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Martin Morin

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Martin Morin
Biographie
Naissance
Décès
Activité
Marque de Martin Morin

Maître Martin Morin ((la) Martinus Morinus), né vers 1450[1] et mort en 1522 à Rouen, est un imprimeur-libraire et typographe français.

Martin Morin est cité par Noël Taillepied dans Recueil Des Antiquitez et Singularitez de la Ville de Rouen publié en 1587 et en 1610. Taillepied écrit que Martin Morin de Rouen y a amené les premiers caractères pour l'imprimerie et y a imprimé plusieurs livres[2]. Cette affirmation est critiquée par Étienne-Vincent Guilbert dans Mémoires biographiques et littéraires sur les hommes qui se sont fait remarquer dans le département de la Seine-Inférieure qui remarque qu'aucun livre de cet imprimeur n'était connu en 1812[3]. Il est cité en 1842 par André Pottier dans son article Lettres patentes en faveur de Richard Lallemant relatives à l'établissement de l'imprimerie à Rouen.

Martin Morin est vraisemblablement originaire d'Orbec car il recueille en 1483 les immeubles sis à Orbec dépendant la succession de son père et qu'il conserve jusqu'à sa mort en indivision avec son frère Jehan Morin[4]. Il apparaît dans divers actes d'achat de maisons.

Il fut initié très jeune à l'art de l'imprimerie (avant 1483), sans doute dans la région rhénane où il aurait été envoyé par la famille rouennaise Lallemant[5] en apprentissage, accompagné de Pierre Maufer. Il s'installe à Paris et entre à l'atelier de Guillaume Le Talleur (?-1494 ?) en tant que compagnon jusqu'en 1487. Le Talleur est le premier imprimeur de Rouen : revenu dans cette ville, Martin lui succède en 1490-1491. Il s'installe dans le quartier Saint-Lô[6], face au Prieuré, à l'enseigne de Saint Eustache. Sa marque indique le nom de Magister Martinus Morin. Dans Recueil des antiquitez et singularitez de la ville de Rouen, chapitre XLIX, Noël Taillepied le cite en en faisant, à tort, le premier imprimeur de Rouen[7].

Il imprima essentiellement des ouvrages liturgiques[8] destinés au marché anglais dont le fameux Breviarium saresberiense (ou Breviarium sarum), un bréviaire datant de 1492 destiné à la cathédrale de Salisbury et qui constitue le premier ouvrage religieux produit pour l'Angleterre selon les techniques de l'imprimerie.

On compte aussi des manuels universitaires publiés en association avec des libraires de Caen ou d'Angers.

Le répertoire des incunables[9] de la British Library référence à ce jour 34 ouvrages.

Il s'est marié deux fois. De sa première femme dont on ignore le nom, il a eu deux fils, Jean et Romain. Il est veuf en 1514 et se remarie avec Marguerite Bruyère dont il eut un fils, Jean dit petit Jean, et une fille nommée Jeanne. Les deux premiers fils ont été formés par leur père à l'art de l'imprimerie.

Il meurt entre le , date d'un accord avec son frère, et le , date de l'acte réglant sa succession[10]. Il laisse une dette importante à sa mort, le mobilier devait servir à les payer, mais sa valeur s'étant révélée insuffisante, c'est le fils aîné, Jean, qui s'est engagé à les payer et a recueilli la totalité de l'héritage. Jean Morin a succédé à son père comme imprimeur rue Saint-Lô. Il semble être mort dès 1523. Romain est imprimeur à Lyon à partir de 1515 et y meurt vers la fin 1560[11]. Jean II aurait été libraire à Paris (1537-1538) mais Édouard Gosselin le dit mort jeune, vers 1523. Jeanne Morin s'est mariée à un certain Denicourt. Elle a été la seule héritière de son frère Romain.

Catalogue sélectif

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  • Speculum Minorum, Rouen, 1509
  • Gilbert Nicolas, Novus Tractatus de Decem Plagis Paupertatis Fratrum Minorum vel ab Aliquibus Nuncupatur Bonus Pastor suivi de Tractatus Novus inquo vere et clare ..., Rouen, 1514/1516 [B.N. réserve, H-2224]

Notes et références

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  1. Il est dit majeur en janvier 1483 par E. Frère (1843), supra.
  2. Noël Taillepied, Recueil des antiquitez et singularitez de la ville de Rouen. Avec un progrez des choses mémorables y advenues depuis sa fondation jusques à présent, Rouen, imprimerie de Martin Le Mesgissier, (lire en ligne), p. 172-173
  3. Philippe Jacques Étienne Vincent Guilbert, « Morin », dans Mémoires biographiques et littéraires par ordre alphabétique, sur les hommes qui se sont fait remarquer dans le département de la Seine-Inférieure, par leurs écrits, leurs actions, leurs talens, leurs vertus, etc., t. 2, Rouen, Chez Fs Mari, imprimeur-libraire, (lire en ligne), p. 220-221
  4. Gosselin, 1870, p. 295
  5. Ce récit reprend celui rapporté par André Pottier donné dans les pièces justificatives de lettres patentes sur arrêt du Conseil d'État en faveur de Richard-Gontran Lallemant en 1773. Ce récit est repris par Édouard Frère dans De l'Imprimerie et de la Librairie à Rouen, dans les XVe et XVIe siècles, et de Martin Morin, célèbre imprimeur rouennais. Pierre Le Verdier a écrit que ces pièces justificatives sont des faux qui ont été écrits pour prouver l'ancienneté de la famille à Rouen comme imprimeurs.
  6. À l'actuel no 13 de la rue Saint-Lô.
  7. Noël Taillepied, Recueil des antiquitez et singularitez de la ville de Rouen. Avec un progrez des choses memorables y advenues depuis sa fondation jusques à present, Rouen, Imprimerie de Martin Le Mesgissier, (lire en ligne), p. 172-173
  8. De l′unicum, rarement plus.
  9. Incunabula Short Title Catalogue, en ligne.
  10. Édouard Frère, « Jean Morin », dans De l'Imprimerie et de la Librairie à Rouen, dans les XVe et XVIe siècles, et de Martin Morin, célèbre imprimeur rouennais, Rouen, Auguste Le Brument, (lire en ligne), p. 39
  11. Gosselin, 1870, p. 297

Bibliographie

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  • André Pottier, « Lettres patentes en faveur de Richard Lallemant relatives à l'établissement de l'imprimerie à Rouen », Revue rétrospective normande, documens inédits pour servir à l'histoire de Rouen et de la,‎ (lire en ligne)
  • Édouard Frère, De l'imprimerie et de la librairie à Rouen dans les quinzième et seizième siècles, et de Martin Morin, célèbre imprimeur rouennais, Rouen, Librairie Auguste Le Brument, (lire en ligne), compte-rendu par Ernest De Fréville, « De l'imprimerie et de la librairie à Rouen dans les quinzième et seizième siècles, et de Martin Morin, célèbre imprimeur rouennais, par Ed. Frère », Bibliothèque de l'École des chartes, t. 6,‎ , p. 88-90 (lire en ligne)
  • Édouard Frère, Manuel du bibliographe normand, ou Dictionnaire bibliographique et historique, t. 1, Rouen, Librairie Auguste Le Brument, (lire en ligne), p. 149, 151, 190, 338, 339, 448, t. 2, 1860, p. 80, 247, 263, 277, 312-315, 326-327, 624 (lire en ligne)
  • Pierre Deschamps, « Rotomagus », dans Dictionnaire de géographie ancienne et moderne à l'usage du libraire et de l'amateur de livre, Parie, Librairie Firmin Didot frères, fils et Cie, (lire en ligne), col. 1108-1109
  • Édouard Gosselin, « Glanes historiques normandes. Troisième glane. Simples notes sur les imprimeurs et libraires rouennais », Revue de la Normandie, t. 10,‎ , p. 294-298 (lire en ligne)
  • Charles de Beaurepaire, « Recherches sur l'introduction de l'imprimerie à Rouen », Précis analytique des travaux de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen,‎ 1878-1879, p. 471-499 (lire en ligne)
  • Pierre Le Verdier, L'atelier de Guillaume Le Talleur, Rouen, Imprimerie Albert Lainé, (lire en ligne), p. 7
  • (la) Michel Maittaire, Annales Typographici ab Artis inventæ origine ad annum, J.E. Zeh, 1795, VIII, p. 283 (lire en ligne).
  • Marie-Odile Mergnac, Les Morin, Éditions Archives & Culture, 1994, p. 189 (ISBN 978-2909530574).
  • Guy Pessiot, « Rouen », dans Dictionnaire encyclopédique du Livre, Cercle de la Librairie, 2011, tome 3, p. 604 (ISBN 978-2765409878).
  • (en) Robert Proctor, « France-XVIII-Rouen : III-Martin Morin », dans An index to the early printed books in the British Museum : From the invention of printing to the year MD. with notes of those in the Bodleian Library, vol. 2, Londres, Kegan Paul, Trench, Trübner and company, (lire en ligne), p. 640

Liens externes

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