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Martha Mitchell

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Martha Beall Mitchell
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 57 ans)
New YorkVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom dans la langue maternelle
Martha MitchellVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Université de Miami
Stephens College (en)
Pine Bluff High School (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activité
Conjoint
John Newton Mitchell (de à )Voir et modifier les données sur Wikidata

Martha Elizabeth Beall Mitchell, née le 2 septembre 1918 à Pine Bluff et morte le 31 mai 1976 à New York, est une personnalité américaine, connue pour être l'épouse de John N. Mitchell, procureur général des États-Unis sous la présidence de Richard Nixon. Les propos de Martha Elizabeth Beall Jennings Mitchell et son franc-parler sur le gouvernement au moment du scandale du Watergate en firent une personnalité controversée.

Martha Elizabeth Beall Jennings Mitchell est née à Pine Bluff en Arkansas, le 2 septembre 1918. Elle est l’unique enfant de George V. Beall, un courtier de coton, et de la professeure de théâtre Arie Beall (née Ferguson)[1],[2]. Martha Beall Mitchell grandit dans une zone rurale isolée. Dans une interview du Saturday Evening Post, elle se rappelle avoir grandi en jouant avec les enfants de celle qu'elle appelle alors sa « maman », une employée de maison afro-américaine qui vivait avec la famille[2]. Petite, elle aime chanter, notamment dans la chorale de son église. Sa mère espérait qu’elle devienne chanteuse d'opéra. Enfant, elle étudie le chant dans tout le pays et, à Northwestern, elle étudie également le piano[réf. nécessaire].

Pendant ses six premières années, elle fréquente une école privée, et entre dans une école publique pendant la Grande Dépression. Elle est diplômée de l'école secondaire Pine Bluff en 1937[3]. Sous la photo de l'album de son lycée, on peut lire : « J'aime son doux gazouillis, j'aime son doux débit, j'aime replier ma langue vers le haut, et j'aime la laisser se détendre ». Son biographe note qu'elle est dyslexique et a du mal à lire à haute voix. Elle fréquente le Stephens College de Columbia, Missouri, pour étudier la pédiatrie[réf. nécessaire] ; elle souhaite être pédiatre depuis son enfance. Elle regrette que son accent du sud complique son apprentissage du grec et du latin. Elle devient infirmière de la Croix-Rouge dans l'une des premières branches de l'organisation. Elle affirmera avoir consacré plus d'heures au service que quiconque dans le pays[2]. Elle intègre ensuite l'Université de l'Arkansas à Fayetteville puis l'Université de Miami[1] où elle rejoint la sororité Chi Omega et est présidente de Sigma Iota Chi[2]. Fascinée par les arts, elle rêve de devenir actrice, mais sa famille s'y oppose[2]. Elle obtient un baccalauréat en histoire[réf. nécessaire]. Après son diplôme, elle travaille pendant environ un an comme enseignante des élèves de cinquième, à Mobile, en Alabama. Elle quitte la profession[1], et dira qu'elle « méprisait » ce métier[4]. Elle retourne à Pine Bluff en 1945 et commence à travailler comme secrétaire à l'Arsenal de Pine Bluff[1]. Elle est transférée, en même temps que son patron, le général de brigade Augustin Mitchell Prentiss, à Washington[3].

Elle y rencontre Clyde Jennings Jr., un officier de l'armée américaine, originaire de Lynchburg, en Virginie[3]. Ils se marient le 5 octobre 1946, à Pine Bluff, et déménagent à Rye, New York[3]. Peu de temps après, Clyde Jennings démissionne de l'armée[3] et travaille comme vendeur de sacs à main itinérant. De Jennings, elle a un fils, Clyde Jay Jennings, né le 2 novembre 1947[réf. nécessaire]. Jennings est souvent en voyage[1], le couple se sépare le 18 mai 1956 et divorce le 1er août 1957.

Elle dit que, lors de sa première rencontre avec John N. Mitchell, elle fut « impressionnée par sa suavité et son intelligence ». Le couple se marie le 30 décembre 1957[réf. nécessaire], puis s'installe à Rye, New York[4]. John travaille comme avocat à Manhattan, il gagne US$250 000 par an[4], le couple achète une maison sur le terrain de l'Apawamis Club. Le 10 janvier 1961, le couple a une fille, Martha Elizabeth, qu'ils surnomment Marty[3]. Ils inscrivent leur fille à l'école de jour Stone Ridge Country à Bethesda, Maryland. Ils ne sont pas catholiques romains, mais Mitchell dit que « les écoles catholiques romaines sont à peu près les seules à avoir de la discipline »[4].

Déménagement à Washington et le scandale du Watergate

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Le soir du Nouvel An 1966, les cabinets d'avocats de John Mitchell et de Richard Nixon se regroupent pour devenir Nixon Mudge Rose Guthrie Alexander and Mitchell[5]. Nixon est élu président en 1968, et nomme John Mitchell procureur général[6]. Le poste nécessite que la famille déménage à Washington DC. Leur maison, dans le complexe « à la mode » du Watergate, est estimée à US$140,000 , à l'époque. Mitchell attire l'attention pour la première fois par une remarque à un journaliste de la télévision : les manifestations pour la paix à Washington DC, tenues en novembre 1969, rappeleraient à son mari la révolution russe. Cette déclaration, considérée comme maladroite, accroit sa notoriété et sa couverture médiatique[1]. The New York Sun publie qu'« elle a l'habitude de prendre un verre le soir, et d'appeler les journalistes avec des commérages politiques ou des informations qu'elle glane en fouillant dans les papiers de son mari ou en écoutant ses conversations »[7]. Sa réputation de « mondaine au franc-parler » grandit, elle fait des apparitions régulières dans des talk-shows et des émissions de variétés, comme Laugh-In[note 1]. En novembre 1970, un sondage Gallup indique que 76 % des Américains savent qui elle est. Elle fait la couverture de Time dans un numéro sur les femmes les plus influentes de Washington[1]. Sa réputation de parler franchement et grossièrement, généralement sur des questions concernant les républicains, lui vaut le surnom de « Martha the Mouth » (littéralement « Martha la bouche ») ou « The Mouth of the South »[8].

Nixon choisit John Mitchell pour diriger le comité de réélection du président (généralement abrégé en CRP, ou CREEP) pour sa campagne de 1972. Au cours de la campagne, Mitchell se plaint à ses contacts dans les médias que la campagne de Nixon se livrerait à des « sales coups » pour remporter les élections[9]. Une semaine avant le cambriolage en juin 1972 du siège social du DNC dans l'immeuble de bureaux du Watergate, les Mitchell se rendent à Newport Beach, en Californie, pour assister à des collectes de fonds[10]. Pendant son séjour, John reçoit un appel téléphonique concernant l'incident ; il tient immédiatement une conférence de presse pour nier toute implication du CRP[10]. John retourne à Washington DC, encourageant sa femme à rester en Californie et profiter du beau temps[10]. Sans lui dire, il engage leur agent de sécurité, Steve King (un ancien agent du FBI), pour l'empêcher d'apprendre le cambriolage ou de contacter des journalistes[9]. Le lundi suivant, Martha est en possession d'un exemplaire du Los Angeles Times[11]. Elle y apprend que James W. McCord Jr., directeur de la sécurité du CRP et garde du corps et chauffeur de sa fille, fait partie des personnes arrêtées[9]. Ce détail contredit l'histoire officielle de la Maison-Blanche, selon laquelle l'effraction n'était pas liée au CRP[9]. Martha tente en vain de contacter son mari par téléphone, et, en ultime recours, annonce à un de ses assistants que son prochain appel sera pour la presse[11].

Enlèvement de juin 1972, conséquences et justification

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Le 22 juin, Martha Mitchell passe un appel téléphonique tard dans la nuit à Helen Thomas de United Press, la journaliste préférée de Martha Mitchell[10]. Elle l'informe de son intention de quitter son mari jusqu'à ce qu'il démissionne du CRP[10]. L'appel téléphonique prend fin brusquement. Lorsque Thomas rappelle, l'opérateur de l'hôtel lui répond que Martha Mitchell est « indisposée » et n'est pas en mesure de parler[9]. Thomas appelle ensuite John Mitchell, qui semble indifférent, et dit : « [Martha] est un peu contrariée par la politique, mais elle m'aime et je l'aime et c'est ce qui compte »[11].

Dans son rapport ultérieur sur l'incident, Thomas déclarera : il était évident que quelqu'un avait pris le téléphone des mains de Martha Mitchell, une voix féminine pouvait être entendue disant : « Éloignez-vous de moi ». Le récit de Thomas est largement couvert par les actualités et de nombreux médias font des efforts pour la retrouver et l'interviewer. Quelques jours plus tard, Marcia Kramer, une journaliste chevronnée du New York Daily News, rencontre Martha Mitchell au Westchester Country Club à Rye, à New York. Kramer trouve « une femme battue » qui avait des marques noires et bleues « effroyables » sur les bras[9]. Dans ce qui s'avèrera être la première de ses nombreuses interviews, Martha Mitchell raconte comment, dans la semaine suivant le cambriolage du Watergate, elle a été retenue captive dans cet hôtel californien. Elle révèle que c'est King qui a arraché le cordon téléphonique du mur[9],[10]. Après plusieurs tentatives pour s'échapper par le balcon, elle est brutalisée par cinq hommes, ce qui lui vaut des points de suture[12],[13]. Herb Kalmbach, l'avocat personnel de Nixon, est convoqué à l'hôtel et il décide d'appeler un médecin pour qu'il lui administre un tranquillisant[11]. L'incident lui fait craindre pour sa vie[14].

Le cambriolage du Watergate reste l'histoire principale dans tous les médias d'information. Mais ses révélations paraissent dans les principaux journaux, notamment The Times, The Washington Post et The New York Daily News[10]. Les assistants de Nixon déclarent à la presse qu'elle a un « problème d'alcool »[15][page à préciser], ce qui n'est pas entièrement faux[16]. Ils suggèrent qu'elle est en convalescence au Silver Hill Hospital, un établissement psychiatrique du Connecticut[17].

Au début, Martha Mitchell aurait contacté les journalistes dans le but de défendre son mari, lorsque son rôle dans le scandale fut connu[18]. Elle le considère comme un « tombeur » et l'encourage à se retourner contre le président. Peu après le cambriolage, John démissionnera, invoquant son désir de passer plus de temps avec sa famille[11]. Au même moment, certains membres du GOP se sont concentrés sur le franc-parler de Martha[10]. En mai 1973, dans le cadre de la poursuite civile du parti démocrate contre le CRP, elle témoigne sous serment dans une déposition faite dans les bureaux de l'avocat Henry B. Rothblatt[19]. Les Mitchell se séparent en septembre 1973 : John quitte la maison familiale avec leur fille, Marty[3]. Le 1er janvier 1975, il est reconnu coupable de parjure, d'entrave à la justice et de complot, pour son implication dans le Watergate ; il purge 19 mois dans une prison fédérale[3]. Ils ne se sont jamais revus[16].

En raison de son implication dans le scandale, Martha est discréditée et abandonnée par la plupart des membres de sa famille, à l'exception de son fils Jay[réf. nécessaire]. En février 1975, McCord, condamné pour son rôle dans le Watergate, admet que Martha Mitchell avait été, selon ses mots, « forcibly held » (« retenue de force ») et corrobore son histoire[14]. Il affirme que HR Haldeman, ainsi que d'autres hauts collaborateurs du président Nixon, « jaloux » de sa popularité dans les médias, avaient cherché des moyens de l'embarrasser[14]. Nixon dira à l'intervieweur David Frost, en 1977, que Martha était une « distraction » pour John Mitchell, de sorte que personne ne « s'occupait du magasin », et que « S'il n'y avait pas eu Martha Mitchell, il n'y aurait pas eu de Watergate »[11].

Martha Mitchell meurt le à New York, à l’âge de 57 ans, des suites d’un cancer[20].

Références

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  1. a b c d e f et g Dean Fischer, « Martha Mitchell's View From The Top », Time, vol. 96, no 22,‎ , p. 43 (lire en ligne, consulté le )
  2. a b c d et e « Martha Mitchell », Saturday Evening Post, vol. 243, no 2,‎ fall 1971, p. 50–53
  3. a b c d e f g et h Lancaster 2014, p. 46.
  4. a b c et d « The Warbler of Watergate », Time, vol. 94, no 23,‎ , p. 43 (lire en ligne, consulté le )
  5. Rosen 2008, p. 30.
  6. (en) Brockell, « George Conway and Martha Mitchell: Spouses who infuriated Trump and Nixon », Washington Post, (consulté le )
  7. McCarter, « Southern Exposure », The New York Sun, (consulté le )
  8. (en) Neyfakh, « Watergate Was Way Stranger Than You Realized. Slate's New Podcast Shows What It Was Like to Live Through It. », Slate Magazine, (consulté le )
  9. a b c d e f et g Stein, « Trump Ambassador Beat and 'Kidnapped' Woman in Watergate Cover-Up: Reports », Newsweek, (consulté le )
  10. a b c d e f g et h Cadden, « Martha Mitchell: the Day the Laughing Stopped », The Harold Weisberg Archive, (consulté le )
  11. a b c d e et f « Martha », sur Slow Burn, The Slate Group, (consulté le )
  12. Reeves 2002, p. 511.
  13. Winzola McLendon, Martha: The Life of Martha Mitchell, (lire en ligne)
  14. a b et c « McCord Declares That Mrs. Mitchell Was Forcibly Held », The New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le )
  15. Olson et Holland 2016.
  16. a et b Katherine Winton Evans, « Washington's Other Martha », The Washington Post,‎ (lire en ligne, consulté le )
  17. Lukas 1976, p. 220.
  18. Kennerly, « I Want to Be With the Circus », Politico Magazine, may–june 2015
  19. Charlotte Curtis, « Martha Mitchell Testifies in Civil Suit », The New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le )
  20. John T. McQuiston, « Martha Mitchell, 57, Dies of Bone-Marrow Cancer », The New York Times,‎ (lire en ligne)

Ouvrages cités

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  • Richard Reeves, President Nixon : alone in the White House, New York, Simon & Schuster, , 1st Touchstone éd. (ISBN 0-7432-2719-0, lire en ligne Inscription nécessaire)
  • James Rosen, The strong man : John Mitchell and the secrets of Watergate, Knopf Doubleday Publishing Group, , 1st éd. (ISBN 9780385525466, lire en ligne Inscription nécessaire)


Liens externes

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