et Jullian, évoque longuement ce tableau, dans le cadre d'une intrigue fantastique au musée des Beaux-Arts de Lyon.
- Détective Conan, épisode 774 : Le tableau apparait avec deux autres œuvres de Munch et que Jirokichi Suzuki possède.
- Sherlock Holmes et les Vampires de Londres, tome 1, page 39 : Le tableau est exposé sur les murs de la résidence de Selymes.
Musique
[modifier | modifier le code]- Le Cri a été utilisé par différents groupes pour leurs pochettes ou affiches :
- Clair Obscur pour La Cassette noire[28] (France),
- Red Lorry Yellow Lorry pour This Today[29] (Royaume-Uni),
- John Cerminaro (en) et Charlotte Cerminaro pour Screamers: Difficult Works for the Horn[30] (États-Unis),
- Morgen (en) pour Morgen[31] (États-Unis).
- Jean Guidoni a interprété en la chanson Qui crie ? (texte : Pierre Philippe, musique : Astor Piazzolla), dans son album et spectacle Crime passionnel, qui a pour inspiration le tableau d'Edvard Munch.
- Sorti en , le titre du premier album du musicien français Xavier Ridel, alias Waterwalls, Silent Skrik, est une référence au tableau Le Cri[32],[33].
Jeux vidéo
[modifier | modifier le code]Le Cri apparaît dans Angry Birds Seasons de Rovio Entertainment, à l'arrière-plan des niveaux. [réf. souhaitée].
Informatique
[modifier | modifier le code]Le glyphe « 😱 » représentant le point de code Unicode U+1F631 dans le bloc des émoticônes, intitulé « visage criant de peur », est librement inspiré du tableau Le Cri[34],[35].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Adriana Sotropa, « Le cri, les raisons d'une icône », Dossiers de l'art, no 301, , p. 30–35.
- ↑ AFP, « Record historique pour le Cri, adjugé 119,9 millions $ », sur lapresse.ca, (version du sur Internet Archive).
- ↑ Vincent Pellegrino, « Le célèbre tableau «Le Cri» contient un message caché », sur Slate.fr, .
- ↑ (en) Peter Aspden, « So, what does ‘The Scream’ mean? », Financial Times, (version du sur Internet Archive).
- ↑ (en) Reuters, « Krakatoa provided backdrop to Munch's scream », The Age, (version du sur Internet Archive).
- ↑ (en) Reuters, « Why the sky was red in Munch's 'The Scream' », CNN, (version du sur Internet Archive).
- ↑ (en) Ulrich Bischoff, Edvard Munch : -, Cologne, Taschen, (ISBN 3-8228-5971-0), p. 54 [lire en ligne].
- Maxime Marie, « Le vrai visage du "Cri" de Much », sur radiofrance.fr, France Culture, .
- ↑ (en) Robert Rosenblum, « Edvard Munch : Some Changing Contexts », dans Robert Rosenblum (dir.), Edvard Munch : Symbols & Images (exposition à la National Gallery of Art, Washington, - ), Washington, National Gallery of Art, , 264 p., p. 1–10.
- (es) Stefan Ziemendorff, « Edvard Munch y la Momia de un sarcófago de la Cultura Chachapoyas », Cátedra Villarreal, vol. 3, no 2, , p. 197–212 (ISSN 2310-4767, lire en ligne [PDF]).
- (en) Hannah Vickers, « The Scream was inspired by a Peruvian mummy », sur peruthisweek.com, (version du sur Internet Archive).
- Karin Müller, 100 crimes contre l'art, Marseille, L'Écailler, coll. « Documents », , 254 p. (ISBN 978-2-36476-021-9), p. 85.
- ↑ Stefano Strocchi (réalisateur), « Edvard Munch : Oslo, » [vidéo], Tableaux volés, Arte, (consulté le ).
- ↑ AFP, « 'Le Cri' et 'La Madone' de Munch retrouvés », Le Figaro, (consulté le ).
- ↑ « De lourdes peines de prison pour le vol du « Cri » », sur tf1.fr, (version du sur Internet Archive).
- ↑ Judith Benhamou-Huet, « 119,9 millions de dollars pour « Le Cri » », Le Point, .
- ↑ Philippe Corbé et Eléanor Douet, AFP, « Adjugé 450,3 millions de dollars, un de Vinci devient le tableau le plus cher du monde », RTL, (consulté le ).
- ↑ Corentin Alloune, « Quelles sont les dix œuvres les plus chères de l'histoire ? », sur franceinfo.fr, .
- ↑ Maelys Courpotin, « Klimt, Picasso, Modigliani... Le Top 10 des tableaux vendus aux enchères les plus chers du monde », 20 Minutes, .
- ↑ Amy McQuillan (dir.), Emmett O'Keeffe (dir.) et Lorcan Harney (dir.), Trowel (en), vol. XI, Université de Dublin, (ISSN 0791-1017, lire en ligne [PDF]), p. 1.
- ↑ (en) Tony Magistrale (en), Abject Terrors : Surveying the Modern and Postmodern Horror Film, New York, Peter Lang, , XVIII-213 p. (ISBN 0-8204-7056-2), p. 186 [lire en ligne].
- ↑ Chloe Tredez, « Zoom sur : Le Cri, Edvard Munch () », Museum TV, (consulté le ).
- « 5 choses à savoir sur... ‘Le Cri’ d'Edvard Munch », sur Time Out Paris, (consulté le ).
- ↑ Loïc Blavier, « Les Looney Tunes passent à l’action – Joe Dante », sur tortillapolis.com, (consulté le ).
- « Les œuvres d'art dans les mangas : Le Cri, Edvard Munch », sur MangArt, .
- ↑ Agathe Hakoun, « Squid Game : 10 inspirations artistiques de la série Netflix », Connaissance des arts, (consulté le ).
- ↑ Diane Guédon, « 7 références artistiques cachées dans Squid Game », Beaux Arts, (consulté le ).
- ↑ (en) « Clair Obscur – La Cassette Noire », sur Discogs.
- ↑ (en) « Red Lorry Yellow Lorry – This Today », sur discogs.
- ↑ (en) « John Cerminaro, Charlotte Cerminaro, Robert Schumann, William Kraft, Joseph Haydn, Rand Steiger, Henri Lazarof – Screamers: Difficult Works For The Horn », sur Discogs.
- ↑ (en) « Morgen – Morgen », sur Discogs.
- ↑ « Silent skrik [Enregistrement sonore] », notice no FRBNF44443929, Catalogue général, sur catalogue.bnf.fr, Bibliothèque nationale de France.
- ↑ Jean Thooris, « Waterwalls : L'interview », À découvrir absolument, sur adecouvrirabsolument.com, (consulté le ).
- ↑ (en) « Unicode Character 'face screaming in fear' (U+1F631) », sur fileformat.info (consulté le ).
- ↑ (en) « 😱 Face Screaming in Fear Emoji », sur Emojipedia (en) (consulté le ).
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Norbert-Bertrand Barbe, Le Cri d'Edvard Munch : un cas paradigmatique de mise en scène des codes iconiques d'une époque, Mouzeuil-Saint-Martin, Bes Éditions, coll. « Les indispensables » (no 25), 31 p. (ISBN 978-2-35424-069-1) ; rééd. coll. « Travaux Panofkiens » (no 5), , 110 p. (ISBN 978-2-35424-193-3).
Article connexe
[modifier | modifier le code]Liens externes
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- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Expo Munch sans son Cri à la Pinacotheque de Paris.
- Tableau d'Edvard Munch
- Tableau réalisé en 1893
- 1893 en Europe
- Œuvre expressionniste
- Autoportrait masculin du XIXe siècle
- Folie dans la peinture
- Bateau dans la peinture
- Coucher de soleil dans la peinture
- Norvège dans la peinture
- Œuvre d'Edvard Munch au musée Munch
- Œuvre d'Edvard Munch au musée national (Oslo)
- Œuvre conservée dans une collection privée