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Octave Landwerlin

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Octave Landwerlin, né le à Haguenau et mort le à Colmar, est un libraire et directeur de galerie d'art, résistant alsacien. Issu d'une famille francophile et catholique qui refuse l'annexion de fait de l'Alsace en 1940, il s'engage dans des filières d'acheminement de réfugiés et de prisonniers de guerre évadés depuis l'Alsace annexée. Contraint de fuir à son tour en , il rejoint le maquis de Savoie avec son cousin Paul Merle. Après avoir participé aux combats de la Libération à Annecy, il joue un rôle déterminant dans la constitution d'une unité alsacienne-lorraine et sert comme lieutenant du bataillon Mulhouse au sein de la Brigade indépendante Alsace-Lorraine. Après la guerre, il se dédie à la défense et au rayonnement du patrimoine artistique et culturel alsacien en tant que libraire et directeur de galerie d'art à Strasbourg.

Octave Landwerlin est le fils d'Émile Landwerlin (1887-1955), receveur des postes, et d'Octavie Émilie Joséphine Meyer (1893-1972). Il effectue ses études secondaires au lycée Bartholdi de Colmar et entre ensuite comme employé à la librairie Alsatia à Strasbourg[1].

Seconde Guerre mondiale

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Résistance en Alsace annexée

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Mobilisé en 1939 et ayant participé à la campagne de France, Octave Landwerlin est issu d'une famille qui refuse l'annexion de fait de l'Alsace en . Son père est muté de force par les autorités d'occupation en Sarre, alors que la famille réside à Lutzelbourg en Moselle. Son père l'encourage à s'évader afin d'échapper à l'incorporation de force dans la Wehrmacht. Avec son cousin Paul Merle, il participe à l'acheminement de fugitifs et de prisonniers de guerre évadés vers la demeure de Lucien Fischer, père et fils, au Rehtal en Moselle. Dans la nuit du 12 au , la famille Fischer est arrêtée par la Gestapo au Rehtal. Les deux cousins parviennent à échapper à cette arrestation et quittent l'Alsace, le , via le Rehtal, Cirey-sur-Vezouze et Nancy avant de gagner la Haute-Savoie[2].

En Haute-Savoie

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À compter de , la préfecture d'Annecy recrute Octave Landwerlin en qualité de chef de bureau au Secours National, poste depuis lequel il entretient des liens avec la communauté des réfugiés alsaciens-lorrains de Haute-Savoie. Affilié à l'Armée secrète (AS) Savoie, il participe activement aux combats de la Libération à Annecy à l'été 1944. Le , il contribue à la capture d'une unité de policiers-gendarmes commandée par un lieutenant des Waffen-SS, qui abandonne ses blindés sur place[1],[2].

Constitution d'une unité alsacienne-lorraine

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Dès que le débarquement de la 1re armée française est connu, Octave Landwerlin cherche à entrer en contact avec le général Jean de Lattre de Tassigny pour former une unité d'Alsaciens-Lorrains chargée de participer à la libération de l'Alsace. Le , conduit par Jules-Albert Jaeger, directeur de la Revue Alsace Française réfugié en Savoie, il rencontre le général à Aix et lui remet une note plaidant pour la création d'une telle unité. Il obtient son accord. De retour à Annecy, avec l'appui du colonel Kuhlmann et du capitaine Dopff, il rassemble les maquisards alsaciens-lorrains au sein d'une unité baptisée « Vieil-Armand ». Le à Dijon, Landwerlin, Dopff et Kuhlmann, accompagnés de Jaeger, retrouvent le général de Lattre de Tassigny qui leur propose de rejoindre la Brigade indépendante Alsace-Lorraine (BIAL) en cours de rattachement[2].

Brigade indépendante Alsace-Lorraine

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Les compagnies « Vieil-Armand », venue d'Annecy, et « Donon », venue de Chambéry, forment ensemble le bataillon Mulhouse placé sous les ordres du commandant René Dopff. Octave Landwerlin y est affecté comme lieutenant au sein de la compagnie hors rang (état-major) et prend part aux combats de la BIAL à partir du . Le bataillon se distingue notamment lors de la capitulation d'Albertville et de la libération d'Annecy. Le , il a la joie de retrouver ses parents indemnes à la poste de Lutzelbourg, puis d'apercevoir depuis les hauteurs d'Oberhausbergen la cathédrale de Strasbourg. Il termine la guerre à Berlin en qualité d'officier d'ordonnance du général Joseph de Goislard de Monsabert[1],[2]

Activités d'après-guerre

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Après la démobilisation, Octave Landwerlin ouvre à Strasbourg sa propre librairie au no 16, rue des Serruriers, orientant dès ses débuts son fonds vers les alsatiques et les livres d'art. Il entame une collaboration avec la galerie parisienne Jeanne Bucher et y organise des expositions alternant art traditionnel et formes d'expression contemporaines. En 1951, il transfère son activité au no 6, rue Brûlée, où il devient gérant libre de la Maison d'art alsacienne, structure issue de l'Association des artistes indépendants d'Alsace. En 1964, il installe définitivement sa librairie et sa galerie d'art au no 22, rue des Frères. Parallèlement à cette activité commerciale, il s'engage avec détermination en faveur de la sauvegarde du patrimoine culturel alsacien. Il conduit cinq campagnes de fouilles de 1966 à 1971 sur le site de l'abbaye cistercienne de Koenigsbruck à Leutenheim, participe à des fouilles rue des Francs-Bourgeois à Strasbourg en 1969 et contribue à la restauration de la chapelle du Holzbad près de Westhouse. Déjà l'un des animateurs des Amis du Vieux Strasbourg, il fonde l'Association pour la sauvegarde de la maison alsacienne dans le Bas-Rhin et œuvre activement pour la préservation et la valorisation du bâti et des œuvres d'art régionaux. Octave Landwerlin mène également des démarches auprès des autorités françaises et étrangères pour la protection des biens culturels menacés par les conflits armés au Viêtnam et au Liban, et plaide pour un élargissement de la convention internationale de 1954 sur la protection de ces biens. Le couronnement de son action patrimoniale demeure la création du Musée du vin d'Alsace au château de Kientzheim, qui est inauguré un an après sa disparition. Il est l'un des principaux rédacteurs du recueil collectif paru en 1978 consacré à la Brigade indépendante Alsace-Lorraine[1].

Reconnaissance

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Une rue porte son nom à Ostwald[3].

Distinctions

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Notes et références

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  1. a b c et d Weirich 1993.
  2. a b c et d AERIA.
  3. « Rue Octave Landwerlin, Ostwald (Bas-Rhin) », sur museedelaresistanceenligne.org (consulté le )
  4. Liste unique des décorés, « Landwerlin Octave Casimir Joseph », sur archives.legiondhonneur.fr (consulté le )
  5. Base des médaillés de la résistance, « Landwerlin Octave », sur www.memoiredeshommes.defense.gouv.fr (consulté le )

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Bibliographie

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  • Marie-Noèl Diener-Hatt, Association pour des études sur la Résistance intérieure des Alsaciens (AERIA), « Octave Landwerlin », dans Eric Le Normand, La résistance des Alsaciens, Fondation de la Résistance, département AERI, (ISBN 978-2-915742-32-9). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Hélène Bigot (dir.), Jean-Claude Richez (dir.) et Léon Strauss (dir.), Résistantes et résistants strasbourgeois, Strasbourg, , 226 p. (ISBN 978-2-493781-33-8, ISSN 2970-0108), p. 125-126.Voir et modifier les données sur Wikidata

Liens externes

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